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precipite sur le pont et ai peine a retenir un cri de joyeux etonnement. Depuis notre depart il s'est fait un changement complet de decor :
les brumes de la rive gauche du Sund ont fait
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place a un soleil resplendissant qui semble nous souhaiterlabienvenue de la part de la Suede :
Notre bateau cotoie la jetee du port de Malmo
et s'approche rapidement des hautes maisons qui bordent le quai de cette ville maritime ira-
portante.
Six cent seize kilometres nous s6parent de
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Stockholm. 11 y a quelques annees plusieurs jours auraient ete necessaires pour franchir cette dis-
tance, et je n'aurais eu le choix qu'entre deux voies
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aquatiques, soit en remontant le SundetleCattegat pour entrer a Gothembourg dans la chaine
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delacs etde canauxquirelie cette ville a la capi-
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tale, soit en cotoyant pres dela moitie de la cote
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orientale de la presqu'ile suedo-norv6gieiine pour aborder Stockholm par la Baltique. Mais a I'heure acluelle, la Suede estpourvued'un reseau de chemins de fer, malgre les difficultes de leur construction sur un pays dent le sol est presque partout inegal et rocheux, et rien ne peut hitter centre ce mode de transport aussi prosa'ique qu'expeditif. A quelques pas du port, la gare me fait un appel auquel ,je ne resiste pas. J'en suis immediatement recompense par I'accueil simple et obligeant du professeur Hildebrandt , Archiviste du royaume, qui y est installe pour recevoir les congressistes a leur premier pas sur le sol suedois et leur aplanir les difficultes du voyage.
En quelques minutes je suis, grace a son intervention, nantide mon billet de chemin de fer et de mon bulletin de bagages. II est midi et je dois attendre jusqu'a la nuit le depart de I'express de Stockholm. Je sors de la gare dans la pensee de visiter Malmo, mais la physionomie de cette vihe florissante et modernisee me fait pressentir une apres-midi ennuyeuse, et je decide immediatement depousser jusqu'a la vieille cite universitaire de Lund.
Une heureapres, je descends du train dans une petite ville provinciate etalee a son aise au milieu
des prairies fertilesde la Scanie: c'est I'ancienne metropole du Danemark, le Londinum Gothorum, peuplee par 200,000 habitants au temps ou la civilisation dela Suede rayonnaitautoiir de sa partie meridionale, et non autoiir de la region alors barbare de sa capitate actuelle. Aujourd'hui la population de Lund est reduite des neuf dixiemes et se compose presque entierement d'etudiants, deleurs fournisseurs et d'une petite bourgeoisie agricole. Lesvacancesuniversitaires lui enlevent encore le jour de ma visite une partie de son animation normale et je croise bien peu de passants en allant de la gare a la grande place, qui est le centre de la ville. De superbes allees de tilleuls y entourent desbatiments consacr6s aux collections scientifiques et aux autres services de I'Universite : un rideau d'arbres en .separeune cathedrale romane celebre. J'apergois quelques etudiants reconnaissables a leur casquettes blanches et cherche a tier conversation avec eux, en vertu de la pretention tenace chez tout Frangais qui veut que I'^tranger soit infaillibleraent prepare a nous servir d'interlocuteur dans notre langue; mais j'ai le regret de constater que les etudiants de Lund sont presque aussi peu familiarises avec le frangais que je le suis
avec le suedois, ce qui n'est pas peu dire.
J'en suis reduit a me refugier dans la cathedrale. L'exterieur de ce noble edifice, le plus remarquable peut-etre de la Scandinavia, impressionne deja par la purete de son style du xn* sifecle, et surtout parrornementationala fois sobre et elegante de son choeur. L'interieur est encore plus interessant. Les transepts, le maitreautel et le choeur sent eleves au-dessus de la grande nef par deux rangees laterales d'escaliers, disposition eminemment propre a inculquer aux fideles I'idee de la majesty dominatrice des officiants. Au dessous, on s'enfonce dans une crypte d'un caractere barbare eclairee d'ouvertures lineaires et coup6e par des piliers trapus. J'y entrevois dans Tombre de vieux torabeaux d'eveques; deux colonnes portent en saillie des sculptures frustes representant un geant paien etsa femme que saint Laurent aurait changes en statues apres s'en etre servi pour la construction de I'eglise, variante scandinave des legendes du moyen age communes a tant de pays ou sont racontees les lultes, aussi peu loyales d'une part que de I'autre, entre les bons et les mauvais esprits.
Je passe le reste de I'aprfes-midi a me pro-
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TROIS SEMAlNES
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mener dans les environs verdoyants de la ville et a visiter ses musees. line petite collection de costumes et de meubles anciens de la Scanie, bien qu'exposee dans un local trop exigu, offre a I'etranger des points de repere suffisants pour I'etude de la marclie de la civilisation dans cette province riche et fertile qui s'est toujours distinguee du reste de la Suede par une culture artistique originale. Ses broderies et ses tapis sent remarquables par le charme de leurs dessins et I'harmonie de leurs vives couleurs. Pendant notre visite a ce musee, deux jeunes fllles sont installees devant des metiers a tapisseric seculaires et les utilisent pour des ouvrages quiprouvent la conservation des meilleures traditions de cette Industrie nationale.
La nuit tombee, je monte dans I'express de Malmo a Stockholm et me reveille le lendemain matin pres de la ville de Katrineliolm. Apres une halte occupee par une station serieuse au buffet, la vapeur nous emporte a travers des paysages typiques, sur les bords d'une serie innombrable de lacs, grands ou petits, que separent des prairies et des forets : la vie humaine ne s'y revele que par de rares maisons en bois, recouvertes de gazon, et peintes en un rouge
vif qui tranche fortement sur les tons verts environnants. Nous sommes dans la Sudermanie, cette province qu'un dicton suedois pretend avoir 6te oubliee par le bon Dieu quand il a separe les eaux des terres. Peu a peu le pays prend un caractere moins exclusiveraent agreste ; des chateaux aristocratiques supplantent les cottages rouges dans les plus jolis sites, la voie ferree s'entrecroise avec les routes lacustres qui se rendent comme elle a la capitate. Nous circulons par una serie de travaux d'art entre la Baltique et le lac Mselar ; enfin au sortir d'un tunnel nous penetrons dans le faubourg sud de Stockholm, et, apres avoir laisse entrevoir un admirable panorama d'un pont jete sur une large nappe d'eaucoupee parungroupe d'iles, le train s'arrete a la gare centrale. Une foule compacte se presse sur le passage des congressistes, de grands carrosses de gala aux laquais galonnes d'argent attendent les personnages officiels que le Congres va reunir a Stockholm. Je m'empresse avec le menu fretin des arrivants de sortir de la cohue et de m'octroyer.dans lacharabrequim'a ete retenue, un repos bien gagne par quatorze heures de chemin de fer.
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