ACTE I, SCÈNE III
MATHIEU
Damartel!... tais-toi.
DüMARTEL.
Qu'ai-je fait au sort et aux maris pour qu'ils me traitent si bien?
Encore une fois... Dumartel 1
dumartfl.
Non, je veux que lu sois bien persuadé de l’insolence de mon bonheur et que tu ne regrettes pas d’avoir placé tes actions entre mes mains. Affaire faite, passons au plaisir. A nous trois, mesdames. "Vous savez ou vous ne savez pas que c’est ce soir qu’a lieu le bal que donne le riche prince Oldinski. Les dames qui viendront à ce bal seront, je n’ai pas besoin de vous le dire, magnifiquement costumées.
Mathieu, à part.
Qu’est-ce que cela nous fait?
DUMARTEL.
C’est le dernier jour du carnaval.
HÉLÈNE
Il aura été fort gai pour nous.
LAURE
Absolument comme celui des autres années. [A part.) Avoir refusé ces billets!
DUMARTEL.
Le prince Oldinski veut lutter de splendeur avec le prince Mourakin, un oppresseur russe, qui donne aussi ce soir son dernier grand bal. Moi qui suis pour les Polonais, j'aurai le courage de mon plaisir : j’irai chez le prince Oldinski. Je l’aiderai à triompher de la Russie. Mais je n’irai pas seul à ce bal : la dame que j'y conduirai ne sera pas la moins brillante, la moins remarquée... Voici où j’ai besoin de toutes les lumières de votre goût exquis. ( Dumartel va prendre dans le carton un domino r ose.) Votre avis, mesdames, sur ce domino, qu’elle portera ce soir ...
Mais c’est divin !
LAURE
Des volants en dentelle !
HÉLÈNE
Que ces manches flouantes sont gracieuses !
LAURE
Un costume de fée.
Mathieu, à part.
11 était bien nécessaire de le leur montrer...
DUMARTEL.
Il a été inventé par le célèbre Gavarni, d’après mes conseils
HÉLÈNE
Je suis folle de ce domino.
MATHIEU
(A part.) Allons, bon! (Haut.) Madame Blanchard, voire correspondance...
Hélène, sans avoir entendu Mathieu.
Ohl je veux l’essayer.
HÉLÈNE et LAURE.
Comme il est gracieux ! quels divins ornements!
Un sylphe l’a brodé de ses doigts transparents;
Sans doute il l’a doté de son esprit lutin :
Quel destin !
Railler dans ce satin.
HÉLÈNE
Si j’étais celle,
Qui, jeune et belle,
Vive etincelle,
Le portera :
Oh ! sur mon âme!
Je serais femme A mettre en flamme Tout l’Opéra.
ENSEMBLE
HÉLÈNE et LAURE.
Comme il est gracieux ! quels divins ornements !
Un sylphe l’a brodé de ses doigts transparents;
Sans doute il l’a doté de son esprit lutin Quel destin !
Railler dans ce satin.
A moi le prix du goût! à moi les compliments!
A moi la palme d’or pour les déguisements !
J’attendais mon arrêt de votre goût divin :
Gloire enfin !
Mon succès est certain.
MATHIEU
Cet objet gracieux, ces divins ornements,
Font naître en mon esprit d’étranges mouvements.
Que ne puis-je à leurs yeux, libre dans mon dessein,
De ma main Déchirer ce salin.
(A part.) Misérable Dumartel ! Cet homme finira mal.
DUMARTEL.
Je voudrais que Blanchard vous vit ainsi costumée.
Mathieu, à part.
En effet, il serait excessivement flatlé.
Hélène, se dépouillant du domino.
* (A Laure.) A ton tour; tu en meurs d’envie.
Mathieu, à part.
Ma femme! elle oserait!