‹ Trois voyages au CanadaChapitre 28 sur 35 · DES MORTS · texte numérisé non relu

DES MORTS

De dix en dix ans, nos sauvages et autres peuples sédentaires font la grande cérémonie des Morts en l'une de leurs villes ou villages, comme il aura été ordonné par un conseil de tous ceux du pays. Ils la font encore annoncer aux autres nations circonvoisines, afin que ceux qui y veulent ensevelir les os de leurs parents les y portent et que les autres qui veulent venir par dévotion, honorent la fête par leur présence. Car tous y sont les bienvenus et festinés pendant les jours que dure la cérémonie ; l'on ne voit que chaudières sur le feu, festins et danses continuels, ce qui fait qu'il s'y trouve une infinité de monde qui vient de toutes parts.

Les femmes qui ont à apporter les os de leurs parents, les prennent aux cimetières ; que si les chairs ne sont pas détruites, elles les nettoient et en tirent les os qu'elles lavent et enveloppent de beaux castors neufs et de colliers de porcelaine, que les parents et amis donnent, disant : « Tiens, voilà ce que je donne pour les os de mon père, de ma mère, de mon oncle, cousin ou autre parent. » Les ayant mis clans un sac neuf, ils les portent sur leur dos, ayant orné le dessus du sac de quantité de petites parures, de colliers, bracelets et autres enjolivements. Puis les pelleteries, haches, chaudières et autres choses de valeur avec quantité de vivres se portent aussi au lieu destiné. Etant tous assemblés, ils mettent les vivres en un lieu pour les employer aux festins, qui se font à grands frais entre eux; ils pendent proprement dans les cabanes de leurs hôtes tous leurs sacs et leurs pelleteries, en attendant le jour auquel tout doit être enseveli dans la terre.

La fosse se fait hors de la ville, fort grande et profonde, capable de contenir tous les os, meubles et pelleteries dédiées aux défunts. On dresse un échafaud près du bord, auquel on porte tous les sacs d'os ; on tapisse la fosse partout, aux fonds et aux côtés, des peaux et robes de castor neuves ; puis on fait un lit de haches, puis de chaudières, rassades, colliers et bracelets de porcelaine et autres choses qui

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ont été données par les parents et amis. Cela fait, du haut de l'échafaud, les capitaines vident tous les os des sacs dans la fosse parmi la marchandise. Ils couvrent encore le tout d'autres peaux neuves, puis d écorces, et après rejettent par-dessus la terre et de grosses pièces de bois. Par honneur ils fichent en terre des piliers de bois tout à l'entour de la fosse et font une couverture par-dessus, qui dure autant qu'elle peut. Puis ils festinent et prennent tous congé et s'en retournent d'où ils sont venus, bien joyeux et contents que les âmes de leurs parents et amis aient bien de quoi butiner et se faire riches ce jour-là en l'autre vie.

Or par le moyen de ces cérémonies ils contractent une nouvelle amitié entre eux, disant : « Que tout ainsi que les os de leurs parents et amis défunts sont assemblés et unis en un môme lieu, de même aussi ils doivent, durant leur vie, vivre tous ensemble en une même unité et concorde, comme bons parents et amis, sans s'en pouvoir à jamais séparer pour aucune disgrâce. » Et c'est ainsi qu'ils font.

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