PRÉFACE III
De toutes les manières d'écrire Fhistoire et dont on a tant disserté, une seule est réellement excellente : c'est celle qui consiste à faire de l'histoire un récit, non un panégyrique ou un pamphlet; un exposé fidèle, non une thèse ou un plaidoyer. « Historia scribitur ad narrandum^ non ad probandum *. » Que ne sait-on, d'autre part, se soustraire à l'empire des mots, qui est le plus tyrannique et le plus dangereux, comme le plus sot de tous les empires? Qu'importe en effet qu'on répudie les idées dites rétrogrades, ou qu'on célèbre les idées dites avancées? Il n'y a, en définitive, d'idées qui nuisent que les idées fausses, et d'idées qui servent que les idées vraies.
Un historien digne de ce nom, même en jugeant, surtout lorsqu'il juge les hommes et les choses de son pays et presque de son temps, doit donc se montrer sans animosité et sans engouement, ou plutôt, ce qui essentiellement et uniquement importe, c'est qu'on trouve chez lui, avec une haine incorruptible du mal, d'où qu'il vienne, un inviolable amour de la justice et de la liberté, de quelque prix que se payent ces inestimables biens. Or, nous l'osons affirmer,, dans les pages qui suivent, on ne rencontrera pas une seule ligne qui démente de pareils sentiments.