‹ Trois rois trois dames comedievaudeville en trois actes par m. Leon GozlanChapitre 18 sur 53 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

BLICOURT, seul.

J’ai pensé à nos pauvres délaissées ; leurs maris ont dû recevoir la lettre d’invitation que je leur ai fait adresser par mon ami, le

prince Mourakin. Didier est invité aussi. Ce soir lui et moi, nous les verrons donc heureuses. Ce soir, la joie leur rendra la vivacité, l'abandon’, la charmante folie de leur pays. Quelle délicieuse nuit! Elles seront à nous par le droit sacre de la polka, à moins que M. Blanchard et M. Mathieu ne veuillent la danser avec elles, ce qui est peu probable. Madame Mathieu s'appuiera sur ce bras; j’aurai à moi seul sa grâce, son regard, son sourire. Didier ne sera pas moins heureux. Madame Blanchard sera avec lui. Mais soyons prudents tous les deux ; nous perdrions ces deux pauvres prisonnières, si leurs maris soupçonnaient seulement... Blanchard a une pénétration calme à laquelle rien n’échappe... Mathieu est jaloux comme un tigre; il est brutal, féroce dans ses colères... Je le sais, mais rien n’est capable d'étouffer mon amour pour madame Mathieu. Je l'aime au point que si j'eusse accepté de partir demain pour le Mexique, au lieu de n'obienir que le simple emploi de chancelier que j'irai occuper dans deux mois, j'aurais eu celui de vice-consul. J'ai préféré un grade inferieur et rester deux mois de plus ici, auprès de madame Mathieu. Il me semble que cette femme est le dernier lien qui m’attache à la jeunesse. Je sens qu’une fois entré dans l’aride carrière diplomatique, l’ambition me glacera le cœur. Aimons donc encore une fois, aimons donc beaucoup, puisque je ne dois plus aimer bientôt.

Vous n’avez pas la candeur du jeune âge,

Dernier amour, qui valez le premier ;

Vous n'avez pas ces minutes d’orage.

Faciles pleurs qu’un mot vient essuyer :

Mais vous laissez, dernier amour céleste,

Au fond du cœur pour le purifier,

Un doux regret, comme un encens qui reste,

Et qui survit aux cendres du foyer,

Dernier amour, vous valez le premier.

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