SCÈNE XII
BLANCHARD, seul.
Didier vient de m’opposer le même refus quand je lui ai dit d’aller chez son père chercher les fonds du cautionnement, qu’attend le ministre. Son refus a achevé d’éclairer ma conviction. Il est le témoin de M. de Blicourt; et cette nuit, à l'Opéra, Didier était avec Hélène, comme M. de Blicourt était avec madame Mathieu. Je n’ai plus rien à savoir; et voici ce qui va arriver. Didier n’ira pas chez son père, le banquier; M. de Blicourt, chez son oncle, le député. Mon affaire est perdue, et c’est ce que je veux. En agissant ainsi, je me passe de leur générosité et je ne laisse percer aucun soupçon. Quant à Dumartel, il en sera pour sa curiosité; je l’ai mis eu voilure. Et Mathieu n’aura rencontré personne là où il est allé chercher un adversaire à frapper. Tout mourra donc avant de naître; j’ai comprimé l’embrasement dans mes mains. Ainsi, pas de scandale, pas de sang, excepté celui que ma blessure répand intérieurement goutte à goutte, car je souffre beaucoup. Il m’étouffe ce masque de marbre que j’ai sur le visage; le poison lent du silence est terrible, c’est celui qui tue!... Oh! c’est trop pour un homme de retenir à la fois sa colère, sou indignation, ses cris et scs pleurs... Hélène, amour charmant de ma jeunesse!... trésor caché de ma maison... Hélène... elle en aime un autre... elle a été éblouie par les brillants dehors qu’elle n’a pas trouvés en moi... Oh! les femmes ne savent pas tout ce qu’il y a de véritable amour dans le dévouement silencieux de l'honnéte homme qui aime comme Dieu, sans bruit, mais toujours... elle va venir... je l'attends... oh! qu’elle est cruelle la nécessité de se venger, de frappèr la main qtt'on a couverte autrefois de baisers et de larmes... C’est elle.