ACTE I, SCÈNE VIII
BLANCHARD
Très-bien. Maintenant il faut que nous allions ensemble voir les ministres, les députés douteux, les journalistes influents... Nos concurrents sont redoutables... pas de temps à perdre!...
MATHIEU
Oui, allons!
blanchard, arrêtant Mathieu, et à demi-voix pour n’élre pas entendu de Blicourt, qui est à examiner des papiers sur le bureau
de gauche.
Tu sais que ce soir tout Paris est en fête ?
MATHIEU
Tant mieux pour Paris, ce grand fainéant... quel rapport vois-tu?
Les boulevards sont remplis de gens qui s’amusent à voir passer les masques. Le temps est beau; une soirée d’automne; les croisées répondent aux provocations joyeuses des chariots enflammés qui ploient sous la charge grotesque de mille parodies divertissantes. Ce soir Paris est masqué en Venise.
f MATHIEU.
Eh bien ! bous prendrons les rues pour éviter l'encombrement... partons !
blanchard, toujours à demi-voix.
Si nous faisions bien, mon ami, puisque nous avons tout Paris à traverser, nous prendrions nos femmes dans notre voiture et nous leur donnerions le plaisir de ce spectacle.
MATHIEU
Y penses-tu?
BLANCHARD
Nous leur devons bien quelque dédommagement.
MATHIEU
Blanchard ! Blanchard ! depuis quelque temps je surprends chez toi certaine faiblesse... Je ne souscrirai pas à ta dangereuse fantaisie... Les affaires! toujours les affaires et rien que les affaires! courons terminer la nôtre...
blanchard, en s'en allant.
Hélène eût été pourtant bien heureuse de venir avec nous.
MATHIEU
A chacun sa tâche : les hommes doivent enrichir la maison, les femmes la garder. Viens, nous avons déjà trop tardé ; viens! (Il entraîne Blanchard.)
blanchard, le suivant.
Il a peut-être raison. ( Ils sortent par le fond.)