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(le ].illir, il inonlrc (|u au fond son àmc (Mail }»his religieuse que sa vie, trop affairc'e ci lilléralenient (l(''l)or(l(''e. ne pouvait le faire supposer,
' '( On sVsl ironipc' sur sa rpiiiMudecl l'on s'est pay('' (le fausses apparences en prétendtint faire de lui un athée résolu cl ti'anquille. Les croyances religieuses des autres ne lui étaient pas indifférentes. (( Je me suis trop rendu compte, disail-il. des souffrances et des difficultés de la vie humaine })our vouloir ôter à (pii que ce soit des convictions qui la soutiennent dans les diverses épreuves. » Il ne nie pas plus re^:islence de Dieu que celle de l'immortalité de l'âme. '
« Quant à moi ([ui juge; que les mois ])rogrès el inxeniion sont synonymes, je me demande au nom de rpielle dérouvci'te philosophirjiiie ou scientifi(|ue on p(Mi! arracher de l'àme humaine ces haiilcs |)ré()((iipalions. Elles me jiaraissent d'essence éternelle, parce que le mystère qui enveloppe l'univei's et dont ils sont ime éman;dion est lui-même éternel de sa nature. »
.\|)irs avoir défini le positivisme de Lillré, il ne craint ])as dVn faii'c toucher du doigt le défaut capital, l'exclusion de l'infini, el il nous entraîne avec lui dans Ws considérations les plus élcvQes,
qui forment une des belles pages de la liflriMliire philosophique :
« La grande et visible lacune du système consiste en ce que, dans la conception positive du monde, il ne tient pas compte de la plus importante des notions positives : celle de l'infini.
(t Au-delà de cette voûte étoilée, qu'y a-t-il ? De nouveaux cieux étoiles. Soit ! Et au-delà ? \'eutil s'arrêter soit dans le temps, soit dans l'espace ? Comme le point-où il s'arrête n'est qu'une grandeur finie, plus grande seulement que toutes celles qui l'ont précédée, à peine commence-t-il à- l'envisager que revient l'inplacable question, et^ toujours sans qu'il puisse .faire taire le cri de sa curiosiié. Il ne sert de rien de répondre : Au delà sont des espaces, -des temps ou des grandeurs sans limites. Nul ne comprend ces paroles» « Celui qui proclame l'existence de l'infini, et personne ne peut y échapper, accumule, dans cette affirmation, plus de surnaturel qu'il n'y en a dans tou:? les miracles de toutes les religions. Car la . notion de l'infini a ce double caractère de s'imposer et d'êlre incompréhensible. Quand celle notion s'empare de l'entendement, il n'y a (ju'à se prosterner. Encore, à ce moment de poignante angoisse, il faut demander grâce à sa raison ; fous
Ic.^ ressorts de la vie intellecluelle menacent (le se détendre, on se sent près d'être saisi par la sublime folie de Pascal. Cette notion primitive et primordiale, le positivisme l'écarté gratuitement, elle et toutes ses conséquences, dans la vie des sociétés.
« La notion de l'infini dans le monde, j'en vois partout l'inévitable expression. Par elle, le surnaturel est au fond de tous les cœurs. L'idée de Dieu est une forme de l'idée de l'infini. Tant que le mystère de l'infini pèsera sur la pensée humaine, des temples seront élevés au culte de l'infini... et, sur la dalle de ces temples , vous verrez des hommes agenouillés, prosternés, abîmés dans la pensé de l'infini. La métaphysique ne fait que traduire au dedans de nous la notion dominatrice lie l'infini. La conception de l'idéal n'est-elle pas encore la faculté, reflet de l'infini, (jui, en présence de la beauté, nous porte à imaginer une beauté supérieure ? La science et la passion de comprendre sont-elles autre chose que l'effet de l'aiguillon du savoir (juc met en notre âme le n.ystère de l'Univers ? Où sont les vraies sources de la dignité humaine, de la liberté et de la démocratie moderne, sinon ilans la noiion de l'infini, devant laquelle tous les hommes sont égaux ? >•
Pour l'aire écliec aux déclarations du matérialisme scientifique envahissant, Pasteur a.ffirme avec force la nécessité d'un idéal. Il faut vivre et mourir pour une idée, autrement la vie n'a pas de sens :
« La grandeur des actions humaines se mesure à l'inspiration qui les fait naître. Heureux celui qui porte en soi un dieu, un idéal de beauté et qui lui obéit : idéal de l'art, idéal de la science, idéal de la patrie, idéal des vertus de l'évangile. Ce sont là les sources des grandes pensées et des grandes actions. Toutes s'éclairent des reflets de l'infini. »
Cette parole élevée et grave d'un homme qui avait beaucoup vécu et beaucoup pensé produisit une profonde impression. Ce savant, qui avait passé toute sa vie à peser les petites et les grandes questions soulevées par la science, connaissait mieux (|ue personne et sa puissance et ses faiblesses. .Mi(nix (|uc personne il savait les limites qu'elle pouvait atteindre"; atteindre, oui, mais sans pouvoir les dépasser. Il savait, pour l'avoir expérimenté, que la science ne pouvait pas se suffire à elle-mçme. Elle avait besoin d'être complétée, d'être vivifiée par quelque chose de supérieur et de plus vivant. Il in\itait le savant, penché sur ses cornues, courbé sur la table de dissection, il invi-
lait tous ceux qui étudiaient la vie et la matière à lever les yeux au ciel pour y trouver une étoile qui dirige, un soleil qui éclaire et réchauffe.
Et c'était un homme qui parlait par expérience. Lui, le saVant connu de la France et du monde par ses merveilleuses découvertes, il invitait tous ceux qui travaillaient à la même œuvre que lui, à suivre la même voie, à puiser à la même source où luimême avait trouvé des forces et des lumières incon^ nues aux autres.
La mort du' grand savant fut chrétienne et édifiante comme l'avait été toute sa vie. Elle arriva le vingt-huit septembre 1895. Il était âgé de soixante-treize ans. ♦ • ■
L'excès de travail amené par ses travaux sur la rage, les attaques auxquelles il fut en butte à ce sujet minèrent sa santé et, en 188G, il lut obligé d'aller chercher le calme ot le repos dans le Midi. En 1892 des cfises d'urémie apparaissent. Il ne peut plus travailler lui-même et doit se contenter de surveiller et de diriger les travaux de ses élèves. En 1894, il perd presque l'usage de la parole. L'été de 1895, passé à la cauipagne, amène une sensible amélioialion. lorsque» vers le milieu de
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sr[ileiHljrc', les crises d'urémie réapparaissent.
Le 22, le mal empire, tout espoir est perdu. Pasleur ne se fait aucune illusion. Il pleure en embrassant ses petits enfants, le soir, et le petit garçon lui demandant p'ourquoi il pleurait : « C'est, répon- (lil-il. c'est que, mes chers, enfants, je vais v-jiis quitter. »
Les préparateurs de l'Institut Pasteur viennent entourer leur maître vénéré. Le 27, le curé de Garches, où il était retiré, vint lui administrer les derniers sacrements. Le pieux moribond, ne pouvant parler et s'unir aux prières du prêtre, joignit les mains et suivit toutes les cérémonies de l'Eglise. Il reconnut son confesseur accouru à son chevet et répondit pqr signe à ses interrogations.
Le lendemain, 28 septembre, commença une longue et douloureuse agonie. La sueur inondait son visage, sa respiration était haletante, mais.le coui"ag(Mix malade Souffrait sans se plaindre. A son chevet ses élèves, au pied de son lit de douleur ^sa femme et ses enfants souffraient et priaient avec lui et pour lui. Quelques heures avant sa moit, M""" Pasteur mil dans ses mains un petit cru- C'fix qu'il éleva et baisa à plusieurs reprises avec le plus profond respect, tandis «pie la confiance et la sérénité brillaient sui- son visage. Le soir, te-
nanl toujours l'image du divin Crucifié entre ses mains défaillantes, il expira doucement vers cinq heures.
La France tint à honneur de lui décerner des funérailles nationales. La pompe en dépassa tout ce qui s'était vu jusqu'à ce jour. Dans la chamhre mortuaire, les quatorze grand-croix du déjunl et ses innombrables décorations sont disposées devant le catafalque. Dans le cortège, six chars à deux chevaux et de nombreuses civières portent les couronnes offertes par le Gouvernement, les rois, les villes, les sociétés. Le président de la République, les Ministres, les délégations du Sénat et de la Chambre, les Académies, la magistrature et l'ar- ^ mée forment un cortège magnifique fermé par une division d'infanterie. A midi, la messe est célébrée à Xoirc-Dame. M. Poincaré, ministre de l'Instruction publique, prononce l'éloge du défunt et le corps est déposé provisoiremertt dans les caveaux de Notre-Dame. Le 20 décembre, il fut transporté dans la crypte de la chapelle de l'Institut Pasteur, où sa présence cl son esprit animent les nombreux élèves qu'il a formés et dont plusieurs sont déjà des maîtres.