ACTE III, SCÈNE VI
BLANCHARD
Mais, malheureux, lu as frappé un homme qui ne t’avait rien fait, qui u’avait rien fait à Dumartel. Il y a une méprise aggravée par ton aveugle et violente brusquerie...
DUMARTEL.
Je le crains maintenant.
BLANCHARD
J'en suis sûr...
MATHIEU
Allons donc ! vous êtes ridicules tous les deux avec votre méprise et ma brusquerie. Enfin, on a transporté le colonel Dupont chez lui, et moi, je suis bien vite venu, mes amis, vous dire comment je châtiais ceux qui se jouent de l’honneur des maris après avoir souillé celui des femmes.
dumartel, désignant Blicourt.
Je demanderai maintenant à monsieur s'il s’obstine encore à me croire celui qui a insulté les deux dames qu’il accompagnait à l’Opéra?
BLANCHARD, à part.
Misérable Dumartel!... tout était lini, tout recommence.
MATHIEU
Que veux-tu dire, Dumartel?...
DUMARTEL.
Oui, monsieur de Blicourt, qui avait pour compagnon de plaisir M. Didier, a eu, la nuit dernière à l’Opéra, une dispute grave, une affaire sérieuse...
MATHIEU
Vous aussi, monsieur de Blicourt?
BLICOURT.
Un malheureux hasard... l’obligation de repousser une injure faite à deux femmes...
DUMARTEL.
Et ces messieurs voudraient que leur affaire fût celle, mon cher Mathieu, que tu viens de terminer d’une manière si expéditive et comme si elle l’eût été personnelle.
MATHIEU
Cela ne saurait être.
Tu as parfaitement raison.
DUMARTEL.
Je ne dis pas, mais...
BLANCHARD
Terminons...
MATHIEU
Tout est terminé d’un seul mot. Les deux dames qu’accompapagnaient Didier et M. de Blicourt portaient -elles deux dominos gris comme celles que tu as suivies, Dumartel? non.
DUMARTEL.
Oui.
MATHIEU
Ah!
BLANCHARD
Qu’en sais-tu, Dnmartel?
DUMARTKL.
N’est-ce pas, monsieur de Blicourt?...
BLICOURT.
Oui, monsieur.
MATHIEU
Mais enfin, les deux dames que ces messieurs protégeaient sont-elles entrées en quittant l’Opéra dans celte maison?
BLANCHARD
Dumartell
MATHIEU
Blanchard!
DUMARTEL.
Mais... oui.
Mathieu, jetant son chapeau à terre avec colère, et s’adressant à
Blicourt.
C’est donc vous, monsieur de Blicourt! vous que j’ai reçu chez moi, vous que j’ai traité en ami... Quoi! vous êtes jeune, riche, noble, vous pouvez courtiser les femmes de votre rang, et vous venez furtivement dans la maison d’un homme de labeur, dont le ménage est toute la joie, et vous lui dérobez son bonheur obscur, unique et caché, pour le dissiper en une nuit! Mais c’est voler le manteau du pauvre. Vos aïeux gentilshommes étaient du moins de brillants séducteurs; leurs fils dégénérés, vos pères du dixhuitième siècle, des corrupteurs qui ne s'en cachaient pas; mais, vous autres, on ne sait pas ce que vous êtes; cela n’a jdus de nom. Mais qui donc alors, ô mon Dieu! ai-je renversé tantôt sous le choc de ma balle? Blanchard, lu avais raison. J’ai commis quelque funeste méprise... Mais ceci s’éclaircira. A d’autres soins en attendant! J’ai ma pensée... Oui, cela vaut mieux... L'offense est trop grave... Les lois?... Que font les lois?... Elles prononcent la sépaftilion. Est-ce que j’ai besoin de la loi pour cela?... D’ailleurs, elle ne trouverait même pas que j’ai été offensé... Je serai ma propre loi. (Il sonne, un domestique vient.) Madame Mathieu ! (Le domestique se relire à droite.) Justice va être faite devant vous tous d’une manière éclatante, puisque tous vous savez maintenant que M. de Blicourt m’a désJio#orc dans ma femme.