CHAPITRE XVIII
ises
Le congrès des télégraphistes. — Fête du Tir.
Un congrès européen de télégraphistes se réunit à Vienne dans l'été de Tannée 1868.
h fus chargé de présider à l'inauguration de cette assemblée et je fréquentai les personnages qui en faisaient partie ; ^8 étaient, pour la plupart, très sympathiques. Je me rappelle Particulièrement le plénipotentiaire français, M. Jaegersch- "^dt, que j'ai trouvé plus tard, à Paris, au ministère des affai- ^^ étrangères. Mon collègue Plener, qui était président du ^rès, avait organisé une excursion au Semmering.
Bientôt après eut lieu la fête des tireurs allemands. Il avait *é convenu, dès avant 1866, qu'on la célébrerait à Vienne, '^'organisation de la fête, activée par le président des tireurs ^richiens, le docteur Kopp, sans souci des événements qui
survenaient, avait, pendant quelque temps, été un embarras assez grand pour le gouvernement. Quoi qu'il put arriver, on n'avait en perspective rien qui parût rassurant. Si le gouvernement avait refusé l'autorisation ou s'il avait cherché à empêcher que la fête n'eût lieu, il aurait couru risque de faire des mécontents à l'intérieur et à l'extérieur; s'il avait donné son autorisation, il y aurait eu à craindre, non seulement que la fête ne provoquât des démonstrations politiques d'une portée incalculable et qu'il ne se vit dans la nécessité d'y mettre ordre, mais encore que ces démonstrations ne fussent trop en faveur de l'Autriche, et, par suite, ne fussent désagréables à la Prusse,
car, alors, l'Allemagne était encore divisée en confédération germanique du Nord et en confédération germanique du Sud et ne présentait pas encore l'ensemble bien délimité qui constitue TEmpire allemand actuel.
La question était, avant tout, du ressort du ministère de l'intérieur, mais le ministre des affaires étrangères était, comme il résulte clairement de ce qui précède, le plus intéressé dans l'affaire. Heureusement, mes collègues et moi, nous fûmes du même avis, guidés que nous étions par la pensée que la responsabilité de l'interdiction serait de beaucoup plus grande qw® la responsabilité de l'autorisation.
J'avais pris, pour l'été, mes dispositions de telle sorte q«^ ma cure à Gastein eut lieu en môme temps que la fête des ti* reurs. Rien ne put me détourner de l'exécution de mes projets; car, ce que j'avais compris tout de suite, c'est que je ferais mieux de me tenir loin de la fête. Dans l'intervalle, alors que
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étais déjà à Gastein, on me représenta de tous côtés que mon absence paraîtrait préméditée, et qu'on pourrait encore Tinterpréler d'une pire façon. Je résolus donc de ne pas prolonger mon séjour à Gastein et, sans avoir été annoncé, j'apparus, ravant-veille de la clôture, sur la place de la fête, où je fus reçu avec de grandes démonstrations de joie et de cordialité, surtout par les Tyroliens. Le soir, sans que personne eùi été prévenu, j*y reparus avec ma famille, et me rendis d'abord i la galerie de la salle des fêtes où l'on dînait. La plupart des personnes présentes n'appartenaient pas cependant à la société des tireurs. A peine m'eut-on aperçu que des applaudissements enthousiastes éclatèrent. Durant la promenade que je fis ensuite à travers la place de tir, il fallut prendre des mesures pour empocher la trop grande affluence de la foule.
Le lendemain, j'assistai au banquet en qualité d'invité. Voici le discours que je prononçai à cette occasion. Je l'insère ici m extenso parce qu'il reflète les idées sur les relations austro-allemandes, qui m'ont toujours guidé pendant les cinq années, si remplies d'événements, de mon ministère et qui, en ce qui louche à l'état des choses à l'intérieur, eussent pu porter de bous fruits si, comme je l'ai dit une fois au Parlement, on û'avaitpas, d'un côté, exigé trop, et, de l'autre, offert trop peu.
Messieurs,
L accueil vraiment cordial que Ton me fit hier lorsque j'apparus sur la place de la fête m'a engagé à accepter l'aimable invitation à
iH'Z MIMOUES LU COMTE VE BEUST
MàkinU'S à c^ troquet. Ceet ainsi que jr- pals au moins vous remr ci';r ':haleijn;ufteir*erjl 't vous dire quel plaisir j'éprouve à me pHnni voa%,
l>;*i parole» d^t oratears qui Tiennent de se succéder m'imposeï dtt nouveaux devoirs de ^atitude, et je crois ne pouvoir mieux k i:ori Armer qu'en vous disant que je vois dans cette manifestatioi de la eonfiarire publique un témoignage honorable en faveur de moc::^^ piin%^* et auHsi une lettre de change que j*ai à tirer sur l'avenir. — - (Applaiulmnmnnii.) En prononçant ces paroles, je crois être égale— ^ mcuil rintfirprète des membres dugouveriiement absents. (Applau-^ dhnfmtfnlM,)
Mî^nnWixTHf la belle fôte qui vient d*étre célébrée ici même était liUui propre à (élever et fortifior les cœurs. Le souvenir 8*en perpétui^ra, ji) reHpâre. Si les circonstances ne m'ont pas permis d^assislor h rintiUKiirntion, jo n'en di^sirais pas moins vivement assistera la fin tlo vAU^ fiUc.ot il vaut mieux avoir été appelé à dire l'adieu ^\\\*^ liouluillor la bionvonuc.
HliMi ipio j*aic tb^jt\ attoint un certain âge, je suis encore capable (ronthouT^laNUio pour los choses du passé et pour celles de l'avenir. MatH ma fcltuAhou Youl que je r^gle et tempère mes sentiments d'api i^ï* lo* ohsoifini^nuMits do roxpi^rienco. C'est cette expérience, Mo^Mour». qui iuof;uulo aujourd'hui au moment où je vous parle; »'i^|HM\dauK on ivu\ai\piera» jo rosp^i>e. à mes j^roles, que je suis do\xM\u bou Vutriobiou» tout en restant bon Allemand. (Tonnerre
%K^ x^ow* ^Vuuo d^* *v* \,^IW* mA^ittquos de dos Alpes, où, au w^lh'U «K'» \^\%M^t\<»o» d^\».' h^uU^ur ^'^^.^nte^i^ae^ les cataractes se jMNSvp .^M^l .i\>y wu h'wU sK* î^''*'iwr.>f ,ruii rvvher à pic et, comme 0 >^^^>^\v vN^^Wv^Ml x^M xv\A,<N^ur ^xSv^r *v c:\VTr sarpivndi^, dans ce t^N^^>Mk ^ ^>^\l^^ W*r«llls^«^K«^^4k je ^a^st^. krsqtte rêcbo de tos
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Kles a pénétré jusqu*à moi, il me semblait entendre sortir, des vagues écumantes» des cris d'enthousiasme. Alors je descendais dans U vallée profonde et je voyais ces mêmes flots dont, en haut, j*a- Tais entendu le bruit de tonnerre, agiles, et empressés, s*enfuir sans cesse, puis, en un lit bien bordé, s*écouler avec une limpidité sereine. (Vifs applaudissements.) C'est ainsi, Messieurs, que fut et que sera Tesprit populaire quand, en un momentd*enthousiasme, il se fait entendre en s*élevant comme les vagues écumantes qui dansent au fond d'un gouffre. Bientôt il se laisse endiguer^ se précipite en avant sans cesse, jusqu'à ce que, calme, il retrouve, dans son lit large mais limité, la force d*emporter la barque de la chose commune. Tel est aussi mon vif déSiT, Messieurs, et puisse l'enthousiasme qu*a provoqué la fête, à présent terminée^ chez touà ceux qui y ont pris part, se jeter par-dessus les écueils de la discorde et de l'inquiétude générale, dans le courant calme de la paix et de la réconciliation. (Applaudissements,)
Messieurs, dans le pays auquel j'ai appartenu auparavant, j'ai assisté à deux grandes fêtes nationales allemandes. En ce temps-là aussi, tout le monde était plein de Tenthousiasme le plus noble. Rien Devint le troubler, et c'était merveille d'ouïr comme à la dernière des deux fêtes l'harmonie du chant se fondait avec l'harmonie des pensées, des sentiments, des opinions I A peine une année se fut-elle écoulée que déjà la guerre fratricide avait éclaté. Ici on m'objectera ^esi le peuple allemand avait été uni, ses princes ne l'auraient pas été, que ç'avaient été les gouvernements qui n'avaient pu s'entendre et qui avaient conduit les peuples au combat sanglant. Erreur grande et formidable ! De nos jours on ne fait plus de guerre de cabinet. {Vifs applaudissements,) Celui qui le soutiendrait pourrait aussi bien soutenir que les orages se déchaînant dans les airs se forment dans les couches supérieures, au lieu d*être produits par les
vapeurs qui montent de bas en haut. (Applaudissements. Cris : /< bien !)
Le peuple allemand n'était pas uni. Il est vrai que tout le mon^ voulait une Allemagne libre, puissante, unie; mais, sur la faço dont elle se créerait, les opinions dififéraient.Dansle nord on enper sait autrement que dans le sud : dans telle partie du nord, autn ment que dans telle partie du sud.
Mais un choc si formidable ne put avoir lieu que parce que point de vue de parti est malheureusement inflexible, et que 1( efforts tentés pour arriver à une réconciliation n'aboutissent p^ souvent.
Puissent ces souvenirs douloureux n*étre pas encore oubliés ai jourd*huil
Les mots d'ordre et les programmes, môme correspondant tri étroitement aux directions suivies par Tesprit public, ne peuven seuls, contribuer au bien public, et ce n'eslque rarement qu'ils f< cilitent une entente au sujet du bien commun. Penser juste etd'ur façon équitable, agir résolument et honnêtement: voilà ce qui r< concilie les partis et rend les peuples amis. {Vifs applaudissements
La politique de l'Autriche ne se mêle plus aujourd'hui des affain d'Allemagne, et ce ne sont pas des pensées de revanche qui ceci peut les esprits de notre empire. ( Vifs applaudissements.) Mais il n a pas de traité qui empêche l'Autriche de gagner la confiance, respect, et l'affection des autres États parce que le peuple et le goi vernement sont capables de faire.
Le libre développement de toutes les forces intellectuelles et m; térielles que ni l'envie dégradante de nos ennemis, ni lepessimisn inquiet de nos amis ne peut empêcher aujourd'hui de se produii au grand jour, n'est point une action diplomatique, ni une intrigi diplomatique, mais c'est le travail de l'honnête homme qui s'en se]
pour gagner la confiance. Je ne souhaite que ceci : c'est que Ton ne uous trouble pas dans ce travail, et qu'on nous le facilite par une sympathie franche et honorable, par une sympathie comme celle que nous ont apportée d'une façon si surprenante et si réconfortante ceux qui sont venus de près ou de loinpour assister à cette fête, ce dont nous ne pouvons les remercier assez, et l'Allemagne n'aura pas à s'en repentir. {Applaudissements,)
A présent. Messieurs, permettez-moi de compléter l'exposition de mes pensées, en vous disant encore un mot non seulement comme Allemand, mais encore comme bon Autrichien. Le rapprochement de l'Autriche avec l'Allemagne est certes une chose qu'aucun parti en Allemagne, et, j'ajouterai, qu'aucune nationalité de la monarchie autrichienne, ne saurait désapprouver. (Assentiment.) Mais, Messieurs, si l'on veut faire de l'élément allemand en Autriche le soulien et le défenseur de cette pensée^ il ne faut pas le séparer des autres familles qui, avec le même droit, la même fidélité, la même bravoure et le même dévouement à toute épreuve, appartiennent à hm^ïre l {Applaudissements.) La. réunion, la concorde de tous les peuples vivant sous le sceptre de notre auguste Empereur, peut nous garantir l'accomplissement de cette mission civilisatrice de la monarchie, lequel est dans l'intérêt de l'Autriche et dans l'intérêt de l'Allemagne. Voilà pourquoi. Messieurs, je bois à la paix et à la concorde : oui, elles protègent et régularisent le progrès, elles conservent intacte la liberté, elles sont les soutiens d'un ordre sûr et constant. Je bois à leur longue durée ! (Vivats enthousiastes, applaudissements prolongés.)
Ce discours fit alors une profonde impression, et même les feuilles prussiennes ne l'apprécièrent pas défavorablement. Les journaux hongrois, au contraire, prirent aussitôt une atti-
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tude agressive. Et cela, une année après le couronnement ! Une année après avoir été accueilli aux cris de Eljen Betist ! après avoir été comparé à Tétoile du matin !
Ma popularité à Vienne était alors à sou apogée.
Quelques années plus tard, en 1873, je visitai l'exposition de Vienne, et poussai ma promenade jusqu'aux environs déserts du Prater où avait eu lieu, en 1858, la fête des tireurs allemands. Une douce mélancolie, facilement explicable, m'avait envabi ; elle me suggéra les vers suivants :
A peine au Capitule en triomphe porté,
Du Rocher Tarpéien se voir précipité :
C/est le sort. « Vive Beust! » crié par mille bouches.
N'a, pour écho, laissé qu'un bruit d*ailes de mouches.