LES MÊMES, MATHIEU
blanchard, emÔra«anl Mathieu.
Cher Mathieu!
MATHIEU
J’ai triomphé!... ah! j’svaij, affaire à un rude adversaire, mais enfin! j'ai triomphe ! C’est ton tour maintenant.
DIKARTEL.
Te serais- tu battu? (A port.) Que veut dire?
ma mire
Comme un lion et pour tous le* maris.
Permets je ne t'avais pas ch.irgë de leur défense mai»,
comment, loi qui n'etaisque témoin désintéressé?...
je
MATHIEU
Je ne sais comment cela s'est fait? ne voyons que le résultat... suis vainqueur.
BLANCHARD, Ht et atlXiélé,
Mais vainqueur de qui?
DUMARTBL.
Oui, de qui?
RATIlIRtl.
Comment! vous le demandez tou* les deux? serai vjc donc détenu fou? ( A Dumartel.) Mais je sois vainqueur de ce M. Dupont qui t’a menacé d'un soullh'i l.« nuit dernière à l'Opéra.
BLICOURT, à part.
Js m’y perds.
MATHIRXJ.
De ce M. Dupont qui conduisait avec son ami deux impudentes coquettes....
I Mais ce M. Dupont n’est pas b Pans, il n'existe pas....
MATHIEU
Il n'exlste pas!., dis plutôt qu'il a failli ne plus exister. Il n’exisie pas!...
BLANCHARD
Non... te dis- je.
MATHIEU
Êcoutez-moi. Je cours ce matin ii la cité Vindé pour arranger l'affaire de mon ami DuumU-l.
DUMARTBL'
Tu n'arranges pas mal. ( A part. ) Ecoutons.
MATHIEU
La rite Vindé, qu'on devrait plutôt appeler la cité Dupont, vous allez savoir pourquoi, <M une véritable ville : trois «tours, vingt escaliers, douze concierges, quinze cents h.ibitanls. Je demande M. Dupont au concierge «h? la première cour ; il me répond : Le troisième escalier, an septième, b droite. J'opère cette ascension; je frappe, on ouvre. « M Dupont? — C’est moi, monsieur. — Vous étiez, cette nuit, au bal de l'Opéra? — Non. monsieur. — i Vous y accompagniez «leux dames? — Non , monsieur. — Vous m’avez insulté? — Non, monsieur; je suis tailleur,..* El il me ferme la porte au nez.
blanchard, à part.
Fatalité ! il se trouve un Dupont dans celte cité... Ce nom est
m commun à Paris!...
MATHIEU
Je descends, furieux; je me plains au concierge : «Nous avons un autre Dupont dans ta cite, • me dit-il.
blanchard, <i part.
Il y en avait deux!
MATHIEU
« C’est sans «loute celui— là que iherche monsieur? comment! si « 'est celui-là ! montes alors mu sixième étage de la troisième maison de la seconde cour. — Je dévore six nouveaux otage*. et } • sonne à fendra les murs. J'ittemli cinq minutes, cinq siècles ! Fulin, on ouvre. — Que désire monsieur? — M. Dupont? — C'est m.ii. — Vous riiez cette nuit au bal de l'tlpéra? — Nun, monsieur.
— Tous y accompagniezdt-ux dominos gn*?— Non, monsieur. — Vous m'avez menacé «l’un sonfflet? — Non, monsieur; j’ai un ihurnalismc aigu «lans les jambes; je ne suis pas surti «lepuis trois mois... * Et une seconde fois la porte se ferme «levant moi avec la mém<* impolitesse. Je redescends, je me précipite dans la troisième cour et m'adresse au troisième conci«*rge. « Auriez-* «pis un Dupont , vous aussi, dans vos dépendances? — Très certainement. j>n ai un. M. le colonel Dupool. — C'est ça même, dis-je. Quel étage? — Le troisième. » J y suis d'un bond, car je ne marchais plu*. Je sonne; un valet m'ouvre brusquement; ne s'aviset il pas de ti ouver étrange ma viriteè une pareille heure I J'insiste, j'élève la voix, un homme aux moustaches noires, hérissées, vêtu i|i< manière à me convaincre que je l'avais dérangé dans sou sommeil, s’avance pâle d«* colère ver* moi. * Vous êtes le colonel . Dupont? lui div-je. — Oui, monsieur. — Vous étiez, la nuit dernière, an bal de l'Opéra? — Oui, monsieur, » me répond-il en me regardant de liant en bas. En le regardant d<! bas en haut, j'ajoute :
u Vous y t lirz avec deux tînmes ? — Oui, monsieur, m * 1 1 ip«»>ie-
t-ild* une voix de tonnerre. — Vo «siu avez menai é d'un souill- i? » lui dis-je. Et, sans attendre sa réponse, je lève la m un... Il lève aussitôt la sienne, en me disant, d un ton plus Oolrageaol que quatre sonfllets : • Niin-seiilciiiciü j'éiais à l'Opéra atec vos «Unies, mai- j'ai Miupé avec elles, j'.u bu «lu vin de Champagne avec elles jn «pi’aii jour, « t noURnoussoniiiie* moque» de von» toute la nuit. a Il ajontc : r Ksi- ce nu pistolet ou àlVpee?— - Je lui répond* : Au i>i>i«del. » Il s'habille, et nous parlons. En chemin . il s'adjoint un .ccond , et nous noos rendons dans la forêt de Marly. Mais comme je n’elais plus témoin dans cette affaire, il m'en fallait «iii... J’ai pris le premier paysan venu , et l<* colonel Dupont cl moi nous nous sommes ensuite placés à distance. Le sort le favorise; il tire le premier, il me manque; je l'ajuste, il tombe.
BLAHCHARD.
Mort?...
Mathieu.
Blessé seulement an poignet gauche. La douleur l'avait fait évanouir.
BLANCHARD
Mais, malheurenx, tu as Irappé un homme qui ne t'avait rien fait, qui n’avait rien fait à Dumartel. Il y a une méprisé aggravée par ton aveugle cl violente brn-qoerie...
DUMARTEL.
Je le crains maintcnanL
BLANCHARD
J'en suis sûr...
Allons donc î vous êtes ridicules tous les deux avec voire méprise et ma brusquerie. Knliii, on a transporté le colonel Dupont chez lui, et moi, je &uis bien vite venu, mes amis, vous dite comment je châtiais ceux qui se jouent de l'honneur des maris après avoir souillé celui des femmes.
DOMARTS L, daignant Blicourt.
Je demanderai maintenant à monsieur s'il s'obstine encore à me croire celui qui a insulte les deux dames qu’il acconqtagnail à l’Opéra T
BLAKCIUAD. à part.
Misérable Dumartcl !... tout était lirai, tout recommence.
HATUIBU.
Que veux-tu dire, Dutuartcl?...
DUMARTCL.
Oui, monsieur de Blirnurt. qui avait pour compagnon de plaisir M. Didier, a eu, la nuit dernière à l'Opéra, une dispute grave, une affaire sérieuse...
MATHIEU
Vous aussi, monsieur de Rlicourt?
■L1GOUBT.
Un malheureux hasard... l'obligation de repousser une injure faite à deux femmes...
DUMARTCL.
El ces messieurs voudrai, ut que leur affaire fût celle, mon cher Mathieu, que tu viens «le terminer d'une manière si expéditive et comme si elle t'eût clé personnelle.
MATHIEU
Cela ne saurait être.
Tu as parfaitement raison.
DUMARTEL.
Je ne dis pas, mais...
BLANCHARD
Terminons...
MATHIEU
Tout est termine d'un seul mol. Les deux dames qu'necompapagnaienl Didier et M. de iJlicoml portaient -clics deux domioos gris comme celles que tu as suivies, Dumartcl? non.
DUMAIITEL.
Oui.
MATHIEU
Ah!
BLARCUARD.
Qu'en sais-lo, Dumartcl?
Dl'M VllTEL.
N’esi-ce pas, monsieur de Rlicourt?...
DI ICOl'RT.
Oui, monsieur.
MATHIEU
Mais enfin, les deux dames que ces messieurs protégeaient sont-elles entrées en quittant l’Opéra dans celle maison? BLANCHARD.
Damarlcl!
Blanchard!
DUMARTEL.
Mais... oui.
Mathieu, jetant sou chapeau ci terre avec colère, et s'adressant à Blicourt.
C’est donc vous, monsieur de Rlicouril vous ouc j'ai reçu chez moî, vous que j’ai traité en ami... Quoi! vous oies jeune, riche, noliîe, vous pouvez courtiser les femmes de votre rang, et vous, venez lurlivcincnl dans la maison d'un homme de lahenr, doiil le ménage est toute la joie, et vous lui dérobez son bonheur ohseur, unique et caché, pour le dissiper en une nuit! Mais c'est voler le manteau du pauvre. Vos aïeux gentilshommes étaient du moins de brillants séducteurs; leurs fils dégénérés, vos pères du dixhuitième siècle, des corrupteurs qui ne s’en cachaient pas; mais, vous autres, on ne sait pas ce que vous êtes; cela n’a plus de nom. Mais qui donc alors, ô mon Dieu ! ai-je renversé tantôt sous le choc de ma balle ? Rl.mch.ird. tu avais raison. J'ai commis quelque funeste no prise... Mais coci s’éclaircira. A d’autres soins en attendant! J’ai ma pensée... Oui, cela vaut mieux... L'offense est trop grave... Les lois?... Que font les lois?... Elles prononcent la séparation. Est-ce que j'ai besoin de la loi pour cela?... D'ailleurs, elle ne trouverait même pas que j'ai été offensé... Je serai ma propre loi. ( Il sonne, un domctliauc vient.) Madame Mathieu ! [Le domestique se relire à droite.) Justice va être laite devant vous tous d'une manière éclatante, puisque tous vous savez maintenant que M. de Rlicourt m'a déshonoré dans tua femme.