‹ Trois rois, trois dames comédie en trois actes, mêlée de chantChapitre 35 sur 36 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

. LES MÊMES. UllRE, HÉLÈNE .

Mathieu, à Laure.

Madame, tout est connu, far suite d'une erreur que je déplore, et que je m'efforcerai de réparer, j’ai blessé en duel, à cause de vous, un homme dont monsieur (Il regarde Blicourt.) aurait dû prendre la place sur le terrain de la réparation.

RLICOURT.

Je suis prêt à vous y suivre, monsieur, bien qu'à regret.

MATHIEU

Non. monsieur, j’ai en réserve un autre genre de vengeance. Pas de duel, lin coup de pistolet, un coup d’épée, c’est le courage d’une minute, c'est la douleur d'un instant. Ma vengeance durera autant que nous deux: j'en mourrai peut-être, mais vous en souffrirez toujours.

BLANCHARD

Que va-t-il faire?

MATHIEU

Dans le monde politique où vous allô* vous produire, on n’avance qu'entouré d'ennemis acharnés, d’envieux vigilants, toujours prêts à glisser la pierre d'un scandale sous le char de l'ambitieux, pour le renverser dans la boue... J'ai trouvé la pierre qui fera trébucher votre avenir.

RLICOURT.

Monsieur!..,

MATHIEU

Afin de faire un chemin plus rapide, vous comptiez contracter bientôt une riche alliance. . Je l'empêcherai ..

RLICOURT.

Vous, monsieur...

MATntEU.

Au moment où vous allez partir pour aller chercher au Mexique la femme qu'on vous a choisie, je viens en placer une autre h votre bras... une autre que vous aimez... qui vous aiine... Oh ! ma conduite est pleine de générosité, et je cours en héros audevant du ridicule. Mais bientôt vous n’aimerez plus ; et à la place de la femme riche, noble, influente, que vous alliez épouser ci qu’on ne vous accordera pas, vous en trouverez une qui vous aura fermé à jamais la carrière. L'une eût été votre couronne, celle que je vous donne sera votre fardeau... Et ne croyez pas que vous la chasserez. De tous les scandales, vous préférerez le moins public, le moins grand : celui de la garder. D'ailleurs, je vous connais : une implacable délicatesse vous empêchera de mettre à la porte de chez vous celle que vous aurez fait renvoyer du seuil conjugal. Vous pensiez m’attacher à ce poteau bjnal où l’on rit tant de voir les maris exposés... Je change les choses. Vous m’avez pris ma femme!... fch bien, je vous dis : Gardez-la ! qu’elle soit le boulet de votre déshonneur. (Il se précipite vers sa femme , qui pousse un rrï déchirant, la prend par le bras, et lu jette à set pieds (tableau); il r a s'asseoir fi gauche sur tm fauteuil près du guéridon ; Hélène relère Laure, et te relire un peu à droite. Blanchard au fond. L'n domestique parait et lui remet une lettre.) . . ,

• BLANCHARD, courant a la signature.

Que vois-je?,., le colonel Dupont. (Il M.) «Monsieur,

u Le médecin qui a visité ma blessure l'a déclarée sans dan- « per. Revenu fie la longue, défaillance produite en moi par la a douleur, mon premier soin, en homme qui estime le courage, « est de vous écrire pour vous faire une révélation d’une grave « importance pour vous. Je viens vous dire ce que volrecxtréme « violence ne m'a pas permis de vous apprendre ce matin.

« Sachez donc, monsieur, qu'aucune des deux dames que jecon- « duisais au bal la nuit dernière ne porte votre notu...

DUMARTEL.

Écoutons.

blanchard, lisant.

« Cependant, comme en pareille circonstance, une déclaration « semblable a besoin de se produire avec des preuves certaines, « sous peine de paraître un acte de générosité envers un ad ver-- « saire loyal, je vous dirai, monsieur, pour la tranquillité de vo- « tre ménage...

Voyons, que va-t-il dire?

blanchard, lisant.

« Que ces deux dames, plus que légères, plus que comprou mises déjà, s'appellent, l'une, madame Delphine Duplessis...

DUMARTEL.

Madame Delphine Duplessis! (Il ni.) C’est miraculeux de surprise! c’est charmant! c’est fait pour moi! encore mon étoile!... madame Duplessis est la femme d'un de mes bons amis... Quelle aubaine!... vais-je intriguer, mettre aux cent coups ce brave ami, ect excellent Duplessis... il saura tout. (4 Blanchard.) Mais co: «inné...

BUKOIABD, Usant.

« 1/autr* dame s'appelle madame Dmnar... [Blanchard hésite.) Madame... (Il s'arrête et mis Irès-emLarrassé de la contenance de Dumarltl, sur lequel il a fui «un regard.)

MATHIEU

Eli! bien, qu’on achève... ( Blanchard . toujours très-embarrassé, montre ri fJunmrlel le nom écrit, eclui-ei fait un moumnoW, se retire ton fui, puis il revient pour se saisir de la lettre; ri ce moment madame Blanchard se précipite entre eux deux, s'empare de la lettre et dit.)

BÊLINP.

Auparavant, monsieur Duiiurtcl dira hautement qu’il nous a vues fuir, madame Mathieu et moi, en main [estant l’une cl l'nutre mure Payeur. lorsque M. Didier cl M. de. Ulicourt sont venus à nuire insu nous trouver à l'Opcra.

Duhamel, les yr.x fixés sur la lettre.

Je l'avoue.

llf.t.feTtR.

Il dira encore que Laure c l moi I avons supplié, celle nuil, au moment du trouble, et quand nous venions de perdre Marcel dans la foule, de nous aider ri sortir de la salle, cl que nous pleurions tomes dcu*. (Elle regarde Laure.)

untAiirEL. ■

C’est la vérité.

iiêiênf. tenant toujours la lettre.

Monsieur Dumaricl aMinic enfin sur son honneur que depuis le moment où M. de Rlicouri cl M. Didier n uns ont abordées, jusqu’au moment où nous soin mes r cnliécs ici, i lie/ nous, il nous a

constamment suivies, et qit’ninsi il a veillé toute la nuit sur nous comme un père.

M MAtiTrr..

Sur mon honneur! je le joie. [Hélène déchire la lettre, da\i Dumartel ramasse furtivement les morceaux.) blanchard se jette dans te* bras d'Hélène ; ri Mathieu, qui e.t toujours assis.

Mathieu! Mathieu I ne nous imiteras-tu pas?

IIÊLÈ7IK.

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