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CHAPITRE XXII

Le recensement de 1830.— Requête des habitants demandant permission de bâlir une nouvelle église. — Opposition, —Les syndics.— L'église se bâlit dans le cimetière. — L'église d'en bas démolie. —Bénédiction de la première pierre.— Bénédiction solennelle, le 28 juin 1888.— Nouveau presbytère. — Couvent neuf.

Les chantiers étant devenus déserts, et la construction du chemin de fer ayant transporté sur un autre point ses opérations journalières, la population des Trois-Pistoles devait subir un décroissement notable. De 3967 habitants qu'elle était en 1870, elle ne se chiffre plus que par 2872 en 1880. C'est une diminution considérable, de mille personnes en dix ans. Il faut avouer que l’émigration de nos canadiens aux Etats-Unis fit-des ravages là comme ailleurs, et qu'elleentama dans

le vif cette masse compacte d’une population | 8. laborieuse. Il en restait assez pour demander qu'une église nouvelle remplaçât l’ancienne :

on voulait réunir dans un seul et digne mo- | n nument, les deux églises dissidentes qui exis- co taient encore, une sur la Pointe, toute en ruine, ta; et l’autre sur la côte, ouverte au culte depuis M 1853. Monsieur Vézina ne demandait pas vo mieux que de voir sa paroisse dotée d’une Pi église qui fut en rapport avec la richesse des Ri habitants et de l'avenir de la paroisse, Le 3 Æ ge septembre 1881, la grande majo.ité des parois- Let.

siens s'adressaient à Mgr Langevin pour lui demander la permission de bâtir. Le Grand

Vicaire Langevin étant venu aux Trois-Pisto- or les vérifier les allégués de la requête, ainsi que les signatures, il fut d'avis de bâtir une pou église sur l'emplacement même du cimetière tés alors en usage, le seul-endroit qui fut con- | glis venable dans le temps, et son rapport fut ho- Eoom mologué par décret spécial du 24 septembre | raisc 1881. Le Comme toujours, il se fit une opposition de s sérieuse dans la“paroïsse pour entraver les | térêt démarches et le succès du curé. L'opposition %:

dès le début, se fit légale, décidée à gâgner

sa Cause par des moyens avouables,

Du moment que les syndics durent être nommés, les gens opposés à tout projet de construction, voulurent avoir leurs représentants parmi ceux-là qui devx. nt être choisis. Malheureusement le vote ne leur fut pas favorable ; MM. Mag Bélanger, George Rioux, Pierre Deschesne, Alex, Leclerc et Napoléon Rioux furent élus syndics contre Ed. Bélanger, H. D’Amour, Michel Gagné, Eloi Rioux et Cyprien Re iouf.

C'était un premier échec qui ne les dé-

couragea pas cependant.

Le 9 octobre, il fallut acheter un terrain pour y déposer les corps des défunts, enter-

| rés dans le cimetière où devait être bâtie l’é-

glise. Là, encore, une opposition que nous ne comprénons pas ; car enfin il fallait un motif raisonnable pour faire une opposition systé-

| matique. Qu'on se «vise sur une question

de syndics, passe, pourvu que des motifs d’in-

térêt secondaire n’entrent pas dans nos intentions ; mais que l’on cherche à nuire en tout,

partout et toujours à un état de choses qui

s'impose, c’est l’illégalité, c'est le droit d'’ac-

tion dégénéré en abus, c’est la licence. Nous ! nous contenterons de dire ces dernières paro- p les, et nou: >asserons sous silence les scènes à disgracieuses qui eurent lieu aux Trais-Pis- it toles, à propos de l’exhumation des corps. Il | u est de ces choses qu'il faut laisser dans l'ou- | di bli, car elles ne font que jeter de l'ombre sur ) se nos paroisses, à cette heure surtout où pas ) ra n’est besoin de montrer le défaut de-la cui- Æ de rasse à nos ennemis pour. qu'ils en profitent | gn

largement contre nous. Donc, laissons dans l'ombre, vouons à l'oubli ces écarts regretta- k bles, qui gardaïent du passé les grandes lignes PIE arbitraires et acrimonieuses, et parlons de cette église des Trois-Pistoles, aujourd’hui l’orgueil de tous.

Les cadavres furent exhumés et confiés à la terre dans un terrain magnifique, au sudouest de l’église, non loin de chez M. Ths. P. Pelletier, marchand, et l’église commença à sortir de terre. Pour avoir la pierre suffisante les syndics transportèrent à l’entrepreneur la vieille église de la Pointe, qui fut démolie cette année là 1#82, C'était le dernier lambeau d’un

ac passé fertile en événements de tous genres, qui us D s’en allaiten ruine ; ou plutôt,c'était le passé réro- M paré qui venait s’adjoindre au présent plein nes M de promesses, pour consommer dans une union Pis- | intime, pour fondre ensemble à jamais dans J un monument splendide les vieilles haïnes ‘ou- | du passé, les anciens souvenirs de luttes désur | sespérées. Oh ! pourquoi ceux-là de la génépas M ration présente ne l'ont-ils pas compris ? que ne cui- M de larmes et de misères ils se seraient épartent | gnées et auraient épargnées aux autres, fans Lorsque le temps de bénir la première Le. pierre fut venue, Mgr. de Rimouski s’empres- |

e © de monter aux Trois-Pistoles pour y prési- 8 D der la cérémonie, qui fut digne et grandiose ;

hu D était le 8 août 1885. Le 28 juin 1888, l'église était ouverte au culte et bénie solennellebnfiés M ment au milieu d'un concours énorme de | sud: M prêtres et de citoyens venus de toutes les pa- 16. P. D roisses environnantes et d’au loin.

ns L'église toute en pierre mesure deux sante + ù s EE cent neuf pieds de longueur, sur soixante dix st de largeur et quarante pieds de hauteur. Au

d'un & centre, un dôme imposant recouvert en zine, } Q Et # Q “ donne du relief à l’église et complète harmo-

nieusement l’ensemble, avec deux tourelles élevées aux deux extrémités du comble La tourelle du portail est surmontée d’une statue dorée représentant l’archange Gabriëél ce qui est d’un très joli effet. Une descente en pierre, à double issue, s’abaisse du seuil des portes jusqu'à terre, faisant du portail de l’église un des plusjoliset des mieux faits que nous ayons vus

L'église achevée, toute neuve, imposante, véritable monument de grâce et de majesté, il fallait un presbytère neuf qui ne jeta point d'ombre au tableau. Les plans furent faits et exécutés de maïn de maître. Sous la surveillance éclairée d’un homme comme Mr. le curé Vézina, les choses ne pouvaient manquer d'aller bien ; aussi son presbytère est aujourd’hui un ornement pour les Trois-Pistoles.

Restait le couvent de Jésus-Marie, demeure en bois que masquaient l’église et le couvent. C'était téméraire, après tant de travaux coûteux, d'entreprendre une construction nouvelle aussi dispendieuse que celle d’un couvent en pierre. Il y avait alors comme aujourd'hui à la tête de la communauté

une femme d'énergie et d'entreprise, une belle âme et une belle intelligence, à l’égal de celles du pasteur qui les dirige. Ell: se savait aimée du peuple et des citoÿens par sa grâce, son aménité, sa douceur, sa charité envers les malades, et son zèle pour les grandes dévotions au Sacré-Cœur de Jésus, elle voulut réussir, là où Mr. Vézina n'avait eu que des succès. Sans le sou, elle organise un Bazar au mois de juillet, attire tout le monde à elle par ses vues surprenantes, ses bons mots. ses fines reparties et son zèle, fit tant et si bien, que le 5 août 1889, date de la fermeture du Bazar, $1,500.00 étaient tombées entre les mains de St Norbert, la supérieure du couvent. Bien avant cela, les paroissien# des Trois-Pistoles, toujours généreux. lorsqu'il s’agit d’une bonne œuvre, s'étaient mis à travailler à la corvée. On charroyait la pierre et le sable avec un entrain digne des anciens jours, sous la sur-

| veillance de Mr. Vézina, qui n'épargnait,

point son temps ni ses peines. On voyait là,

conduisant des voitures, des avocats, des mar- : chands, des médecins, des vieillards, des cul- | tivateurs et des jeunes gens pleins de zèle et de bonne volonté, Au couvent, on était dans

la jubilation et l’on ouvrait toutes grandes les portes aux ouviiers de la maison du Seigneur, pour les couvier à une table digne et frugale où le bon mot pour rire et les discours ne manquaient pas. L’'Hon. L. P. Pelletier, Nap. Rioux, C. E. Damours, Alphonse Peile- ( tiet, rivalisèrent d’éloquence et de bonnes pa- D ( roles, non ser lement à l’adresse des religieuses l

aimées, mais en l'honneur des vaillants, qui venaient donner généreusement leur travail pour élever, à la gloire de l’éducation, un monument qui sera à l'honneur des Trois-Pistoles.

Le 19 juin 1889, la pierre angulaire était déposée solennellement du côté nord-ouest du, à couvent. Malgré une pluiebattante, ily avait À beaucoup de monde. Les porteurs de la pier- Æ © re étaient MM. Alexis Leclerc, maire, Sévérin o Morency, marguiller en charge; Napoléon Æ ; Rioux, président de la Société St-Jean Baptis- H te et Hubert Morin l'entrepreneur. Il y eut chant, musique et quête dans l’église, quirapporta la jolie somme de $30.00. Décidément, = £ on sait faire les choses bien aux Trois-Pistoles, quand on le veut.

ndes Sei- 1e et OUTS etier, ’elle- $ paeuises qui ‘avail 1 MO- Pisto-

» était st du.

Chaque fois qu’il s’est agi de se montrer généreux pour une bonne œuvre, soit dans leur paroisse, soit pour ailleurs, les gens des Trois-Pistoles ont toujours été à la tête du mouvement. Demandez aux paroisses de St-Eloi, de Ste-Françoise, de $St-Cimon, et de St-Modeste, d’où leurs sont venus les secours bienveillants pour aider à la construction de leurs églises, si ce n’est des Trois-Pistoles. La fabrique même, toujours dans les bonnes affaires, grâce à l'administration économique des prêtres et marguillers, se rmontra généreuse pour le Séminaire de Rimouski et pour le couvent des Trois-Pistoles ; jusqu'à la société St-Jean-Baptiste qui donna dans le mouvement et sut mettre à profit la générpsité bien connue de ses membres. Trois-Pistoles est une paroisse croyante, où la foi et la piété sont vivaces, signes évidents d’une génération forte, qui ne peut craindre le sort des paroisses où la foi se meurt, :’'égoisme y florissant.

Une chose qui fait plaisir à voir, c’est la grande et belle dévotion au Sacré-Cœur de Jé6sus pour laquelle les Sœurs de Jésus-Marie ne cessent de ne se donner du trouble. C'est un

bel exemple à suivre, à cette heure pénible où le monde semble marcher dans les ténèbres, ce monde qui se vante tant d’être de ce siècle appelé le siècle de lumière. N’ayons pas honte d’arborer l'étendard sacré. Charette et Garcia Moreno nous ont donné, dans ces temps difficiles, le plus noble encouragement à ne pas rougir des idées religieuses, qui sont notre force et qui feront notre avenir.

Aux Trois-Pistoles, on peut avoir l’esprit prompt, léger parfois dans les questions grayes d’au jour le jour, mais le zèle pour les cho. ses de Dieu n’y manque pas. Ce sera à l’éternel honneur de la paroisse d’avoir eu de grands écarts, qui ont été réparés dignement dans la suite.

Le passé est mort, on l’a enterré avec la déntolition des monuments de discordes. Rien aujourd’hui ne rappelle plus au souvenir des paroissiens les misères d’antan ; au contraire, de véritables monuments de paix et de concorde disent à tous les passants que le règne de la tranquilité est venu pour tous, et qu'aux agitations malsaines du passé ont succédé de fièvreuses démarches pour le bien,

l’aancement et le progrès de la paroisse. A

bres, la Pointe, c’est le désert, là où il y eut tant de iècle ! vie et d'animation. Bientôt un splendide hon- hôtel attirera le touriste, amant du fleuve et Gar- des grèves d’or où les flots viennent mourir. mps M Ons'y amusera gaiement, sans oublier de se e pas raconter, durant les longues promenades sur : for- les flots de la baïe, les souvenirs passés dont ces bords ont été les muets et impassibles tésprit | moins.

2 | Honneur à ceux-là, qui ont été à la peine éter- pour pacifier le peuple! Honneur à ceux-là qui, Lu égarés un moment, sont revenus à de meilleurs sentiments, surpris eux-mêmes de trouver tant ns la ; de consolation dans l’accomplissement d’un devoir que chaque concitoyen se fait un honp la neur d'accomplir.

ien des Nous ne pouvons terminer cette page con- | sans dire un mot de j’homme éminemment t de bon, sincèrement dévoué qui préside aujoure le d'hui aux destinés de la paroïsse, Mr. le s, et Chanoine Vézina. Homme actif et de progrès,

il a à cœur tout ce qui peut conduire à la prospéiité matérielle et religieuse de la pa-

roisse. N’aurait-il à son avoir que les trois monument: dont Trois-Pistoles s’énorgueillit à bon droit, que ce serait assez pour rendre sa mémoire impérissable. On l'aime ; il fait le bien, voilà sa vie.

Puissent ces pages d’un ouvrier de la onzième heure, porter des fruits pour l'avenir. Nous avons montré le rôle d’un chacun sous son véritable jour ; chacun a porté sa responsabilité dans les évènements qui se sont succédé dans la paroisse des Trois-Pistoles ; de cet ensemble, il se dégage de grandes et belles vérités que la génération d'aujourd'hui et celle qui la suivra ne devront pas oublier; il faut de la sagesse partout ; celui qui sème le vent récolte la tempête ; c'est dans le calme et l’activité bien ordonnée que les grandes choses s’accomplissent, et jamaiïs les oppositions factieuses et de parti pris n'ont amené d’heureux résultats.

Nous espérons n'avoir blessé personne.

Le rôle de l'écrivain est de dire la vérité, méme lorsqu'elle est dure à avouer, et personne ne saurait lui tenir un compte sévère d’avoir fait son devoir.

Les ho

(1) dernière

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