‹ Trois souvenirs [microforme]Chapitre 19 sur 22 · CT · texte numérisé non relu

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Derrière, toujours les mêmes montagnes Î dont l'aspect sauvage fait ombre au 4 tableau. Mais que fais-je? j'essaie de | tracer un tableau que le pinceau le plus habile ne pourrait jamais représenter | dans toute sa beauté naturelle. Occuponsnous donc plutôt de ce qui nous importe en ce moment.

Déjà le soleil allait disparaitre et il était temps de penser à dresser la tente | qui devait nous abriter contre la maligne influence de l'air pendant la nuit: à l’œvre donc, compagnons. À l'instant.

des perches sont suspendues sur des poteaux et une toile, qu'une pluie torrentielle pourrait à peine pénétrer, est tendue sur cette charpente, et forme une | tente dont Achille se fut bien trouvé au temps de sa colère. Les sapins sont dépouillés de leurs branches et chacun à l’envi l’un de l’autre, apporte la provision nécessaire pour se faire un lit. Au milieu de la tente une table dressée sur une couche épaisse de feuillage recoit les

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mets denotre frugal repas. À la porte, un feu sans cesse alimenté par un bois résineux pétille et semble vouloir prendre part à la gaieté franche qui règne dans tous les esprits, et qui se produit au dehors par de fréquents éclats de rire. Le repas fini, nous sortons à la hâte pour goûter l'air rafraichissant dela soirée et jouir du spectacle des étoiles et surtout de la lune qui vient de paraitre sur l'horizon.

Cependant, depuis que le jour avait fait place à la nuit, des nuages obscurs s'étaient élevés vers le nord; des éclairs, faibles encore, s’y faisaient voir de temps en temps. Personne n’y faisait grande attention : ce sont des éclairs de chaleur, disons-nous, et nous nous asseyons sans inquiétude. Nous causons et fredonnons aux accords Je la flûte ; nous écoutons les sons mâles de la trompette que l’un de nous avait apportée ; quelyuefois, nous nous prenons d'admiration pour le spectacle que nous avons devant nous.

Cette lune dont la douce lumière argen-

tait tout au loin dans la Côte du Sud et se reflétait sur la surface aplanie du fleuve ; le calme parfait de la nature :

tout était propre à faire naître en nous cette agréable mélancolie que donne la solitude et qui dispose à la prière. Aussi.

avec quel bonheur chacun de nous se mit-il à genoux pour faire en commun notre prière du soir.

Jour moi, pendant que mes compagnons de voyage se donnaient le plaisir de la conversation, je laissais avec com-

plaisance mon esprit se reposer sur un lieu à jamais cher à mon souvenir et que je devais bientôt laisser peut-être pour toujours : le Petit-Cap de Saint-Joachim, espèce d’ile enchantée au milieu de prairies verdoyantes sur laquelle la lune semblait se plaire en ce moment à verser les rayons de s1 lumière argentine.

Faut-il jamais lieu plus propre à passer agréablement le temps des vacances ?

Quelle belle solitude et en même temps quelle bruyante activité! Non, il n'y a

Sud et nie du nature :

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A plaisir à ce saint ministère.

{ dimanche, quelle solennité dans ces

pas de jour où, rêvant à ce que j'ai été, je ne revoie en pensée jusque dans ses plus petits détails ces heureux théâtres des plus doux amusements, et je sens

frenaître en moi les impressions que j'éprouvais alors.

Dans cette pieuse chapelle de l’angéhque Louis de (ronzague, si propre et si élégamment ornée, je vois encore les prêtres, les lévites et les élèves prévenant souvent le lever du soleil, pieusement

A agenouillés ensemble sur le pavé de la

nef et goûtant dans l’oraison le donum Dei. Je vois les prêtres se succéder aux trois autels avec leurs fervents servants de messe qui se prêtent avec tant de Et le

offices chantés par toute la paroisse du Petit-Cap ! Vous écoutiez nos chants, Vierge sainte, lorsque nous vous disions

avec transport :

‘‘ Reine des cieux, Jette les yeux Sur ce bénit sanctuaire."

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car nous sortions le cœur toujours bien content de notre chère petite chapelle.

C'était bien le temps pour nous de dire avec le Prophète: ‘Oh! qu'il est bon et agréable pour des frères d’habiter ensemble |!”

Je me promène encore en esprit dans ces beaux sentiers si proprement entretenus sous les arbres du bocage, Je pars par la Wellington, je m'arrête au fort Saint-Louis, pour jeter un coup d'œil sur le Naint-Laurent, je reviens par la

Waterloo, puis je descends la Côte Champlain et je vais me désaltérer à la Fontaine à Bouchard. Mais qu'entends-je et quels bruyants préparatifs ? Où allezvous donc ?.... À la promenade. Etes-vous des nôtres ?.. Allons vite, partons !.

En roulant, mx boule, roulant... N'est-ce pas ainsi qu'armés de nos instruments de pêche et de nos ustensiles de cuisine nous partions pour faire des fêtes au Petit Moulin, célèbre par des traditions de crêpes plus ou moins mal tournées et

jurs bien chapelle. nous de qu'il est d'habiter

prit dans nt entrecage. Je arrête au oup d'œil is par la la Côte térer à la ntends-je Où allezites-Vous rtons !. … . N'est-ce ruments cuisine fêtes au aditions rnées et

par son pommier sur les bords de la

A Friponne ; an Petit Sault de la rivière

Sainte-Anne, merveille de la nature ; à la Chapelle aux Hirondelles ; au lac ; aux

Imesures et aux débris du séminaire de

Mgr. de Laval ; aux ruines, souvenir de Champlain, que l'histoire nous représente allant faire du foin à Saint-Joachim, dans les prairies naturelles qu’arrose le

A arsolet. N'oublions pas non plus d'aller liprès le souper faire un tour de canot sur

l'étang de la Petite Ferme et revenons en faisant répéter au Petit Cap les hilariantes expressions de notre joie. Puis, de retour au Château Belle Vue, assis en cercle à ha porte, conversons, faisons quelques jeux, chantons......…. quelles charmantes veillées ! surtout quand il y avait bal chez Boulé!!

Mais où êtes-vous donc, confrères aimés, amis sincères, visiteurs aimables avec qui j'ai passé de si beaux jours ? Il y a plus de vingt ans que les heureux jjurs dont je rappelle le souvenir sont

passés et on ne vous revoit plus, pour la plupart dans ces lieux qu’un voyageur appelait le Paradis Terrestre. Dispersés en tous lieux ou moissonnés par la mort, il ne nous sera jama's donné de nous

revoir ensemble en ces lieux. L'inscrip- |

tion placée au-dessus de la porte du Château Belle Vue du Petit-Cap nous a bien souvent avertis de profiter d’un temps qui ne devait pas durer : ‘‘ Eïa age, nunc salta, nontla, musa, diu, ” nous disait-elle, et vous savez comme moi si elle a dit vrai! Mais que fais-je encore une fois ? et où m’entraine mon imagination égarée ? KRemontons sur la cime du Cap

Déjà les nuages que l’on avait remar-

qués au nords'étaient élevéset couvraient

près de la moitié du firmament ; les éclairs redoublaient d'intensité et le tonnerre commençait à gronder avec force. Nous allions assister à une tempête sur le Cap Tourmente : c'était une circonstance que nous n’aurions jamais

us, voyageur Dispersés r la mort, de nous L'inscripporte du ip nous à fter d’un tt Era iu, ” Nous ne moi Si -je encore on imaglar la cime

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cru pouvoir rencontrer. Oui, une tempête telle qu’il est rarement donné à l’homme d'en éprouver. Les préparatifs en sont imposants et grandioses, et notre admiration est quelque temps partagée entre le calme et la tempête.

Devant nous, la lune continuant à nous prodiguer sa lumière, et au nord l'obscurité la plus épaisse, partagée en tous sens par la lumière vive et rapide des éclairs, semblaient vouloir se partager l'empire de cette nuit et formaient le plus grand contraste. Mais bientôt tout fut voilé et l’obscurité fut complète.

Heu ! quinam tlanti cinxerunt œthera nimbi ! s'écrie l’un de nous, et une crainte involontaire vint se mêler au plaisir que nous ressentions de voir cette scène imposante. C’est que le tonnerre roulait alors terrible au-dessus et autour de nous, et il nous semblait à chaque instant voir fendre le cap sur lequel nous étions. Le vent, devenu

furieux, sifHait avec force à travers les 5X

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arbres et les fentes des rochers ; les éclats de la foudre sans cesse renouvelés et répétés par les échos des montagnes environnantes se m ltipliaient avec un fracas épouvantable. Enfin la pluie commence à tomber et nous force à rentrer sous notre tente pour y passer la nuit, et quelle nuit ! s’il fallait par malheur que l’eau vint à traverser notre couvertur Mais non, malgré la pluie torrentielle qui ne cessa de tomber tant que la nuit dura, nous fumes préservés et nous pümes dormir assez bien après avoir

joué la partie de cartes.

Mais pendant que nous nous livrions au sommeil une autre scène se passait au Petit Cap. On s’'appitoyait sur notre sort ; on savait que sans lumières 1l nous était impossible de descendre et on nous croyait imbibés de pluie: il fut donc décidé d'envoyer à notre secours. Alors deux graves fermiers sont expédiés avec des torches à la main. À ceux restés au Château-Belle-Vue il leur semblait voir

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