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périal croyait pouvoir esptîrer que Déak et la majorité étaient disposés à une entente; par contre, les offres de Sa Majesté ne contentaient pas encore Tisza et la gauche, parce qu'on ne prévoyait pas qui l'emporterait, du fédéralisme représenté par le comte Belcredi ou du dualisme dont j'étais le champion. Pour satisfaire les deux partis dans la mesure du possible et pour arrivera une entente avec la représentation nationale de Hongrie, le 17 novembre 1866, sur la proposition du ministre d'État ainsi que du chancelier de la cour hongroise dans le conseil présidé par l'empereur, on décida un rescrit qui faisait des concessions encore plus grandes aux vœux du landtag hongrois ; ce rescrit ne réservait queTunité de l'armée et des questions étrangères, la communauté du régime douanier et du crédit d'État, le rétablissement des comitats, etc. En même temps, le rescrit faisait entrevoir l'institution d'un ministère hongrois responsable. Comme cela avait eu lieu jusqu'alors on accepta ce qui était offert, mais sans se déclarer satisfait.
Vers le milieu de décembre, le chancelier de la cour, Majlàth, vint me dire que l'empereur désirait que je me rendisse à Pest ; que le comte Belcredi était opposé à ce voyage et que, pour lui, c'était une garantie que je fusse accompagné par Majlàth. Je n'avais aucune objection à faire, la société du chancelier de la cour, homme aussi instruit qu'aimable, ne pouvant que m'ètre agréable, et je ne me formalisai point d'être en quelque sorte soumis à une surveillance discrète. Nous quittâmes Vienne, le soir, et nous arrivâmes de bonne heure à Ofen, où nous descendîmes chez le baron Seuyey. Quelques heu-
res après, nous allâmes à Pest. Au moment de quitter le salon, Majlàth me dit : « Je vois que vous avez pris votre cbapeau. — C'est ce que j'ai l'habitude de faire, en m'en allant. —Oui, mais votre tuyau de poêle ? J'ai remarqué que vous possédez un très beau bonnet de fourrure. Voulez-vous le mettre? — Avec plaisir, lui dis-je, si vous préférez cette coiffure! ». Et c est ainsi que je commençai ma tournée chez les personnalités les plus marquantes de Pest en bonnet fourré. Quant à Majlàth, aussitôt en arrivant il s'était glissé dans un pantalon collant. Nous rendîmes visite aux coryphées des diverses nuances : Eôtvôs, Cziraki, Georges Apponyi, D6ak.
Kous dinâmes chez Senyey, avec Andrassy, Lonyay et Eôtvôs. J'insistai pour partir après le diner.
Le lendemain matin , aussitôt après notre retour, je fus appelé chez l'empereur. Sur le conseil que je me permis de lui donner, Andrassy, Eôtvôs et Lonyay furent invités à venir à Vienne. Ce fut le comimencement du compromis.
Les négociations avec les personnalités hongroises mentionnées plus haut et le comte Belcredi aboutirent à cette convention : dès que le texte préparé par la commission des quinze aurait été adopté par la commission des soixante- sept, le ministère hongrois serait nommé, et, sitôt son acceptation par l'assemblée plénière, le couronnement suivrait.
Pendant qu'on travaillait ainsi au compromis hongrois, les choses avaient pris une nouvelle tournure dans la moitié occidentale de l'empire.
La constitution y était suspendue, et cette situation m'était
. antipathique; la vie parlementaire m'était aussi indispensable queTair et la lumière. Je déclarai très nettement au comte BeLredi que j'insistais pour la convocation du Reichsrath.
Après de nombreux pourparlers on décida la convocation ►d'un reichsrath extraordinaire. On a dit que c'était violer la constitution ;. quant à moi, je préférais un reichsrath attaqua- .ble à un reichsrath absent.
En vérité, je n'ai jamais compris le reproche de violation de la constitution. La constitution était suspendue de fait depuis .longtemps; cet état, le mot de suspension l'indique, n'était que .provisoire et devait prendre fin; convoquer un reichsrath pour ^délibérer sur la solution à y apporter cela, ne pouvait guère *étre assimilé à un coup d'État. Aussi, ce qui m'a décidé à convoquer le reichsrath restreint, ce ne sont pas les arguments ^subtils de certains journaux tels que la Wiener Zeilung^ mais •un sentiment d'obligation vis-à-vis des envoyés hongrois qui avaient entrepris de faire accepter le compromis en Hongrie, et qui y réussirent, grâce à la pression bienfaisante de Déak.
Lo comte Belcredi se plaça à un autre point de vue que moi ; ;pour lui, il n'y avait de valable que le manifeste du 20 septembre 1865, contresigné par lui. Ce manifeste avait réservé Je vote, à droits égaux, des autres royaumes et pays. Or, pour •que ce vote à droits égaux pût contrebalancer efficacement le TOte important du landtag hongrois, il fallait que la constitution ne fût pas suspendue et que le reichsrath ne fût pas au repos, le cjti le plus fâcheux de la suspension étant précisément <]e faire disparaître le reichsrath pendant les négociations, car.
à Vienne, il aurait été, pour le gouvernement, le nneilleur moyen de pression sur la Hongrie. Si on ne l'avait pas éloigné, il neùt pas été possible en 1865 d'aller aussi loin qu'on alla,, c'eslà-dire jusqu'à reconnaître en principe la constitution de 1848 et soumettre à des négociations la question de la dette>* d'État au lieu de la résoudre par division pragmatique.
Le reichsralh extraordinaire en perspective, lequel, pour la. Bohème, la Moravie et la Carniole devait être issu de majorités^ nationales, ne permettait pas d*espérer l'acceptation sans condition, ne fût-ce que parce que le dualisme pur ne pouvait convenir aux aspirations prédominantes.
Je suis loin de croire que Belcredi, en adoptant l'arrangement avec les délégués hongrois, se soit réservé le reichsratbextraordinaire comme porte de derrière; mais le reichsrath Id tranquillisait, et on le savait dans les cercles d'où Ton pouvait attendre le rejet ou Tacceptation conditionnelle.
Quant à moi, voici le point de vue auquel je me plaçais : c*est: que, les envoyas hongrois ayant accepté la mission de faire^ adopter le compromis, le gouvernement était également engagé' à l'adopter sans réserve, et que cela serait possible avec le^ reichsrath restreint, si Ton faisait appel à son bon vouloir et si^ Ton s'appuyait sur cette considération, qu'avec le compromis' la constitution était remise en vigueur, ce qui eut lieu, en^ effet.
Entre moi et le comte Belcredi, il y eut évidemment alors un malentendu, mais nous fûmes de bonne foi l'un et l'autre». D'après sa manière de voir, la réserve de l'amendement par le-
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reichsrath était sous-enteDdue; elle avait été connue et acceptée par les seigneurs hongrois. Ces messieurs, et particulièrement le comte Andrassy, se sont exprimés vis-à-vis de moi en sens contraire.
Mon opinion prévalut enfin et ce fut le second coup de collier que je donnai pour faire aboutir le compromis.
Les autres ministres avec lesquels je m'entretins partageaient complètement ma manière de voir, bien que deux d*entre eux, le ministre de la justice et le ministre du commerce, eussent pris part au manifeste de septembre. Ce fut le baron John, ministre de la guerre, qui se rangea le plus délibérément de mon côté.
Bien loin de vouloir ou de désirer le départ du comte Belcredi, je me suis efforcé d'exposer à Sa Majesté la possibililé qu'il restât, malgré la convocation du Reichsrath restreint. Il fallait qu*une résolution fût prise dans un sens ou dans Taulre. Il y eut conseil des ministres sous la présidence de l'empereur. Je fus seul à tenir tète au comte Belcredi. Rentré dans mon cabinet de travail au ministère, je me croyais vaincu et je m'abandonnais à mes réflexions, lorsque Thuissier m'apporta un mot de l'empereur : « Rédigez le rescrit au landtag conformément à vos propositions. »
Le lendemain j'étais ministre président. J'adressai le rescril aux landtags, au nom du gouvernement, et en même temps j'envoyai une circulaire personnelle aux gouverneurs. Le rcs. crit déclarait que Sa Majesté apostolique, impériale et royale, avait daigné ordonner que Ton eût à renoncer à convoquer un
reichsrath extraordinaire ; que le reichsrath constitutionnel se réunirait à Vienne, le 18 mars; qu'à ce reichsrath seraient soumises les modifications constitutionnelles qui paraissaient nécessaires vu le compromis avec la Hongrie.
En môme temps étaient annoncés des projets de lois relatifs à l'envoi de députés à ce corps délibérant pour les affaires communes, au développement des droits constitutionnels de la moitié occidentale de l'empire (responsabilité ministérielle et modification du paragraphe 13 des lettres patentes de février), à l'élargissement de l'autonomie constitutionnelle des pays, demandé par les divers landtags, enfin à la nouvelle organisation militaire.
Telle était exactement la situation quand on revint à l'idée da reichsrath constitutionnel. 11 fallut bien des peines, des soacis et des luttes pour amener ce revirement, et, je puis le dire, car c'est la vérité historique, c'est moi seul qui pris ces peines, qui me chargeai de ces soucis, qui soutins ces luttes en compromettant ma position. Et aujourd'hui ! Que l'on oublie rapidement, de nos jours, et (c'est à regret que j*écris ce mot sévère) que Ton est prompt à l'apostasie !