‹ Trois rois trois dames comedievaudeville en trois actes par m. Leon GozlanChapitre 53 sur 53 · ACTE III, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VII

plore, et que je m’efforcerai de réparer, j'ai blessé en duel, à cause de vous, un homme dont monsieur (Il regarde Blicourt.) aurait dû prendre la place sur le terrain de la réparation.

BLICOURT.

Je suis prêt à vous y suivre, monsieur, bien qu’à regret.

MATHIEU

Non, monsieur, j’ai en réserve un autre genre de vengeance. Pas de duel. Un coup de pistolet, un coup d’épée, c’est le courage d’une minute, c’est la douleur d’un instant. Ma vengeance durera autant que nous deux: j’en mourrai peut-être, mais vous en souffrirez toujours.

BLANCHARD

Que va-t-il faire?

Dans le monde politique où vous allez vous produire, on n’avance qu’entouré d'ennemis acharnés, d’envieux vigilants, toujours prêts à glisser la pierre d’un scandale sous le char de l’ambitieux, pour le renverser dans la boue... J’ai trouvé la pierre qui fera trébucher votre avenir.

BLICOURT.

Monsieur!...

MATHIEU

Afin de faire un chemin plus rapide, vous comptiez contracter bientôt une riche alliance. . Je l’empêcherai...

BLICOURT.

Vous, monsieur...

MATHIEU

Au moment où vous allez partir pour aller chercher au Mexique la femme qu’on vous a choisie, je viens en placer une autre à votre bras... une autre que vous aimez... qui vous aime... Oh ! ma conduite est pleine de générosité, et je cours en héros audevant du ridicule. Mais bientôt vous n’aimerez plus ; et à la place de la femme riche, noble, influente, que vous alliez épouser et qu’on ne vous accordera pas, vous en trouverez une qui vous aura fermé à jamais la carrière. L’une eût été votre couronne, celle que je vous donne sera votre fardeau... Et ne croyez pas que vous la chasserez. De tous les scandales, vous préférerez le moins public, le moins grand : celui de la garder. D’ailleurs, je vous connais : une implacable délicatesse vous empêchera de mettre à la porte de chez vous celle que vous aurez fait renvoyer du seuil conjugal. Vous pensiez m’attacher à ce poteau banal où l’on rit tant de voir les maris exposés... Je change les choses. Vous m’avez pris ma femme!... Eh bien, je vous dis : Gardez-la ! qu’elle soit le boulet de votre déshonneur. (Il se pré cipile vers sa femme , qui pousse un cri déchirant, la prend par le bras, et la jette à ses pieds (tableau) ; il va s’asseoir à gauche sur un fauteuil près du guéridon ; Hélène relève Laure, et se retire un peu à droite. Blanchard au fond. Un domestique parait et lui remet une lettre.) t

blanchard, courant à la signature.

Que vois-je?... le colonel Dupant. (Il ht.) «Monsieur,

« Le médecin qui a visité ma blessure l'a déclarée sans dan- « ger. Revenu de la longue défaillance produite en moi par la « douleur, mon premier soin, en homme qui estime le courage, « est de vous écrire pour vous faire une révélation d’une grave « importance pour vous. Je viens vous dire ce que votre extrême « violence ne m'a pas permis de vous apprendre ce malin. « Sachez donc, monsieur, qu’aucune des deux dames que jecou- « duisais au bal la nuit dernière ne porte votre nom...

DUMARTEL.

Écoulons.

BLANCHARD, lisant.

« Cependant, comme en pareille circonstance, une déclaration « semblable a besoin de se produire avec des preuves certaines, « sous peine de paraître un acte de générosité envers un adver- « saire loyal, je vous dirai, monsieur, pour la tranquillité de vo- « tre ménage...

DUMARTEL.

Voyons, que va l-il dire?

BLANCHARD, lisant.

« Que ces deux dames, plus que légères, plus que compro- « mises déjà, s'appellent, l'une, madame Delphine Duplessis...

Madame Delphine Duplessis! (Il rit.) C’est miraculeux de surprise! c’est charmant! c’cst lait pour moi! encore mon étoile !... madame Duplessis est la femme d'un de mes bons amis... Quelle aubaine!... vais-je intriguer, mettre aux cent coups ce brave ami, cet excellent Duplessis... il saura tout. (A Blanchard. J Mais continue...

BLANCHARD, lisant.

« L’autre dame s’appelle madame Dumar... ( Blanchard hésite.) Madame... (Il s’arrête et reste très-embarrassé de la contenance de Dumartel, sur lequel il a fixé son regard.)

MATHIEU

Eh! bien, qu’on achève... ( Blanchard , toujours très-embarrassé, montre à Dumartel le nom écrit, celui-ci fait un mouvement , se relire confus , puis il revient pour se saisir He la lettre; à ce moment madame Blanchard se précipite entre eux deux, s'empare de la lettre et dit.)

HÉLÈNE

Auparavant, monsieur Dumartel dira hautement qu’il nous a vues fuir, madame Mathieu et moi, en manifestant l’une et l’autre notre frayeur, lorsque M. Didier et M. de Blicourt sout venus à notre insu nous trouver à l'Opéra.

dumartel, les yeux fixés sur la lettre.

Je l’avoue.

HÉLÈNB.

Il dira encore que Laure et moi l’avons supplié, celte nuit, au

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