‹ Trois rois, trois dames comédie en trois actes, mêlée de chantChapitre 2 sur 36 · TROIS ROIS, TROIS CAMES · texte numérisé non relu

TROIS ROIS, TROIS CAMES

LAURE

Elle a été profonde, et je te l'avoue, à toi qui es devenue ma sœur par l’oppression que nous subissons ensemble, elle me lasse. Le mariacc n menti à mes plus douces croyances. Au beu d’un innri, il m’a donné un maître; et ce maître a violemment comprimé un eo*ur que je lui apportais plein des trésors de la jeunesse: l'enthousiasme, la confiance, le besoin d'aimer; il en a éteint la flamme. Il m'a enfermée avec lui dans ce c-irbol où l'on n'en tend que le bruit de l'argent, où I celai de l'or tient lieu du soleil. J'ai voulu me plaindre d abord; puis j’ai prie; je me suis indignée; ensuite, j’ai pleuré. Mais je ne plcuic plus, jo ne m'indigne plus : j’obéis.

DtltitE.

Nous nous somme» pourtant mariées par inclination.

LAURE

Mon Dieu, oui.

Hélène.

C'est un grand tort, je le vois il présent, de trop s’aimer avant le mariage; c'est dangereux comme de payer d’avance ton est sûr d’élre mal servi. Que nous étions plus heureuses en effet, avatil d’étre, toi, madame Mathieu, moi, madame Blanchard, sous noire beau ciel du Midi, dans notre riant pays de Bordeaux.

LAURE

Où j’ai laissé ma mère.

Hélène.

Est -ce que toutes les femmes s'ennuient autant que nous à Paris?

LAI RK

Oh! certes non ! h en croire M. Didier. Oublies-tu, Hélène, avec quelle chaleur il raconte, pour nous distraire, quand nos maris ne sont pas là, la vie enivrante du grand monde t ses plaisirs toujours variés par l« goût , les soirées où accourt une foule ballante en équipages; les salons ouverts aux toilettés nouvelles; les grands noms qui retentissent sons les plafonds ondoyants de lumière; les bals, printemps au milieu de l'hiver; les femmes qu'on y admire, l’éclat qu’elles y répandent, le bonheur qu’elles en rapportent!... Je ne sais si tu sens comme moi, nuis je n’culends jamais M. Didier recomposant poumons le tableau de ces fêles éternelles, sans avoir du feu dans les veines, des bat tenu ni* au cœur, de la fierté aux lèvres ; l’exaltation me fait duchesse. HÉLÈNE.

Je n’ai pas voulu t’arrêter au milieu de ton enthousiasme, mais ce n’esl pas M. Didier qui nous fait ces brillants récits, c’est M. de Blicourt...

LAURE

Abl...

HÉLÈNE

Tu as pris l’un pour l'autre... Moi, quand je récoule nous raconter toutes ces bulles choses, ces bais mie m traverses en du* clies.se, j’ai des ailes aux pieds, je danse. Mais tu as pu aisément confondre M. de Blicourt avec M. Didier : ils sont tous deux si pleins d’attentions pour nous.

LAliRB.

Que de complaisances n’ont-ils pnsl HÉLÈNE.

Franchement, je regrette que nos maris aient relégué les bureaux de M. Didier à l'étage au-dessus. Il est si pi, si spirituel... autant que M. de Blicourt est distingué... Tu sais sans doute que M. de Blicourt doit partir bientôt pour le Mexique, où il va remplir les fonctions de chancelier auprès du consul de France?

LAURE

Oui... il a terminé chez nous les deux années de stage que les dernières ordonnances consulaires l'obligeaient i» faire dans une maison de commerce. Il partira dans deux mois... il te l'a dit, n'est-ce pas?

HftLkME.

le l'ai appris par M. Didier, qu’il voudrait emmener avec lui. Laure.

Ils parleront de nous, peut-être...

HÉLÈNE

Très-souvent, iVn suis sûre. Il» ne seront pas oubliés non plus. Quand ils sont ici, notre chaîne nous parait moins lourde, n’cst ec pas?...

LAURE

M. de Blicourt m’anra prouvé ce qne je sentais déjà en moi, que les personnes de qualité seront toujours les premières dans l'estime des femmes.

HÉLÈNE

Le talent est aussi un tilre que M. de Blicourt possède ; hier, il parlait, devant moi, à M. Didier, d’une matinée musicale « laquelle il avait uns une part très-lu Hlantc... il a fait applaudir une romance dont U a écrit les paroles et la musique...

LAURE

HÉLÈNE

Si tu me promettais le secret?...

LAURE

Parte...

HÉLÈNE, allant au bureau de droite, tt prenant la romance.

Kti biettl celte roman e... la voici. Je l'ai trouvée tantôt dans ton pupitre... Comme elle doit être jolie, Undre, sentimentale.

LAURE

Tu ne l’as donc pas lue?

HÉLÈNE

Non... vois ce qui est écrit sur l’enveloppe.

LAURE, /isanft

A madame Mathieu et à madame Blanchard.

HÉLÈNE

Voyons vile maintenant. [Elle sort ta romance de l’enveteppe, et elle pousse un crf ) Ah !... />» drus Captivée.

LAURE

C’est nous.

HÉLÈNE

Puisque c'est pour nous... personne n’est 1k... si j’essayais de la chanter...

LAURE

Tu le veux?...

HÉLÈNE

Essayons. C’est charmant , paroles et mti«lq»ie d'un amateur, chantées par deux commis devant personne. Quel succès!

Page 1