‹ Trois rois trois dames comedievaudeville en trois actes par m. Leon GozlanChapitre 9 sur 53 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

LAURE

Je veux bien.

Mathieu, regardant Laure.

Madame Mathieu! (Laure rend avec résignation le domino à Hélène, qui fait un signe d’impatience à Dumarlel.)

Hélène , en rendant le domino d Dumarlel.

Que madame Dumarlel sera heureuse de vous accompagner ce soir au bal dans ce costume 1

Mathieu, à part.

Mettons un terme à celte scène.

HÉLÈNE

Elle fera bien des jalouses.

MATHIEU

Madame Mathieu, veuillez reprendre votre travail.

( Laure blessée obéit. ) DUMÀBTEL.

Madame Dumartel ne vient pas au bal avec moi ce soir,

HÉLÈNE

Et à quel bal va-t-elle?

DUMARTEL.

Je l’ignore.

Comme nous ne devons pas le savoir, occupons-nous de nos affaires. Votre bureau vous attend, madame Blanchard.

HÉLÈNE, piquée.

J’y vais, monsieur. ( Elle va à son bureau à droite. )

Mathieu, à Dumarlel *.

Tu ignores, dis-tu, le bal où va ta femme ce soir, madame Dumartel, une des plus jolies personnes de Paris? Tu veux sans doute t’amuser de nous?

DUMARTEL.

Pas le moins du monde.

MATHIEU

Mais c’est là une monstrueuse indifférence.

DUMARTEL.

Allons doncl madame Dumarlel, que j’aime beaucoup, dont je suis très-sincèrement aimé, va de son côté, tandis que je vais du mien. (Les femmes écoutent.)

MATHIEU

Admirable système l ( Il s’inquiète de savoir si les deux femmes n'écoulent pas. )

1 DUMARTEL.

Elle a son monde , j’ai ma société ; elle a ses amis , j’ai les miens aussi; l’été, elle va aux eaux de Bade, moi à celles des Pyrénées, sans qu’elle y trouve à redire.

Mathieu , s’apercevant que Laure et Hélène prêtent attention. Plus bas , plus bas !... „ / 4

* Dumartel, Hélène, à son bureau ; Mathieu, Laure, à son bureau.

DUMARTBL.

Loin d’en souffrir, notre amour se rajeunit, se retrempe dans cette liberté salutaire.

MATHIEU

Et c’est là ta méthode?

DUMARTEL.

C’est la meilleure. Je prétends, en général, que la femme soit libre d’aller où bon lui semble. C’est un goût qui est dans son droit.

MATHIEU

Dis plutôt que c’est un droit qui est de son goût. ( II surprend encore les deux femmes écoulant. ) Eh bien, madame Blanchard... ( Hélène s’est levée et va rejoindre Laure à son bureau en lui portant son travail. Ils gagnent à droite .) La laisser aller où bon lui semble!... mais, sans toi, malheureux?

DUMARTEL.

Sans moi, si je la gêne.

MATHIEU

Et si un autre lui plaisait?

DUMARTEL.

C’est impossible.

Fat!

DUMARTEL.

La loyauté du mari doit toujours accompagner l'indépendance de la femme.

MATHIEU

Oui, comme le gendarme doit toujours accompagner le voleur. Dumartel, prends garde à toil

DUMARTEL.

Gendarme , prends garde à toi !

MATHIEU

Dumartel, ton immoralité me révolte.

DUMARTEL.

Mathieu, ta moralité m’épouvante.

MATHIEU

Le mari est roi.

DUMARTEL.

Sans doute ; mais il y a trois espèces de royauté : la royauté absolue , la royauté ( indiquant les deux femmes), avec les deux chambres , et la royauté qui n’en est pas précisément une, comme celle du président des États-Unis. 11 s’agit donc de savoir quelle espèce de royauté conjugale tu veux adopter.

MATHIEU

La royauté absolue.

DUMARTBL.

• Diable 1 et les révolutions?

Ah ! bah ! vois-tu , Dumartel , si ma femme avait seulement la

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