UNE NUIT SUR LE CAP TOURMENTE
Un écolier en vacance c’est souvent un nouveau chevalier de la Manche à la recherche de quelques aventures, courant au devant d’un péril, aimant à faires des marches, des promenades extraordinaires, des tours de force ou d'adresse, quelque chose enfin de remarquable qu'il se plait ensuite à raconter pendant les congés et les récréations de l’année, au milieu d’un cercle d'amis où la gaieté préside. Témoins de la vérité de ce que j'avance, ces six vaillants compagnons (au nombre desquels j'aurai toujours la gloire d’être çompté) qui voulurent un jour aller voir lever le soleil du haut du Cap Tourmente. La pensée était neuve selon nous, et à ce titre seul elle méritait notre plus sérieuse considération. Aller passer la nuit sur le Cap Tourmente ! pour y voir
lever le soleil ! ! Les joyeuses traditions des vacances passées au Petit-Cap de Naint-Joachin ne parlaient d'aucun fait semblable. Mais pour tenter une aussi grande entreprise il fallait un courage plus qu'ordinaire.
Quand une promenade s’annonçait pour la cime du Cap l'usage voulait dans ce temps que l’on fit dès la veille tous les préparatifs dont le principal était de se coucher plus tôt que les autre jours :
puis aussi m?tin que possible se faisait la toilette d'ordonnance que l'étiquette prescrivait en parell cas, et le départ sonnait aussitôt afin de profiter de l'air frais du matin. Bon voyage, disaient ceux qu'un goût plus pacifique retenait au Château Belle-Vue, et Le joyeux escadron.
n'ayant potff tout bagage qu’un bâton et la boite aux bluets que fournit la nature, s’élançait alors impatient d'arriver au bout de sa course et réglait sur le chant ses pas préc'pités.
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Et les voix, fortes d’abord, allaient s'affaiblissant rapidement à travers les ormes et les noyers sous lesquels disparaissait la troupe bruyante.
Mais il n’en était pas ainsi de nous, obligés de faire notre ascension au b°u milieu du jour. 11 nous fallait affronter ou plutôt charger à dos le soleil brülant du midi par une chaleur accablante du mois d'août, puis apporter le vivre et le couvert. Mais peut-il y avoir des obstacles insurmontables pour des cœurs généreux ? Donc, chacun chargé de son paquet, nous nous mettons en quête, joyeux comme des rois d'Yvetot. Ceux qui gardent la maison, tout en nous souhaitant heureux voyage, rient sous cap et semblent désirer pour nous quelque désappointement, au moins, s’il nous en arrive, {ous unanimement se promettent de rire à nos frais et dépens.
Cependant jusqu'au pied du Cap Tourmente nous allions à volo, riant,
chantant à faire envie, mais une fois là plus de chant et par temps plus de joie.
L'un devant l’autre, courbés en avant.
appuyés sur nos bâtons, nous allions à petits pas, suant, soufllant et écrasés par un soleil ardent,--nous montions les falaises. Enfin, après nous être laissés tomber par terre vingt fois de lassitude.
après avoir étanché notre soif aux eaux du Simois et du Scamandre, après nous être rafraichis sur les bords du Pactole au sable d’or (doux souvenir des champs où fut Troie attaché à trois petits ruisseaux par nos heureux devanciers en vacance) nous arrivons sur ia cime du Cap. Nous nous jetons d’abord à genoux au pied de la croix plantée en 1844 en mémoire d’un projet de promenade à Naint-Joachim qui n’eut lieu que l’année suivante. Puis, nous reposant et nous rafraichissant au souffle du vent toujours frais qui règne sur cette élévation de 1800 pieds nous contemplons à loisir le vaste panorama qui s'offre aux regards étonnés. Oh ! que ï’on est bien dédom-
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en tous sens et Par la frâle du pilote Canadien, et P pêcheur, SOUS pavillon de toutes coule Jusq'au Pied même du Cap. C’e majestueux Naint-Lanrent des mers intérieures de l'ouest e l'Atlantique le riche tribut et de celles de se lout y réjouit et repose
magé des Jeines « u'il faut se - Ji
donner pour en jouir !
On sent alors son cœur battre d'un nouveau sentiment d'amour
POUr sa patrie et l’on ne Peut s'empêcher de répéter avec un de nos poètes :
Qu'elles sont be En Canada qu Salut, Ô subiim Bords du Superl
Iles nos Campagnes !
‘on vit content !
€$ montagnes,
Je Saint-Laurent !
Car tout cela se Présente à la vue en même temps,
D'abord devant soiune immen d’eau Parsemée d’iles que l’on POUT autant d’oa
se nappe prendrait sis verdoyants, sillonnée embarcation ar la barque du et par l'énorme trois - mâts urs, s'étend st notre cendant des t portant à de ses eaux S nombreux tributaires.
agréablement la
vue; soit que les vents retenan' leur haleine permettent aux eaux d’aplanir leur surface où vont se réfléter comme dans un miroir les nuances variées de le voûte des cieux ; soit qu'un doux zéphir effleure cette plaine, ou que les vents furieux soulèvent et conduisent au rivage des vagues écumantes.
À droite, la Côte de Beaupré avec ses rivières, ses chutes, ses vergers de prunes de Damas, ses maisons du temps des Français, s'élevant du fleuve en amphithéâtre et encadrée par les Laurentides dont la chaine, après avoir décrit une
longue courbe, va se terminer à l'horizon E ‘° par un point brillant qui semble une la riche perle placée là pour attacher en- ff Pa: semble ia nappe d’eau du Saint-Laurent F4 et le cordon verdoyant de ces montagnes. E° | C’est le Cap Diamant couronné de ses tours, de sa citadelle et de ses remparts, & .
la cité de Champlain avec ses toits, .
ses dûmes et ses clochers de fer-blanc, ei
Québec. le Gibraltar du Nouveau-Monde.
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4 l'uis revenant de cette lointaine excur- 4 sion, avec quel plaisir l'œil se repose
encore à droite sur l'Ile d'Orléans qu'il embrasse presqu'en entier! sur le Petit
j Cap et sur le riche plateau qui forme la [plus grande partie de la paroisse de
Saint-Joachim.
Mais voyez donc devant vous et par de 1à le fleuve ce vaste tableau qui etend à gauche aussi loin que la vue peut atteindre ; comme elles sont belles es campagnes |! Admirez donc l'élégance et la propreté de ces demeures ! Les voyageurs n’ont-1ls pas raison de dire que la Côte du Sud est la plus belle partie du pays ? Puis examinez l'Ile Madame, l'Ileaux-Reaux, la Grosse-fle, l’Ile-aux-Grues et Jloin,—loin, là bas,—les Pèlerins.
À gauche, c'est la suite des caps de la Loote du nord à qui semblent, en s’avançant dans le fleuve, vouloir en retarder la marche, de concert avec l’Ile-aux-Coudres que l’on voit sortir de l’eau à l'horizon.
TT | té