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EN PAYS SCANDINA.VES
s'echangent entre mes compagnons de traversee et les amis restes sur la rive, les mouchoirs s'agitent. Encore quelques coups du piston de la machine, nous franchissons la jetee du port et entrons dans la pleine mer.
La Baltique est belle, d'un bleu presque mediterraneen parseme de petits flocons moutonnes. Pourtant le bateau tangue assez fortement. Je fais bonne contenance jusqu'au bout, mais le mal de mer ne perd jamais ses droits partout. II indispose serieusement plusieurs de mes compagnons ; de plus il parait exercer des ravages sur de raalheureuses oies pomeramennes,qui, entassees sur le pont dans des cages a clairvoie, se livrent a un concert comique et lamentable depuis que nous avons quitte Warnemiinde. Parfois I'une despauvres betes passe una tete effaree atravers les barreaux de sa prison et semble demander du secours : un des matelots, plein de commiseration, leur prodigue de bonnes paroles et des caresses infructueuses.
Pendant ces scenes intimes, une bande verte qui pointait a I'Uorizon presque des notre depart, a grandi et dessine une cote. G'est file danoise de Falster qui tend vers nous une mince presqu'ile terminee par le port de Gjedser. Nous de-
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barquons eL montons en chemin de fer, pour nous retrouver au bout d'une heure au bord de la mer. Un bateau d'une construction speciale, tres large avec une haute machine a vapeur a son centre, nous attend pour la traversee du grand Belt. En quelques minutes les wagons de marchandise ont ete charges sur des rails qu'il porte a son centre par une manoeuvre de machine en arriere, les voyageurs ont pris place sur les cotes et nous voguons au nord. Bientot on remonte en chemin de fer sur I'llot de Masnedo qu'un pont en fer relie a I'extremite inferieure de la grande ile de Seeland. Nous sommes emportes vers Gopenhagiie au milieu de prairies fertiles, maismonotones. J'ai lie entre temps conversation avec deux dames danoises, de retour de Paris, qui me font les honneurs de leur pays, s'excusent, pour ainsi dire, de I'insignifiance du paysage que nous traversons etcherchent a m'en consoler par avance en me vantant Copenhague et ses environs du nord. Un instant seulement nous sommes favorises d'une jolie apergue sur la bale du port de Kjoge, puis recommencent les paturages coupes de fermes, et a la nuit tombante, nous atteignons la capitate.
Mais il me faut aller un peu plus loin avant
de terminer mon etape ; car au lieu de me loger classiquement a Copenhague, je me suis arrange pour exquisser una viilegiature dans un de ces recoins du bord du Sund qu'on vient de me vanter ; encore un trajet d'une demi-heure de chemin de fer et je me repose dans une des maisons rustiques enfouies sous les bois qui composent la petite station de Klampenborg.
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GOPENHAGUE
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L est difficile d'imaginer une capitale maritime se presentarit mieiix a I'etranger que Copeniiague quand on y arrive du Nord par le Sund. En glissant sur ce detroit calme et azure, on voit de tons cotes Thorizon parsem6 de navires et de bateaux de peche, au panache de fumee ou aux voiles sombres qui convergent autour d'un meme point et constituent un paysage d'une rare animation. Au-dela de la rive verdoyante de I'ile de Seeland le long de laquelle nous courons, on apergoit, d'abord confusement noyee dans la brume, une foret de matsau repos, surmontee des parties culminantes des Edifices publics et entre autres du dome de I'hopital communal ; seuls, quelques moulins a vents dont
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les ailes tournent au premier plan jettent une note familiale sur cette vue d'un caract^re plutot solennel. Peu a peu les lignes du paysage prennent des contours moins nebuleux; noire bateau se pr^sente devant la citadelle et s'engage dans le Kallebostrand, bras du Sund sur et profond, qui separe Tile de Seeland d'un groupe d'ilots et constitue le port de premier ordre auquel Copenliague a du sa fortune. Sur la rive droite s'etendent au loin les quais de debarquement pour les voyageurs et les marchandises ; la rive gauche appartient a la marine militaire qui en a fortifle la cote, y amarre ses navires et y a installe ses arsenaux. Le clienal est constamment sillonne de chaloupes de service pour les officiers, de bateaux de peche ou de charbon, et de paquebots qui plusieurs foispar jour mettent Copenhague en communication avec les ports danois, allemands et suMois.
Toute la vie du Danemark semble concentree dans cette ville, qui en est a la fois la capitate politique, le principal port militaire etmarchand, le centre universitaire et scientifique ; en outre Copenhague est un point d'arret presque oblig6 pour tons les voyageurs de I'Europe occidentale qui visitent les pays scandinaves. Aussi y regne-
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t-il une animation d'un caractere quelque peu cosmopolite et banal. Le quartier central du Kongens Nylorv (nouveau marche du roi) e^t sillonne en tons sens par des tramways et par des touristes anglais, corame n'importe quelle ville de nimporte quel pays a I'heure actuelle. Dans toutes les directions s'ouvrent des rues bordees de maisons construites sur un modele triste et uniforme : partout des fagades rectangulaires blanchies a la chaux sent percees de fenetres aux bordures noires surmontant des magasins dont la rnoitie inferieure descend audessous du niveau de la rue. Les monuments obliges de toute capitale, theatre, parlement, hotel de ville, palais de justice, etc., sont d'une structure lourde ; seule la Bourse est installee dans un charmant edifice en briques du style de la Renaissance des Pays-Bas, surmonte par une fleche metallique bizarre. Sur la plupart des places s'el^vent des statues inspirees par de nobles idees de patriotisme, mais d'un interet artistique secondaire ; signalons pourtant la fiere allure de celle d'unillustre marin du xvn" siecle, Niels Juel.
J'ai neanmoins passe quelques bonnes heures de flanerie a Gopenhague. Tantot revenant du
cote de la mer, je me promenais sur la longue ligne, mince ruban deterre aux bords gazonnes quiprolonge I'esplanade delacitadelle, et regardais sans m'en rassasier ie mouvement du port, en suivant de I'oeil le manege des Duraanets danois et de leurs payses, dont c'est la le lieu de rendez-vous de predilection. Tantot a I'extr^mite oppos6e de la ville, j'errais le long des vallonnements d'un charraant jardin botanique domine par la fagade de I'hopital communal, ou sous les arbres seculaires du pare du chateau de Rosenborg au milieu des bebes venus pour entendre la musique militaire. Enfm je craindrais de me brouiller avec toute la population danoisc si j'oubliais de mentionner avec eloges une soiree passeea Tivoli, vaste etablissement a la fois lieu de promenade, de concert, de theatre, de montagnes russes, de restaurants, en un mot de tous les divertissements populaires possibles. Dans un ordre d'idees plus eleve, Copenhague ihteresse au plus haut point par ses richesses scientifiques et artistiques. Les collections archeologiques et ethnographiques contenues dans I'edifice d'apparence modeste qui porte le nom de Palais du Prince sont celebres dans le monde savant, et je puis, apres bien d'autres visiteurs,
teraoigner de Tordre avec lequel elles sont raises en valeur,ainsi que de la complaisance du personnel qui en fait les honneurs. Le Musee' des antiquites du Nord est particulierement interessant et initie I'etranger aux caracteres d'une civilisation dont les collections similaires de nos pays ne peuvent lui donner I'idee. Tous les actes de la vie passee du Danemark y sont exposes depuis les temps prehistoriques les plus recules jusqu'a la fm du moyen age par des milliers d'objet de toute sorte, d'origine exclusivement indigene, disposes dans un ordre chronologique aussi rigoureux que possible. On est d'abord surpris, devant les vitrines consacrees al'agede pierre, des dimensions des baches et des couteaux en silex enfouis en quantite dans ces amas de coquillages et de debris alimentaires qui sont dissemines sur les cotes danoises etbien connus des anthropologistes sous leur nom barbare de Kjokkenmoddinger (debris de cuisine). Mais on eprouve des impressions encore plus saisissantes en passant en revue les salles consacrees aux ages du bronze et du fer. Des longues files d'epees massives et de poignards d'un travail a la fois solide et exquis, des parures en metaux precieux d'un dessin original, un char en bois
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dore destine probablemeut au transport d'une idole, des torcheres aux proportions gigantesques et raille autres instruments ou ustensiles de la vie commune font revivre una periode singulierement pittoresque de la civilisation cimbrique, celle dans laquelle ces peuples barbares preludaient par des guerres intestines formidables a I'invasion du monde remain. Des le commencement du xix° si6cle,les savants danois ont commence a fouiller leurs tumuli et leurs tourbieres pour y recueillir religieusement les souvenirs de leurs aieux et leurardeur pour ces nobles travauxloin deseralentir ne fait que s'accentuer depuis les dernieres ann6es. lis pensent ainsi faire ceuvre de patriotisme et estiment que leur pays mutile doit chercher dans une culture scientifique et artistique intense la grandeur que ses revers militaires lui ont enlevee. Cette opinion touchante est du reste generate et imprime aux institutions scientifiques danoises un caractere populaire bien eloign^ de nos impulsions officielles. G'est une compagnie privee, la Societe des antiquaires du Nord, qui fait prosperer le musee dont nous venons de parler eten fait connaitre lesrichesses au monde savant par de luxueuses publications.
La Galerie royale de peinture est par contre assez mediocrement installee, depuis sa translation forcee hors du chateau de Christiansborg, les Tuileries danoises, incendiees comme elles, mais accidentellement. A part les musees hors pair, tels que le Louvre ou le palais Petti, il existe dans toute collection de tableaux une oeuvre, non toujours la meilleure, qui laisse dans I'esprit un souvenir specialement profond au point de rejeter dans la penombre celui des autres. Pour moi ce don de la galerie de Gopenhague a ete unetonnant portrait hoUandais attribu6par le catalogue a Mander: il represente en buste quelque vieux bourgmestre au pourpoint de velours, une chaine d'or au cou. La figure osseuse regarde avec une expression de durete intelligente accentu6e par une paire d'6normes besides ; malgre la vulgarite de cet accessoire, latete conserve un caractere des plus nobles, grace a son impregnation par des tons de luraiferes chauds et profonds que Rembrandt ou Ferdinand Bol ne desavoueraient pas. Une Pieta de Mantegna, severe et saisissante comme tant d'ceuvres du vieux maitre lombard, et une suite respectable de bons tableaux des Pays-Bas encadrentcette toile hors ligne. Enfm dans les pre-
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mieres salles de la galerie, I'ecole danoise contemporaine t6moigne de sa vitalite par une serie interessante de paysages, de marines et de scenes d'interieur.
Mais uii nom revient obstinement a I'esprit comme la personnification de I'arl moderne au Danemark, c'est celui du sculpteur Bertel Tliorvaldsen, I'artiste heureux entre tons, mort sans rival et deja entre dans la posterite au milieu de ses concitoyens flers de son genie. Gopenhague est encore impregnee de son culteetpossede de lui un ensemble d'oeuvres et de souvenirs dont I'etude pent seule permettre de I'appr^cier a sa jusle valeur. L'eglise Notre-Dame est ornee de ses sculptures a I'interieur et a Texterieur. Le long de sa nef froide sont alignes symetriquement douze apotres, au costume semblable, a 1 'expression stereotypee, au geste insignifiant. Mais devant I'autel, un ange assis tenant un benitier sur ses genoux leve au ciel un visage defemmeempreint d'une grace ineffable ; le tronc des aumones est surmonte d'un de ces bas-reliefs pour lesquels le maitre danoisn'a pas ete surpasses, et, sur le fronton du portique exterieur, un saint Jean- Baptiste est entoure d'une douzaine de fideles dont quelques-uns sont absolument remarquables.
Sur le bord du canal qui entoure les mines du cliateau de Christiansborg s'61eve un lourd mausolee etrusque aux ornements ponipeiens :
C'est le niusee Tborvaldsen, oii I'artiste est enterre au milieu de la collection de ses ceuvres. L'ceil est de prime abord desagreablement impressionne, moins par la forme de I'edifice, assez en rapport avec son caractere funeraire, que par la couleur de ses parois, jaune fence avec ornements polychromes. En m'approchant et en faisant le tour, j'apergois, effacees legerement, (helas ! trop legerement) par le temps et les intemperies, une suite de fresques coupees en compartiments inegaux par les aretes exterieures du monument. Elles representent les principaux incidents du retour triomphal de Thorvaldsea lorsqu'il quitta Rome en 1838. lei une troupe tuniultueuse de rapins et de modeles demenage I'atelier et met au pillage les cartons et les moulages du maitre. Plus loin I'infortune lion de Lucerne est ligotte solidement et entraine sur un plan incline. Enfin nous assistons a I'arrivee du grand homme a Copenhague ; il debarque aceompagne d'un officier de marine et s'elance dans les bras d'un personnage a costume vague, qui doit etre le roi de Danemark : tout autour
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des groupes sympalhiques s'alignent dans des bateaux dont I'un porte trois musicieris s'evertuant sur le trombone et le cornet a pistons. Comme composition et comma dessin, on pent SB representer I'ceuvre d'un mediocre 61eve de I'ecole de Cornelius. Les costumes sont de I'epoque ; presque tons les comparses sont coiffes de casquettes soufllees. Quant au coloris, il est des plus originaux : presque tout est peint enjaune serin et en rouge groseille ; jaune serin le lion de Lucerne, jaune serin le costume du roi, la fanfare de Copenhague a des casquettes rouge groseille et des habits jaune serin, la plupartdes autres personnages ont, pour varier, des habits groseilles et des coiffures jaunes. Je me demande un instant si je ne suis pas en presence d'une gigantesque mystification, telle qu'a pu en rever un Cabrion on un habitue du Chat Noir. II est probable que I'artiste qui a commis ces fresques est encore vivant, car sans cette consideration on ne comprendrait pas que les Danois, peuple de gout, n'aient pas encore voile cette oeuvre bizarre d'une couche 6paissedebadigeon.
A I'interieur du musee, on reprend vite son serieux en parcourant une longue serie de pieces ou se trouve reunie toute I'ceuvre de Thorvaldsen
et meme tout ce qui I'a approch6 : sculptures, la plupart originates et les autres reproduites par le moulage , maquettes , dessins, liibliotheque, collection d'antiques, mobilier et autres objets intimes. La pensee qui a reuni cet ensemble est meritoire et a abouti a un resultat documentaire considerable; mais on pent douter qu'elle ait atteint son but principal qui est certainement d'exalter I'admiration des visiteurs pour le grand maitre. J'avoue pour ma part n'avoir jamais visite sans ennui uqc exposition des oeuvres d'un meme artiste, de meme que je me garderais bien d'assister a certains concerts monstres anglais ou le nom d'un seul compositeur est sur le programme. Quelle que soit la valeur d'un homme genial, sa production n'est pas exempte de faiblesses ou de repetitions qui frappent davantage paries comparaisons privies de points de repere etrangers. II se degage de la visite de toute I'ceuvre de Thorvaldsen une impression de monotonie, accrue peut-etre par les souvenirs qui reportent aux antiques du Vatican et du British Museum a propos de certaines oeuvres qui en sont I'emanation consciente ou non. Gela ne m'empeche pas de m'incliner devant la haute valeur de certaines pieces, parmi lesquelles les
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bas-reliefs populaires du Jour et de la Nuit doivent una place a part au cliarpie original de leur composition.
L ILEDE SEELAND — PREDERIKSBORG — ROSKILDB LES CHATEAUX ROYAUX — ELSENEUR
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I Es environs de Copenhague conduisent de toules parts dans de jolis bois ou domine le hetre et dans des prairies capitonnees par ce gazon vert et vivace qu'on ne rencontre que dans les pays du Nord. En remontant le long du Sund, on traverse d'abord une banlieue ou se succedent un nombre infini de petites guinguettes familiales cheres aux citadins, puis Ton penetre dans la grande foret d'oii j'ai visite la plus grande partie de I'ile de Seeland et ou sont profonderaent caches plusieurs petits villages ou stations balneaires. Immediatement a I'ouest de la capitale, le pare de Frederiksberg conduit le tourisle a travers des meandres sans nombre sur une eminence surmon-
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tee d'un chateau affect6 a une ecole mililaire : le panorama qu'on a de ce point est des plus remarquables et s'etend au-dela de Copenhague jusque sur la cote suedoise.
Les Danois recommandent volontiers a I'etranger la visite de Roskilde, a une heure de chemin de fer de Copenhague. Ancienne capitale du royaume, n'ayant garde de son ancienne suprematie que la continuation de I'inhumation des rois dans sa calhedrale, Roskilde est aujourd'hui une petite ville silencieuse de 5,000 habitants. EUe est situee dans le fond d'uneechancrureprofonde en forme de fjord que la mer s'est creusee sur la c6te nord-ouest de Seeland ; mais, en I'absence de port sur la baie, son caractere est reste agricole et n'a rien de maritime. Au milieu de rues tranquilles, egayees seulement par les pots de fleurs obligatoires comnie garnitures des fenetres les plus pauvres dans le Danemark comme dans la Hollande, nous arrivons sur une place en pente ou se dresse la cathedrale, seul monument qui merite une visite. C'est un edifice en briques rouges, de style roman tres simple, dont la purete des lignes juslifie I'admiration des Danois : un Frangais, gate par la serie de nos eglises moyen age a la pierre
sombre decoupee en dentelles incomparables , sera pourtant tente de faire quelques reserves sur la valeur du monument. La reposent, soit dans des chapelles, soit dans des caveaux, presque tons les rois qui se sont succ6de sur le trone danois depuis pres de neuf siecles. L'eclosion des pensees philosopliiques^ que cette longue serie doit suggerer n'est pas suffisamment favorisee par la nudite toule lutherienne de I'interieur de la catliedrale et par le merite artistique assez secondaire des tombeaux.
Aux portes de Roskilde du cote de la mer est installe un asile d'alienes celebre ou sont internes tons les pensionnaires de la ville de Copenhague. J'y regois I'liospitalite la plus cordiale de la part de son directeur, le professeur Steenberg. Nous causons longueraent des modalites sp6ciales au milieu ou nous nous trouvons que revet le fleau social de la folie. On sail que le Danemark est de tons le pays de I'Europe celui oil la proportion des suicides par rapport a la population est la plus forte. Mon interlocuteur m'interesse vivement par I'expose des 6ludes qu'il a pu faire de ce douloureux phenomene sur le terrain patliologique. II me donne sur ces graves questions des details trop professionnels
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pour etre relates ici, mais certaiiiement inquietants pour le present et I'avenir mentaux du Daneraark.
Toutes les causes de destruction du dedans et du dehors s'acharneraient-elles sur ce pauvre pays, aujourd'liui replie sur lui-raeme et naguere si puissant? Possesseur de toule la presqu'ile cimbrique, de la Norvege et de I'extremite inferieure de la Suede, assure de ressources financieres considerables par le droit de p6age du Sund qu'il a conserve jusqu'au commencement de notre siecle, le Danemark etait pour I'Europe septentrionale un centre de civilisation luxueuse et raffinee a I'epoque ou la Suede des Wasa se debattait encore dans ses limbes. Copenhague etait I'Athenes du Nord. Ses rois se sont plu de tout temps afaire preuve de gouts artistiques. Christian IV, copie danoise de notre Frangois I", comme lui guerroyeur malheureux et protecteur des arts, reste comme lui populaire, a donne large carriere a ses instincts fastueux en se faisant construire plusieurs residences qu'il a commence a meubler dans le gout de la Renaissance et a remplir d'objets de valeur. Ses successeurs ont coatinu^ ses traditions et, si je ne craignais d'enoncer une opinion peu respec-
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tueuse pour la majeste royale, je dirais que la manie du bibelot a ele une passion hereditaire Chez les membres de la maison regnante du Danemark.
La visite de leurs chateaux liberalement ouverts a I'etranger pr6sente un grand interet. Dans la capitate meme, celui de Rosenborg contientles collections les plus importantes.Meubles, tapisseries, bibelots de toutes sortes, de tous pays et de tous styles y sont disposes suivant un ordre chronologique assez rigoureux pour permettre au visiteur de suivre facilement revolution historique du gout danois pendant les trois derniers siecles. Les salles du temps de Christian IV presentent les temoignages saisissants d'une lutte entre la rudesse native du pays et les nouvelles tendances importdcs du Midi : les trones et les lions en argent massif de la galerie d'honneur eveillent I'idee d'un luxe grandiose et barbare, tandis qu'a cote, des meubles italiens, d'une sveltesse toute florentine, contrastent avec leurs copies de facture indigene, consciencieuses et encore maladroites. Puis nous voyons s'affirmer au xvii" et surtout au xvm" siecle la preponderance de I'influence frangaise. Notre style premier Empire est assez largeraent
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TROIS SEMAIIVES
repr6sente. Je me demande meme si I'imitation des us et coutumes de nos souverains n'a pas 6te scrupuleusement observee a une epoque plus rapprochee de nous ; car dans une des dernieres vitrines ou sont alignes les costumes des rois et de leur proches, je vois fieremenl dresse un superbe parapluie, probablement de la meme famille que celui sur lequel s'est exerce la verve dc nos caricaturistes politiques de 1840. Au centre de File de Seeland, a cote de la petite ville d'Hillerod, deux chateaux royaux s'elevent a quelques kilometres I'un de I'autre. L'un Fredensborg, est le lieu de villegiature pre- .f6r^ pour I'automne par la famille royale. On sait que celle-ci est remarquablement bien compos6e et quand les journaux danois annoncent au mois d'aoLit Tarrivee de « nos gendres », il ne s'agit de rien moins que du czar de toutes les Russies et du prince de Galles. L'autre chateau, Frederiksborg est un quadrilatere imposant, bati sur trois ilots au milieu d'un petit lac qu'entourent de toutes part des prairies ondulees et des hautes futaies. Son architecture, qui date de Christian IV, est inspiree des meilleurs specimens des edifices Renaissance de la Touraine. Les salles constituent une sorte de Musec natio-
nal, surtout riche en armes. Leurs murs sont decores dans certains couloirs de fresques, dont le dessin sobre et le coloris voile reproduisent avec un charrae original des combats et d'autres scenes typiques des anciennes moeurs cimbriques. Dans la plupart des salles sont exposes des tableaux de peintres danois modernes representant des personnages ou des scenes historiques. Nous remarquons en particulier une toile datee de '1 886 signee d'un des nieilleurs artistes scandinaves, Bloch, mort ily a quelques semaines ; elle retrace dans une composition expressive la mort d'un vieux roi entoure des siens. Plus loin le coeur se serre dans un dernier cabinet consacre aux portraits et aux souvenirs des officiers h^roiques raorts en 1862 dans la campagne de Diippel. Pendant le cours de sa promenade dans I'enfilade de salles qui se succedent le long des fagades de cette belle residence, I'etranger sent a cliaque instant son regard attire vers les fenetres perc6es dans les murailles massives et se repose par un contraste charraant des sombres rangees de casques et de cuirasses sur les vertes perspectives du paysage environnant. La visite de Frederiksborg se termine par une chapelle surcharg6e d'ornements
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' ' dans laquelle se font les couronnements des rois de Danemark.
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K Mais encore plus au nord, au milieu des
brumes marines, un autre chateau nous sollicite
par una attraction superieure, privilege des lieux que le g6nie a immortalises en y plagant les
scenes de ses conceptions. Peut-on quitter le
Danemark sans faire un pfelerinage au chateau
d'Elseneur ?
Un temps superbe auquel je ne suis plus ha-
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\ bitue depuis Paris favorise mon excursion. Je j m'embarque a Klampenborg dans un bateau a
E vapeur qui fait par ctapes rapprochees le service
de la cote nord-est de Seeland. Pendant deux
: heures des petites villes de plaisance se succedent sur la rive fleurie que nous cotoyons.
Peu a peu le Sund se retrecit ; la cote suedoise
' dont la bande bordait vaguement I'horizon se
1 rapproche au point de nous permettre de distin-
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' guer les details de ses ports; a notre gauche,
la rive s'arrondit douceraent en une bale ou se
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pressent des maisons rouges. Droit au nord,
une sorte de promontoire surmonte d'un edifice
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imposant s'avance dans la mer, comme pour s
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en barrer le passage. Nous abordons a Helsin-
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gor, I'Elseneur de Shakespeare, et le chateau d'Hamlet est devant nous.
En descendant de bateau, j'etais assailli par le souvenir penibled'un article lu ily a quelques annees dans un journal parisien. L'auteur, relatant ses impressions de voyage en Danemark, y deplorait la disparition de tout caractere poetique a Elseneur. Les lieux immortalises par les scenes du drame Shakespearian etaient, d'apres lui, ravales au niveau le plus banal par I'etablissement d'un casino cosmopolite. Quel signe des temps! dans le cimetiere ou Hamlet aurait reve en tenant le crane du pooi' Yorick resonnaient maintenant les refrains des danses de Gung'l ou de Fahrbach !
Que le lecteur se rassure. Le journaliste en question a ete victime de singulieres illusions, et je ne crois pas me tromper en supposant qu'il a du accomplir de la fagon suivante un tour de force consistant a aller a Elseneur sans rien y voir. Arrive a Helsingor par le chemin de fer, il s'est probablement confie au sortir de la gare a quelque cicerone adroit qui. au lieu de lui faire visiter la ville, I'a dirige sur Marielyst, petite plage insignifiante situee un peu plus au nord. La un hotelier pratique ingenieusement I'exploi-
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tation du drarae de Shakespeare pour achalander son etablissement aupres des touristes naifs, auquel il offre la vue du tombeau d'Harnlet, du lac ou Ophelie s'est noyee, etc. etc.
Mais le chateau tragique existe intact, authentique sous le nom officiel de Kronborg, et dans un decor qui n'a rien perdu de sa saveur pour les ames reveuses. A quelques minutes du port d'Helsingor, anime le jour denotre excursion par le lancement d'un petit navire, nousentrons dans une allee d'arbres presque desertequi nous conduit a la porte du chateau, facilement guide par les fleches a girouettes qui s'elevent dans les airs de son centre et de ses angles. Le Kronborg, qu'une ceinture de fosses et de remparts isole sur son tertre, sert actuelleraent de caserne, et si la pensee y cherche vainement des herauts d'armes aux costumes eclatants et des guerriers aux cuirasses massives et aux epees a deux bras, les fantassins a I'uniforme severe qui I'habitent et y font I'exercice dans la cour centrale continuent a lui conserver un caractere martial en harmonic avec les sombres souvenirs qu'il evoque. En laissant a droite I'entree principale, on arrive sur un rempart herisse de canons dont la gueule s'appuie sur des tertres
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gazonnes ; une sentinelle en faction a un angle surveille le Sund avec une longue vue qu'il prete d'e bonne grace aux visiteurs : nous sommes sur I'esplanade ou le poete fait errer I'esprit du vieux roi. La vue est raerveilleuse de ce point, ainsi que du haut de la tour centrale du chateau. Un detroit, large de 3 kilometres, separe seul le Danemark de la cote suedoise ou se dressent les constructions importantes de la ville d'Helsingborg. A tout instant une voile penetre dans le Cattegat ou en sort. Au nord-ouest s'etend au loin un cote boisee entrecoupee de plages de sable fin.
Ne gatons pas la fraicheur de nos impressions par un examen trop prolonge de la collection de tableaux mediocres qu'un intendant explique consciencieusement le long d'une enfilade interminable de salons et de cabinets. Saluons seulement en passant la prison transitoire de la complice deStruens6e, la reineCaroline-Mathilde, dont la tete fine et evaporee est representee a Rosenborg par un charmant pastel; encore une page de I'histoire d'Elseneur dramatisee, grace a la collaboration musicale et litteraire de Meyerbeer et de son frere. U ne nous reste plus qu'a rentrer a Klampenborg et a faire nos malles, car
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il est temps de quitter le Danemark et de penetrer dans la peninsule soandinave dont la cote riante semble m'appeler a travors le Sund. Quelque pittoresques que soient les beautes des rives du lac Mselar et des fjords norvegiens, elles n'ont pas efface de men esprit le charme calme et vaguement triste de Tile de Seeland, de ses chateaux et de ses cotes.
DE GOPENHA.GUE A. MALMO LUNB