‹ Trois-pistoles [microforme]Chapitre 29 sur 56 · D DE · texte numérisé non relu

D DE

Aussi garde-t-on religieusement dans lesll familles le souvenir atroce mais consolant quand même de cet épisode de l’histoire del paroisse des Trois-Pistoles ; on se lècue del père en fils le récit mouvementé de ce sauve tage miraculeux et le plus jeune des enfant assis sur le banc de l’école vous dira l’horri ble histoire que nous allons raconter.

C'était au mois de décembre, veille de grande solennité de la messe de minuit, ui jeudi. La cloche au timbre argenté tintll l’angelus matina!; les cheminées des maisorfif laissaient monter dans l'air vif du matin lei spirale longue de fumée blanche qui faisal tache sur l’azur sans nuage d’un ciel pur d’hi ver canadien: les habitants commençaieil à sortir de leur demeure ; bon nombre mêmd à la lumière vacillante au fond de l'établé avalent commencé leur fr ain.

Le froid mordait les joues, et la neige blaï che, immaculée des champs, criaitsous la bi te sauvage du paysan.

Peu à peu le jour s'était levé, serein, dieux inondant de ses douces clartés, de

danslesnyons attiédis les falaises du Nord, les tles nsolantiuux large, les ilôts à l'entrée de la baie et le ire delkrillage groupé sur la Pointe autour de la cha-

lèsue dapelle.

e sauve s enfaniÿ a l’hort

Ce matin là on ne voyait plus la mer, c'est-à-dire que les glaces amassées le long de l côve sud avaient formé un pont solide en se

“3 Brunissant entr’elles,et l'on ne distinguait plus eille dell finissail le pont ni où commençait la mer. inuit, ui On voyait bien ici et là ce que l'on appelle des té tintdl Wignées en termes marins, MAIS partout de la s maisoif glace, de la glace vive, vaste miroir flottant,

mmobile, serein comme le grand ciel bleu

PL qu'il refléchissait en lui.

l'pur d i Le paysan canadien qui sort de sa maison men Er matin, a deux choses à accomplir avant de bre MM Eimmencer tout travail quelconque : c'est dae l'établ,;:4 de faire le signe de la croix, (pratique Mini tombe et s’en va comme bien des bonnes Moses du vieux temps) et de jeter un coup reige bl M'oil au fleuve si le cultivateur vit au bord ee La bi le la mer, ou de regarder de quel côté souffle Be veut s’il habite l’intérieur des terres.

serein, À

tés. de Donc ce matin de décembre 1839, les gens , de s4

des Trois-Pistoles avaient jeté les yeux sur r; mer et étaient restés étonnés. Un spectackÆ nouveau, inaccoutumé s’offrait à la vue. Des pr points noirs, luisants, mobiles, mouvants, se Æ 4 détachaient nettement sur la glace. Etily h] en avait à l'infini, depuis le bas de l’Ile-aux-Æ ,1, Basques jusqu’au haut des dernières Rassades À ;:c] ces rochers arides qui semblent se diriger éter- pro nellement vers St Simon dont ils ne sont pas! éloignés.

Ce mouvement, cette vue, ce va et vient d'êtres inconnus était bien de nature à sur:

prendre un peu les gens que les coups de bon: ne fortune en plein hiver n'avaient pas enco re gâtés. Les habitants se rassemblèrent donc. On se consulta, on émit des opinions et Dieu sait s’il y en avait d'émises et de toutes s0m tes.

Les uns soutenaient que ce devait être as sûrement des phoques, d’autres opinaient pour les poursilles, le plus grand nombre ce pendant croyaient aux loups-marins et c’esl cette idée là qui devait l'emporter.

En un instant le village fut sur pied

x sut % L'élan, une fois donné, gagna bientôt le rang, sectacle WE sur la côte, puis se communiqua, de proche en ue. Des D proche, comme une immense trainée de pou- ants, 8% dre, et trois heures après le premier éveil, toute Etily® h paroisse des Trois-Pistoles, très populeuse Ile-aux- À alors avait les yeux tournés vers cette vaste assades, À richesse, cet énorme et facile butin, cette geréter- Æ proie valant de l’or qu'offrait le fleuve.

SONT pas Tout ce que la paroisse comptait d’homet vient n° disponibles s’arma qui d’un couteau, qui d'une hache, qui d’ane masse, d’une traine, Ru d'un canot, et cette foule, cette multitude, se . dispersa sur la glace. C'était bien, en eifet, nt don des loups-marins que l’on avait aperçus de

la côte, et il y en avait des mille et des milhers. Ils étaient aussi nombreux que gros et gras, et jamais richesse plus grande, jamais chasse plus facile ne s'étaient offertes à ces braves gens, qui savaient tout aussi bien bâtir deux églises à la fois, qu'éventrer un loup-marin. et chasser les gros carnassiers des bois.

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Le massacre commença : ce fut une tuerie (LA # ., “ sut PlSunolante, une hécatombe horrible où les

L fun

hommes et les bêtes se trouvaient confondus, ag

Le sang ruisselait partout, à larges flots noirs, et la glace, miroir limpide d’un moment, ne devint plus que le plancher‘ visqueux des hak},,

les, où l’on abat les animaux amenés à la bou: Hier cherie. ‘ : x bres

Les loups-marins, rendus furieux par bar

l'attaque et le carnage, sans défense sérieuse, moitié assommés, hurlant de rage, se dres:

saient droits comme des guerriers prêts 1% | mourir, montrant leurs crocs d'ivoire et lan} tr çant dans le vide leurs nageoires d’avent Œure leur arme, leur seule défense, et le paysan ions grisé par le gain, par l’appât, sans crainte nl

frayeur, saisissait son large couteau de bou

cherie, et le plongeait inhumainement danlqu le ventre de sa victime, Le loup-marin tonne :0 bait sur la glace, moitié ouvert, perdant sesfildeur entrailles et expirant dans des sursauts et demain de pe l'heu

blissa

heurts impossibles.

L'ennemi vaincu était dépecé aussitôt à on enlevait la graisse adhérente à la peau, € on en faisait des monceaux, des piles énorme qui prenaient, de terre, l'aspect de tumuliil

(1) 4 lranco-

funéraires où l’on aurait enseveli les morts de

fondu, LS la grande famille des amphibies.

ts noirs, nent, ne Et le massacre continuait, furieux, horri-

des hal D je sans trève ni merci ; maisdes heures couà la bou hient rapidement, le soleil déclinait à l’horizon avec une rapidité prodigieuse, et les ombres du soir allaient s’allonger bientôt sur les

eux par re P champs et sur la mer.

sérieuse,

se dres- Déjà, la file des voitures arrivait sur la grè-

prêts Sr. Les chevaux étaient dételés, au rivage, et > et lan Ms tratnes amenées à bras sur la glace, pour d'avent étre remplies, jusqu'aux ambtnes (1), de la prépays cieuse dépouille des loups-marins.

ainte nl

de bou:

bnt dan hrin toi dant se its et des!

Ce travail de partage était plus difficile qu'on ne le pense. En bons normands comne :oujours, nous allions dire en bons plai- Jdeurs comme jamais, nos gens se disputaient fnaintenant la propriété des tumulus, des amas de peaux et de graisses, et, pendant ce temps, l'heure fuyait toujours, les traînes ne s’em-

vussitôt 1 blissaient pas, et les chevaux, sur la grève, at-

peau, € énormes tumulil

(1) Ce mot populaire ne se trouve pas dans le Glossaire lranco-canadien du regretté Oscar Dunn,

tendaient vainement l’arrivée du fardean qu'ils devaient monter au village.

Plus de sept cents loups-marins gisaient

là, sur la glace, et c'était encore horriblement{

beau que de voir cette animation, ce va et

vient, toute cette vie de fourmillière où hom-!

mes et dépouilles de bêtes se confondaient dans un ensemble qui prenait, du village, des aspects fantastiques. C'était là, assurément,

le plus joli tableau, genre marin, qui se soit. jamais vu. Quel vaste sujet pour un peintre!

épris de l’art! Quel beau drame à faire, et!

que nous voudrions bien avoir le talent des:

criptif d’un Victor Hugo, ou d’un Jean Riche-! pin, deux amants de la mer et de ses drames!

pour montrer,dans toute sa sauvage grandeur, le poëme épique qui se déroulait, vivant, sous

les regards de tous.

Pendant qu’on se disputait les richesses!

de la mer, richesse d’un moment comme touti ce qui est de la terre, pendant qu’on chargeait,! en se disputant, les lourds ballots de graisses! sanguinolentes amassés avec peine, on ne s'i percevait pas que le vent de terre faisait son

LŒUV

yant nait

Mel

ils la de su chart

( qu'at élect:

hban.

fardea ouvre, et que la glace, devenue plancher mou:

yant, se détachait lentement de la rive, et pregisaient@uuit le chemin du large.

blement! PR Un cri soudain, pareil à une clameur im-

ce va el ner d

à Mueuse venue de la rive, fit redresser les têtes où hom- | È a doi penchées et toute à leur ouvrage, toute au bc dé ain de l’heure présente, et les regards in- ‘ e ; / : à

ri quiets interrogèrent le village. Les plus rap- 1rément, !

prochés comprirent la situation et, à leur tour, is lancèrent dans l'air un cri désespéré, un cri de suprême appel : ‘“ Sauvons-nous, la glace charrie au large ”!

1i se soit.

1 peintre!

faire, et:

ont des:

n Richedrames!

randeur, 4 ant, SOUS

Ce cri courut, de bouche en bouche, jusqu'au plus éloigné. Ce fut comme un courant électrique, qui pénétra tous les habitants. On hbandonna tout, traînes et amas de peaux, et affolés, on accourut au bord de l’eau. Quelues uns seulement, les plus proches, avaient éussi à sauter sur la berge opposée, et se sauer par Là du naufrage ; les jeunes gens, dans n moment aussi sérieux, disaient aux plus igés : dépêchez-vous de sauter, vous autres qui avez des familles ; quant à nous, eh bien là grâce de Dieu, nous essaierons après vous ;

‘ichessesi me tout!

hargeail,!

graisses} n nes'à isait son!

mais ceux qui étaient au loin, les retardataires, eurent beau prendre leur élan pour fran: chir le fossé liquide, qui les séparait de terre ferme, ils s’arrêtaient frémissants, avec un haut le corps sur le bord de la glace, dé. sespérant pouvoir atteindre le côté opposé ; et pourtant le salut n'était pas loin : à quelques! perches seulement des amis, des parents leur tendaient les mains et l’espace s’agrandissait! de plus en plus, et la distance augmentait.

d'instant en instant. Leur sort devait-il donc! être désespéré ? La mort, les horreurs d’une agonie effrayante, devaient-elles compter sur! leurs proies faciles ? |

La Providence, ici bas, n’est pas une ma râtre et plus d’un en a fait l'expérience. C'est au moment où l’on crie notre désespoir et notre désespérance, c'est à l'heure où l’on na plus foi au lendemain qu'elle parait, conso lante, et nous tend la main, une main qui réconforte quand elle ne sauve pas.

Les gens de terre criaient à leurs parents, terrifiés, désespérés, errant, comme des ombres! privées de raisons sur ia glace flottante th

tiobile : Sauvez-vous ! Prenez les tratnes et

tardatai- 2 ur fran. [R'enez sur l’eau ! Elles vous porteront jusvrait de Man terre :

nts, avec Et les voix répondaient : Secourez-nous ! lace, dé Bcourez-nous ! Au secours ! nous allons péposé; tir! Et ces cris montaient comme une plainquelques Mie immense de la mer, et allaient mourir au nts leur fond du village où l'écho leur répondait par

an dissait!

rmentait t-il donc rs d’une apter sur

des pleurs, des prières et des supplications.

Et les plaintes venaient toujours de la mer,

allant de plus en plus en diminuant, à mesu-

re que la glace entrainée se dirigeait vers le

nord, et sur la grève, les pleurs, les cris, les prières à haute voix, les vœux formulés haute-

ment formaient un sanglot étrange pareil au brisement énorme d'être géant qui agoniseet se meurt.

une ma ace. C’est espoir el ù l’on n'a La foule courait anxieuse, affolée, sur la t, consogrève, portant des lumières, des fanaux, des ain quiftorches enffammées ; on regardait, en frisson- Buant, cette banquise de glace détachée de la Bicrre ferme, immense épave portant plus de s parenideux cerfts personnes, qu’un miracle seul poues oMbréÆrvait sauver d’une mort affreuse, et tous avaient ttante là un père, un mari, un frère, un fiancé !

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