CHAPITRE XVII
ises
l4 traité de commerce austro allemand et le traité de commerce anglo aatrichien. — 1865, 1867, 1868 et 1875. — Convention additionnelle, et la lettre ouTerte.
Immédiatement après avoir été nommé ministre autrichien, [ j'avais entamé des négociations pour renouveler le traité de commerce avec le ZoUverein (union douanière allemande), la guerre ayant abrogé le précédent traité. Il vint des plénipotentiaires des trois États limitrophes : la Prusse, la Bavière et la Saxe. Du côté de la Prusse, c'était Delbrùck lui-même. Ces négociations n'aboutirent qu'en 1868. A la Chambre des députés pointait déjà le système de protection qui parvint plus fard à son complet développement, et le traité eut beaucoup d'adversaires. En qualité de député j'eus Toccasion de faire valoir mes opinions favorables au libre-échange. Il me semble que certaine phrase eut un effet heureux. Un député, le d^
Schîndler, avait objecté, ce qui était exact en fait, que le libéralis Jie et le libre-échange n'étaienlpas forcément frères jumeaux, qu'il y avait des libre-échaagistes conservateurs et des protectionnistes libéraux. J'en convins, mais j'objectai qu'il n'en était pas moins vrai qu'on ne pouvait progresser qu*en marchant librement et sans lisières.
U est vrai qu'en Autriche il m'a fallu expier par maintes amertumes mes opinions libre-échangistes. Ce fut à propos de la convention additionnelle avec l'Angleterre. Je vais présenter à ce sujet quelques considérations historiques.
Je no voudrais pas critiquer un de mes prédécesseurs très eatimable, mais, en fait, on ne peut oublier qu'il faisait volontiers des coups à: tête, et, en celte occasion, il a été, hors de propos, fidèle à son habitude. Lorsque, à la conférence de Nuremberg, en octobre 1863, les États moyens ne se montraient pas disposés à brusquer la Prusse sans aucune chance de succès, en installant un directoire d'un seul cjté, j'entendis prononcer ces paroles : « Je vous montrerai que je pourrai m'entendre aussi avec la Prusse. » L'applicatijn de ces paroles fut l'alliance prusso-autrichienae et la guerre commune contre le Danemark^ guerre contraire à la Conf dération et dont le résultat fin* fut dVxcluro rAulriohe de l'Allemagne.
I/acto qui devait balancer, par un traité avec TAngleterr^^^^ ci>nventioa douanière franoalle mande si mal vue à Vi^,^ ne fiit |ui!i moins imprudouu
l*a Prusse sVtait puK'urô. par son traité avec la Fra moyou do briser la n^si»laua> que quelques États du Zol]
opposaient à un tarif libéral ; rAutriche, par son traité avec l'Angleterre, se mit dans l'obligation de s'imposer à elle-mt me un tar.f de ce genre.
Qeparoli inaugura la période de 1860 aux quelques annexes suivantes, pendant laquelle rAu'.riche et l'Angleterre se sentirent les coudes, pour ainsi dire, dans les questions commerciales. Cet accord entra ensuite dans une seconde période que je vais bientôt aborder, et il finit par amener, conséquence inévi- . table, la convention supplémentaire, mon grand piché.
D'après ce qui a été dit et écrit de temps à autre sur la convention supplémentaire avec l'Angleterre, on pourrait croire que l'industrie des laines et des cotonnades était dans son plein épanouissement, lorsqu'un étranger, un homme d'Etat.... d'importation, selon le mot favori d'un député de Moravie au Reichstag, nint en Autriche appeler les Anglais, que l'on avait jusque-là tenus à dislance, et n'eut rien de plus pressé que de conclure avec eux un traité de commerce qui devait ruiner l'industrie autrichienne. Il faut bien dire cependant que les choses se passèrent un peu autrement.
Aa lieu d'aller chercher les Anglais, je les ai trouvés à
Vienne; mais ce n'était pas tout, j'y ai trouvé aussi des conces-
%ns très étendues, et qui avaient déjà été conclues avant mon
^f ri vëe.Parmi ces concessions je citerai les tarifs arftWor^m,qul,
Plus tard, furent l'objet de si vives récriminations, et auxquels
\pgleteTrQ attachait une importance extraordinaire à cause de
I pi-oduction colossale d'articles à bon marché. Or ils avaient
icotMcédé^y et même avec lesmaxima. Pour ce qui concerne la
rapidité avec laquelle on allait en besogne, il suffît de dire q< depuis le jour où fut signé le dernier procès-verbal des néj dations de 1867 jusqu'à la conclusion définitive du traité, il passa deux années entières.
J*ai déjà signalé plus haut les premiers mobiles qui avai( déterminé un rapprochement commercial avec rÂngleten plus tard, il vint s'y ajout3r d'autres considérations. En temps-là, il se trouvait des défenseurs d'une idée à laquelk ne contesterai ni son caractère général, ni sa possibilité d*e cution, mais dont les résultats ne répondirent pas le moins monde à ce que l'on en avait attendu. Elle consistait en cei faire prendre aux capitaux anglais le chemin de l'Autiiche ouvrir au crédit public une source aussi abondante que c laine. Outre cela, je doit le faire expressément remarqu les idées libre-échangistes de Cobden avaient trouvé des pa sans à Vienne, et c'est par conviction que Ton penchait v une politique commerciale libérale. Le traité de 1865 en moigne éloquemment.
Comme je l'ai déjà dit, les droits ad valorem^ par ce Ira avaient été concédés en principe, et l'on avait stipulé que commissaires se réuniraient, l'année suivante, à Tefifet de s' tendre sur les conditions ultérieures. La réunion devait a\ lieu au mois de mars 1866. L'arrivée des commissaires angl se fît attendre si longtemps qu'elle n'eut lieu que juste av la guerre austro-prussienne. On décida naturellement de î journer, et les Anglais furent invités à revenir au printen suivant. Dans Tintervalle, j'étais devenu ministre, et on
pouvait s'attendre à ce que j'invitasse les Anglais à rester chez eux. Les négociations eurent lieu avec la participation effective du directeur du ministère du commerce, le baron Pretis, qui se distingua plus tard comme ministre des finances, et je ne saurais assez dire avec quelle prudence et quelle réserve il procédait. Mais, pas plus que moi, il ne pouvait détruire ce qui avait été fait. C'est ainsi qu'on signa, le 8 septembre 1867, le procès* verbal, en vertu duquel la signature du traité devait aToirlieu Taouée suivante. Dans l'intervalle, le premier ministère parlementaire était arrivé au pouvoir. Je présentai un projet au ministère cisleithan ainsi qu'au ministère hongrois. Celui-ci y consentit sans hésitation; le ministère cisleithan, au contraire, fit des objections, et ce n'est qu'à la suite de négociations réilécées et de modifications partielles du projet, qu'au milieu de l'année 1868, on put signer la convention. Pendant cetempsune vive agitation s*était déclarée dans les sphères industrielles ; par suite, l'acceptation de la convention par le Reichsrath se heurta à bien des difficultés. Je fis alors, en raison de ces difficultés, ce qui n'a guère pu se produire dans l'histoire de la diplomatie : je parvins à décider le gouvernement anglais à modifier le traité (îéjà signé et à en signer un autre. L'échange de notes et de dépèches dura près d'une stnnée; les propositions de l'Autriche furent déclinées à plusieurs reprises, mais enfin le gouvernement anglais céda, et c'est ainsi que, dans les derniers jours de l'année 1869, le Reichsrath accepta le traité formulé conformément aux désirs de la commission.
i76 MÉMOIRES DU COMTE DE fiEUST
Ces négociations n^étaient ni faciles, ni agréables ; il se trouve, parmi les pièces officielles, des dépèches de Londres qui mirent ma patience à une rude épreuve. Je ne perdis pas courage, car, en rompant les négociations, on eût provoqué une rupture politique avec l'Angleterre. Or, nous avions, en Orient, à compter avec elle, et, en outre, la réduction des rentes de la dette publique autrichienne venait de d:Herminer, dans le Royaume-Uni plus qu'ailleurs, un grand mécontentement, voire même une grande colère. Il est toutefois très divertissant d^ voir, dans les documents officiels, combien on se plaignait ^ Londres de la ténacité de cet homme qui aurait été, soi-disant» un instrument docile de la politique comm rciale anglaise. 11 ne me Tais pas un mérite de cette campagne, mais je ne crois pas qu'on puisse m'en faire un crime. J'étais d'autant plus autorisé à croire que j'avais agi consciencieusement, que j'avais été obligé de faire violence à mes propres opinions qui, au reste, concordaient avec celles qui avaient régné avant mon arrivée au pouvoir. Malgré le courant actuel, auquel le gouvernement n'a pas pu se soustraire, je l'admets, je ne puis être partisan d'un système qui proclame la protection des ouvriers indigènes, mais qui commence par rendre la vie plus chère à ces mêmes ouvriers ; d'un système qui dresse de nouvelles barrières pour protéger le producteur du pays, mais qui, en même temps, lui ôte tout ce qui le protège le mieux contre un pire ennemi, c'est-à-dire, contre Tinsuffisance de sa production personnelle. Dans le pays d'où je venais, je m\'tais familiarisé avec les traités de commerce ain^i qu'avec la liberté
industrielle, et ces expériences n'avaient pas été défavorables. Les conditions n'y étaient peut-être pas absolument normales; les ouvriers et les industriels étaient habitués à travailler beaucoup et à n'être pas exigeants sous le rapport de la vie matérielle. Cela a sa valeur. Le Français, lorsqu'il veut exprimer son opinion sur la production du sol, a Thabitude de dire : « tant vaut l'homme, tant vaut la terre » et aussi : «taot va l'homme, tant va le commerce. » Il est vrai que, dans le pays auquel je fais allusion, les contributions étaient peu élevées.
Vers 1860 le Landtag put être saisi d'une double proposition : augmentation de vingt pour cent du traitement de tous les employés et diminution de quatre contributions. C'était là un débordement de « celte misère des petits États, de|ce particularisme égoïste », dont, circonstance bizarre, on se moquait si volontiers, dans les journaux viennois, plus encore que dans lesjoaroaux allemands, et dont la disparition est ressentie en silence et douloureusement dans les pays allemands, encore aujourd'hui, par une foule de gens : par ceux qui s'en trouvaient bien, de même que par ceux qui s'en plaignaient, et qui ont perdu, à sa disparition, un excellent prétexte d'exercer leur critique. Bref, la concurrence y fut courageusement acceptée et soutenue victorieusement, non sans efforts, certes. Oq conoiprend facilement que des plaintes s'y soient élevées depuis contre le courant protectionniste dont j'ai parlé plus haut. Cependant une chose reste acquise, et elle me fut confirmée par des personnes compétentes durant un séjour que je