‹ Trois savants chrétiens au XIXe siècleChapitre 20 sur 45 · Op. cit., p. 2u · texte numérisé non relu

Op. cit., p. 2u

AMPKRr:

•champ de toutes ces sciences. Aucune ne lui offre lattrait de la nouveauté.

Cependant, un jour, il liouva.

Il est invité dans Tancien salon d'H^lvétius. reconstitué à Auteuil, près Paris par d'anciens habitués d'avant la Révolution. Là, les philosophes matérialistes, comme Cabanis, d'Holbach s'y donnaient rendez-vous. Ils s'entretiennent de la toute récente philosophie allemande de Kant. Au contact (k ces idées nouvelles, l'esprit d'Ampère s*évo'ille. se passionne. Il a trouvé enfin une Aoïc quil n'a pas encore parcourue. Il s'y lance avec ardeur tête baissée, délaissant algèbre et physique.

Ses amis de Lyon s'effraient de ce brusque changement de direction. « i\Ion très cher ami, lui écrit Julien Bredin, ce que vous me dites au sujet de vos succès en métaphysique me désole. Je vois avec peine qu'à votre âge vous entriez dans une nouvelle carrière. On ne va pas loin quand on change tous les jours de route.. Songez bien qu'il n'y a que de trçs grands succès, qui puissent justifier votre abandon des mathématiques, où ceux que vous avez déjà eus présagent ceux que vou< (lc\ez attendre, »

11 tremble aussi pour la foi de son ami, car il

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ajoute : <( Cette idéologie ne Icia-t-elle pas quelque tort à vos sentiments religieux ? Prenez bien garde, mon cher, vous êtes sur la pente du précipice ? Pour peu ([ue la tête vous tourne, je ne sais ce qui arrivera. Votre imagination est une bien cruelle puissance qui vous ^libjugue et vous tyrannise. » • .

Ces craintes ne se réalisèrent que trop tôt. Lorsque, l'année suivante, Ampère vient passer ses vacances à Lyon, ses amis ne reconnaissent plus le croyant et l'apOlre qui les avait ramenés à la foi.

Lui-même s'effraye à la pensée de contrisler le cœur de sa mère, ses accents sont déchirants : «■ Cachez à ma mère avec le plus grand soin les doutes dojit je suis' tourmenté. Vous savez mieux que personne à quel point j'ai cru à la révélation de la religion catholique romaine. En arrivant â Paris, je tombai dans un état d'esprit insupportable. Oh ! que je regrette le temps où je vivais de ces pensées ! Au nom de notre amitié, cher Bredin, faites-moi le tableau naïf de vos convictions* actuelles. Je vQus en conjure, versez votre

âme dans la mienne. »

Et, dans son journal, Bredin se désole : « Il est plus changé qite je ne le croyais. L.'année dernière,

c'était un chrétien aujourdhui, ce n"est plus (juiin liomme de génie, un grand homme ! » Et il expli- (]ue l'immense différence : « Que sont devenus les sentiments sublimes qui remplissaient son âme ? Il ne voit plus que la gloire, il est idolâtre de la gloire ! »

Ce noble cœur, qui ne songeait qu'aux autres, ne songe plus qu"à lui. C'est pitié de voir où conduit l'abus de la raison. Mais, pour comble de malheiii-. où il pensait trouver la vérité il ne trouve (juc le doute et son esprit angoissé souffre des tourments indicibles. Plein de bonne volonté, il cherche la vérité avant tout, et la vérité fuit ses lèvres altérées depuis qu'il a iiiéconnu Celui qui est la \'oio. la Vérité et la Vie.

Ce supplice de Tantale devait durer quinze an-.

Bienl(jt, Ampère est heureux de trouver dans le salon d'.Auteuil Plaine de Biran, dont la philosophie, 1)1 us spirilualiste, plus forte et plus morale. le charme dès l'abord. Mais tout cela ne donnait

pas le repos à son esprit et encore moins le bonheur à son cœur.

Après la religion, c'était l'amour d'une épouse adorée qui lui avait donné les seules vraies joies qu'il ail pu goûter sur la terre. Il voulut essayer une seconde fois d'être heureux.

Il en parle à ses amis, qui l'encouragent, ne voyant fiue dans un nouveau mariage le moyen de faire diversion aux souffrances qui le minenl. Elise elle-même, la sœur de Julie, lui écrit : <( Non. mon frère, je ne serais ni révoltée ni surprise si lu voulais essayer d'être plus heureux. Non, mon estime pour toi resterait toujours la même, je ne l'en aimerais pas moins. Je sais que la douleur humaine n'est guère à l'épreuve du temps. Je sais que, excepté un petit nombre, tous les êtres se donnent la peine de chercher le bonheur, je fais pour le tien des vœux bien sincères et pour celui de ton fils... Adieu, sois persuadé emore une fois que je demeurerai, quoi qu'il arrive, toujours ta sœur. »

Ce nouvel essai de bonheur ne devait pas être heureux.

T.es caractères étaient diamétralemi>nt opposés. Le cœur si bon. si simple, si aimant d'Ampère ne pouvait pas être compris par une femme du mon-

de vaniteuse et coquette. On veut le plier à des habitudes mondaines dont il est incapable. On le boude, bientôt on le chasse. « Mon ami, écrit-il à Bredin six mois après son mariage, mon ami, après les moments que je viens de passer, je peux désormais tout souffrir. Comment ne suis-je pas mort en m'enlendant dire de sortir de la maison par celle qui avait attaché son existence à la»mienne, envers laquelle je voulais être reconnaissant et dévoué ? »

C'est alors qu'il va passer quelque temps à Lyon, auprès de ses chers amis, qui lui redonnent un peu de courage. Il va se promener à Poleymieux et les doux souvenirs du passé ca'lment les douleurs du présent.

Sa mère, sa sœur Jjoséphine, son fils Jean-Jacques reviennent avec lui à Pari§ et lui forment désormais un foyer, avec une petite fille, Albine, qu'il a eue de ce second mariage.

Sa mère bien-aimée meurt peu après, faisant déjà le vide à ce nouveau foyer. Ampère est de nouveau dans le deuil et la tristesse. « Mon ami. r(u'esl-ce que mon intérieur sans ma pauvre mère ? En rentrant chez moi. quelle douceur indéfinissable de la voir, de l'entendre parler ! Toutes ses paroles me reviennent en mémoire, je ne la verrai

plus, je ne l 'écouterai plus. Il y a sur mon cœur un poids qui' m'écrase. »

Désormais, son cœur a savouré toutes les douleurs ; tous les sacrifices, il les a connus. Il est prêt pour recevoir l'action de la grâce qui le ramènera à Dieu.

/V.m43ère vient de parcourir pendant quinze ans la période de la lutte et de l'épreuve. Une période de régénération lui succède. Un nouveau travail se fait dans son esprit. Il va aboutir à son rclouicomplet et définitif à la foi catholique, et. désormais, sa grande intelligence, rentrée en complète possession d'elle-même, va trouver de nouvelles forces, de nouvelles lumières, pour les grandes découvertes scientifiques qui doivent immortaliser son nom et dont l'heure est venue.

Pendant ces dix dernières années, 'Ampère avait cherché dans la fondation d'un nouveau foyer une consolation à ses douleurs^ dans la philosophie ambiante un remède à ses doutes énervants, des lumières pour remplacer celles que la philosophie^

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avait éteintes en son àmc. 11 ne trouve que des doutes plus poignants, des douleurs, plus angoissantes. Il se rappelle le calme, le bonheur pur et sans mélange qu'il a goûté quand il avait la foi. Cette foi. il la regrette, il la désire, et il se met aussitôt au travail pour reconquérir la vérité religieuse, qui seule donne un sens à notre vie.

C'est alors qu'il entreprend de nouveau une étude approfondie du christianisme. Il hiédite l'Evangile, lit et commente les Prophètes et les Pères de l'Eglise, rassemble les preuves des vérités fondamentale- concernant la foi. Mais, surtout, il écrit plus longuement, plus fréquemment à ses chers ain s de Lyon, leui' demande conseils et lumières, .'-^a correspondance avec son très cher Bredin prenrl alors l'aspect d'un volume. Elle est presque unifjuement consacrée à des dissertations religieuses, et chaque lettre, qui ressemble à un journal, est numéroté poiu* en faciliter la liaison et l'enchaînement.

Peu à peu, sous la douce influence de cette amilit '. la vérité touche son cœur, prend possession de son esprit. En 1815, après Waterloo, il quitte Paris ])our épargner à son ca^ur de Français le spect.icle de nos désastres : " Je suis comme le grain

AMPERE A PAïaS / :j

entre deux meules, rien ne peut exprimer les déchirements que j'éprouve, je n'ai plus la force de supporter la vie. Il faut à tout prix que j'aille vous rejoindre. Il faut surtout que je fuie ceux qui me disent : vous ne souffrirez pas personnellement. Comme s'il pouvait être question de soi au milieu de pareilles catastrophes ! »

A Lyon, il est frappé de la renaissance religieuse qui se manifeste avec le retour des Bourbons et de la liberté. Il cède lui aussi. Ses amis ont enfin retrouvé leur Ampère croyant et pratiquant, qui les avait autrefois sauvés de l'incrédulité. Et ils peuvent passer ensemble, à Poleymieux et à Lyon, quelques semaines embaumées de ces joies suaves et douces de l'amitié, si chères à son cœur.

Mais, quelques années après son retour à Paris, une nouvelle douleur vint affliger son cœur. Il sent qu'à son tour son ami Bredin chancelle dans la foi. Il s'effraye. Il voudrait accourir à Lyon pour ramener la brebis qui s'égare, la rapporter sur ses épaules. Il écrit de longues lettres pressantes. A peine lui-même a-t-il donné à son ami la joie de revenir aux mêmes croyances que lui. que celui-ci les abandonne ! \'eut-il descendre lui

aussi dans cet abîme d'où il a relire Sion ami avec lant de peine? Non, cela ne sera pas. Son ami a lait pour lui l'expérietice. la terriMe» -expérience ilu doute, cela suffît.

Bredin ne résiste pas à cette éloquence du cœur, chaude et pressante. Bientôt sa foi est raffermie et leurs lettres reprennent ce ton de doux abandon religieux qu'il est charmant de retrouver sous la plume d'un si grand homme : « Adieu, prie pour ton ami. pour un pauvre pécheur qui n'a d'espoir que dans la miséricorde infinie do Dieu, dans cette miséricorde qu'il connaît par expérience. Cher Julien, ne perdons pas de vue Jésus-Christ, le Soleil de Justice... » — « Selon le monde, aujourd'hui, je suis parvenu à la fortune, à la réputation, à ce que beaucoup d'hommes peuvent désirer. Eh bien ! cher Bredin. Dieu a voulu me prouver que tout est vain, hors l'aimer et le senir. » (1818).

.\mpcre restera désormais et toute sa vie chrétien fervent et praticpianl. Il a retrouvé le <alm<' et presque le bonheur. II est prêt pour d(> grandes choses pour de brillantes découvertes. Il a quarante-deux ans d'âge et encore vingt ans de vie.

LÇ GRAND ŒUVRL: D AMPLRE

Jusque-là Ampère ne s'était signalé à l'attention du monde savant que par des travaux d'algèbre pure, de mathématiques. C'est un mémoire sur la théorie mathématique du jeu qui le fait nommer professeur au lycée de Lyon et bientôt professeur d'analyse à l'Ecole )iolytechnique. Là, par les devoirs même de sa charge, il se trouve cantonné dans les mathématiques. Il y demeure et ce sont encore les mémoires d'algèbre ou d'analyse qui le signalent à l'attention et lui ouvrent les portes de l'Académie en 1814.

Comment Ampère fut-il amené à changer tout à coup de direction et à se consacrer uniquement aux études physiques, délaissant une science où il avait déjà remporté des surrè^ brillants, dé-

laissant même la physique, qu'il proclamait avec enthousiasme la première de toutes les sciences ?

Ce fut une simple nouvelle, un fait bien inoffensif qui produisit cette grande révolution. Le Danois Œrsted venait de constater qu'un courant électrique [faisait dévier l'aiguijle a'i'manlée (1819).'

Il n'y avait pas là, senible-t-il, de quoi émouvoir un grave mathématicien de quarante-quatre • ans. Ei (epe.idanl ce fut comme un écFair qui .11;;iiiina l'esprit d'Ampère d'un trait de génie. Il voit dans ce simple fait les relations de l'électricité et du magnétisme: l'explication de l'un des phénomènes par l'autre. C'est tout un monde nouveau que son vaste esprit entrevoit, comme s'il y marchait déjà. El il se lance résolument, à corps perdu comme toujours, dans la nouvelle voie <|ui s'ouvre dexanl lui et que son imaginalion créalrice lui montre si large, si féconde.

Cependanl, ce n'est pas la première fois que la physique préoccupait notre savant. Déjà, lorsqu'il élait simple professeur à Bourg et qu'il briguait une place au Lycée de Lyon, il s'était enthousiasmé jiour les découvertes de \'olla et de Fj-anklin.

LE CALME APRES LA TEMf'ÈTE

(pile et paratonnerre). Le premer consul ayant, vers le même temps, proposé un prix de 60.000

Table d'Ampère.

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