‹ Trois-pistoles [microforme]Chapitre 30 sur 56 · WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y

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Ti semble impossible de donnér tiné nuan. 8

ce de plus à ce tableau de sublime atrocité : Æ il semble impossible aussi de peindre, par L r

des mots, la douloureuse émotion des specta- Æ àt: teurs, pétrifiés à la vue de ces hommes criant Ÿ ne leur désespoir dans la nuit sombre et entrai- Æ ch nés à une mort certaine, à moins d’un miracle Æ co éclatant. Ed

+ À der

Mais une scène étrange se passait à la | Pointe, en face de l’église patoissiale, Pen- 1 dant qu’au large les prières et les larmes se Æ cali confondaient ensemble, et montaient à Dieu 4 lont dans un suprême appel, sur le rivage le Ré- gen vérend Mr Pouliot encourageait son mon. Bain de, ses enfants qui l’entouraient, le sup: Æ pliaient, comme autrefois les disciples aux pieds de Jésus, lui demandant de faire un miracle. ;

Alors il se tint debout sur le rivage, les | deux mains étendues vers ces malheureux, ces ! enfants que le gouffre de la mer semblait re- | clamer comme sa proie. Illes aimait ces hom- Æ mes, illes avait baptisés peut-être, il en avait : mariés plusieurs, et tous étaient ses ouaïlles. :

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Et ce prêtre, semblable à l'ange de mistricorde intercédant sans cesse pour 1a terre, priait tout bas pour eux qui allaient peutêtre mourir cette nuit, périr misérablement, ne devant plus revoir leur village, leur clocher, leur famille, privés même de la dernière consolation de reposer à l'ombre de la croix, dans le même cimetière paroissiale, demeure dernière de tant de parents et d'amis.

Il demandait au ciel d’éloigner de lui ce calice d'amertune, mais il voulait que la vo-

lonté de Dieu se fasse soudain il s’écria : ‘“ à genoux, mes enfants, je vais leur donner la

sainte absolution ” ! et élevant la voix, il dit :

Mes enfants de la bas, qui allez peut-

tre mourir, “ au nom du Dieu Tout-Puissant fau nom de Jésus-Christ, son fils,qui m'a donné

ks pouvoirs de lier et de délier sur la terre, au nom du Saint-Esprit, je vous absous de tous vos péchés. Ainsi soit-il !”

Et la foule agenouillée, smnglotante réphéta : ainsi soit-il !

Le curé, se mettant à genoux, pria avec

La

ferveur, offrant sa vie pour le salut de tous, et promettant au divin Jésus de l’Eucharistie, une communion générale de tous les naufragés, s'Ii les ramenait sains et saufs à terre ferme, 8’Il les rendait à leur famille éplorée, à leur paroisse désolée, à leur vieux pasteur affligé.

Pendant ce temps là, sur la banquise, les naufragés étaient tombés à genoux. D'une commune voix, dans une même pensée, ils demandèrent au ciel de les sauver. Aux heures de gran4 désespoir, il fait bon se tourner là haut, et demander aide et protection à celui qui commande aux élements.

Pendanr ce temps le vent soufllait du sud et poussait la banquise de plus en plus au : large. La terre se confondait, là bas, dans un nuage gris sombre. Bientôt ils aperçurent, à : leur gauche, ile aux Basques, paisible et comme endormie au sein de l'onde amère; plus loin, l’île verte hérissait dans la nuit ses falaises mornes, ses sommets couverts d'épl : nettes sombres.

Plus au large, vers le nord, ils semblaient

e tous, et 1 charistie, s naufras à terre > éplorée, pasteur

juise, les

x. D'une nsée, ils \ux heu- > tourner n à celui

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amère ; nuit ses

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entendre les grondements lugubres. du Sa-

guenay qui se brise sur les larges battures aux allouettes. |

Allaient-ils donc passer toute une nuit d'angoisse et d’agonie sur. ce morceau de glace à la dérive ? Allaient-ils donc se briser sur quelques roches désertes, sur les battures rendues furieuses par le souffle du vent ? Ou bien, leur planche de salut allait-elle se désa-

gréger, et leur donner le fleuve pour dernière demeure 2?

Et les glaces se décachaient, morceaux par morceaux, entrainées à la dérive, allant au hazard, dans la nuit noire et lamentable. Ils promirent alors d'élever un monument au divin crucifié s’Il1 les amenait au port de salut, et ce monument serait une croix gigantesque, qui rappellerait aux hommes de l'heure présente, comme à ceuxde la génération à venir, la faveur insigne d’un sauvetage miraculeux, et cette croix, ils l’élèveraient là où le

souffle d'en haut irait les faire s'échouer sûrement.

Soudain le vent changea, dit l'histoire, et

la banquise parut s'arrêter dans soi mouve. | ment d'aller. Elle semblait obéir à une force

merveilleuse ; une main inconnue la dirigeait la maintenant vers terre. Les naufragés ne le k voyaïient-pas clairement, mais ils le sentaient pour ainsi dire. Un cri de joie immense, un jor cri d'espérance profonde emplit les poumons pl de ces hommes que la crainte terrassait tout Æ h, à l’heure ; et bientôt, l'illusion n’était plus per- 7 mise en face de la réalité, et la banquise, diri- D gée sûrement, venait heurter une pointe de 4 rocher, fail i » lèv:

Ce rocher était ce que l’on appelle les pe- at tites Rassades, entre les Trois-Pistoles et Si- Le, Simon. À neuf heures du soir, tout le mon- l'he de était sauvé, et le délire était partout, et les veil chants et les prières de reconnaissance mon- Le. taient de toutes les demeures vers le Très- L. Haut, qui avait dirigé la banquise et permis que tout ce monde ne se perdit pas, entrainé bien loin ayant eu le sort des débiis de loups En marins, des outils, destratnes et des vieux ca- gois: nots retrouvés jusqu'à Métis, Matane et Let le Rimouski, à plusieurs lieues en bas de Trois Æ fait

Pistoles.

Pas un seul manquait à l'appel: tous avaient regagné terre, et les craintes de deuil lamentable se dissipèrent comme par enchantement,

LouUVé* !

: force rig'eait ne le

aient Le dimanche suivant, c'était le grand

8e, UL À jour de Noël, l’église de la Pointe était rem- MONS À plie. Il y avait là des gens d’ez haut, qu'on t tout n'avait pas vu à l’église depuis plusieurs an- US PET À nées. Tous priaient. On sentait comme le

e, diri” À souffle religieux d’une sainte joie passer sur nte de toutes ces têtes inclinées que la mort avait failli toucher de son aile, et le murmure des lèvres disait la prière ardente des naufragés, les pe- et, de leurs amis et de leurs parents, tous et Si: priant ensemble pour remercier Dieu de P MOT À l'heureux sauvetage des naufragés de l'avant etles Die, les grands miracles de la banquise OP Méchouée, contre tout espoir, sur une pointe Très- À de rocher. | ermis trainé Le curé monta en chaïre et, des larmes loups- À dans la voix, il rappela à l'assistance les anux Ca À goisses de tous, les lears comme les siennes,

he et Trois-

pet les invita à accomplir le vœu qu'il avait Lait pour eux : une communion générale,

Le lendemain pas un ne manquait à .

l'appel, au divin rendez-vous de l’Eucharis- 1 tie. Et, quelques jours après, une énorme croix de bois était bénite et plantée là où : elle est encore de nos jours, là où l’on peut : la voir en passant à bord des chars, sur les d’ Rassades d’en haut, (1)

Salut ! croix sublime. Tu as sauvé le Æ monde et tn le sauves encore, chaque jour, à Æ M ces heures désespérées où l’on n’a plus d'’es- ! de poir qu’en Celui qui t'a portée généreusement ! ici-bas. - L.

pot

Reste là, battue des flots qui ne pourront % que te briser un moment ! Reste debout, au u. large, sur ce rocher désert, témoin du sauve- de

tage de plus de deux cents personnes des Trois- | Pistoles ! Restè-là comme un phare lumineux, : rappelant à ceux qui viendront après nous, que la reconnaissance, qui t’a élevée sur cette pointe aride au sein du fleuve, demande que tu ne sois pas oubliée ni méconnue.

(1) Il y a les rassades d'en bas et celles d’en haut. C4 sont deux rochers arides à une demi lieue de la rive.

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Jour, à 8 d’es- !

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urront put, au sauve-

5 Trois- |

ineux,

nous, r cette de que

Qui sait si, te regardant au loin, un pauvre malheureux n'aura pas une bonne pensée ?

Qui sait si ta vue ne consolera pas plus d'une infortune, plus d’un déshérité ici-bas ?

Oui, oui! reste debout, impassible, immuable et sereine aux jours de tempêtes, comme à l'heure de calmèé où la mer se fait pleine de caresses et de chansons.

Reste là, comme une éternelle prière montant de la terre vers le ciel, non seulement

pour toutes les gens des Trois-Pistoles, mais | pour tous les malheureux de la mer qui-vont

on ne sait où, perdus entre deux abimes: le

| ciel immense, l'immense mer.

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