INTRODUCTION
Le milieu du siècle dernier fut marqué en France par un redoublement de persécution contre les protestants. La révocation de Tédit de Nantes datait pourtant de soixante-cinq ans. L'expérience était faite. Les mesures de rigueur, bien loin d'extirper Thérésie, ne faisaient que l'enraciner plus profondément dans le sol national. D'ailleurs elles n'avaient plus, comme autrefois, l'excuse du fanatisme ; et le scepticisme frivole et dissolu du duc de Richelieu n'avait rien de commun avec la sombre dévotion d'un Bâville. La tolérance faisait chaque jour de nouveaux progrès. Montesquieu avait publié V Esprit des lois, « ce livre, » dit Vinet, « inspiré au génie par la justice et l'humanité, » et la verve incisive de Voltaire attaquait sans relâche tous les abus. La royauté, de son côté, avait perdu son prestige. Les honteux désordres de Louis XV lui avaient aliéné le cœur de ses sujets; mais les protestants le considéraient toujours comme l'oint du Seigneur et continuaient à donner l'exemple de l'obéissance aux lois, tout en réservant les droits de la conscience. Qu'on leur accorde la liberté de naître, de vivre et de mourir en paix, ils seront contents. Ils ne réclament pas leurs sanctuaires abattus, les assemblées du Désert leur