FIN TRAGIOUE DE L IDYLLE .A
une raison, pense que tu as une lâche à remplir. La Providence l'a laissé un fils pour la consolation, l'enfant de Julie est un autre ellemême. Tu es obligé de vivre pour l'élever dans lamoLir et la crainte de Dien. pour le suivre dans le monde et l'empêcher de prendre tous les vices.
« Adieu, mon fils, prends pitié de ta pauvre mère, qui donnerait tout pour te voir heureux et qui n'a jamais eu ce bonheui' qu'un instant. «^
Comme sa mère l'a bien senti et compris, la religion et l'amour du fils de Julie, cela seul peut consoler son cœur et faire diversion à sa douleur, et il devient l'apôtre de la foi.
Avant son mariage, en arrivant seul à Lyon, tout jeune homme, Ampère s'était empressé de foniler avec d'a^itres jeunes gens sérieux un cercle d'études. Les ni^thématiques, la physique et la chimie en faisaient tous les frais.
Après la moh de sa femme, il se retrouve eeul. et son cœur éprouve (^p nouveau le besoin de se
dépenser en aimant. .Mais, Aiainlenant, son esprit s'élève plus haut que les sciences de la lerie. Il remercie Dieu de l'avoir touché, de l'avoir ramené dans la voie de grâce et de vérité... Il constate avec douleur combien de jeunes gens et d'hommes faits ont perdu comme lui, clans la tourmente révolutionnaire, la connaissance et l'amour des choses de Dieu.
Le Concordat venait de rouvrir les églises, les foules revenaient aux pratiques religieuses. C'était le moment aussi de faire renaître la foi dans les âmes, et ce jeune professeur de lycée fonda un cercles d'études religieuses, (jui prit le nom de Société Chrétienne.
Le scepticisme railleur du xvm^ siècle commençait à lasser les âmes tant soit peu élevées, comme l'anarchie révolutionnaire avait lassé le peuple. Cependant, ceux qui avaient étudié et lu les ouvrages des Encyclopédistes et des philosophes sceptiques ne sont pas encore revenus à la foi. Ils ont trop de pi'éjugés. Mais, du moins, instruits par cette terrible expérience de la Révolution, ils commencent à comprendre que la religion est utile et même nécessaire pour maintenir les individus et les sociétés dans l'accomplissemeht de leurs de- \()irs, que la Révélation est utile et presque néces-
FIX TRAGIQUE DI£ I.'iDYLLE 01
saire pour enseigner aux hommes les vérités capilalcs sur Dieu et l'immortalité. Ils respectent la religion nouvellement restaurée et, s'ils restent en dehors d'elle, du moins ils admirent sa puissance et ses bienfaits.
Ce sont de tels hommes devenus ses amis ou sur le point de le devenir qu'Ampère réunit autour de lui. ainsi qu'un faible noyau de véritables chrétiens.
Chaque vendredi, une conférence est faite par l'un des membres sur la destinée de l'homme, la révélation, ses preuves, l'influence du christianisme au point de vue historique et social, la morale chrétienne, etc. Les membres présents exposent leurs objections ou les développent par écrit. Le conférencier les résout aussi bien que possible et, peu à peu, les préjugés se dissipent, la ' lumière pénètre ceux qui ne cherchent que la vérité. — • Ampère présenta pour sa part trois mémoires sur les preuves historiques de la révélation, qui forment tout un traité d'apologétique intéressant à plus d'un litre.
Dans ces réunions intimes, il semble que les yeux s'ou\rènt plus facilement à la lumière. Ceux qui ont vu amènent leurs amis. Le cercle s'augmente, l3 bien s'étend. Mais la Sociclc Chrétienne, inau-
giirée avec tant do zùle et de bonne volonté, ne devait pas fournir une longue* carrière. A la fin de l'année LSOi, celui qui en était le véritable inspirateur (quittait Lyon, et la petite association de chercheurs se dispersa d'elle-même.
Parmi ces amitiés scellées par la religion et (pie rien au monde ne devait plus rompre, citons en première ligne celle qui l'unissait à Claude-Julien lîredin, étudiant en médecine et qu'Ampère avail ramené à la foi en même temp^ qu'il fondait la Sociélé Chrélienne. » Dès lors, il, s'établit entre eux une confiance sans bornes, il n'y eut jamais échange de pensées plus sincères, plus intimes. Souvent, pour ne pas interrompre d'interminables entretiens, ils passaient leurs nuits à s'écrire (1). »
Lorsque, à Paris, Ampère, au contact des philosophes matérialistes et de la philosophie allemande, oubliera la foi reconquise à Lyon, Bredin le poursuivra jusqu'à ce qu'il ait réveillé dans son cœur les sentiments religieux que celui-ci avait ressuscites dans le sien.
Pour donner vme idée de ce qu'était alors Ampère, citons une page d'un ascétisme vraiment remarquable, écrite vers celte époque : « L'esprit