TROIS ROIS, TROTS DAMES
mime.
BLANCHARD
06 iras-tu ?
MATHIEU
Je la tuerai avec son amaw.
BLANCHARD
Mathieu
MATHIEU
Elle a un amant.
BLANCHARD
Mats la femme ne connaît personne à Paris.
C'est nous qui ne connaivmns rien aux choses de la vie, pauvres fous qui nous épuisons pour lescnricliir. Voilà «lu nuits que nous travaillons comme des forçats à la chaîne; la dernière nous récompense. Ma femme a quitté la maison ! c'est ainsi quou nous joue, qu'on nous vole notre honneur dans l'ombre, tandis nue nous vivons sur notre confiance... stupide crédulité! jusqu au jour où le hasard tire brusquement les rideaux de l'alcêve déserte, et nous montre une solitude adultère à la place que nous occupions la vi-îlle... Adieu, je les trouverai tous les deux... (Aeveiianf ) Mais la femme?...
BLANCHARD
Hélène était déjà levée... elle est au comptoir... là haut... elle écrit... j'en viens... je l'ai vue...
MATHIEU
Tu es heureux, toi!... Mais teille de près sur ton intérieur... Ta vois ce qui m'arrive pour ne l’avoir pas tenue assez riroitemcnl lice à ses devoirs. Vengeance ! oh! vengeance !... (On entend au dehors la voix de Dumartel.)
blanchard, te précipitant sur Mathieu pour f arrêter*
Étouffc-la un instant ! j'entends Dumarlel... Qu'il ne sache rien... son ironie te tuerait...
aczanc tx.
LES MÊMES, DUMARTEL, m tommoron .
DU MARTEL
Ces chers amis ! encore au travail, quand tout Parts enterre joyeusement le carnaval. Savez-voti> pourquoi je suis chez vous d'aussi bonne heure et dans ce cosiume ?
blanchard, distrait.
Mais non...
C’exl une folle aventure. Je vous ai dit hier que je devais aller au bal du prince polonais Oldin&ki, avec la dame de mes pensées; mais comme elle s'est sentie très-indisposée, et que je n'ai pas voulu laisser ce domino sans emploi, je me su : s dit avec rcsignaiion : (Mathieu ca à ton bureau.) Monsieur Dumarlel, vous irez au bal de l’Opéra. (Mathieu brite des plumet de colère et te dirige vert le fond.) Qu'as- lu donc, Mathieu, tu t'agites, tu ne licus pas en place *
BLANCHARD
Il allait sortir...
Di martel, allant A lui, et le ramenant rn seine .
Ah! c'est d ifereni. Ici commence l’aventure. Caché sous re domino, je devais me croire parfaitement A l’abri de la malignité. Vous allez voir que, si je n ai pas etc reconnu, je n'ai guère gagné à mon incognito.
MATHIEU, remontant de nouveau.
Je n'ai pas le temps de t' écorner davantage, il faut...
DU MARTEL
Il faut que tu m'écoules.
■ATntEU.
Ma présence ailleurs...
DUMARTBL.
Ta présence Ici est indispensable.
MATHIEU
A qui?
DUMARTBL.
A nmi. J’ai un duel et je vieil* te chercher pour être mon second. f Blanchard et Mathieu redescendent.)
blanchard .
Un duel!
DUMARTEL-
Il n’y avait pas cinq minute» que j'étais dans la salle de I Opéra, due deux femmes, deux charmants dominos grls.soul venues m attaquer. Elles m'ont dit d'un ton raideur : «Beau masque, ce joli domino rv*e que lu portes, tu le tiens d un indiscret, d un fat, d un médisant, de M. Dumarlel,» et mille autres choses aussi flatteuse*.
MATniEU. remontant.
Elit qoe m'importe, te» d u» femmes, les deux dominos gris .
DUMARTBL.
fihl qui sait? quand on est marié... ça t’intéresse peut-être..
mathiiu, revenant et regardant Dumartel.
Molt...
DUMARTBL.
Qui les avait si bien instruite».? Je suis piqué au jeu; elles renient me quitter, je. les suis j*y mets de l’importunité. D’ml'eurs, je les supposais tort jolies... une taille .. des pieds... enfin, deux femme» faites... pour nmi... Cependant, j'aursi* fini par les perdre dans la foule, sms un événement qui les a empêchées du sortir avant qu’il fît jour.
Mathieu, impatienté.
Patience, Mathieu, le duel va venir. Vous saveiqoe c’est au profit des anciens pensionnaires rie la li-le civile., de» sel viieui s «le la cour de Charles X, que le bal de l'Opéra a éle donne telle nuit. Au plus chaud moment de la fêle, vers cinq heure» du matin. quelques jeunes partisans de la monarchie decliue ont itnpriideiueiit montré des symboles de leur opinion : un drapeau, des llems, di s couleurs séditieuses. La police est intervenue. Lutte ouverte alors entre elle et les joyeux danseurs. La garde « si accourue tomme dans les tragédies; on a désarmé la garde, connue dans les comédies. Enfin, deux ou trois cents municipaux sont venus, qui ont cerné le théâtre jmqo’au jour. Leur plan était d’ariéter les révoltés au passage, ce qu'ils ont fait. Mai» vous ne v«>us figurez pas le trouble, I'. Itroi, ensuite IVpnuvaiite de mes deux jolis dominos gris, de mes deux jeunes imprudentes, d'autant plus effrayées que depuis une heure elles avaieul perdu dans la raélée, le domestique qui les escortait.
MATHIEU
Eh bien!...
dumartel. (Pendant ce monologue, Mathieu regarde Blanchard avec attention, celui-ci évite ton regard.)
J’ai pris alors ma revanche. Vus maris, leur ai-je dit, vont vous
f ronder bien fort au retour. Voulez-vous que je sois votre déenscur auprès d’eux? Probablement, je serai allé trop loin «bns rues consolations radieuses, car tout à Coup deux jeunes gms dont le visage était masque, que je n’avais pas vus d’abord avec ces dames, niais évidrmniml là pour les proléger, m ont prié de me taire. Je n’en ai rien fait. Ils ont persisté; j’ai redoublé de raillerie. Enfin, le cavalier qui accompagnait la plus calme des deux femmes , car l'autre dnimno avait complètement perdu la tête, m’a pris à part, et au milieu d'un débordement de masques il m'a dit d’accepter sa carte ou un soufflet. J'ai pris sa cane cl je lui ai donné la mienne en lui disant au moment où le fleuve nous séparait : Aujourd'hui, chez vous, à neuf heures. (// ie fouille.) Mais dans ma précipitation à recevoir celte carte . au milieu du trouble général, je ne sais plus t«op où je l'ai mise... je l'ai cherchée partout sans la trouver... (Tout en continuant à te fouiller.) Bientôt la foule a pu s’écouler. Mais comme je tenais beaucoup à connaître le nid de mes colombes, je me suis attaché à leurs pas. Les deux jeunes gens qui les accompagnaient les ont quittées par prudence A quelque distance des boulevards... Qu’ai -je donc fait de cette carte?... J'ai continué A suivre mes belles éplnrees. Ici voire étonnement va vous dédommager de la longueur de ce réeit. Savez-vous où mes deux dominos gris, ec* deux femmes sont entrées? (Ici Blanchard et Mathieu prêtent une attention extraordinaire.) Elles sont eniiées dan» voue maison... MATHIEU.
Dumartel, le nom de celui qui t’a insnlié? Dis-moi son nom! DLMartbl, mettant la main dans la poche du domino, et sortant la carte.
Ab! la voici... Son nom? je vais le le dire...
BLANCHARD
Donne-mot cette carte!
DUMARTEL.
Tiens!
blanchard, eaisittant cette carte et lisant, A pari.
M. d«- lllicouri !...
Mathieu . pendant que Blanchard examine la carte. Dumaitcl! Dumarlel! parle, tu as reconnu ces deux femmes? Dl’MARTEL.
Moi?...
MATHIEU
Tu les connais, te dis-je... quelles sont ces deux femmes? réponds-moi !
DUMARTEL , A part.
Tiens... tiens... qu’y a-i-ii? il me ferait supposer... mais oui. blakcharo, A part.
A tout prix, évitons nu éclat déshonorant... Mais que faire?... ( Jetant In yeux sur ta glace de la cheminée ) Ah!... une autre carie. (Il court à la cheminée. La, pendant que Mulhiru poursuit le dialogue avec Dumartel, il jette au feu ta carte de M. de Blicourl, et »/ rn prend une, après l'avoir lue, parmi cellet qui tout j placées le long de la glace.)
■ATBlEU.
Ta ne me réponds pas?
DUMARTEL.
0o« vrai- la? on n’est jamais bien sûr, mon pauvre ami... on suppose beaucoup en pareil t as on n'affirme rien. Au fond, qu'estce que cela le fait, mari modèle, n l’abri de ces accidents? MATHIEU.
Qu'est-ce que cela me fait?
blanchard, trtfrrrnrnpanf virement.
Mais beaucoup. Ignores-tu combien Mathieu l’est dévoué?... n'c«t-ce pas lui que lu viens chercher pour être ton second? et tu t'étonnes?...
Sans doute... n’est-ce pas moi que tu as clumi pour lémoin?
DUMARTEL.
Merci de cet Intérêt... eh bien, clurge-ini de celle affaire. Rcnds-toi cher mon adversaire... tu as son adresse...
MATHIEU
Blanchard, donne-moi cette carte?
BLANCHARD
Tiens...
■athieu, lisant*
M. Dupont, cité Vindé, boulevard de la Madeleine. C’est bienl
BLaNCU 'RD, « pan.
Ce 11. Dupont est parti depuis un an pour Me-de-France; il n’y aura donc ni scandale, ni duel.
Mathieu, à Dumartel.
Tu ne regretteras pas de m'avoir choisi pour lémoin. Le rendre- vous csl pour neuf heures chez ce M. Dupont. J'v cours. Per mru seulement que je dise deux mois à Blanchard? Je lui laisse noire grande affaire à terminer. (// prtnd Blanchard à i écart .) Bl ncliard, lu as compris de quelle manière je vais m ‘acquitter de «non rôle de témom. Dumarlei était masqué quand ce M. Dupoui l’a insulté. CVsl moi qui prendrai la place de Dumartel. Je vais savoir CO cuire, parte M. Dupont quel était le jeune homme qui raccompagnait au lui de l'Opcra... tu me comprends encore. Blanchard? car U femme, lu m’as irompé, n'a pas passé la nuit ici non plus. Ce sera alors à loi à te faire justice, comme je vais me la faire de ce pas?
DUMARTEL, à part.
Cette émotion extraordinaire...
Mathieu . à Blanchard, toujours i l'écart.
Puis, si le son des urms ne m'est pas contraire, je reviendrai humilier, punir exemplairement celle qui ni a déshonoré. Jusque-lit, je ne veux pas la voir. [Haut, allant <à Dumartel.) Üumartel.sois tranquille!... sois tranquille.
DUMARTEL, à pari.
Il |*e»t beaucoup moins que moi... Mes doutes reviennent... mais Blanchard... est bien calme. (,4w momrnf oti Mathieu parte pour sortir, Blxcourt entre: il ne peut te défendre d un certain moutement à l’aspect de Mathieu qui tort et de Blanchard.)
sczbte vu.
BLANCHARD, DUMARTEL, BLICOURT.
BLtcoi’RT. d part, regardant Dumartel.
Un domino rosel L’homme du Irai, c'était Dumartel. (d Blanchard.) Je venais savoir si ce mémoire...
BLANCHARD
Il est achevé. Ntms avons passé la nuit entière ô travailler, (il remet de t feuillets écrits d Blieouri.) Voulez-vous le parcourir, monsieur de Blieouri?
DUMARTEL , d Blieouri.
S’est-on bien amusé celle nuit? Blieouri lisant silencieusement les feuillets sur le bureau de droite.)
blanchard, st rapprochant de lu porte par où l’on va dans son appartement n droite. A part.
Hélène est rentiee. Je l'entends, elle est dans sa chambre. dumartel, d Blicourt .
Vous a-t-on vu h qm-lque bai bien gai, bien fou? F.t les intrigue»? Je ne vous parle pas de vos conquêtes, puisque je vous tais les mi> nncs.
Il manque le feuillet 17... Ali ! le voici...
DUMARTEL.
Il n’y a plus de jeunesse! (A Blanchard.) T'expliques- tu, Rbox banl, celle colère de Malliicu? (d pari.) Il faut que je sache quelque chose.
BLANCHARD
Eht mon Dieu, est-ce que Mathieu n’est pas en colère depuis sa uaistamee?
DUMARTEL.
San* doute, mais depuis sa naissance, je trouve qu il a fattaé notables progrès.
BLANCHARD
KnMiiie, mitre rintirêi qu'il le porte «l q"i lui a lait accepte, avec tant de vivacité la mission de lémoin dan» ton affaire, Mathieu, dont tu connais les principe», a été irrité du récit de ton aventure, oq deux femme», qu'il suppose mariées, se font accompagner clandestinement au bal par deux jeunes gens, qu il suppose aussi être les amants de ce» dames.
blicuurt.
Qu’ai-je entendu? •
DUMARTEL.
Tu as raison mai» il reste toujours h savoir qu'elles peuvent
être tes deux dames que j’ai vue» entrer dans cette maison, les i|. ux charmants dominos gris, muse de mon duel?
blicourt, à part.
Il nous a suivis... tout est découvert.
Monsieur de Blicourt, qui vient souvent ici. pourrait peut-être nous l'apprendre. (Il va vers Blicourt, qui affecte toujours détre Absorbé par sa lecture.) Connaissez-vous les dames qui habitent cette maison?
blicourt, sans lever la tete.
La femme d’un avoué.
DUMARTEL.
ïæs femmes d’avoués n’ont pas d amants. Ensuite? blicourt.
La femme d’un notaire.
DUMARTEL.
Ob t les femmes de notaire* n'ont pas d'aments non plus.
BLANCHARD
Mon dire Dumartel, M. de Blicourt s’occupe du noire importante alfjire, qui se décidé dans quelques heuies...
DUMARTEL.
Oli! pardon, je me relire... je vais me faire avancer une voiture par ton concierge...
BLANCHARD, à part..
Oui, pour le questionner.
dumartel.
A deux heures je viendrai vous complimenter. Mathieu et toi, sur la victoire que vous, aurez remportée à h chambre.
BLANCHARD
Je t’accompagnerai jusqu’en bas, Dumartel.
Pourquoi tant d’honneur ? je ne le souffrirai pas.
BLANCHARD
Non, j*ai quelque chose a te coulier relativement h notre affaire...
DUMARTEL.
[A part.) Je ne saurai rien. ( Saluant Blicourt.) Monsieur... (Haut, d Blanchard.) Puisque tu le veux.
ENSEMBLE
DUMARTEL.
Cet honneur me déplie,
Il me vr te, il m'irrite ;
Quoi ! lin.r ma visite.
Sans «voir rien appris!
BLANCHARD et BLICOURT.
A la fin il nous quille.
Et sa langue maudite.
Tendant celle visite.
Cto nous j rim ,ppHs.
DUMABTVL . SCUl.
CcM h renoncer a lu liohe:
Vraiment «lu devient honteux,
Le» gens ne veulent plus qu'on sache Ce que l'on Tait chez eux.