‹ Trois semaines en pays scandinavesChapitre 10 sur 15 · HI · texte numérisé non relu

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dont les quartiers s'etendent aleur aise le long

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d'une vallee d'ua caractere alpestre, et dont la situation maritime ne m'est detnontree que par un certain effort d'imagination. Christiania est en eff"etseparee dela haute mer partoutela longueur d'un golfe que les bateaux a vapeur mettent pres de dix heures a traverser. Ce golfe n a rien des estuaires reguliers qui conduisent directement la mer jusqu'au centre de certaines villes, telles que Londres ou Hambourg ; c'est un fjord norvegientypique, dont le canal est parseme d'iles et modifie a chaque instant par des prolongements capricieux. A peu pres au milieu de sa hauteur, sesdeux rives se rapprochent en un chenal etroit dont la lumiere est presque effacee par un groupe d'iles, et sa moitie superieure est ainsi transformee en un veritable lac. Christiania n'est done en rapport avec la mer que d'une fagon tres mediate, et ne regoit pour airisi dire pas lecontre-temps desestempetes et de sa maree. Une autre condition topographique contribue encore a Ten eloigner. Une eminence barre I'extr^mite inferieure desa vallee ; les marins guerroyeurs du moyen age y avaient construit la citadelle d'Axershus, admirablement placee pour signaler I'arrivee de I'ennemi dans ses peregrinations laborieuses au milieu des sinuo-

sites du fjord. C'est a I'abri de cette forteresse que Christiania a ete fondee : aussi s'esl-elle maintenue a una certaine distance de la rive excepte a sa droite ct a sa gauche oii elle se prolonge jusqu'augolfe par les ports de Bjorviken et de Pipervik.

A I'heure actuelle, la capitale de la Norvege est essentiellement constituee par une serie de rues larges et coupees avec une certaine regularite qui rayonnent autour d'une artere transversale, la rue Charles-Jean, et se prolongent par des pentes douccs jusqu'a la base des collines environnantes. Comme toutes les villes scandinaves, Christiania paye un large tribut aux incendies ; elleleur a du des ameliorations successives dans la construction de ses habitations, et actuellement c'est la seule ville norvegienne ou la gen6ralite des maisons ne soit plus construite en hois. Ville presque neuve appelee depuis moins d'un siecle au role effectif de capitale, Christiania nepeut lutter avec Stockholm pourl'importancereelle et la grandeur du caractere; mais elle a conserve un cachet peut-etre plus intime qui ne laisse pas de faire un contraste piquant avec sa collegue suedoise. Elle reflate ainsi jusqu'a un certain point les diffe-

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rences assez accus6es d'esprit qui separent les deux peuples scandinaves et entravent leur fusion politique. Ces differences, raille indices les d6montrent; il n'etait meme pas tres difficile de les reconnaitre d'apres les receptions de notre Congres. Dans les deux pays I'hospitalite a ei& cordiale et genereuse, mais si elle etait plus fastueuse et plus affinee en Suede, elle a emprunte en Norvege un cliarme non douteux a une certaine franchise rude qui parait inherente au caractere du pays.

Cliristiania est pourvue de tous les rouages que comportent de nos jours la direction d'un TOyaume et I'affluencede plus enplusgrande des touristes de tous les pays. Autour de la rue Charles-Jean sont groupes des hotels, des magasins surtout riches en arlicles de voyage, en cartes, photographies, etc., enfin une serie d'edifices officiels, d'un style simple, tousraodernes. Parmi eux signalons le palais du Parlement ou Storthing, dont une jolie fagade donne sur une place plantee d'arbres, faisant une diversion heureuse avec les lignes de constructions du centre de la ville. On sail qu'il n'y a peut-etre pas de pays en Europe ou les assemblees legislatives aient un pouvoir plus etendu qu'en Nor-

vege. Le bons sens et le calmede la nation attenuent dans la pratique les inconvenients que peut facilement entrainer un tel etat de chose. Au moment de notre arrivee, une crise ministerielle grave etait a peine termin6e ; mais d'apres les echos que j'en pus recueillir, I'agitation qu'elle avait causes pourrait etre qualifiee de calme plat dans notrevie parlementaire.

L'Universite de Christiania, la seule duroyaume, est pourvue d'installations en rapport avec son importance et avec sa valeur bien reconnue dans le monde savant: laboratoires, hopitaux, musees, institut meteorologique sont dignes d'une visite, meme pour des hommes non speciaux. Dans son batiment principal, a c6te d'une aula et de sallesoule Gongres orientalistea tenu ses dernieres seances, un musee archeologique bien installe raerite d'etre particulierement signale;moins important que ceuxde Copenhague et de Stockholm, il contient un ensemble de pieces recueillies en Norvege a grand'peine, qui ajoutent une note nouvelle aux civilisations prehistoriques de la Scandinavie : on y voit en particulier des armes du temps des Vikings , ces Northmen de nos invasions carlovingiennes, et une collection de sculptures en bois, specimens

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ciirieux d'une branche de Tancieii art norvegien SUP laquelle nous aurons a revenir.

Dans une cour situee a quelques pas de la est expose un objet etrange : c'est un grand bateau en bois noir goudronne, ne mesurant pas raoins de vingt-trois metres de long. Sa proue se releve en dessinant grossierementla forme d'un coude cygne. Son avant est domine par une sorte de guerite destinee au chef de I'embarcation et dans laquelle on a trouve les restes d'un squelette humain. Un mpbilier d'une grande richesse comprenant des vetements, des bijoux et surtout des armes en profusion, entre autres une centainedeboucliers en bois, etait contenu dans les flancs du navire auxquelsetaient accoles des ossements de plusieurs chiens et de plusieurs chevaux. Notons que cette decouverte a 6te faite il y a quelques annees dans la profondeur d'une sorte de tumulus situe a Gogstad, sur la cote meridionale de la Norvege. Elle se rapporte certainement a la sepulture d'un viking, d'un de ces Rois de mer qui dans les premiers siecles du moyen age ont promene leur Immeur aventureuse sur les flots, conquis notre Normandie et decouvert I'Amerique bien avant Christophe Colomb. On est impressionne en se repre-

sentant par la pensee ces funerailles au caractere grandiose, les rudes guerriers unissantleurs efforts dans una pieterespectueuse pour donner conime cercueil a leur chef le theatre meme de ses exploits, en le faisantescorter au triste sejour par ses objets et meme par ses animaux familiers.

La visite des deux ports de Christiania ofifre un interet tres secondaire a ceux qui ne cherchent pas des renseigncments techniques sur le commerce et I'industrie du pays. Mais le simple touriste n'oubliera pas de se rendre de I'un a I'autre en gravissant la colline qui les s^pare pour parcourir le quartier d'Axershus.

La vieille ville moyen age semble isolee du Christiania moderne. Son ame est la citadelle historique, bien des fois assiegee jadis, reduite aujourd'hui par les transforoiations de la guerre au role d'une caserne. Tout autour d'elle sont dissemines au milieu du gazon et des arbres des batiments affectes aux services de I'arm^e et de la marine de I'Etat. On se promene sans restriction dans toutes les parties de la forteresse et par des pentes douces on arrive jusque sur ses remparts. La vue en est ravissante et le fjord se presente devant vous avec une rare poesie, entrecoupe a peu de distance par les

barrieres vertes de ses iles et de ses promontoires, sillonne par les embarcations de loute sorte, depuis le navire de guerre jusqu'a la chaloupe de plaisance.

Mais pour mieux voir la situation reelle de Gliristiania et saisir le cliarme de ses environs, il nous faut raonter plus liaut qu'a Axerslius et la dominer des flancs des coUines qui limitent au nord la vallee. A I'ouest de la ville s'etendent des forets dans lesquelles les habitations sont encore clairsemees. Le massif le plus inferieur constitue un pare superbe autour du Chateau Royal, lieu de residence du souverain qui, d'aprcs la constitution norvegienne meme, est tenu de demeurer une partie de I'ann^e dans son royaume occidental. De la de grandes rues, plus semblables a des routes rurales, conduisont en serpentant au mont Saint-Jean, colline dont I'elevation n'a i-ien d'alpestre mais est suffisante pour gratifier le touriste d'un panorama etendu. On peut seulement alors se faire une id6e de la Configuration singuliere des fjords norvegiens : Le goife de Christiania a des rives donl il est impossible de suivre des yeux les sinuosites. Dans toutes les directions ses flots sont coupes de bandes de tcrre verdoyantes, iles ou pres-

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qu'iles etranglees a chaque instant par des criques aux formes capricieuses, Au loin se dressent les parois roclieuses, nues, abruptes, qui surplombent directement le fjord et forment im contraste si piltoresque avec les fissures riantes qui s'y frayent un chemin de ci et de la.

Le lecteur imaginera sans peine la variete presque infinie d'excursions dont chacun de ces fjords pent eire le theatre. Leur interet se trouve certainement attenue a la tongue par la note uniforme des paysages et la rarete des lieux habites ; rnais ceux qui ont la passion du sport nautique et de la peclie doivent y trouver une Yillegiature ideale, aussi comprend-on I'interet tout special qui pousse les habitants de la Grande-Bretagne a envahir de plus en plus ces parages.

Le temps nous manquait pour parcourir meme le fjord de Christiauia dans son ensemble : nos holes se sont du moins ingenies pour nous en donner un apergu rapide. Devant la capitate meme, au premier plan et a la portee des plus petits batelets est range un archipel d'iles, Hovedo^ Lindo, etc., que termine a I'Ouest la presqu'ile arrondie. de Bygdo". Cette derniere fut le but d'une excursion interessante organisee

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le lendemain de notre arrivee. Nous nous embarquons a Pipervik dans une flottille de bateaux a vapeur, cinglons au Sud et jouissons du panorama celebre que presente au voyageur I'armee a Christiania par mar. Au bout d'une demiheure de promenade favorisee par le soleil et la douceur de la brise, nous debarquons a Bygdo. ^e n'est a proprement parler qu'un immense pare dont le chef-lieu est le chateau royal f-*scarshall auquel nous nous rendons en quelques minutes des .notre arrivee. Edifice carre de construction moderne, 11 porte a un de ses angles une haute tour moderne ; sa masse d un blanc eblouissant emerge d^ine ceinture d'arbres et domine au loin I'horizon. De sa terrasse se deroule un beau panorama sur le fjord et les lies. Apres en avoir joui quelques instants, nous nous dispersons un peu au hasard dans les allees du pare et nous retrouvons devant uiie haute porte rustique. Apr^s I'avoir franchie, on entre dans une sorte de clairiere gazonnee au mdieu de laquelle sont rangees cinq constructions en bois, de forme diiferente, dont Tenserable otfre un aspect des plus originaux. Nous sommes en presence d'une reunion unique des Pnncipaux types de rancienne architecture

norvegienne; le lecteur nous saura certainement gre de lui fournir sur leur description et leur liistoire quelques details pour lesquels nous avons mis a contribution un travail distribue a eette occasion aux visiteurs et du a la plume de M. Dietrichson, professeur a rUniversite de Christiania.

Un Mifice domine les autres par sa situation et son importance ; il attire, du reste, immediatement les regards par sa pliysionomie bizarre qui, suivant une remarque deja faite avant nous, evoque I'idee d'une pagode de I'Extreme-Orient. Qu'on se figure une sorte de pyramide a quatre pans, dont un des cotes serait arrondi et surmonte de trois tours a capuchon conique superposees, tandis que les autres seraient inegalisees par une succession de toits imbriques les uns dans les autres; a sa base court une galerie s'ouvrant au dehors par une balustrade a colonnes basses et a arcades cintrees, percee de trois portes. Plusieurs croix placees sur les sommets du monument indiquent sa destination, et de fait nous avons sous les yeux une eglise en bois dont on fait remonter la construction aux premieres annees du xni" siecle et qui s'^Ievait jusqu'en 1884 a Gol, village du district

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de Hallingdal. En penetrant dans l'6difice on est impressionne par le contraste entre la regularite de son interieur et le pittoresque heurte de son exterieur. Aucune de nos cathedrales aux veiTieres eblouissantes ne pent eveiller des ideas religieuses plus saisissantes que cette pauvre eglise de sapin dans laquclle lant de generations de pecheurs et de bucherons ont demande a Dieu des consolations contre I'aprete exceptionnelle de leur vie. Le plan de I'edifice est celui d'une eglise romane reguliere, eton ne saurait trop admirer ring6niosite avec laquelle eette conception architectonique a 6t6 realisee au moj-en du bois comme matiere unique de construction et en tenant compte des necessites creees par le milieu climaterique. On entre par trois portes qui communiquent avec la galerie cxtdrieure, annexe indispensable pour proteger contre les intemperies les paroissiens et les boiseries elles-memes. La nef centrale est isolee des deuxnefslateralesbeaucoup plus petites par une colonnade quadrangulaire d'enormes poutres ; les fideles y priaient dans une obscurite presque absolue, des oeils-de-bceuf insignifiants etant les seules ouvertures raSnagees pour le jour. Par contre un lustre grossier et des cierges

6claireat le maitre-autel et le chceur dont la parol est decoree d'une peinture archairjue representant la Gene. II n'y a pas a proprement parler de plafond et Ton voit des nefs les chevrons qui portent a diverses hauteurs les pieces si compliquees de la toiture. Les trois portes exterieures sent prec6dees chacune d'un porchc et sculptees en ornements d'un style typique.

Les constructions groupees autour des eglises de Gol appartiennent toutes a rarchiteclure civile. En premier lieu nous visiterons une cabane provenant de la vallee de Soetersdal, pres de Christiansand : elle represente le modele g6neral de la v(^.ritable habitation du paysan norvegien depuis les temps les plus recules jusqu'a nos jours. Cette Rogstuen (lilteralement, cabane enfumee),est decoree au-dessus de sa porte d'entree par des ossements de renne ; au centre de sa piece principale se trouve le foyer dont la fumee passe librement par un trou pratique dans le faitage ouvert qui sert de plafond. Les murs de ces constructions etaient tapisses, suivant la fortune du proprietaire, de mousse ou de drap.

Deja plus confortable comme disposition des pieces et comme ameublement, se presente a

nous la cabane de Hove, dans le Thelemarken ; son toit, reconvert de gazon, se termine a ses deux extremites par uii fronton simple, mais non depourvu de caractere ornemental.

Enfin deux batiments, de destination speciale, completent tres utilement cette exposition arcliitecturaJe. Le premier est un stabur ou grenier SUP pilotis du Thelemarken: a toute maison etait autrefois annexe une construction de cette nature, depourvue de foyer, destinee seulement a serrer les vetements, les provisions etlesobjets precieux de la famille. La seconde est un loft, sorte d'hotel a I'usage des pelerins qui allaient visiter a Drontheim la chasse de saint Olaf, le patron national ; on y voil encore les traces de six lils qui ont servi a des voyageurs.

La Scandinavie n'a pas eu le monopole des constructions de la nature de celles que nous venons de decrire : des eglises analogues a celle de Gol ont existe dans une grande partie de I'Europe depuis la Russie jusqu'a la Suisse et les Iles-Britanniques. Mais il n'est pas de pays oil d'industrie du bois ait pris au moyen age plus d'extension que dans laNorvege et ait donn6 lieu a des productions plus variees. Les monuments de Bygdo presentent done un vif interet,

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■■: 1 des des premiers siecles du moyen age. Leurs ^ sculptures des portails d'eglise, dont le musee

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