PREFACE
C'est la première que f écris, et elle sera brève. Se faire le commentateur de son œuvre me semble, en principe, une vanité, ou bien cela signifie quon doute de ses lecteurs et de soi. Quand un livre apporte quelque chose, des esprits clairvoyants vont au-devant de lui et ils entraînent, de proche en proche, ceux qui, sans savoir, l'attendaient. Pour moi, tout livre achevé conclut une phase de ma vie, et, sitôt paru, je l'abandonne à ses seules forces.
Ici, néanmoins, deux mots d' éclairasse" ment sont opportuns ; car, en voyant liés sur le titre Ars, Compostelle, le Mont" Saint-Michel, plusieurs se demanderont à quelle fin tend le choix de ces trois lieux et l'ordre où je les dispose,
Ars, d'abord, tient au plus intime de mon passé. Enfant, f entendis ma mère raconter que mon aïeul, sur le point de la
marier à un homme d'âge, consulta ïahhé Vianney ; le Saint ïen dissuada, et, en même temps, l'avertit de se préparer à sa mort prochaine, quoiquil parût d'une santé ferme ; et, en effet, cinq ou six mois plus tard, il mourait d'une apoplexie. Une simple parole du Curé d'Ars décida donc, avec l'avenir de ma mère, le mien. Si je suis né et demeuré chrétien, peut-être mes voies n auront-elles été qu'un des mille prolongements de ses intercessions.
J'avais seize ans lorsque nos maîtres du collège Saint- Joseph nous emmenèrent, pour une retraite de trois jours, à Jassans, près d*Ars, que nous visitâmes. La transcendante pauvreté du presbytère me révéla un ascétisme dont f avais fort peu l'idée. Cette impression, pour lors, ne dura guère ; je n'eus point la sagesse de ceux qui comprennent avant d'avoir erré et vont droit à l'unique discipline de paix, au déprisement des illusions charnelles et des sots orgueils. Mais, dans la suite, la figure de l'abbé Vianney s'est présentée à ma réflexion comme un des plus humbles et des plus