‹ Trois semaines en pays scandinavesChapitre 13 sur 15 · TROIS SEMA[NES · texte numérisé non relu

TROIS SEMA[NES

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dons au petit port de Soeterhytten a la rencontre

de nos Dateaux, tandis que des voitures em-

portent plus prosaiquement jusqu'a la prochaine

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station de cliemin de fer les gros bonnets du

1 |ij Congres. Notre flottille est en retard et nous

I'attendons ; masses dans un chemin en pente, fl| encadres par des forets dont les arbresprennent 9

WW' des teintes etranges a la lueur des torches des 9 soldats qui nous escortent, la lune miroitant '^

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devant nous sur les flots du fjord, nous formons 9 un tableau dont la poesie s'anime aux harmo- M

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nies bien scandinaves d'un choeur de voix

|j|,j d'hommes. Notre reiitree a Ghristiania s'effectue

avec un ceremonial qui reedite sensiblement

celui de Drottningholm : illuminations, flammes

de Bengale, hurrahs des yachts, etc.

Entre Ghristiania et Bergen, s'etendent les

provinces norvegiennes les plus fertilcs en beau-

tes alpestres, mais il faut, pour s'y rendre,

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emprunter les moyens de locomotion peu expe-

ditifs de la Kariole et du bateau a vapeur. Le

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premier trongon de la ligne ferree qui tot ou i

tard reliera ces regions est pourtant deja cons- jH

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truit, et nous avons pu le parcourir a Taller et {■

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au retour dans la meme journee, non sans ■ |

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quelqiie fatigue bien compensee par la vue des pays traverses. Dans la premiere partie du voyage, nous courons sur les raontagnes qui forment la paroi occidentale du fjord de Christiania, et revoyons a nos pieds Bygdo et les lies qui I'entourent. Le train nous emporte au milieu des forets d'une teinte riante. A ce sujet, je desirerais reagir contre une id6e que je crois assez repandue. Nous sommes trop habitues a regarder la nature norvegienne comme ayant uii caractere triste et melancolique ; ne subissonsnous pas I'influence des paysages traditionnels d'Everdingen et surtout de Ruisdael, ccs peintres desojes qui encadrcot leurs cascades comme d'un voile de deuil par un rideau de pins noiratres ? Je ne sais quel pent etre le caractere des paysages du nord de laNorvege, surtout dans les saisons inclementes. Mais, aux environs de Christiania, la vegetation d'automne n'est ni triste, ni monotone ; les verts de sa palette sont des plus varies, grace aux bouleaux, aux chenes, aux hetres dont les teintes se melangent aux pins classiques qui forment le fond du tableau. On salt que I'influence du gulf-stream s'etend jusqu'a la presqu'ile scandinave, fait beneficier ses cotes d'une temperature beaucoup moins

basse que celle a laquelle sa latitude I'avait destinee, et contribue ainsi a assurer la variele de sa vegetation.

Peu a peu notre train s'enfonce dans des tranchees rocheuses qui I'eloignent du golfe de Chrisliania ; il traverse une contree deserte, franchit un tunnel, apres avoir tourne brusquement a I'Ouest, et tout a coup, nous sommes en face d'un nouveau fjord, termine par une ville importante, vers laquelle nous descendons en allongeant les distances au moyen d'un long detour rendu indispensable par le developpement des rampes de la voie. Drammen, oii nous faisons a I'aller et au retour une courte halte, occupe^une situation des plus pittoresques, allongee sur les deux rives d'un cours d'eau important, le Drammenselv, a son emboucbure dans un veritable bras de mer qui, beaucoup plus bas, ira se confondre avec la parlie inf^rieure du fjord de Christiania. Du bois, partout du bois; le fjord et la rivi6re sont blanchis de billes flottantes ; sur tous les quais , sur les ilots qui coupent I'erabouchure du Drammenselv, les planches de sapins sont empilees dans des entrepots converts ou en plein air ; naturellement, les maisons et un grand pont de 300 metres

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soQt faits de cette meme matiere. La flotte marchande de Drammen, une des plus importantes de laNorvege, estpresque toute utilisee pour le commerce du bois, et en exporte pour pres de 7 mdlioas de francs par an.

Nous remontons ensuite le cours du Drammenselv, atteignonsau village de Vlkersund la rive occidentalede sonbassin superieur, leTyri-fjord,et a travers des paysages gracieux, mais moins grandioses que ceux des abords de Drammen, arrivons aHdnefos,la limite de notre excursion. G'est une petite ville, tres eprouvee quelques annees auparavant par un incendie, et c61ebre par ses deux cascades. Je suis loin de mettre en doute leur caractere imposant lors de la tbnte des neiges ; mais, en automne, leur coup d'ceil est simplement pittoresque, et, comme avantgout des fameuses chutes d'eau du Thelemarken et du Hardanger, elles ne peuvent rivaliser, meme de loin, avec les cascades de TroUhattan que nous visiterons dans deux jours. Les braves habitants d'Honefos sent tous naturellement sur pied et nous accueillent avec une joie qui contribue, pour la meilleure part, a nous faire passer une apres-midi agreable. Aux stations du retour, les manifestations prennent un caractere

inquietant pour la sagesse et le calme norvegiens, surtout du cote feminin : a certains endroits, nos wagons sont litteralement bombardesde bouquets!

Encore quelques promenades dans la capitate; les seances scientifiques du Congres, singuliement heurtees au milieu de nos peregrinations, arrivent a leur cloture et nous sommes a la fin de notre rapide incursion en Norvege.La villede Christiania nous dit adieu on nous conviant a un banquet splendide servi dans la grande salle de sa loge maQonnique. Des toasts polyglottes s'y succedent pendant que nous degustons les rotis d'ours et de gelinottes en les arrosant de vins assez multiplies pour ne pas faire de jaloux entre les nations, depuis le Porto et le Manzanilla jusqu'au Johannisberg et au Tokai, sans oublier nos Bourgognes et nos Champagnes.

Je crois avoir suffisamment faitl'eloge de I'hospitalite dont nous avons ete I'objet pour acquerir le droit de lui faire une critique ou plutot d'y signaler une lacune qui m'a ete sans doute plus sensible qualaplupartdemescompagnons. On s'est ingeniepour nous faire leshonneursdes sites les plus celebres ; on a satisfait avec un luxe voisin de la prodigalite aux exigences materielles de notre

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existence; n'aurait-il pas ete possible de nous fairc gouter parfois a des niets d'une nature plus idealc et coraportant des jouissances plus specialeraent artisUques ? La Norvege en particulier demandc depuis quelques annees sa place dans le mouvement dramatique et musical europeen ets'affirmepar des ceuvres fortes etpersounelles. Nous croyons lui donner un conseil d'ami en lui demandant de les exposer devant les etrangcrs qui la visitent au meme titre que les tableaux et les antiquites de ses musees. Le plus en vue de ses litterateurs sceniques, Ibsen, est conau de notre critique et les traductions de sesoeuvres ont d^ja ete jouees sur des scenes parisiennes : ses qualites de terroir trop prononc6es, si elles ont limite le succes de cette tentative, ont par contrc vivemcnt excite I'interet et mis en relief un art dramatique neuf et puissant. Dans le domaine musical, la Norvege est a I'ordre du jour; tandis que la seve creatrice de I'ltalie etde TAlIemagne semble, sinon epuisee, du moins singulierement affaiblie par la suite de compositeurs qui finit a Verdi et a Wagner, Edvard Grieg nous ouvre un filon nouveau et repand dans ses compositions nombreuses des tournures mclodiques et des coloris harmoniques dontil semble

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avoir seul le secret. Le public musical ne s'y est pas trompe et la faveur avec laquelle il accueille aujourd'hui les ceuvres de cet auteur charmant pourrait faire presager a la musique scandivave une destinee analogue a celle qui a et6 realisee depuis un demi-siecle dans I'esthetique romantique par la musique slave des Listz, des Chopin, des Antoine Rubinstein. Plusieurs fois des choeurs et des harmonies militaires nous ont fait entendre des ceuvres signees de noms presque inconnus en dehors de leur pays, tels que Kjerulf, Wenersberg, etc., et empreintes d'une originalite toute scandinave ; mais elles etaient trop fragmentees et ecoutees dans des conditions trop peu recueillies pour faire sur nous I'impression a laquelle elles avaient droit. Nous avons assiste a une representation de gala ou rOp6ra royal de Stockholm avait execute Aida, oeuvre cosmopolite et de circonstance pour notre Congres. Pourquoi ne nous aurait-on pas fait entendre comme pendant Peer Gynt, le drame d'lbsen dont Grieg a accompagne les principales scenes par de petits chefs-d'oeuvre orchestraux ?

Telles etaient les reflexions qui me venaient a I'esprit pendant que la musique de la 2" brigade d'infaiiterie norvegiennc cnvoyait dans notre

salle de banquet des bouffees harmoniques eouvcrtes a chaque instant par le bruit des conversations et du service : la valeur des morceaux executes, dont plusieurs etaient dus a son chef, M.Ole Olsen, meritaient certes un accueil moins distrait. Une lieure apres, les dernieres coupes de Champagne videes et les derniers serrements de main eclianges, nous Iraversons une derniere fois la ville par une pluie battante qui semble nous consoler de notre depart. Un train special nous attend en gare et nous fait parcourir pendant la nuit la premiere des tongues etapes dont doit se composer notre retour de la presqu'ile scandinave en France.

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DE GHRISTIANIA A TROLLIIATTAN

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