SCÈNE I
LAURE, HÉLÈNE, occupées à écrire *.
HÉLÈNE
Laure, t’amuses-tu?
LAURE
Pas du tou^ et toi?
Hélène, lisant avec affectation ce qu’elle écrit.
« Répondant à l’honneur de voire lettre du 24, nous vous « dirons qu’il s’est fait beaucoup d’affaires sur notre place; les « cotons d'Amérique se sont encore élevés; les Surale sont en « baisse ; les Egypte sont rares et les Jirésil sans changement. » Trouves-tu ceci excessivement gai?
ladre, lisant de la meme manière qu’Hélène, tout en écrivant.
« La rente trois pour cent, qui avait fermé avant-hier à 82 fr. « 70 c., s’est maintenue ce matin, tandis que la rente cinq pour a cent a considérablement fléchi. Les actions du Nord prennent a faveur; mais Versailles, rive gauche, est retombé à 410.» •Trouves-tu ceci beaucoup plus amusant?
HÉLÈNE
Quand nous comptions passer tant d’heureux jours en épousant deux jeunes négociants de Bordeaux qui nous amèneraient à Paris.
LAURE
Depuis deux ans nous sommes à Paris, et voici l'amusement qu’ils nous donnent. N’entendre jamais parler que de spéculations, ^d’opérations commerciales ! Et nous-mêmes, obligées de devenir commis, quand le travail est pressé, comme aujourd'hui. Pas un fôjour de liberté !
[«* HÉLÈNE
,V Pas unp heure de plaisir! Et n’avoir pas le droit de se plaindre !
NqfAUBE, %/rure et Hélène quittent leur bureau et viennent en scène.
avons essayé de ce droit, chère Hélène, et nous n’avons réussi qu’à compromettre notre dignité. A quoi bon recommencer ja lutte? Ton mari, quoique affectueux et loyal au fond, cédera toujours, par complaisance, aux principes du mien, qui sont, lu e sais, que le mariage, dans la société moderne, doit être une
* Laure, Hélène.