‹ Trois prédicateurs sous la croix au dix-huitième siècleChapitre 26 sur 31 · Acte de charité · texte numérisé non relu

Acte de charité

A ceux que mon cœur pervertit, Envoyez votre Saint-Esprit Qui des ténèbres me tira.

Aileluya !

Au vrai chemin dont j'étais écarté,

Le Tout- Puissant aujourd'hui vient me mettre.

L'aurais-je cru que ce souverain Etre

Eût eu pour moi cet excès de bonté,

Lorsque j'étais, contre sa volonté,

Préoccupé de mes projets iniques?

Ah ! marche-t-on, par de telles pratiques,

Au vrai chemin dont j'étais écarté ?

JUGEMENT QUI CONDAMNE A MORT TEISSIER(i).

De par le Roy^

Jugement du 17 août 1754 qui condamne le nommii

(i) Dossier du martyr.

308 pièces justificatives.

Teissier dit Lafage convaincu d'avoir fait les fonctions de ministre de la religion prétendue

RÉFORMÉE DANS LA PROVINCE DE LaNGUEDOC ET LES NOUVEAUX-CONVERTIS DES COMMUNAUTÉS QUI COMPO- SENT l'arrondissement ou ledit Teissier a été av.-

RÊTÉ, EN 3,000 livres d'aMENDE APPLICABLE AUX TROUPES QUI EN ONT FAIT LA CAPTURE.

Jean-Emmanuel de Guignard, chevalier, vicomte de Saint' Priest, conseiller du Rof en ses conseils, maître des requêtes ordinaires de son hôtel, intendant de justice, police et finances en la province de Languedoc.

Veu l'arrêt du Conseil d'Etat du 15 Février 1752, portant que le Procès sera par Nous fait et parfait à tous les Ministres et Prédicans qui pourront être arrêtés dans la Province de Languedoc, leurs complices, fauteurs et adhérans, et par Nous jugé définitivement et en dernier ressort avec tel Présidial que nous voudrons choisir, ou le nombre des Gradués requis par rOrdonnance, Sa Majesté nous attribuant à cet effet toute Cour, Juridiction et Connaissance qu'elle a interdit à toutes les Cours, et autres Juges, nous permettant de subdéléguer pour l'instruction des Procès et de commettre pour Procureur du Roi et pour greffier telles Personnes de la qualité requise que nous jugerons à propos; la Commission expédiée sur ledit Arrêt le même jour ; notre Ordonnance du six du présent mois d'août, contenant qu'étant informés que le nommé Teissier dit Lafage, Ministre de la Religion- P retendue-Réformée, avait été arrêté dans le Hameau de Novis, Paroisse de Vabres, Diocèse d'Alais, avec plusieurs Personnes trouvées dans ladite Maison lors de la capture , Nous commettons le S** de la Bruyère notre subdélégué à A lais, pour être par lui procédé à

rinterrogatoire dudit Teissier et de ses complices

duquel les papiers et effets, dont il a été trouvé nanty

lors de sa capture, lui seront représentés à Teffet de les reconnaître et de les parapher avec lui ; notre Ordonnance du 12, par laquelle nous commettons les S" Jausserand Président, Juge-Mage , Fermaud Lieutenant-Principal, Lagarde Conseiller et Solier Avocat du Roi en la Sénéchaussée et Siège Présidial de cette ville; Assier, Farjau fils, Reboul et Coulomb Avocats, pour nous assister aux jugements préparatoires et définitifs qui seront par nous rendus, ledit S"^ Coulomb pour faire l'Instruction et rapport de la Procédure, le S' Faure Avocat et Procureur du Roi de la Maréchaussée, pour faire les fonctions de Procureur du Roi en la Commission, et le Sieur Soefve celles de Greffier principal , avec l'exploit de la signification qui a été faite le treize dudit Arrêt du Conseil , de ladite Commission d'Ordonnances susdites, au nommé Etienne Teissier dit Lafage, Ministre de la Religion-Prétendûe-Réformée, à Jacques, Henry et Magdelaine Novis, et à Jeanne Alibert prétendue femme dudit Jacques Novis; la Requête ou plainte portée par le Procureur du Roi contre ledit Lafage , pour avoir fait les fonctions de Ministre dans Tétendûe de la Province du Languedoc, et d'y avoir été arrêté portant des armes à feu, et contre lesdits Jacques, Henry et Magdelaine Novis,, et lad. Jeanne Alibert, pour lui avoir donné retraite, secours et assistance, avec notre Ordonnance portant que des faits y contenus il sera enquis par devant le S*" Coulomb , et que les effets et Papiers servant de conviction seraient remis devers notre Greffe et demeureraient joints à la Procédure ; Veu aussi un Paquet de Poudre à tirer d*environ un quart de livre, un petit sac de peau presque rempli de Baies de calibre de Pistolets , six grandes Cartouches contenant chacune une charge ordinaire de Poudre et deux Baies de calibre de Pistolet, une petite Cartouche chargée à Poudre et une Baie, une petite poire à

Poudre de Carton, en contenant environ un quart, une petite corne aussi pleine de Poudre à tirer et une Baie séparée de la Cartouche, deux pistolets de selle montés sur cuivre , un Tire-bourre , deux petits collets et autres effets , un petit Registre couvert de Parchemin contenant les Baptêmes et Mariages célébrés par ledit Teissier, depuis le i8 Décembre 175 1, jusques au ^1 Juillet 1754, sept Cayers de petit papier à lettre contenant plusieurs sermons, vingt feuilles de papier séparées roulant toutes sur différentes matières de Religion; cinq autres feuilles sur lesquelles sont écrites différentes Prières ; un état écrit sur trois petites feuilles de papier des sommes que chaque Paroisse doit payer pour les appointements des Ministres et Prédicans; une Délibération du Sinode de 1753 contenant plusieurs Règlements; la copie d'une lettre missive du 9* Avril 1747, écrite aux Ministres du Sinode, au nom du corps des Proposans de la Province, ledit Registre, Sermons, Délibérations, Lettres et feuilles écrites de la main dudit Teissier; deux autres feuilles écrites d'une autre main que celle de Teissier, contenant une exhortation et un sermon ; cinq lettres missives écrites par plusieurs Ministres audit Lafage, en date des 18 Octobre et 27 Novembre 1751, 6 Novembre 1753 et Mars 1754; une lettre Missive en forme d'attestation en faveur dudit Lafage, dattée de Lauzanne le 22 Juin 1751, et signée par trois Ministres; une autre lettre Missive dont l'adresse est emportée dattée du 26 Août 1753 ; trois autres lettres sans datte ni signature dont Tune est à l'adresse dudit Lafage ; rcKtrait en forme d'un Colloque tenu à Valleraugue le le II Août 1748 , signé par un Ministre et par le secrétaire du Colloque ; l'Extrait en forme d'un autre Colloque tenu à Anduse, le 14 Août 1753, signé par un Ministre; un mémoire signé par un Ministre duquel il résulte que ledit Lafage n'avait reçu que vingt-

quatre livres de la Communauté de Valleraugue; un Mandat de six livres tiré par un Ministre sur ledit Lafage; un autre Mandat du 5 Septembre 1753 tiré sur les Eglises de Valleraugue et de Mandagout en faveur dudit Lafage, signé par un Ministre, contresigné par le Secrétaire du Colloque et la copie d'un Placet adressé le 15 Août 1752 à M. de Paulmy; tous lesdits Effets , Pistolets et Papiers annexés à la plainte du Procureur du Roi ; l'Exploit d'assignation donnée à deux témoins; l'information faite en conséquence devant le S' Coulomb, et le jugement par Nous rendu par lequel nous avons cassé par nullité et contravention à l'Ordonnance, les interrogatoires prêtés pardevant le sieur la Bruyère par ledit Teissier dit Lafage, Jacques, Henry et Magdelaine Novis et par Jeanne Alibert, déclare la capture desdits cinq Accusés bien et duement faite, ordonne qu'ils seront écroués, que Técroûe leur sera signifiée, et qu'ils seront ouïs et interrx^és par ledit S^ Coulomb sur les faits résultans des charges; l'Extrait du Verbal de leur écroûe, avec l'exploit de la signification qui leur a été faite dudit jugement et de leurécroiie; les interrogatoires et réponses prêtées par ledit Teissier contenant la reconnaissance qu'il a faite des Papiers et Effets servant à sa conviction , énoncés dans ledit interrogatoire , et paraphés par ledit S"" Coulomb; les interrogatoires prêtés par lesdits Jacques, Henry et Magdelaine Novis, et par lad. Jeanne Alibert; les conclusions du Procureur du Roi et notre Jugement , portant avant dire droit, que les témoins ouïs aux informations et ceux que le Procureur du Roi pourrait faire ouïr, seraient recelés en leurs dispositions et ensuite confrontés auxdits Lafage, Jacques, Henry et Magdelaine Novis et à ladite Jeanne Alibert, lesquels seraient aussi recelés aux interrogatoires par eux déjà prêtés ou qu'ils pourraient prêter, et respectivement confron-

tés si besoin est pardevant ledit S*" Coulomb ; Texploit de la signification dudit Jugement auxdits cinq accusés; \ autre Exploit d'assignation donné à deux témoins pour déposer vérité, être recolés et confrontés; les interrogatoires et réponses de nouveau prêtées par lesdits Jacques, Henry et Magdelaine Novis et par Jeanne I Alibert; le Cayer des recolements des témoins en leurs dépositions et des accusés en leurs interrogatoires; le Cayer des confrontations des témoins et des accusés faites audit Lafage, celui des confrontations faites audit Jacques Novis, celui des confrontations faites à Henry Novis, celui des confrontations faites à Magdelaine Novis et celui des confrontations faites à ladite Jeanne Alibert, le tout des 13, 14, 15 et 16 du présent mois d'Août ; Veu aussi les Déclarations du Roi des premiers Juillet 1680, 23 Décembre 1698, et 14 May 1724; les Conclusions du Procureur du Roi du jour d*hier, les interrogations prêtées sur la sellette par ledit Etienne Teissier et Jacques Novis, et derrière le Bureau par Henry, Magdelaine Novis et Jeanne Alibert, en présence de tous les Juges; Ouï le rapport dudit S*" Coulomb et tout considéré :

Nous de l'avis des Sieurs Jausserand Juge-Mage, Fermaud Lieutenant-Principal, Lagarde Conseiller en la Sénéchaussée et siège Présidial de cette ville, Assier, Farjau fils Reboul et Coulomb Avocats , avons déclaré et déclarons ledit Etienne Teissier dit Lafage, dûement atteint et convaincu d'être Ministre de la Religion Prétendue-Réformée et d'en avoir fait les fonctions dans la Province de Languedoc, pour réparation de quoi le condamnons a être pendu et étranglé jusqu'à ce que mort s'ensuive a une Potence qui sera a cet effet dressée sur la Place de l'Esplanade de la présente Ville ; déclarons tous et chacuns les biens dudit Teissier acquis et confisqués au profit du Roi, le tiers préalablement distrait en faveur de sa femme et enfans s'il en a,

et au cas la confiscation n'ait pas lieu au profit de sa Majesté ; Condamnons ledit Teissier en une amende envers le Roy, de la valeur de la moitié de ses Biens ; et avant faire droit sur l'accusation portée contre le nommé Jacques et Henry Novis, et les nommées Magdelaine Novis et Jeanne Alibert, Ordonnons, sans préjudice des preuves résultantes du Procès contre lesdits Accusés, qu'il sera plus amplement informé contre eux, pendant un mois, et cependant qu'ils tiendront Prison close, comme aussi, ordonnons pour les cas résultans des charges que le nommé Novis père desdits Jacques, Henry et Magdelaine Novis, sera pris et saisi au corps» conduit et mené sous bonne et sûre garde, dans les Prisons de cette Ville, pour y être interrogé par-devant le Sieur Coulomb, déjà commis pour l'instruction de la Procédure , et ne pouvant être arrêté qu'il sera , après perquisition faite de sa personne, assigné à la quinzaine et par un seul cri public à la huitaine suivante, ses Biens saisis annottés et régis par Commissaire , et le Procès à lui fait et parfait, par défaut et contumace, suivant l'Ordonnance, pour le tout fait et rapporté être par Nous ordonné ce qu'il appartiendra. Condamnons les Nouveaux-Convertis de la Communauté de la Salle, Soudorgues, Colognac, Vabres et Saint-Bonnet, formant l'Arrondissement dans lequel ledit Teissier a été arrêté , en une amende de trois mille livres applicable aux Troupes qui en ont fait la capture, suivant la répartition qui en sera par Nous faite ; condamnons ledit Teissier aux dépens du Procès, ceux des interlocutoires demeurant réservés, ensemble la solidarité de ceux dont la condamnation est définitivement prononcée, ei sera notre présent Jugement lu, publié et affiché partout où besoin sera.

Fait à Montpellier le dix-septième août mil sept cent cinquante-quatre.

Signés : De Saint-Priest, Jausserand, Fermaud,

)i4 pièces justificatives.

Lagarde, Assier Farjon fils, Reboul et Coulomb.

L'an mil sept cenl cinquante quatre, et le 17^ août^ sur les réquisitions de M^ le Procureur du Roy en la Commission, et en présence de M»* Coulomb Rapporteur^ le préscnl Jugement a été là, et prononcé a deux heures après midy au nommé E. Teissier dit Lafage, prévenu^ et exécuté à six heures après midi , sur la place de V Esplanade.

Signé : AuRÉs, Greffier.

A Montpellier, De Tlmprimerie d'Augustin-François Rochard seul Imprimeur du Roy. 1754.

DÉPENSES POUR LE MARTYRE DE TEISSIER (l).

Le procureur du roy en la commission demandeur en îaxe desd. depans auxquels le N® Estienne Teissier dit Lafage, Ministre, fut condamné par votre jugement du dïK-sept du présent mois d'aoust :

Pour le bouillon et autres fournitures, faites audit Teissier au fort d'AIais, suivant V6iAi certifié par M. Montalet major,

cy 7* 5''9^

Au S' Privât, appoticaireà Alais , pour

diiïérentes drogues servant aux panse-

meiis dud. Teissier, suivant l'état par luy

remis, cy 3 » »

A îa nommée Gleize, hôtesse de Fonmagne,

pour la halte du Ne Teissier et autres

prisonniers, suivant un certificat de M . de

(0 Celte pièce, tirée du dossier du martyr, a paru dans le Balkiin du protestantisme, t. XXX, p. 12 $-128.

PIÈCES JUSTIFICATIVES. JIJ

Persange, lieutenant général du régiment

de Normandie, cy 25 » »

Au chirurgien-major du régiment de Normandie, pour les peines et soins qu'il a pris dudit Teissier, pendant son séjour au fort d'Alais, et pendant la route jusqu'à la citadelle de Montpellier, cy.. . 72 » »

Au S"^ Cairon , exempt de la maréchaussée à Alais, qui a escorté les prisonniers jusqu'à Sommières ou pour son retour à 8*1. par jour, cy 16 » »

A trois cavaliers de la même résidence,

deux journées chacun 5 1. par jour, cy. jo » »

Au sieur Bonet, brigadier à Sommières, une journée pour la même escorte, cy. 7 10 »

A quatre cavaliers de la même brigade, une

journée chacun à 5 1., cy 20 » »

Au S"^ de la Bruyère , subdélégué à Alais, pour avoir receu les interrogatoires des cinq accusés cottes N<^ 2, j, 4, 5 et 6, cy 30 » »

Au S*" Ollivier son greffier pour les mêmes

interrogatoires, cy 15 » »

A un exprès envoyé par led. S^ de la Bruyère à M. rintendant pour porter lesd.

interrogatoires, cy 6 » »

Au S»" Rigal, voiturin de cette ville, pour le louage de deux carrossins qui ont été prendre le S"^ Teyssier à Alais, avec les autres prisonniers, à quoy ils ont employé quatre journées chacun à 18 I. par jour, cy 144 » »

Aux entrepreneurs des voitures des troupes pour 427 journées de chevaux de selle et 22 de trait, y compris les retours, qu'ils ont fourny aux 'officiers des

3 l6 PIÈCES JUSTIFICATIVES.

différents détachemens qui ont escorté ledit Teissier et les autres prisonniers, suivant l'état par eux remis, ce qu'il

plaira à M. l'intendant Néant

Au procureur du roy, pour la dresse de sa

requête en plainte cottée N° 8, cy. . . 12 »

Au S*" Coulomb, commissaire, pour avoir receu l'information cottée N® 35 composée de quatre témoins, cy 8 »

Au S' Aurès, greffier, pour la même information, cy 4 »

Au S^ Faure, procureur du Roy, pour ses conclusions sur le décret, cy 4 »

Au S'" Coulomb, pour la dresse du jugement qui décrète les cinq accusés, cy. . 6 »

Au Sf Coulomb, pour l'interrogatoire de Teissier cotté No 37, cy . 6 »

Au S' Aurès, greffier, pour le même interrogatoire, cy 3 »

AuJ. S' Coulomb, pour l'interrogatoire de Jacques Novis cotté N° 38, cy. . . . . 6 »

Aud. S*" Aurès, pour le même interrogatoire de Jacques Novis cotté N° 38, cy 6 »

Aud. S*" Aurès, pour le même interrogatoire, cy 3 »

Aiid. S*" Coulomb, pour l'interrogatoire d Henry Novis cotté N° 39, cy. ... 6 »

Aud. S*" Aurès, pour le même interrogatoire, cy 3 »

AuJ. S'' Coulomb, pour l'interrogatoire de

Magdelaine Novis cotté N041, cy. . . 6 »

Aud. S' Aurès, pour le même interrogatoire, cy ? »

Au procureur du Roy pour ses conclusions sur la forme de procéder, cy 4 ^

Au S»" Coulomb, pour la dresse du jugement de forme de procéder, cy. . . . 6 » I^

Aud. S*" Coulomb, pour le second interrogatoire de Jacques Novis cotté N° 45, cy 6 ^ Ti

Aud. S»" Aurès, pour le môme interrogatoire, cy 3 ">' B

Aud. S"^ Coulomb, pour l'interrogatoire de

Magdelaine Novis cotté N° 47, cy. . . 6 y> »

Aud. S"" Aurès, pour le même interrogatoire, cy 3 ^ ''

Aud. S' Coulomb, pour l'interrogatoire

d'Henri Novis cotté N° 48, cy 6 )■ »

Aud. S»" Aurès, pour le même interroga- .toire, cy 3 j^ >»

Aud. S*" Coulomb, pour avoir receu les neuf recolements compris au cayer cotté N®. 49, cy 18 n n

Aud. s' Aurès pour les mêmes recolemens. 9 » »

Au s' Coulomb pour avoir receu 40 confrontations suivant les cayers cottes n<*» 50, 51, 52 et 53, cy 160 >* u

Aud. s' Aures pour les mêmes confrontations, cy 80 )^ j?

Au s»" Faure, procureur du Roy, pour quatre journées par luy employées à faire faire l'instruction de la procédure ou pour vérifier les papiers du ministre. . . Néant

A Odierne, huissier en la cour de Montpellier pour cinq journées par luy employées à la suite de M. le commissaire pour assigner les témoins et signifier les jugemens, cy , . 30 » i>

Au procureur du Roi douze sols pour le papier timbré qu'il a employé pour les copies des assignations à témoins, cy. . » 12 s»

3l8 PIÈCES JUSTIFICATIVES.

AU même dix-sept livres dix sols qu'il s Avancées aux témoins pour leur taxe suivant le cayer d'information et les copies, cy 17 lo »

Au s' Vivarès, hocqueton de M. Tintendant, pour avoir conduit les cinq accusés au dernier interrogatoire 12 » »

A ux nommés Nadal, Maule, Commeigne et Boudon, cavaliers de la maréchaussée, qui ont prêté main forte aud. s' Vivarès et fait tout ce qui est nécessaire pour inexécution, cy 20 » »

Au procureur du roy pour ses conclusions définitives, cy ij6 » »

Au s' Aurès pour avoir receu les cinq derniers interrogatoires sur le selette au s' Coulomb pour le rapport, cy. . . . 30 » »

Au s' Coulomb pour le rapport, cy. . . . 200 » »

Aux s*"" Jausserand, Fermaud, Lagarde, Assier, Farjon fils et Reboul, cy. . . . 300 » »

Au s' Soëfve, greffier principal, cy. ... 136 » »

A l'exécuteur de la haute justice trente livres que led. procureur du Roy luy a fait payer pour l'exécution dud. Teissier, cy 30 » »

Pour la potence et Téchelle, cy 20 » »

Au s' Boûet, brigadier de la maréchaussée à la résidence de Sommières, pour deux journées par lui employées pour prêter main forte à l'exécution, cy 15 » »

Aux n*' Gounel, Barbut, Poyssarel, Bassège, Julien et Munie cavaliers des brigades de Montpellier, qui ont assisté à l'exécution Néant »

Au nommé Coste, concierge de la citadelle, pour son droit de geoUe ou pour

la nourriture et le lit qu'il a fournis aud.

Teissier, ou aux garçons chirurgiens qui

Tont gardé pendant cinq Jours , suivant

Tétat par luy remis 14 8 6

Au s' Bourquenot, M* chirurgien, qui a

pansé ledit Teissier pendant cinq jours. 48 » » Aux garçons du s' Bourquenot qui ont

servi aux dits pansemens 24 » «

Au secrétaire de M. Coulomb comm'«

rapporteur 12 » »

Au secrétaire de M. Faure procureur du

Roy, cy 6 » jï

1833» 98 jd

COMPLAINTE SUR LA PRISE DE M. LAFAGE, PRIS LE 4 AOUT 1754, ET EXÉCUTÉ A MONTPELLIER LE 1 7 DU MÊME MOIS (l).

Quand fera-t-on cesser la barbare fureur De poursuivre en tous lieux les enfants du Seigneur? Est-ce par les gibets, le fer, le feu, les flammes, Que notre Rédempteur a ramené les âmes ?

(i) Charles Coquerel, Histoire des Eglises du Désert, t. II, p. J7 1-584. Voir aussi Crottet, Histoire des Eglises réformées de Saintonge. « Plusieurs de ces stances, » dit Coquerel « sont d'un style rude et même trivial; mais l'ensemble forme une composition des plus remarquables. Le morceau de Tapparition, en quelque sorte épique, des parents du martyr dans la prison ^ l'allégorie biblique qui l'accompagne, fait bien voir comment \a poésie populaire rencontre les eifets d'un art habile dans ses naïves inspirations... On y remarquera l'empreinte de vive ferveur, l'absence de toute exaltation camisarde, et surtout l'absence de toute superstition. «

Ou bien s'est-il servi, dans cette occasion, De Pacharné soldat, du furieux dragon ?

— Si vous étiez, Messieurs, la véritable Eglise Que notre Rédempteur par son sang s'est acquise,

Pourquoi ne pas marcher dans la même équité?

L'Eglise doit toujours agir par charité.

Cette belle vertu, si sainte et si sacrée,

Est elle, parmi vous, constamment pratiquée ?

Témoin soient nos troupeaux errants dans tout pays, Nos pasteurs exilés, nos temples démolis ; Témoin les prisonniers, les forçats des galères. Qu'on ne peut regarder qu'avec larmes amères.

Hélas 1 pourquoi sont-ils dedans ces tristes fers >

— C'est pour avoir servi le roi de l'univers. Quoi ! sont-ils devenus d'un tel cas les victimes ?

— Oui, car dès aujourd'hui, c'est le plus grand des Crimes.

Tuez, volez, jurez le nom sacré de Dieu, Vous aurez votre grâce en tout temps, en tout lieu. Chantez au dieu Bacchus une chanson à boire.

Vous serez applaudi d'éternelle mémoire.

Chantez un hymne saint à l'honneur du Seigneur, L'on vous regardera comme un perturbateur.

Qui veut troubler l'union avec la paix publique. Chantez de Mahomet l'AIcoran impudique,

Chacun écoutera d'un regard gracieux Celui qui lui tiendra des discours odieux; Mais un sermon prêché par un digne ministre ' Sera taxé d'abord comme un cas bien sinistre.

Lafage, ce pasteur qui voulait en tout lieu Prêcher la vérité, la Parole de Dieu, Fut accusé d'abord par des traîtres perfides D'être rebelle au roi aussi bien qu'à l'Eglise.

Lors furent détachés quinze ou vingt bataillons Pour chercher ce pasteur dans toutes les maisons. Les traîtres sont payés ; soudain la somme est prête Pour ceux qui, sans délai, livreront cette tête.

El l'on vit à l'instant ces perfides Judas, Livrer ce bon pasteur en la main des soldats. Voilà la charité que l'on met en usage I Ce chemin me conduit jusc(Ti'à toi, cher Lafage,

Illustre confesseur, martyr du Roi des rois, Qui m'as su si charmer aux accents de ta voix. Hélas! pourquoi faut-il qu'avec larmes amères, Je fasse le portrait de toutes tes misères ?

Pourrais-|e le dépeindre avec un air serein ? Mais ma plume à ces mots me tojnbe de la main. Mes yeux, mes tristes yeux, sont deux vives fontaines. Je sens mon sang glacé jusqu'au fond de mes veines^

Je sens évaporer mes esprits et mes sens, Affaiblir ma mémoire, énerver mes talents.

J'ai besoin de ta grâce, ô Jésus, mon doux frère, Pour tracer ce tableau affreux, mais salutaire.

Pour ceux qui ont désir de souffrir de bon cœur, Pour ta divine loi, comme ce cher pasteur.

Rappelez-vous, mes sens; mon cœur, reprends courage! Allons voir derechef notre martyr Lafage,

Au hameau de Novis, par un bras criminel.

Etendu sur un toit, percé d'un coup mortel ; Vois ce sang innocent, sortant de ses artères, Qui le font découvrir à ces incendiaires.

Vois ce traître Judas, par l'argent possédé.

Qui porte les cordons dont il est attaché.

Vois la désolation d'une pauvre famille Pour avoir accordé au pasteur un asile.

Comme des malfaiteurs cruellement liés Et conduits en prison dans la ville d'Alais.

Notre pasteur, lié et marchant sous les armes, Voit le long du chemin son troupeau en alarmes.

L'un lui criait ces mots : « Adieu, mon cher pasteur! »' Et l'autre se prenait de plainte et de douleur. Notre pasteur, touché jusques au fond de l'âme, Leur répétait ces mots, d'un cœur rempli de flamme :

)aa PIÈCES JUSTIFICATIVES.

K Faites cesser vos pleurs, mes fidèles brebis. Assurez-vous toujours au Seigneur Jésus-Christ. Pleurez sur vos péchés contre ce divin Etre, Car je me trouve heureux de souffrir pour mon Maître.

a Si VOUS avez pour moi quelque ressouvenir, Bien loin de murmurer, tâchez de le bénir.

De bon cœur, comme Isaac, je m'offre en sacrifice; Je triomphe par foi de Thorreur du supplice.

41 Et tous ces ennemis, cruels et inhumains.

Ne font rien qu'avancer mon bonheur par leurs mains. »

Arrivé dans Alais, Monsieur de Beauteville

Reçut notre martyr aux portes de la ville,

Faisant auprès de lui de sa troupe un renfort. Pour conduire plus sûr le pasteur dans le fort. Une noire prison, sans clarté, sans lumière, Kut le lieu qu'on choisit, comme on fit à saint Pierre.

Maïs l'ancre de sa foi, mise sur le Très-Haut, LVt:lairait dans son cœur, dans son affreux cachot. D^ux jours s'étaient passés pendant sa détenue; Deux objets de son cœur s'offrirent à sa vue.

Il vit, devant ses yeux, deux illustres vieillards Qui vinrent tout tremblants lui fixer leurs regards. H 1^1 as ! c'étaient ceux-là dont la Toute- Puissance S'i^Lait voulu servir pour lui donner naissance.

Ce n'étaient point parents ou amis affligés ;

C'étaient ses tendres père et mère désolés.

— (î Est-ce toi, mon cher fils, cher objet de mon âme? »

Lui disait, en pleurant, d'un zèle plein de flamme.

Ce cher père, accablé sous le fardeau des ans. .1 Oh ! que je sens pour toi de rigoureux tourments ! Comme le bon Jacob je m'en vais, dans peu d'heures, Descendre avec douleur dedans la sépulture.

(I je n'ai que deux enfants, Joseph et Benjamin. L'uji ne va être plus. Que je meure soudain 1 Oui, que je meure enfin, puisque j'ai vu ta face. Mais^ ne m'est-il permis, cher fils, que je t'embrasse,

« Pour te donner ma paix dedans ce triste lieu, Et' pour te consoler dans mon dernier adieu ? » Ces mots finis, on vit cette mère affligée, Jetant des cris perçants, tremblante, désolée,

Comme Ton vit jadis la mère de Roussel

Qui faisait le portrait de la triste Rachel.

a Mon cher fils, » lui dit-elle, « objet de ma tendresse^

Je ne puis t'exprimer la douleur qui me presse.

« Quoi! faut-il qu'un objet, que j'aime tendrement, Qui faisait mon bonheur et mon contentement, Se présente à mes yeux, dans cette grotte obscure^ Pliant dessous ses fers, percé d'une blessure ?

M Et, pour comble de maux, tout son corps humecté De son sang innocent goutte à goutte versé !

Viens venger, ô bon Dieu, ce sang plein d'innocence. » — « Chère mère, laissez agir la Providence.

« Puisque tel est mon sort, de moi consolez-vous! Pliez sous ses décrets ; mettez-vous à genoux. Et vous, mon très cher père, objet de ma tendresse. Imitez Abraham dans sa triste vieillesse;

'.t Qui, n'ayant qu'un enfant que l'on nommait Isaac*

Va le sacrifier au mont de Morija.

Il va l'ofl'rir à Dieu sur cette haute cîme,

Parce qu'il se l'était réservé pour victime,

« Et ce cher fils, tout près de descendre au tombeau, Offre son jeune sein au barbare couteau.

C'est la foi qu'Abraham eut à l'Etre suprême. Qui le fit s'écrier au dedans de lui-même,

» Et qu'il dit à son fils : » Marchons au Morija, Nous n'avons point d'agneau, mais Dieu y pourvotni. li Dieu ne vous commet point, dans cette épreuve exiréme, De me sacrifier de vos propres mains même ;

« Mais il veut maintenant éprouver votre foi Sur cet ardent amour que vous avez pour moi.

Je suis donc cet Isaac que l'Eternel réclame. Espérez donc en Lui du profond de votre âme.

« Laissez, laissez-moi donc m'ofifrir en aspersion Pour les saints intérêts de ma religion.

Exhortez-moi plutôt à lui être fidèle, Fuî$t;ue vous voyez tous que le Seigneur m'appelle

A sceller de mon sang la sainte vérité, Comme tant de martyrs dedans Tantiquité.' Laiïsez^moi donc jouir des fruits de ma victoire Qui me doit procurer la couronne et la gloire.

^ Ailex-YOus-en en paix, chers objets de mon cœur, Laissez-moi reposer dans les bras du Seigneur. Je me tourne vers vous, ma douce et tendre mère. Qui ressentez pour moi une douleur amère,

u Ayez dans votre cœur cette espérance-là, Qu'un jour, dedans le ciel, Dieu nous réunira. Dieu vous donne la paix, je vous le réitère. » — Sur cela le major, qui témoin oculaire

De la conversation des pauvres affligés ,

Leur dit, d'un ton fort doux : a Vous êtes satisfaits

D'ûvoir vu votre fils, Messieurs, il faut comprendre

Qu'il faut sortir du fort. Messieurs, sans plus attendre. »

Notre pasteur resta alternativement Encore vingt-six jours (i), attendant le moment Que l'on eût rassemblé la nombreuse cohorte, Qui venait de partout pour lui servir d'escorte.

Enfin, le temps venu, tous ces enfants de Mars ViiitiiiL'nt, dans une nuit, investir les remparts, Crai^'nnnt qu'il ne survînt quelque ange de lumière Pour ouvrir la prison, comme il fit à saint Pierre,

Quoique, au temps d'aujourd'hui, de tels événements Ne viennent plus frapper ni nos yeux, ni nos sens; Nous devons conclure qu'on était plus rigide Pour conduire un pasteur que pour un parricide.

(t) En réalité, Teissier ne resta que six jours à Alais, du <j au ^oir nu 1 1 au m^tjn,

Notre très bon pasteur partit accompagné Avec ceux du hameau qu'on avait arrêtés.

Huit à neuf cents soldats, les yeux pleins de furie, Acharnés comme d'ours lui tiennent compagnie.

La terre frémissait de leurs imprécations.

Ils semblaient des démons sortis de TAchéron. Les mots de camisards et des termes semblables N'étaient pas épargnés par ces abominables.

« Tu pleures, » disaient-ils, « tu pleures ton curé. Il sera, dans trois jours, pendu et étranglé. Et si l'exécuteur de la haute justice Manque dans Montpellier, je ferai cet office. »

O ciel, ayez horreur d'un tel raisonnement; Trouverait-on jamais, chez les mahométans, Quoique ennemis jurés de la loi du Messie, Un monstre qui portât si loin la perfidie ?

Poursuivons notre route et marchons plus avant. Voyons-les arriver au lieu de Lédignan.

C'est là qu'on voit sortir une troupe innombrable De protestants réduits dans un sort déplorable,

Les yeux fixés ati ciel, perçant le firmament. Demandent au Seigneur de faire jugement Du traitement cruel commis contre leurs frères. Le prenant à témoin de toutes leurs misères ;

Qu'il venge sans délai le sang de ce pasteur Qu'on traitait devant eux comme un perturbateur. L'on entendait partout crier : « Monsieur Lafage, Dieu veuille vous armer de force et de courage

a Pour repousser les traits de vos fiers ennemis ! Dieu mettra bientôt fin à vos tristes ennuis. Servez, servez d'exemple à tous vos pauvres frères Qui sont les compagnons de vos tristes misères.

« Tracez-leur le chemin du royaume des deux, C'est bien là, cher pasteur, le comble de nos vœux. Notre pasteur quitta cette troupe affligée, A la crainte, aux transports, au désespoir livrée,

En les remerciant de leur attention Qu'ils avaient fait paraître à son occasion, Et les regardant tous d'un regard favorable, tt Je prie, » leur dit-il, u le Sauveur adorable

« Qu*il éloigne de vous, les fléaux réitérés Dont sont atteints déjà vos frères réformés.

Souvenez-vous de moi dans vos saintes prières. » Soudain Tescorte prit le chemin de Sommières.

On entendait partout retentir les échos Des cris du commandant qui parlait en ces mots : « Serrez, serrez vos rangs, serrez vos baïonnettes. Repoussez vivement, et à gauche et à droite,

« Quiconque abordera notre détachement ; Car je crains aujourd'hui quelque soulèvement. Les gens de ce pays sont des gens redoutables ; Ils ne marchandent pas sur des choses semblables.

tt Le nom de Lédignan me donne la terreur; Prévenons par nos soins ce funeste malheur. » Tu devais ajouter, âme lâche et craintive, Que le méchant s'enfuit avant qu'on le poursuive.

Car ceux qui sont fondés sur le divin Rocher N'ont rien à redouter de ce bras de la chair. A Sommière arriva cette troupe meurtrière, A six heures du soir, couverte de poussière,

Les armes sur le bras, tous les tambours roulant Comme s'il s'en allait d'un combat sanglant.

Dedans un carrossin soudain on vit paraître Le fidèle martyr de Jésus, son bon Maître,

Qui toujours l'air serein et maître de ses sens,

Faisait salutation à tous les assitants.

Le voilà arrivé dedans la citadelle

Qui sera le tombeau de ce martyr fidèle.

C'est ici, cher pasteur, que, avant ton trépas, Tu vas être livré à de rudes combats.

Je vois déjà venir les compagnons d'Ignace, T'attaquer vivement, comme on fait une place ;

Une croix à la main venant pour l'exhorter A marcher sur les pas du perfide Fléchier Qui sut adroitement se tirer d'esclavage.

En jouant d'Arlequin le subtil personnage.

Cet apostat, saisi de crainte et de terreur.

Au premier coup porté renia son Sauveur.

Notre illustre héros, soutenu par sa grâce, Veut mourir pour son Dieu, quelque chose qu'on fasse.

Le bourreau, le gibet, rien ne l'étonnera.

Il veut, avec Jésus, monter en Golgotha Et finir sur un bois son innocente vie.

L'événement fait voir ce que l'on certifie.

Le lendemain matin on fut à sa prison.

On parle, on l'interroge, on entend ses raisons.

— Btes-vous, lui dit-on, le ministre Lafage?

— Je le suis, répond-il, d'un ton prudent et sage.

— Prêchez-vous au Désert, Monsieur, depuis longtemps ?

— Oui, Messieurs, j'ai prêché pendant plus de quinze ans.

— Où avez- vous, Monsieur, formé vos assemblées ?

— Dans les bois, dans les champs, dans toutes les contrées.

— Avez-vous marié, baptisé des enfants ?

— Oui, Monsieur, répond-il, en tous lieux, en tous temps ♦

— Monsieur, le roi défend de faire un tel office.

— Le Roi des rois le veut, il faut que j'obéisse.

— Monsieur, suivant les lois, vous méritez la mort.

— Je l'embrasse avec joie, puisque tel est mon sort.

— Rétractez-vous, de grâce, Monsieur, je vous en prie* Nous faisons nos efforts pour vous sauver la vie.

— Monsieur, je suis sensible à toutes vos bontés. Mon Sauveur est bien mort pour mes propres péchés; Et pour lui témoigner juste reconnaissance,

Je dois mourir pour lui d'un cœur plein de constance.

— Nous allons travailler à votre jugement.

Si vous restez. Monsieur, dans votre sentiment.

— Travaillez-y, Messieurs, et avec diligence; Hâtez cet heureux temps; terminez ma souffrance.

— Nous le ferons, Monsieur, dirent-ils en sortant, Après l'avoir tous bien salué humblement, Etant tout ébahis et réduits au silence D'apercevoir en lui une telle constance.

Enfin, le temps venu de son délogement , Les juges assemblés portent le jugement, Viennent dans la prison lui lire la sentence, Qui était assez ample et portait en substance :

n Que les arrêts donnés en tel mois, en tel temps , Mar ordre de la cour contre les prédicants.

Qui seront convaincus d'avoir prêché en France La loi des réformés seraient, par contumace,

« Condamnés à la mort, pour réparation De désobéissance et de rébellion.

Nous donc, selon l'avis de ladite ordonnance, Lt trouvant convaincu de désobéissance

a Sieur Etienne Teissier, ministre protestant, Pour avoir enseigné et prêché ci-devant La loi des réformés dedans cette province Contre tous les édits donnés par notre prince,

" Se trouvant prévenu, nous l'avons condamné D'être, pour un tel cas, pendu et étranglé. » Ce sont les jugements qu'on fait et qu'on publie. R^ste à savoir si Dieu au ciel les ratifie.

E^our moi, je suis de ceux qui ne le croient pas. Notre martyr, voyant avancer son trépas, Lève les yeux au ciel plus brillant que d'étoiles, De ces vastes lambris perce toutes les voiles,

Demande à son Sauveur sa grâce et son secours Jusqu'au terme expiré que finissent ses jours. Pendant quatre heures il fut dedans cette attitude, Prosterné à genoux dedans la solitude.

S& voix et ses élans, en cette occasion, Faisaient, de tous côtés, retentir la prison. Enfin, le temps venu pour aller au supplice, Voici l'exécuteur de la haute justice,

Suivi par les archers qui viennent promptement Le tirer de prison pour aller au tourment.

Il sortit de ce lieu, d'un air tout séraphique, Ses yeux levés au ciel, chantant un saint cantique.

Mais, comme il poursuivait ce psaume ravissant, Trois ignaciens portés s'offrent incontinent. « Retirez-vous, Messieurs, de grâce, je vous prie, Car je n'ai nul besoin de votre compagnie.

« Mon Sauveur me soutient dans mon rude combat^ Il veut être avec moi jusques à mon trépas.

Jusqu'au dernier soupir, je lui serai fidèle. » Ayant fini ces mots, il aperçut l'échelle.

u O mon âme, voici le chemin glorieux Où il te faut passer pour aller dans les cieux. C'est ici de Jacob cette échelle mystique Où allait et venait la troupe séraphique.

« Hâtons-nous de monter, courage, je le vois Me tendre ses deux bras, par les yeux de la foi. » Sitôt qu'on aperçoit ce martyr vénérable La terre retentit d'un bruit épouvantable

De trente-deux tambours, incessamment roulants, Pour énerver sa voix à tous les assistants.

Arrivé au poteau, ce généreux fidèle .

Se mettant à genoux, tout au pied de l'échelle,

Demande, derechef, à son divin Sauveur, Dans son dernier moment, sa grâce et sa faveur : Qu'il n'avait qu'en lui seul toute son espérance. Et qu'il mourait pour lui d'une ferme constance.

Etant près d'expirer, sitôt l'exécuteur

Lui dit s'il le voulait pardonner de bon cœur.

« Dieu m'est témoin, » dit-il, « comme je te pardonne,

Je ne veux point de mal à aucune personne. »

Puis, élevant sa voix et ses yeux vers le ciel, « Père, » s'écria-t-il, « tout puissant, éternel. Mon cœur s'élève à toi, d'un zèle plein de flamme ; Entre tes saintes mains, je viens rendre mon âme. »

Ainsi finit ses jours ce fidèle- pasteur,

Pour aller posséder le céleste bonheur.

Ne pleurons plus son corps enfermé dans la bière

El Jûns le noir cachot de l'affreuse poussière;

M a'is, au lieu de tirer des larmes de nos yeux, Contemplons son bonheur et soyons-en joyeux.

Tâchons^ tâchons plutôt d'imiter sa constance, Son zi^le pour son Dieu, sa foi, son espérance;

Et, si Dieu nous appelle à souffrir pour son nom, Dûtis ce temps plein d*horreur et de persécution. Sou [Irons sans murmurer les combats, les galères El la mort, s'il le faut, fidèles, mes chers frères.

On Jit en note : « Cette complainte a été composée par Lapierre, proposant, au Désert, en septembre i/^- n pouvait en parler savamment, car il avait toujours survt M. Lafage jusqu'à sa mort, »

Troi^ ans après, un auteur inconnu voulut la corriger, ti essayant, » dit Jules Bonnet, « de refaire à froid ce qui ne se refait point, la naïve inspiration d'un cœur ému qui touche en dépit des règles. » Il réduisit la pièce à soixante-huit strophes, et fit précéder sa version des lignes suivantes : « Cette relation avait déjà paru sous une forme tout à fait irrégulière. On y remarqua un style aussi peu relatif à la nature du sujet que contraire aux règles de la grammaire et de la poésie. Une matière touchante était faite pour attendrir les cœurs les moins sensibles, et elle avait produit un effet tout différent. On a cru devoir sauver cet ouvrage informe du péril où l'exposait la négligence extraordinaire qui régnait dans son tour et ses expressions. Le canevas en a paru bon et fertile. On y a reconnu un nombre considérable de pensées dont le sel se perdait dans l'insuffisance des falents poétiques de Tauteur- On s'est intéressé à ce motif, et c'est ici ce qui a enhardi la faiblesse d'une muse à exercer sur ce

sujet la timidité de sa verve. On a donc entrepris la correction de cette pièce. On a travaillé surtout à lui faire inspirer la vénération qu'en exige le texte, et on la donne aujourd'hui aux réformés non sous une forme parfaite, mais dépouillée de confusion. On s'est moins attaché à flatter les oreilles qu'à ne plus les révolter. La gloire aussi, bien moins que le zèle, a dirigé l'esprit dans cette occupation et, si l'on en juge avec plus d 'indulgence que de critique, tout aura réussi. » Quelques citations suffiront pour montrer que les corrections ne sont pas toujours heureuses. Voici le début :

Quand fera-t-on cesser la cruelle pratique D'arrêter les progrès du culte évangélique ?

Quand fera-t-on cesser la barbare fureur De poursuivre partout les enfants du Seigneur ?

Est-ce par les gibets, les fers, les feux, les flammes Que Jésus-Christ sur terre a ramené les âmes ? S*est-il jamais servi dans sa sainte mission Du furieux soldat, du barbare dragon?

Quelquefois le correcteur ajoute des strophes comme celles-ci :

Que l'incrédulité paraisse avec audace, Des disciples zélés soudain suivent sa trace ; Son dangereux système aussitôt se répand ; On soufl're ses leçons et chacun les entend.

Sur un simple soupçon cent troupes appelées Vont chercher dans les champs les saintes assemblées. Le sexe, l'âge, rien n'échappe à leur ardeur ; Tout plie sous leurs coups ; tout cède à leur fureur.

Ailleurs il corrige un vers d'une manière heureuse : Toi qui charmas nos cœurs par les sons de ta voix ;

Plus loin , il remplace ces deux vers touchants :

Mes yeux, mes tristes yeux sont deux vives fontaines ; Je sens mon sang glacé jusqu'au fond de mes veines,

por ceux-ci qui forment une image incohérente :

Déjà mes yeux, changés en deux vives fontaines, Rendent mon sang glacé jusqu'au fond de mes veines.

Le récit du voyage à Montpellier est abrégé, et Tautcur supprime entièrement les strophes où sont reproduites les réponses de Lafage à ses juges.

Ces quelques citations suffisent pour montrer que le modèle reste supérieur à Timitation. On trouve cette dernière dans le Bulletin du protestantisme, t. XXIX,

LE MARTYR (l).

Lu deuil est dans Sion ; un ministre fidèle Vient encor d'expier le crime de son zèle.

Du dernier criminel il a subi le sort ; Ltis \\îges l'ont frappé par une double mort. Pour flétrir dans sa honte une secte ennemie, Ils ont marqué son corps du sceau de Tinfamie. L liil^rétique est maudit... ainsi le veut la loi; Car l'ennemi de Dieu, c'est l'ennemi du roi.

(i) Ce poème inédit, composé par M. Charles Grawitz, pasteur de Montpellier, dans les derniers temps de sa vie, et qu'il n'a pu corrigtir, devrait, dans sa pensée, former la première partie d'une sorte de trilogie historique. Nous remercions cordialement le fils de l'auiiiur, M. le pasteur Grawitz, de Saint- Hippolyte-du- Fortj qui nous autorise à le publier. Le lecteur rectifiera, de luimême^ quelques erreurs qui se sont glissées dans ce morceau d'un si vif intérêt, que nous imprimons sur une copie trouvée au mas de No vis,

Pour lui point de pitié, de pardon ni de grâce ;

L'Eglise de l'erreur doit effacer la trace.

Le schisme est devenu le plus grand attentat,

Et pour l'exterminer, l'Eglise arme l'Etat.

A leurs yeux tout chrétien, insurgé contre Rome,

A perdu tous les droits de citoyen et d'homme.

Près des bords du Gardon, dans un simple hameau,

De cet élu martyr Dieu plaça le berceau.

Cet Esprit, qui consacre et guide les prophètes,

Qui fixe le destin des âmes inquiètes,

A Lafage inspira sa noble mission.

Et de son avenir éclaira le sillon.

Il comprit les appels de l'Esprit qui l'agite

Et de bonne heure, il prit la robe du lévite.

De ses mœurs, de ses goûts, la noble pureté

Illumine son cœur d'une douce clarté.

A la douce lueur d'une vie innocente,

L'âme grandit, s'élève et devient confiante.

Pour remplir son message, il compte sur son Dieu,

Qui versa sur son front le baptême de feu.

Il partit, pour chercher la divine science.

Que son pays refuse à son intelligence.

Mais son exil fut court ; il brûlait de servir

Le Dieu qui relevait au rôle de martyr.

Des bords du lac Léman, il s'élance en apôtre.

C'est Paul, c'est Barnabas qui, d'une ville à l'autre,

Aux éclairs de l'Esprit qui dirige leur choix.

Vont consoler l'Eglise et prendre aussi la croix.

Ouvrier diligent, il sème, en abondance,

Le bon grain de la foi, l'amour et l'espérance.

Disciple d'un Sauveur qu'on a persécuté,

Comme lui méconnu, comme lui rejeté.

Il erre, poursuivi de retraite en retraite.

Jésus n'eut pas un lieu pour reposer sa tête.

Les renards ont un gîte et les oiseaux de l'air,

Trouvent, après l'orage, un nid toujours ouvert.

Mais le pasteur, traqué comme une bête fauve,

N'a pas un gîte sûr qui l'abrite et le sauve.

Dans une nuit d'orage, environné d'éclairs.

Il errait fatigué sur des rochers déserts.

Quand, soudain, sous ses pas s'offre une métairie. Qu'entoure un bois touffu, une vaste prairie.

A cet heureux séjour, où l'on veillait encor, Quelque chose lui dit de confier son sort.

Il frappe, l'on accourt; il s'annonce, l'on ouvre. U ne déguise rien, proscrit il se découvre.

Retrace les dangers de l'hospitalité; Mais son hôte interrompt ce discours agité.

Le pasteur fugitif, battu par la tempête, Sous son toit protecteur reposera sa tête.

Novis était le nom de ce chrétien pieux.

Qui recueillit la foi d'ancêtres vertueux.

Aux saints travaux du jour élevant sa famille,

Donnant l'exemple aux fils, encourageant sa fille,

[| les rendait pieux — c'était là leur trésor, —

El des élus du ciel leur préparait le sort.

Comme aux jours de Jacob sa tente hospitalière

Sera pour l'étranger un abri tutélaire.

De nouveaux vêtements réchaufferont son corps

Dont un frugal repas ranime les ressorts.

Près du foyer joyeux, où la flamme pétille,

Autour du bon pasteur se presse la famille.

On l'entoure de soins, on l'écoute, et la nuit

Dans ces doux entretiens bientôt s'évanouit.

Pendant ces longs récits, Jacque, Henri, Madeleine,

De peur de les troubler retiennent leur haleine,

Fixent sur lui leurs yeux, et l'homme du bon Dieu

Est l'ange d'Abraham descendu dans ce lieu.

Si longtemps repoussé pendant sa vie errante,

Lafage savourait cette amitié touchante.

Son cœur, qui se récrée au sou£fle de l'amour,

Parmi tant de chagrins compte enfin un beau jour.

Le coq vient de chanter pour réveiller son mattre.

11 faut se séparer, l'aurore va paraître.

Cest le signal de Dieu, qui donne au diligent

Son pain quotidien, un cœur toujours content.

L'apôtre, cette fois accueilli comme un frère.

Va chercher à la fin un repos nécessaire.

A ses moindres désirs ses hôtes ont pourvu.

Leur cœur intelligent et bon a tout prévu.

Mais, avant de partir au travail ordinaire,

La famille à genoux demande une prière;

El de la ferme, où vont commencer les labeurs,

Novis fait appeler les zélés laboureurs.

Nouveau Booz, il veut que la céleste manne

Sur eux comme sur lui tombe dans sa cabane.

Ce désir le perdit. Parmi ses serviteurs,

Un traître va se rendre aux désirs tentateurs.

Nouveau Judas, poussé par Tappât du salaire.

Et, comme lui maudit, il trahira son maître.

Un jour, dans un ravin, on trouvera son corps.

Le crime est, tôt ou tard, puni par le remords.

Pendant que le pasteur calme et joyeux sommeille,

Le traître à Monoblet prend la garde qui veille.

Elle accourt partager Tor de la trahison.

Un escadron nombreux entoure la maison.

On garde chaque issue et Ton charge les armes.

Lafage se réveille au premier bruit d'alarmes.

Il gravit Tescalier, se glisse sous le toit,

Serait déjà sauvé quand le chef l'aperçoit.

Ce chef barbare tire, un coup de feu le blesse.

Son sang jaillit, sa force à chaque instant s'affaisse.

Il tombe, on le saisit et ses jours sont comptés.

On garrotte ses bras meurtris, ensanglantés.

Pour prolonger ses jours on panse sa blessure.

On ne veut pas ravir au gibet sa pâture.

Il mourra ce chrétien qui ne sait que prier.

Que, comme un faible agneau, on n'entend pas crier;

Qui, muet pour se plaindre et muet pour maudire,

Trouve des mots d'amour en allant au martyre.

Il pardonne aux bourreaux, flétrit les cœurs rétifs.

Et rend les soldats même à sa voix attentifs.

Son hôte généreux qui revenait des champs,

Novis tombe à son tour dans la main des méchants.

En vain pour ses enfants, il supplie, il réclame;

On enchaîne à ses yeux et ses fils et sa femme ;

Et cette jeune fille, à peine à son printemps,

Beau lis de la vallée, atteint par les autans.

Le pasteur, oubliant sa propre destinée,

Pleure cette famille à souffrir condamnée.

Il relève sa foi, tempère ses douleurs

Par la religion, son courage et ses pleurs.

Novis , salue encor ta demeure bénie,

Séjour de piété, de paix et d'harmonie I

Le marteau destructeur démolira ses murs;

Et le soc passera sur ses débris impurs.

L'hérétique y parut, ta maison est souillée!

Cependant du vallon la foule désolée

Veut f^orter à Novis des marques d'amitié.

Dl- vive sympathie et de tendre pitié.

Les ill^ de Jésus-Christ sont un et solidaires.

Us purUgent leur joie ou sentent leurs misères.

Membres du même corps, unis en Jésus-Christ,

Eïrûlant du même amour, scellés du même Esprit.

Pendant que vers Alais, sous une double escorte, On conduit le captif, une sainte cohorte Venaiï de tout côté fouler les nçièmes pas.

Lasflllo^ Colognac, Saint-Bonnet et Thoiras N'oni plus qu'une pensée : ainsi les hirondelles. Quand l'une de leurs sœurs vient de fixer ses ailes Au fer, qui va chercher la foudre dans les airs, Vientïcnt la becqueter des vents les plus divers. A CCS milliers d'amis, par groupe échelonnés. Qui vont venir serrer la main des condamnés, Laraj:;t' parle en père et sa voix triomphante Reiiont l'explosion d'une colère ardente.

Puis, ]ë:$ associant à sa pieuse ardeur, Entonne un hymne saint que Ton répète en chœur :

t^iùsque, en tout temps, sur Dieu seul je m'appuie,

piiuiquoi vouloir qu'aux monts inhabités

r:'»[iime un oiseau loin de tous je m'enfuie?

iJ^ Liiodent l'arc, ces méchants emportés,

EU, ooup sur coup, par leurs flèches mortelles,

Aqii coeurs des bons, en des lieux écartés,

yu vont donner des atteintes cruelles.

Mais on verra périr leur entreprise.

Itleti confondra tous ces audacieux.

rw quelle faute a le juste commise?

\,\ii Tout-Puissant habite dans les cieux.

1-^1, «ur son IrAne, est l'cteniel monarque, ho ce haut siège il voit tout sous ses yeux, ru des humains la conduite il remarque (1).

Les soldats n'osent pas commander le silence. L itinuccnt est plus fort que tous ses oppresseurs Et le captif commande à ses persécuteurs, A iiDi chemin d'Anduze une scène émouvante

{i) PsûUnrve XI.

Dans sa marche retient la troupe impatiente.

Les parents de Lafage ont appris son malheur.

Accablés sous le poids d'une vive douleur,

Ils veulent embrasser ce fils qui, jeune encore,

Va leur être ravi. Sa mère, qui l'adore,

Appuyant sa faiblesse au bras de son époux,

Couvre son fils de pleurs, se jette à ses genoux,

De ses doigts agités saisit sa main tremblante,

Attache sur son front sa lèvre frémissante.

Comme si son amour pouvait le retenir,

Et sa grande douleur l'empêche de mourir.

Le trouble du pasteur se peint sur sa figure;

Mais la foi du chrétien commande à la nature.

C'est l'heure de montrer que le plus saint amour

Devant la loi de Dieu doit fléchir à son tour.

« O mon père, » dit-il, « que mon sort s'accomplisse !

L'Eternel vous demande un fils en sacrifice.

Que je meure pour lui I Respectons ses décrets 1

Il cache à nos regards d'insondables secrets.

Ma mère, il faut souffrir. Cette sanglante épée.

Dont votre âme sensible est aujourd'hui frappée,

C'est celle qui blessa la mère du Sauveur. »

Il dit, l'embrasse encpr, la presse sur son cœur.

C'est son dernier adieu. Cette mère affligée

Pleurant comme Rachel, s'éloigne inconsolée.

Les soldats, essuyant leurs yeux voilés de pleurs, De ces pauvres vieillards partagent les douleurs. Cette scène de deuil, qu'un saint respect protège, A longtemps suspendu la marche du cortège.

Il faut hâter le pas ; déjà le jour s'enfuit Et bientôt s'étendront les ombres de la nuit. Le gouverneur d'Alais, marquis de Beauteville, Reçoit les prisonniers aux portes de la ville. Il vient à leur rencontre, amenant un renfort. Sous une triple garde, ils sont conduits au fort. Là Dieu les visita. Si l'ange de saint Pierre Ne vint pas foudroyer, d'une vive lumière, Leur geôlier oppresseur, il vint pour leur donner La force de souffrir et de tout pardonner.

Montpellier les attend, l'intendant les réclame. Il veut avoir sa part dans une gloire infâme, Montrer aussi du zèle et, par sa cruauté, Raffermir dans sa main un pouvoir disputé.

^jS PIÈCES JUSTIFICATIVES.

Le juge, par pudeur, interroge Lafage.

II décline son nom, son état et son à^e.

De la croix de Jésus, illustre confesseur,

Il proclame hautement son titre de pasteur.

Christ est son gain, sa vie et, fidèle à lui-même,

Il le confessera jusqu'à l'heure suprême.

Sa. langue, qui toujours prêcha la vérité,

Ne dissimule pas cet aveu redouté.

On peut briser son corps, le réduire en poussière,

L'ancre de son salut n'est pas sur cette terjre.

Le bruit de son supplice au loin s'est réiMtndu.

Ce sera pour le peuple un bonheur atter^du.

Aux villes d'alentour, on l'annonce avec pompe.

Le héraut en publie l'avis à son de trompe.

Quand vint ce jour funèbre, au lever du soleil,

Près de la citadelle, on dressa l'appareil.

De ce spectacle affreux, une foule idolâtre

Accourt en bourdonnant sur ce vaste théâtre.

Voir soQlTrir est pour elle un instinct, un désir.

Et contempler la mort un barbare plaisir. •

Quand on eut, sur les lieux, proclamé la sentence,

De nouveau du martyr éprouvé la constance,

On l'attache au gib'et et son flanc est percé.

L'on voit couler le sang, goutte à goutte versé.

Mais ce n'est pas assez : de nouvelles blessures

Déchireront son corps, meurtri par les tortures,

Et la roue, en criant, brisera les lambeaux

Destinés à servir de pâture aux corbeaux.

On foule ces débris; dans la boue on les traîne;

Et ces membres épars n'ont plus de forme humaine.

On a frappé de mort tout ce qui peut mourir.

Sans honte on a souillé tout ce qu'on peut flétrir.

Mais la pitié survit à ces sombres terreurs

Et fait germer la foi chez les persécuteurs.

La naissance de Paul est dans la mort d'Etienne,

Et la foi de Lafage est semblable à la sienne.

Son nom, que l'on attache à l'infamant poteau,

Qu'on jette aux quatre vents par la voix du bourreau ,

Vole de bouche en bouche et vivra d'âge en âge.

La foi fait les martyrs, la foi leur rend hommage.

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