‹ Trois savants chrétiens au XIXe siècleChapitre 39 sur 45 · LES INFINIMENT PETITS EN DEHORS DE L ORGANISME · texte numérisé non relu

LES INFINIMENT PETITS EN DEHORS DE L ORGANISME

En 1854, Pasteur, âgé seulement de trente-deux ans, était nommé doyen de la Faculté des Sciences de Lille. La fabrication de l'alcool provenant des grains et de la betterave tenait une large place dans l'industrie du Nord, et cette nomination V- orienta ses recherches chimiques du côté des fermentations.

La fermentation (il y en a de bien des sortes) n'est que la décomposition, la transformation d'une matière organique. On croyait autrefois que les matières vivantes, qui forment les substances des plantes et des animaux, étaient, à cause de leur complexité même, tout à fait instables. Dès que là vie les abandonnait, les éléments se séparaient d'eux-mêmes, comme ceux d'un faisceau dont le lien est rompu.

. L'expérience de ■ chaque jour semblait bien donner raison à la théorie. A peine écrasé, le raisin se met à bouillir et à femienter. Laissé à l'air. il s'aigrit. Le lait tourne. A la longue, tout se décompose et se putréfie. Il était réservée à Pasteur de montrer que toutes ces actions destructives de la matière organique et vivante sont encore l'œuvre d'êtres vivants.

Les plus gros de ces êtres ont quelques millièmes de millimètre. Auprès' dune fourmi, c'est moins, beaucoup moins qu'un rat auprès d'un éléphant ou d'une baleine. Leur petitesse nous confond.

Les plus forts instruments grossissants permettent seuls de les apercevoir.

Leur .forme et leur genre de vie sont plus étonnants encore. Tous, ils sont formés simplement d'une gouttelette de gelée vivante, enveloppée dans une fine membrane. Les uns sont ronds comme des billes (microcoques), les autres en forme de bâtonnets (bactéries), ou allongés comme des fils (vibrions), ou encore contournés en tirebouchon (spirilles). Les uns sont immobiles, les autres se meuvent par ondulations comme les reptiles, d'autres au moyen de cils vibralils,

qu'ils agitent sans cesse comme des rames. Quelle finesse de duvet chez ces petits êtres dont il faudrait plusieurs milliers côte à côte pour atteindre l'épaisseur de l'un de nos cheveux !

Ils n'ont ni bouche pour avaler ni estomac pour digérer. Ils vivent en absorbant par tous les pores de leur membrane les substances nutritives où ils se trouvent plongés. Ils s'en imprègnent comme une éponge, les décomposent pour s'en nourrir et rejettent le reste.

Mais comment ces êtres microscopiques peuvent-ils arriver à décomposer en quelques jours, en quelques heures, des quantités considérables de matières organiques, à tuer des animaux gros comme le bœuf et l'éléphant ? C'est que la rapidité de leur multiplication est vraiment prodigieuse et n'a d'égale que leur petitesse. Lorsqu'une bactérie ou un microbe se trouve assez gros, il se partage de lui-même en deux autres, ce qui fait deux petits microbes, puis, au bout de quelques heures, ceux-ci étant assez replets se divisent à leur tour en deux, ces quatre-là en huit. et ainsi de suite. Un seul microbe qui se reproduirait ainsi tous les heures en aurait produit en vingt-quatre heures près de vingt millions' et en quarante-huit heures des centaines de milliards.

188 PA.-^TEIR

Ces chiffres fantastiques ne suffisent-ils pas pour expliquer la grandeur de leur action ? Oyez plutôt l'histoire du sultan et de son grand-vizir :

« Un sultan faisait sa partie d'échecs avec son grand-vizir ; celui-ci commit la double étourderie de le gagner et de demander pour prix de son gain le nombre de grains de riz nécessaires pour couvrir l'échiquier, plaçant 1 grain sur la première case, 2 sur la seconde, 4 sur la troisième et ainsi de suite, en doublant pour chaque nouveau carré. Le sultan donna aussitôt l'ordre de le satisfaire. Mais on trouve, tout compte fait et après avoir couvert un certain nombre de cases de 1, 2, 4, 8, 16, 32, 64, 128, 256, 512, 1.024 grains, que tous les greniers de l'empire ne contenaient pas assez de riz pour acquitter cette dette de jeu. Aussi plutôt que de manquer à sa parole impénale, le sultan se vit dans la triste nécessité de faire trancher la tête à son grand-vizir (1). »

<( Le nombre des grains de blé que demandait ce dernier s'élevait au chiffre respectable de : 18.446.744.073.709.551.615, qui représente en effet la 64' puissance de 2 moins 1. Or on a calculé que, un kilogramme de

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