COLOGNE DE COLOGNE A HAMBOURG
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j u risque de m'attirer les foudres d'un bon nombre de gens serieux ou reputes tels, je ne crains pas d'avouer que j'aime les Congres. La besogne qu'on y fait est-elle reellement utile? Pas toujours, si on n'en considere que les r6sultats immediats ; presque constamment, si on poursuit )e developpement des gerines semes dans les esprits. Mais en tous cas les actes de la vie y passent pendant quelques jours de I'utile a I'agreable dans des proportions souvent reussies ; on y noue des relations aimables, et on y visite des pays inconnus dans des conditions de celerite et de commodite difficilement realisables en temps ordinaire. Cette derniere consideration justifie I'enonce de ma
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profession de foi en tete de la relation que j'offre au lecteur, car c'est grace a un Congres que j'ai pu visiter assez completement en trois semaines sinon tons, du moins une grande partie des points les plus pittoresques des trois royauraes scandinaves.
Depuis longtemps I'idee d'un voyage en Su6de et en Norvege flottait dans mon esprit a l'6tat de projet vague lorsque Emile Guimet, I'eminent orientaliste, me parla d'un Congres projete a Stockholm et a Christiania pour le mois de septembre de 1889, Congres auquel il avait I'intention de se rendre. Un Congres d'orientalistes ! Me suffirait-il pour en faire partie d'aimer les pays du soleil, de m'etre promen6 dans les kasbahs et les mosquees de I'Algerie et de I'Espagne, enfln d'avoir effleure les civilisations orientates dans quelques etudes anthropologiques?Je n'hesitai pas h resoudre cette question par I'affirmative lorsque pen de temps apres j'eus connaissance du programme du Congres dont les qualites attractives imposerent silence a mes velleites de modestie : je fis, sans plus tarder, les demarches n^cessaires pour etre inscrit sur la liste des membres, regus en temps opportun les pieces officielles donnant droit aux avan-
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tages inherents a ces sortes de reunions et fis raes preparatifs de voyage.
Una deception prealable m'attendait. J'avais insidieusement escompte la compagnie de Guiraet et pensais exploiter a mon profit sa connaissance des pays qui m'etaient inconnus et sa haute notori6t6 dans le public special ou je voulais ra'insinuer. Mais mon compagnon projete est un homme pendu a trente-six potences : industriel, archeologue,musicien, publiciste, organisateur el directeur du Musee qui porte son nora, etc. etc., il est de plus en plus force de renoncer aux voyages qui ont et6 una de ses passions. Bref, au dernier moment, j'apprenais qu'il m'abandonnait a mon malheureux sort, retenu an France pendant las mois d'aoiit et de septembre.
J'eus, je I'avoue, una hesitation... courte, tres courte. Etait-il bien prudent da me lancer seal dans des pays lointains dont la langue m'etait totalement inconnue? Heureusement jen'en etais pas a mon coup d'essai en matiere de voyages ; puis Tunion de la Scandinavie ct de I'Orient na devait-ella pas ma faire bian augurer de I'hospitalite qui m'attendait? Decide par ces raisons et d'autres aussi specieuses, je n'eus pas de
peine a bruler mes vaisseaux et a quitter les bords du Rlione pour ceux de la Baltique.
D'abord une etape de dix jours a Paris, pour serrer la main a quelques amis trop clairsem6s par les vacances, faire a I'Exposition universelle le pelerinage obligatoire de tout bon provincial et assister a deux Congres aussi peu orientalistes que possible. Au milieu d'une existence surmenee, j'ai le temps de planter deux jalons pour mon voyage. Je fais dans les salons de Brouardel, I'aimable doyen de la Faculty de medecine, la connaissance du professeur Retzius, de Stockholm, qui porte dignement un nom illustre par son pere dans les sciences antliropologiques. Puis, j'assiste aux Frangais a la creation enfievree A'Eamlet par Mounet-Sully, et demande au heros danois de Shakespeare des impressions initiatrices pour la visite de son pays. Dans la soiree du 20 aoiit, je dis adieu a la capitale et m'endors dans I'express de Cologne.
Si tous les cherains menent a Rome un bon nombre menent aux pays scandinaves. Les coeurs aguerris centre le ma,I de raer peuvent
meme aller directement a Christiania ou a Gothembourg en partant de Bordeaux, du Havre, d'Aavers, de Rotterdam. En empriintant les chemins de fer alleraands, on peut rejoindre la Baltique en de nombreux ports mis en communication reguliere avec Copenhague et la cote suedoise par phisieurs services de batiments a vapeur. Je suis en principe pen partisan des voyages a I'aveiiture sans plans ni projets d'avance. Grace aux excellents guides qui existent raaintenant pour la plupart des pays, j'aime a connaitre au prealable le fort et le faible de mes cliamps d'observation ; arrive dans une ville, je puis dans ces conditions orienter liies pas vers les choses interessantes ou signalees comme telles, sans subir la domination enervante du cicerone et sans perdre trop de temps. Pour mon voyage aux pays scandinaves Improvisation etait d'autanl moins de mise qu'il tallait adapter mes combinaisons particulieres avec le programme du Congres auquel je me reudais. Pen desireux pour diverses raisons de m'attarder dans I'AUemagne du nord,j'avais projete de nie rendre d'une seule traite a Hambourg et de penetrer immediatement dans le Danemark; comme j'avais plusieurs jours devantmoi
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avant la date de I'ouverlure du Congres de Stockholm, je pourrais les passer en-dega du Sund et me faire de Copenhague et de I'ile de Seeland une idee moins superficielle que celle de la majorite des touristes. Ainsi fut dit, ainsi fut fait.
Done, le 21 aout a I'aube, je me r6veillai dans une des parties les plus tristes de I'Allemagne, vers Aix-la-Chapelle. La vieille capitate carlovingienne est aujourd'hui entouree de hauls fourneaux qui dressent leurs cheminees dans des prairies 6tiolees par la fum6e. Une dizaine de stations monotones defilent devant nous et precedent Cologne. Ayant visite la grande ville rhenane dans un precedent voyage, j'avais I'intention de passer outre, au moins jusqu'a Munster; mais les exigences de la douane en ont decide autrement et me forcent a m'arreter une matinee.
Une pluie fine qui me gatera les premiers jours de mon voyage m'attend au sortir de la gare. La cathedrale est a deux pas, immense, imposante, mais ayant perdu depuis son achevement la grue legendaire qui lui donnait une note originate. Tout autour une place bordee d'hotels et de magasins oii se debitent les pro-
duits de nombreux Jean-Marie Farina, plus authentiques les uns que les aulres. Je me refugie dans I'eglise et fais quelques pas le long de la nef grandiose ; mais un bedeau s'elance a ma rencontre et me pr^vient que pour le moment un service religieux I'empeche a son grand regret de gagner a mes depens un pourboire en me faisant visiter les chapelles et le tresor. Je juge inutile de lui enlever I'esperance de mon retour a un moment plus propice et vais flaner dans la partie de la ville qui, du tertre ou se dresse la cathedrale, descend en pente douce jusqu'au Rliin. J'erre a travers des rues banales, des places dont une porte deja la statue du Chancelier de fer, deux marches animes par les achats du matin et par leur bordure en maisons de style flamand et j'arrive au bord du fleuve.
PUisieurs 6glises a clochers bulbeux et a tours en poivrieres, un rempart sans style precis et une rangee de maisons a fagade pittoresque suffisent pour conserver un certain cachet au quartier du port. Le Rhin fait grand eff'et avec son double pont et son faubourg de la rive droite. Apres une promenade sur ses quais, remontons dans le centre de Cologne, jetons un coup d'ceil sur son gracieux Rathhaus
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■ et allons revoir quelques tableaux au musee de peinture. Une foule compacte assiege la porte de cet etablissement, situe sur una place egayee par des squares ; se serait-on figure las habitants de Cologne si passioniies pour les beauxarts? Ja m'approcha et lis une affiche qui m'explique cet enthousiasme : un portrait du Kaiser Wilhem II est expose aujourd'hui au musea.
. II ne me reste plus qu'a dejeuner et a reprendra la train qui ma deposera a Hambourg, la nuit tombee. Les stations westphaliennes recommencent a defiler avec leurs hauls fourneaux et leurs prairies etiolees. Vers Qsnabriick, le paysage, toujours plat, depouille son caractere industriel et deviant nettement agricole ; des paturages coupes de canaux rappelent la Hollande, at pour completer cette ressemblance, un moulin fait tou-rner ses ailes grotesques sur le bord d'un petit lac. Miinster, Breme sont baties au milieu d'une ceinture d'arbres qui cachent leurs maisons basses et imprimant meme de loin un cachet rustique a la cathedrale da Jean de Leyde. Enfin le soleil se couche et j'arrive a Hambourg, au terme de ma premiere etape a I'etranger. Ici, petits incidents intimas inherents a tout voyage, dispute avec une familla alle-
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mande pour la prise de possession d'une voiture qui m'est d'autant plus utile que le temps est detestable, courses erratiques a la recherche d'une chatnbre en dehors des hotels qui sont encombres dans cette saison. Enfin je trouve un gite Chez une vieille dame suedoise : apprenant que je vais a Stockholm, elle entreprend un eloge pathetique du Roi et me predit, en me souhaitant bonne nuit, un voyage agreable que rien ne m'a fait encore pressentir depuis mon depart de Paris.
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HAMBOURG — LUBEGK — ROSTOCK DE "WARNEMtJNDE A KLAMPENBORG
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ALGRfi les conditions defavorables au point de vue du temps et du logement dans lesquelles j'ai visite Hambourg a mes deux passages, il m'est reste de cette grande viile un souvenir agreable. Son port parait immense et Test en realite. La, sous le ciel brumeux de la mer du Nord, rien qui rappelle I'animation ensoleillee denos rives mediterraneennes ; mais, de la foret de mats dont I'estuaire de I'Elbe est couvert, des appels incessants lances par les sifflets des chaudieres, du travail regulier et silencieux des matelots et des portefaix on sent se degager I'idee de cette puissance brutale et triste, mais non denuee de grandeur, qui semble resumer a I'heure actuelle le role
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social de I'Allemagne. Du fleuve part tout uii systems de canaux qui sillonnent la villa basse et deverseiit les produits du riionde entier dans des milliers de magasins batis directement sur la rive, a la maniere des maisons de Venise et des wharfs de Londres. On s'dsleve peu a peu en suivant des quartiers d'abord pauvres, puis habites par la classe moyenne, sans rencontrer de monuments bien remarquables, et enfin on arrive sur les bords d'un grand bassin quadrangulaire qui est le centre de I'Hanibourg aristocratique. Ses rives sont bordees d'une ceinture d'hotels somptueux ; des etablissements de bains et des cafes s'avancent sur pilotis jusque dans I'eau que sillonne una escouade de cygnes blancs. yhivar, ce beau lac, sorte de reservoir interpose antra une petite riviere du Holstein et las canaux de la villa basse, reste glace pendant plusiaurs mois et sa couvre da boutiques et de kiosques de plaisance, comma la Neva a Saint- Petersbourg. Plus a I'Est, cache par un ridaau d'arbres,s'etend un second bassin ; c'est la centra d'un quartier plus agraste, au milieu duquel sont installes un jardin zoologique celebre a bon droit et un jardin botanique aux paisibles ombrages.
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D'Hambourg, quelques heures su.Tiraient pour me transporter dans le Danemark par la ligne classiqiie de Kiel-Korsor ; mais, malgre raon desir d'arriver au plus tot dans les pays scandinaves, je me laisse aller a prendre pour deux jours un chemin d'ecolier qui me permettra de voir sur la cote allemande deux villes reputees pittoresques et de traverser rapidement la Baltique. Quittons done Hambourg par une petite gare de faubourg, et fendons en diagonale la base de la presqu'iie oii I'Allemagne a refoule le Danemark jusqu'au Jutland. La voie traverse encore des prairies parsemees de villages, puis elle cotoie un petit fleuve, sur la rive duquel nous voyons se rapprocher une serie de tours en brique rouge surmontees de fleches effilees a reflets metalliques verdatres. Nous arrivons a Liibeck .
L'ancienne capitate de la Ligue hanseatiqueest agreablement situee dans un pays verdoyant et plat ; elle le domine sur une coUine enserreea sa base par la: Trave et par ses bassins charges de navires de commerce. Liibeck a conserve intactes une grande partie deson enceinte de rempartset ses portes moyen age ; la plus curieuse de ces derni^res est justement celle par laquelle le
voyageur penetre dans la ville en sortant de la gare, THostenthor. Comme pour me faire bou accueil, un rayon de soleil perce, au moment ou je la traverse, la pluie fine qui me poursuit depuis Cologne et fait reluire ses murs rouges et les briques vernissees de sa toiture. Je m'engage dans des rues montantes ou les details arcbitccturaux des fagades des maisons me mettent a chaque instant en arret, et parviens au centre de la ville marque par la cathedrale et I'hotel de ville que reunit une place aux arcades basses. C'est la qu'a battu pendant des siecle le ca3ur de cette puissante liguo banseatique dont le role pour le nord de I'Europe a et6, sinon aussi brillant, du moins aussi considerable que celui des republiques italiennes pour les regions mediterran6ennes. Actuellement les temps de cette begemonie sont passes, mais Liibeck est restee ville libre, a constitution formaliste et compliquee. Ses trois Chambres legislatives d61iberent et legiferent gravement dans le vieux palais municipal; la Prusse s'est seulement reservee la direction des posies, des telegraphes, des cbemins de fer, de I'armee, des relations diplomatiques et de quelques autres rouages d'aussi minime importance.
L'etranger peut passer une demi-journee ititeressaate dans cettc petite ville commerQante, tranquille et revenue des grandeurs d'autrefois. II errera le long des remparts, sur les bords gazonnes de la Trave, daus des eglises silencieuses dont les piliers sont garnis de portraits d'anciens marchands aux figures communes et energiques. II s'arretera parfois devantune maison gothique dont la fenetre encadre une lille aux bras nus jusqu'aux epaules et coifTee sur le sommet de la tete d'une mince bande de tulle tuyaute qui laisse a decouvert deux bandeaux de cheveux blonds. Enfin, ne pas oublier une visite dans les souterrains de I'hotel de ville : sous leur arceaux seculaires est installee aujourd'hui une cave renommee dans laquelle, par une particularite assez rare en AUemagne, on peut se faire servir toutes sortes de vins, mais pas de biere.
Une derniere etape sur la rive allemande de la Baltique me conduit jusqu'a Rostock. La capitale universitaire du Mecklembourg parait taillee sur le modele de Liibeck, mais dans des proportions plus petites. Par un faubourg compose de maisons entourees d'un jardinet, retraites propices a la vie calme et sludieusedesprofesseurs
et des etudiants, j'arrive sur une place plantee d'arbres seculaires. Au centre une statue mediocre surmontant un piedestal garni de basreliefs encore plus mediocres : c'est celle de Blftcher, notre vainqueur de Waterloo, qui est ne a Rostock en 1742. Sur un des cotes le batiment universitaire,d'un noble aspect, portant la belle devise : stiidium multiplex, scientia una. Le temps de parcourir une longue rue bordee de maisons moyen age, de jeter un coup d'oeil sur I'hotel de ville et I'eglise Sainte-Marie, et je rejoins a la gare maritime le chemin de fer qui me depose au bout de quelques minutes au port de Rostock, Warnemiinde.
Un excellent bateau du Lloyd allemand , le Konig Kristia7i, n'attend que notre arrivee pour lever I'ancre. Nous cotoyons un petit etablissement de bains de mer qui doit etre le rendezvous d'ete du high- life mecklembourgeois.
Notre passage fait sortir quelques fraiclies toilettes feminines de villas minuscules align6es le long de Tembouchure du fleuve ; un peintre en beret interrompt le brossage d'une marine, un baigneur en gants beurre frais, habille suivant les plus pures traditions d'Etretat ou de Biarritz, braque une longue-vue sur I'liorizon. Les adieux