‹ Trois semaines en pays scandinavesChapitre 6 sur 15 · STOCKHOLM · texte numérisé non relu

STOCKHOLM

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Jtockholm est regardee comme uiie des villes les plus belles de I'Europe et m eme du monde entier. Je m'empresse de proclamer que jamais reputation ne fut mieux meritee et puis assurer au touriste que quelques jours passes dans la capitale de la Suede le d6dommageront ampleraenl des fatigues et des quelques desillusions qui I'attendent dans les pays scandinaves. Je conviens, il est vrai, que pendant mon sejour d'une semaine dans cette charmante ville j'ai beneficie d'un ensemble de eirconstances exceptionnelles que tout voyageur n'y retrouvera pas. Notons en premiere ligne la beaute constante du temps : pas une goutte de pluie, je dirais presque pas un nuage, ne sont

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venus troubler la purele d'unciel 6claire par un soleil radieux pendant des journees.notablement plus longues que chez nous dans cette saison ; la temperature se maintenait a des chiffres dont nous nous contenterions souvent pendant les printemps de nos climats dits temperes. L'atmosphere de Stockholm est en general limpide et animee par les brises marines ; plusieurs Russes de mes compagnons m'exprimaient leur etonnement de son contraste avec les brumes humides qui regnent de I'autre c6t6 de la Baltique a Saint- Petersbourg.

En outre, quelle que soil I'animation de la ville en temps ordinaire, il est certain que la reception duCongres orientalistel'avaitaugmentee dans une notable mesure. De nombreux repr(5sentants de I'aristocratie, des grandes administrations et de la bourgeoisie, souvent disperses pendant cette epoque de vacances dans leurs lieux de villegiature indigenes ou exotiques, aaient revenus dans lacapitale pouren faire les honneurs aux savants etrangers et se grouper autour de leur souverain. Sa Majeste Oscar II n'a pas seulement accorde au Congres une cooperation banalementofficielle,il en a ete le protecteur dans le sens le plus complet du mot, en

a suivi les travaux avec un interet 6claire et a directement inspire les manifestations de I'hospitalite liors ligne dont nous avons et6 I'objet. En se guidant sur cet exemple, tous les habitants de Stockholm, manifestement enclins aux divertissements et aux fetes, ont contribue a presenter leur ville aux voyageurs sous un jour attractif. Dans le monde universitaire et savant, ces dispositions ont revetu la forme d'une serie de services et de complaisances a I'egard des congressistes etrangers. Pour ma part, je ne puis resister ici au desir d'exprimer mes remerciments a mes deux cicerones d'un devouement inepuisable, mon ami le professeur Algol Rey-Aberg et sa charmante femme.

Mais tout voyageur qui visitera Stockholm dans les quatre ou cinq mois de la belle saison conviendra,j'espere, que dans mon appreciation sur celte ville, je n'ai pas et6 guide seuleraent par des considerations personnellesetoccasionnelles. II sera au moins force de reconnaitre que la capitate de la Suede possede une situation origiginale entre toutes, aux details topographiques pittoresques dont les comparaisons qu'on en a fait avec plusieurs villes, entre autres avec Venisc et Amsterdam, ne donnent qu'une idee bien

lointaine. Stockholm a une saveur sui generis qu'elle conservera toujours, car elle est liee a des conditions physiques dont les revolutions economiques et industrielles pourront diminuer I'importance, mais non alterer les lignes essentielles. Nous croyons rendre plus comprehensible la description de cette ville en la faisant prec6der de quelques explications geographiques et historiques.

Si nous jetons un coup d'ceil sur une carte physique de la peninsulesuedo-norvegienne, nous serons frappes avant tout par les innombrables sinuosites qui bordent les cotes de toutes parts. A rOuest, les fjords norv6giens decoupent des dentelles quiafTectentsurtout la forme debandes capricieuses etprofondes. A I'Est, la rive semble . plutot herissee de milliers de fdaments tenus, sauf en un seul point situe vis-a-vis de intersection des golfes de Finlande et de Bothnie oil reparait une forme toute norvegienne. La en effet, un large estuaire prend naissance au milieu d'unarchipelquilui forme un rempart contre la haute mer ; il s'enfonce en serpentant dans I'interieur des terres et vient sous le nom de lac Sale (Saltsjdn) a la rencontre de la plus orientate des trois grandes nappes d'eau de la Suede,

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le lac Mffilar. Ce dernier differe par une configuration singulierement accidentee de ses congeneres, les lacs Wener et Weter, dont I'aspect est celui de mers ovalaires et monotones. Allongee transversalement, sa longue bande aux bords dechiquetes en festons inegaux est fragrncnteepardesilesdontonacompte environ 1,300, depuis I'ilot roclieux et inhabitable jusqu'aux larges territoires isoles de toutes parts entre le lac et les nombreuses rivieres qui s'y jettent. Le point precis oil la Baltique melange apres un dernier coude ses eaux a celles du Mselar est barre par une chaine d'iles plus considerables dans leur ensemble et plus rapprochees entre elles que celles du reste de I'archipel : c'est la qu'est situee Stockholm.

Pendant les epoques barbares qui dans la Scandinavie ont prolong^ presque jusqu'a la fin de noire moyen age les temps prehistoriques et protohistoriques, les centres ou s'essayait le fonctionnement d'un Etat social assez rudimentaire etaient exposes a des chances continuelles de ruine par la rudesse des moeurs des peuplades guerrieres autochtoues ou etrangeres. Avant Stockholm plusieurs cites, actuellement disparues sans retour ou reduites a I'ombre de leur ancienne

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importance, ont joue le role de oapitale de la Suede. Isolee dans la partie occidentale du lac McElar, mais surune ile trop petite pour centraliser le gouverneraent d'une nation, la legendaire Bjorko fut detruite de fond en comble apres avoir brille d'un vif eclat dont temoigne le resultat des fouilles archeologiques qui s'y poursuivent depuis quelques annees. Plus au nord, les deux Sigtuna et les deux Upsal ou nous conduira une de nos excursions n'ont occupe que temporairement le premier rang dans les agglomerations urbaines de la Suede. Enfin au milieu du xm" siecle, un homme politique avise, le due Birger de Bjelbo, comprit la valeur topograpliique exceptionnelle du groupe oriental desiles du lac Mselar, entoura do fortifications le village de pecheurs qui s'y etait fonde depuis plusieurs siecles et y transporta le siege du gouvernement de I'Etat suedois. Centre d'une contr6e fertile aux communications fluviales faciles, port remarquablementabrite de cette mer Baltique dont la Suede se servait au raoyen age comme voie preponderate de communications avec r6tranger et dont elles'annexa presque toutes les rives a I'epoque heroique de Gustave-Adolplie et d'Oxenstiern, ville au passe religieux assez neuf pour se laisser facilement im-

pregner par les id6es chretiennes de plus en plus predominantes, contrairement a sa rivale, Upsal, qui restait le foyer tenace du paganisme, la nouvellecapitale pritviteune situation preponderante qui n'a fait que grandir d'une fagon continue jusqu'a nos jours. II n'est pas jusqu'aux attaques et aux incendies repetes dont elle a ete I'objet qui ne lui aient ete profitables, car ils ont eu pour consequence de faire reconstruire en pierre ses edifices detruits, primitivement tons en bois, comme dans le reste de la Scandinavie. Pourtant la securite de la viile etait restee trop precaire jusqu'a la periods de guerre offensive des Vasa pour ne pas ralentir son agrandissement en dehors des lies de Birger de Bjelbo, et il n'y a pas cent ans qu9 des ponts fixes relient ce noyau primitif aux faubourgs de terre ferme. Depuis le commencement dusiecle, Stockholm s'etend au loin dans toutes les directions, pour remplir dignement le role centralisateur devolu de nos jours a toute capitale d'un grand Etat et s'annexe peu a peules rives montueuses qui circonscrivent ses deux lacs de toutes parts.

Le point de repere central de Fetranger est rcpresente a Stockholm par le quai entre-

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coupe de places qui borde I'exWmite meridionale du quartier nord. Ma chambre est situee sur une de ces places, et m'etant mis a mon arriveeinstinctivement a la fenetre, je me trouve devarit un tableau tellement attachant que j'oublie la fatigue de mon etape et retarde pendant des heures I'achevement de ma toilette et de mon installation. Au premier plan, une large place carree, bordee d'un cote par le theatre royal de I'Opera et de I'autre par le palais severe du Prince heritier, portaut a son centre la statue equestre de Gustave-Adolphe, sert de port au chenal etroit qui marie les eaux de la Baltique avec celles du Mfelar. Droit devant le lieros de Liitzen commence le Norrbro (Pont du Nord) : cette belle avenue construite en granit fonce conduit d'abord sur une petite ile dont la moitie n'est qu'un jardin verdoyant, puis a Staden, la plus grande des iles du Mselar et I'analogue de la Cite de Paris, comme son nom I'indique.Le Norrbro se termine majestueusement a la base d'un rocher surmontepar un monument rectangulaire dont la tongue fagade s'etend comme une toile de fond au dernier plan du decor que nons avons sous les yeux; c'est le Palais du Roi, construit comme la plupart des monuments de

Stockholm dans un style peu original mais s6vere quine laisse pas d'impressionner. Sur sa gauche, le lac Sale dessine jusqu'a nous une bale sillonnee d'embarcations et bordee sur notre rive par des edifices luxueux pavoises en I'honneur du Congres.

Le paysage pittoresque que je cherche a decrire est anime par les all6es et venues du dimanche. Inutile de dire que I'immense majorite de la population est tributaire de nos modes cosmopolites etde nos grands magasinsde confections ; quelques vieux costumes nationaux de femmes egayent pourtant la longue file des complets de la Belle-Jardiniere surmontes de nos chapeaux disgracieux. Nous remarquons en particulier unassez grand nombre defilles robustes, coiffees d'une sorte de casque pointu en drap noir, aux corsages de toile blanche soutenus par des bretelles rouges, et aux devants de jupes ray6s detoutes les couleurs disposees enbandes transversales. Ce sont des femmes originaires de la Dalecariie, que leur vigueur physique et leur probite proverbiale rendent egalement pr6cieuses comme domestiques. De temps en temps, un officierjette dansle tableau la note martial e de son uniforme aux deux couleurs nationales,jaune

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et bleu. A im moment meme, un peloton d'infanterie precede de la musique deson regiment fait luireses casques au soleiltoutle long duNorrbro qu'il traverse pour aller prendre la garde au Palais du Roi. Les flots rides par la brise en facettes scintillantes sont sillonnees a cliaque instant par des chaloupes a vapeur recouvertes d^une tente : ce sont les omnibus pittoresques de Stockholm, d'une commodite sans pareille pour la mise en communication rapide de ses divers quartiers. Plus loin des mats serr6s emergent des quais de Staden, et font pressentir I'importance de la flotte commerciale de la capitate su6doise.

Au nord de la place Gustave-Adolphe s'etendent au loin les cases d'un large damier de rues en pentes donees; c'est le quartier de la riche bourgeoisie, aux maisons confortables et aux magasins modernises. Par un sentiment d'orgueil bien naturel, les habitants de Stockholm aiment a vous promener dans cette partie neuve de leur ville et aentrainer I'etranger jusqu'a son extremite la plus septentrionale. La, apres avoir traverse un tres beau jardin public orne a son centre par la statue du grand botaniste national Linne, nous nous trouvons

dans ini quartier aristocratique, eclaire a la liimiere electrique, ou s'alignent le long d'avenues tranquilles des hotels aiissi somptueux que ceux des Gliamps-Elysees ou du pare Monceaux. Mais rinteret de cette promenade est tout relatif, ainsi que la visite du quartier ouest de Kungsliolmen, occupe surtout par des hopitaux et des etablissements industriels. Je serais pourtant injuste si je n'y signalais les installations scientiflques d'une Ecole de medecine des plus prosperes, quoique de date assez recente, et surtout le musee anatomique qui a ete cree par le pere de son directeur actuel, Retzius, et qui a joue un role capital dansl'histoire de I'anthropologie.

Pour cherclier des impressions neuves et typiques sur la capitale suedoise, il faut revenir sur notre quai et nous engager dans sa partie insulaire. Traversons le Norrbro et faisons une halte, a sa gauclie, sous les ombrages du Stromparterren, ce jardin souvent compare a Tile genevoise de Jean-Jacques Rousseau qui egaye le premier plan du paysage decrit plus haut. C'est la que nous pourrons le mieux nous meter aux habitants des classes moyennes, surtout le soir ou une foule compacte vient s'y reposer et souper

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en ecoutant la musique d'un petit orchestre au

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fc Puis entrons dans I'ile de Staden ; nous pouvons Bl franchir une des deux montees en pente douce

E gardees par des lions de bronze qui conduisent H de ce cote au Palais du Rol, et en visiter les

H salles de reception, les collections de costumes P et d'armes et la cliapelle aux riches sculptures.

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] Mais un tableau plus vivant nous attend si nous ■: contournons I'lle par la gauche en nous guidant

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' sur une statue du roi populaire Gustave III, due

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' Stockholm par la Baltique et des debarcaderes

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B^ !i toutes les directions de Tile des rues etroites,

H| i,il enchevetrees, dont un grand nombre, auxquelles

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Bg t s'applique le nom special de btinken, atfeetent

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BP' 1 Ce quartier a conserve une physionomie pit- Bii 1 toresque et d'assez nombreux souvenirs temoi-

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temps de Stockholm. Ici, je m'arrete devant une

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demeure silencieuse, dont le portail est encadre de cariatides qui ne sont pas sans analogie avec certaincs entrees des hotels parlementaires xvii° siecle d'Aix-en-Provence : mais le caracterc rude et le granit sombre des figures, joints a deux couleuvrines plantees en terre, en guise de bornes, s'harmonisent mieux avec I'id^e de la demeure d'un de ces terribles guerroyeurs formes a I'ecole de Gustave-Adolphe que notre Richelieu langait contre la maison d'Autriche. Plus loin, nous arrivons sur une place qui a ete le theatre des pages les plus sanglantes de I'histoire de Stockholm ; sur ses cotes s'elevent quelques maisons afaeadesflamandes,rappelant, sauf la modestie des ornements, les chefsd'ceuvres architecturaux des corporations de Bruxelles ou de MaUnes. Tout aulour, encore des petites rues en montee ou en descente, bordees de boutiques qui s'adressent surtoutaux bourses modiques des matelots et des paysans ; a la montre de I'une d'elles nous voyons pourtanl accouplees sans intention mahcieuse la ferblanterie des batteries de cuisine avec celle de quelques croix de decorations suedoises et etrangeres. Tout pres de la, je suis attire par un etalage de foulards a couleurs eclatantes mais assez har-

monieuses ; je ra'approche, esperant mettre la main sur un article original, et je ra'apergois de plus pres que le tissu est parseme de tours Eiffel !

Apres une desillusion aussi forte, je me sens incapable de continuer ma chasse a la couleur locale, et me pr6cipitedans une rue qui me conduit dans la partie ouest de Staden, en passant devant une ravissante raaison hoUandaise du xvu" siecle.Jc me trouve a c6te de la statue de Gustave Vasa sur une place irreguliere et encombr6e d'une foule curieuse. Un edifice pavois6 des drapeaux detoutesles nations attire les regards. G'est le Riddarhuset, palais de la noblesse, ou siege le Congres orientaliste, et qui par consequent est anime pendant tout le temps de notre sejour par les allees et les venues des savants et des personnages officiels. Le premier etage contient une salle d'honneur aux murs garnis de plaques metalliques sur lesquelles sont inscrits les noms et les armoiries de toute la noblesse suedoise : c'est la que le Roi a preside les seances d'inauguration et de cloture du Congres. Tous ceuxquiy ont assiste garderont le souvenir de I'aspect curieux de I'estrade ou les hauls fonctionnaires du royaume et les delegues officiels,

desgouvernementssepressaientautour dusouverain, mariant leurs habits noirs ou chamarresde broderies aux costumes africains ou asiatiques, et a une gracieuse bordure de toilettes feminiues.

A quelques pas du Riddarhuset, nous arrivons sur le bord du lac Mselar, au principal port occidental de Stockliolm. Une vie maritime encore plus intense que celle du quai de Ctustave III se manifeste dans cette partie de Staden; elle s'etend al'ilotde Riddarholmen, attache a sou tlanc, mais une note plus solennelle lui est imprimee par les palais de la Diete et des Archives du royaume et surtout par une eglise surmontee d'une fleche metallique ajouree remplie de tombeauxet de trophees, sortede Saint-Denis ou plutot de Pantheon suedois.

AUons encore plus au sud, et traversons le Mselar dans une chaloupe a vapeur ou par un de ses deux ponts en fer a ecluses tournantes.Nous sommes transportes dans le quartier le plus meridional et le plus populeux de Stockholm ; il ne merilerait pas notre visite si on n'avait utilise sa pentc escarpee pour la construction de deux ascenseurs du haut desquels Stockholm presente le plus admirable de ses panoramas.

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Nous y retrouvons, vus en sens inverse, les divers plans apergus de notre chambre, mais avec un tiorizon singulierement agrandi par I'altitude : Toute la ville est a nos pieds, et de la terrasse de Mosebacke nous dominons ses meandres lacustres, ses iles aux decoupures capricieuses et les collines de lacampagne environnante.

La partic orientate de la capitale suedoise ne le cede pas en pittoresque a celles que nous venonsde parcourir. Traversons le jardin royal, vaste quadrilatere plante d'arbres, borde d'un cote par la mer, et des autres par des theatres, des cafes a musique orchestrate et des raagasins deluxe. Passonsdevantla statue de Charles XII, le roi dont Voltaire a immortalise les aventures par un de ses chefs-d'oeuvre les plus parfaits et tournons au Sud. Nous nous engageons dans une succession d'iles appendues les unes aux autres corame les pieces d'une gigautesque parure. D'abord Blasieholmen, que destravaux de dessechement ont soude depuis longtemps a la terre ferme. Sur sa rive occidentale nous parcourons un large quai constamraent anime par les allees et les venues du Grand-Hotel, etablissement monumental et celebre. Sur la meme vote se dressea quelques pas plus loin un edifice dans

le style de la Renaissance, precede d'un portique de marbre vert : c'est le Musee National, ou des collections artistiques et scientifiques de la plus haute valeur sent amenagees luxueusement, mais insuffisamment eclairees dans les etages inferieurs. L'etranger, qui est tenu d'y faire plusieurs visites, pourra avant d'y penetrer prendre un avant-gout de la sculpture suedoiseen jetant les yeux sur un square adjacent. Un groupe de bronze y represente deux hommes nus, enlaces a la maniere des lutteurs dans une attitude singulierement mouvementee; en s'approchant, on reconnaitqu'ilssont attaches poitrine centre poitrine par une courroie etcherchenta se frapper a coups de couteaux. Cette belle oeuvre, la plus remarquable de Molin, sculpteur suedois de notre siecle, represente sous une forme aussi exacte que saisissante les duels qui ont ete en usage Chez les peuples scandinaves pendant le moyen age et qui se terminaient constamment par la mort d'un des combattants ou des deux. Et dire que les fits actuels de ces champions feroces en son! arrives a une douceur de moeurs telle que le duel sous toutes ses formes y est inconnu, raeme dans I'armee!

Le Musee National ne centralise pas toutes

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les collections publiques de Stockholm. Les batiments de FAcademie des sciences et de I'Ecole de medecine contieonent d3s galeries dont le naturaliste retirera le plus grand profit. En outre, I'ardeur avec laquelle les Suedois ont recueilli depuis le commencement du siecle tous les objets de nature a eclairer I'histoire archeologique et anthropologique de leur pays a necessite la creation d'un musee ethnograpliique distinct dont le logement a ete rendu vite difficile par le nombre des materiaux. Plusieurs locaux du quartier nord sont affectes provisoireraent a I'exposition d'objets d'ameubleraents et d'habillements de toute sorte, de toute epoque, mais se rapportant sans exception aux pays Scandinaves, y compris I'lslande et le Groenland. Chaque province est representee par un ensemble de pieces oii Ton a cherche a faire revivre les moeurs populaires, suivant le dispositif imite chez nous dans les galeries du Trocad6ro; a remarquer en particulier lavariete presque infinie des objets en bois dus a I'industrie norvegienne. Les voeux du Docteur Hazelius, fondateur de cette collection, sont sur le point d'etre couronnes par I'edification d'ua batiment qui logera etmettra en lumiere, d'unefagon plus

complete qu'a I'heure actuelle, ces richesses etlmograpliiques accumulees sans relache depuis un bon nombre d'ann^es.

Le somptueux monument de Blasieholmen est reserve pour les collections arclieologiques et arlistiques de premier ordre. Le musee des antiquites du Nord de Copenhague paiit devant les tresors des galeries ou le professeur Hildebrandt regno en maitre en vertu d'une science et d'une complaisance egalement a toute epreuve. II est impossible, dans ces notes rapides, de donner meme une idee des armes, des parures, des bijoux, qui y deroulent devant nos yeux depuis les temps prehistoriques jusqu'au moyen age les etapes successives de la civilisation suedoise. L'ile de Gothland et I'ilot de Bjorko, d'exploration plus recentedansle lac Mselar, paraissent etre les lieux de provenance les plus fertiles en pieces caracteristiques.

Nous parcourons ensuite une s6rie de galeries ou sont exposes des meubles de choix, des armes moyen age, des faiences et des porcelaines des meilleures fabriques indigenes et etrang^res, quelques bronzes de la Renaissance, des antiquites grecques et romaines. Signalons en passant la grande richesse des cartons de dessins,

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