CHAPITRE VII
isee
Libéral oa réactionnaire ? ~ Le despotisme éclairé. -^ Le compromis avec la
Hongrie.
Si je n'étais pas novice dans les questions étrangères, je Tétais dans les affaires intérieures. Il est vrai qu'en Saxe j'avais dirigé l'administration intérieure, contribué à la réorganiser, et soutenu dans les Chambres de durs combats à propos de questions constitutionnelles ; seulement je ne pouvais mé- CQDDaitre qu'en Autriche je me trouvais en présence d'éléments et de situations totalement différents, et que j'avais à me garder surtout d'appliquer des moyens étrangers. Ma première tâche devait être de m'informer. Voilà pourquoi, comme je Tai déjà dit, je repoussai toute suggestion de modification dans les autres départements; voilà pourquoi je combattis la présentation d'un programme. Cela ne m'empêcha point, dans mes relations avec le comte Belcredi, de faire des questions intérieures pendantes Tobjetd'un échange continuel d'opinions.
Un vieil oncle à moi, ancien ambassadeur, me dit un jour : « Celui qui n'a pas été libéral dans sa jeunesse devait avoir OBT lHBaftAMi^i»CHHr«m daftsla tète. » Je crois n'avoir manqué ni de l'un, ni de Tautre, et je recdwarift aussi, en effet, que, dans ma jeunesse, à une époque où le libélrfttisMai effrayait autant qu^ le socialisme aujourd'hui, j'y inclinais fortement. Je devais ce penchant principalement à l'université de Gôttingen, où j'avais été étudiant, et à l'école anglaise, qui était alors brillamment représentée par Ileeren et Sartorius. La révolution de Juillet, son actiDU sur les pays allemands, surtout sur la Saxe, qui entra en 1831 dans la série des États constitutionnels, l'insurrection polonaise, tout cela se produisit au moment où je venais de terminsr mes études universitaires et se grava profondément dans mon esprit. Avec l'âge mi\r, mes idées s'éclaircirent, mais je n'ai jamais et j anti-libéral. Si, pendant la première moitié de la période pendant laquelle j'ai exercé les fonctions de ministre en Saxe, on m'a honni comme réactionnaire, c'était un effet des événements de l'époque. En i849 je trouvai un pays plus miné que toutes les autres contrées allemandes par des sociétés démocratiques, un pays qui se trouvait à moitié livré à l'anarchie ; mes collègues et moi, nous n'avions pas autre chose à faire, dans les premières années, que de rétablir l'ordre et de prévenir le retour d'une semblable situation. Si, cependant, la sanglante et longue insurrection de mai ne fut suivie de l'exécution d'aucune condamnation à mort, je ne m'en fais pas un mérite, mais ce fait parle assez haut contre l'épithète d' « ultra-réactionnaire », qu'on
airessaitcoaramment au gDuvernement saxon de cette époque. Une dépêche que j*ai reproduite dans la première série de cet ouvrage, dépêche envoyée à Berlin en 1865, prouve que, dans la seconde moitié de mon ministère en Saxe, j^étais mal notéà Berlin à cause de mon ^libéralisme et de ma populariié:
Lorsque je vins en Autriche, j'entendis souvetti tiHe phrase: «Ce qu'il faut en Autriche, c'est le deiipetfsme éclairé. » « Bien », répondaisrje, « seulemMiy. ee qui est fâcheux, c'est que quand le despotisme arme^if n'a ni l'habitude, ni l'envie d'être éclairé, et, en cooté^fiiemco, je crois qu'il reste mieux à faire avec le système cM$titulioanel. » L'occasion démettre ma réponse en pratique ne se fit pas attendre.
Je ne puis pas dire que, pendant les cinq années de mon ministère, j'aie été sur un lit de repos, ce qui, du reste, n'eût pas convenu à mes aspirations ; ainsi, à peine entré, et n'ctant alors que ministre des affaires étrangères, il me fallut donner toute mon attention à une question de la plus grande portée, d'une importance capitale pour la considération et le prestige de la monarchie à l'extérieur. Je veux parler du Compromis avec la Hongrie.
En Autriche, mais davantage encore en dehors do l'Autriche, . on m'a tantôt loué, tantôt blâmé d'avoir créé le compromis, d'avoir suscité le dualisme, sinon de l'avoir inventé.
Je ne revendique pas cet honneur; mais le comte Andrassy lui-même a dit que sans moi le compromis se serait longtemps fait attendre. Je ne regrette pas ce que j'ai fait, et il me serait facile de le justiCior, quelque ingrate qu'ait été la tâche que
j'avais entreprise. Pour m'attribuer Tinvention da dualisme, il faut oublier :
i^La situation à part qu'avait la Hongrie dans la monarchie avant 1848.
2^ L'état de la Hongrie après la révolution.
3^^ La négligence qu'on avait eue, en manquant de s'entendre avec la Hongrie quand ses prétentions étaient modérées.
4^ Les concessions déjà faites avant 1866.
5^ L'élévation des prétentions de la Hongrie après 1866.
En ce qui concerne Tétat des choses avant 1848, je tiens à citer un discours du D"^ Herbst, qui, cependant, en 1867, m'attaquait au sujet du Compromis. 11 disait : « Le principe de rUnitéde TEtat n'a été altéré par le Dualisme qu'en apparence. La Hongrie n'a jamais appartenu à T Autriche comme la Bohême et la Basse-Autriche. En révisant et en rétablissant en 1807 la Constitution hongroise, on n*a fait revenir qu'une chose qui existait auparavant. Or le Dualisme n'était donc pas une importation de rhomme d'État importé. »
On a beaucoup exagéré l'état des choses en Hongrie, après la répression de la révolte, jusqu'à la guerre d'Italie. Entre autres exagérations je citerai en'passantle livre de Mme Adam : « La Patrie Hongroise » qui ferait croire qu'on était revenu aux cruautés d'un ducd'Albeet à la guillotine en permanence.