BLANCHARD, HÉLÈNE
blanchard, d'une voix lente et émue, il fait tigne A Hélène
d'avancer.
II se passe depuis quelque lemps dans notre intérieur des choses fort pénibles ; elles ne seraient sans doute pas arrivées, si nous eussions, vous et moi, mieux étudié nos caractères, mieux compris l’un et l'autre la valeur de notre rôle dans le ménage, et permettez-moi de le dire, un peu moins songé à nous...
HÉLÈNE
Je vous atteste... je vous jure que l’événement de cette nuit...
BLANCHARD, l’arrêtant.
Oui, j’ai trop songé à moi depuis que vous êtes ma femme; j’aurais dû me rappeler sans cesse que je vous avais prise par amour et que la meilleure preuve d’amour à donner à une femme c’est de ne pas lui faire regretter de vous avoir accepté pour mari...
HÉLÈNE
Que dites-vous ?
BLANCHARD
Je dis, Hélène, qu’en cherchant à devenir riche, j’ai oublié de vous rendre heureuse. Le bonheur d’une jeune femme n’est pas d’être courbée du malin au soir sur un bureau et de faire des’ chiffres. Elle a reçu du ciel une âme à laquelle il faut donner de l’air et de la lumière, comme aux fleurs, ou bien elle se vicie et meurt.
HÉLÈNE
Mais ces paroles, d’indulgence, de bonté... ces pensées généreuses...
J'aurais dû les meure en pratique plus tôt... mais il est temps encore... Hélène, eu vous demandant grâce pour un passé qui s’accuse, je viens vous promettre un plus doux avenir...
HÉLÈNE
Oh ! mon Dieu !... mon Dieu ! il m’accable..,
BLANCHARD
Désormais, vous irez dans Te monde avec moi ; je veux que vous goûtiez à mon bras toutes les distractions, toutes les surprises, tous les plaisirs dont votre âge a besoin ; vous êtes riche ; je vous ferai heureuse...
aih :
A mes côtés, à mon bras, votre'appui.
Vous connaîtrez ce monde plein de charmes, *
* Hélène, Blanchard.
Il est à vous, car je veux aujourd'hui,
Payer par un bonheur chacune de vos larmes.
Tous les plaisirs, dont votre âge est jaloux,
Vous les aurez, compagne de ma vie,
Ah ! croyez-en cette voix attendrie,
Et maintenant me pardonnerez-vous,
Oui, dites-moi, me pardonnerez- vous!
Hélène, tombant en pleurant aux pieds de Blanchard.
Qui.ine pardonnera, moi ?
BLANCHARD
Levez-vous, essuyez vos larmes. On vient... (Un domestique entre et remet ’,une lettre.) C’est de Mathieu ! (Blanchard lit sur la suscriplion : ) « Pour être lue en présence de ma femme. » (Au domestique.) Priez madame Mathieu de venir. (Le domestique va dans l’appartement de gauche.) Que peut m’écrire Mathieu?... Pourquoi cel ordre étrange de n’ouvrir celte lettre que devant sa femme? où^esi-il donc en ce moment?... Mais voici madame Mathieu.