ET COMMENT ILS PLEURENT ET ENSEVELISSENT LEURS MORTS
Aussitôt que quelqu'un est décédé, l'on enveloppe son corps dans sa plus belle robe, puis on le pose sur la natte où il est mort jusqu'à ce qu'il soit porté au cimetière. Cependant tous ses parents et amis sont avertis de cette mort et priés de se trouver au convoi. Le capitaine de la police fait ce qui est de sa charge ; car incontinent qu'il est averti de ce trépas, il en fait le cri par tout le bourg et prie un chacun, disant : « Prenez tous courage [Etsagon, Etsagon), et faites tous festin au mieux qu'il vous sera possible pour un tel ou une telle qui est décédée. » Alors chacun en particulier s'emploie à faire un festin le plus excellent qu'il puisse; puis ils le partagent et l'envoient à tous leurs parents et amis sans en réserver pour eux, et ce festin est appelé : Agochin atiskein, le festin des âmes. Il y a des nations, qui, faisant de ces festins, font aussi une part au défunt, qu ils jetlent dans le feu ; mais je ne me suis point informé de nos Huions, s'ils en font aussi une au mort. Nous pouvons bien connaître, par ce que je viens de dire, la facilité qu'il y a de leur persuader les prières, aumônes et bonnes œuvres pour les âmes des défunts.
Les Essedons, Scythes d'Asie, célébraient les funérailles de leurs père et mère avec chants de joie. Les Thraciens ensevelissaient leurs morts en se réjouissant, parce qu'ils étaient partis du mal et arrivaient à la béatitude. Mais nos Hurons ensevelissaient les leurs en pleurs et tristesse, néanmoins tellement modérées et réglées au niveau de la raison, qu'il semble que ce pauvre peuple ait un absolu pouvoir sur ses larmes et sur ses sentiments.
Avant que le corps du défunt sorte de la cabane, toutes les femmes et leurs filles là présentes y font des pleurs et lamentations ordinaires,
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lesquelles ne commencent et ne finissent jamais que par le commandement du capitaine ou maître des cérémonies. L'avertissement donné, toutes unanimement commencent à pleurer et se lamentent à bon escient . femmes et filles, petites et grandes ; et pour plus facilement s'émouvoir et s'exciter, elles répèlent tous leurs parents et amis défunts, en disant : « Mon père est mort, et ma mère est morte, et mon cousin est mort et ainsi des autres! » et toutes fondent en larmes. Quand elles ont suffisamment pleuré, le capitaine leur crie: « C'est assez, cessez de pleurer ! » Et toutes cessent.
Au jour et à l'heure assignée pour l'enterrement, chacun se range dedans et dehors de la cabane pour y assister. On met le corps sur un brancart couvert d'une peau ; puis tous les parents et amis avec un grand concours de peuple, accompagnent ce corps jusqu'au cimetière, qui est ordinairement à une portée d'arquebuse du bourg. Etant tous arrivés, chacun se tient en silence : les uns debout, les autres assis, pendant que Ton élève le corps en haut et qu'on l'accommode dans sa châsse, faite exprès pour lui. Elle est faite de grosse écorce, élevée sur quatre piliers de bois un peu peinturés, de la hauteur de neuf ou dix pieds : ce que je conjecture, parce qu'élevant la main, je ne pouvais toucher aux châsses. Le corps y étant posé, avec la galette, l'huile, haches et autres choses, on la referme, puis de dessus on jette deux bâtons ronds, chacun de la longueur d'un pied et un peu moins gros que le bras ; l'un d'un côté pour les jeunes hommes, et l'autre de l'autre pour les filles. Et ils se mettent après comme lions à qui les aura ; et je m'étonnais grandement de la violence qu'ils apportaient pour s'arracher ce bâton de la main des uns et des autres, se vautrant et culbutant contre terre, tant les filles de leur côté que les garçons du leur.
Or pendant que toutes ces cérémonies s'observent, il y a d'un autre côté un officier monté sur un tronc d'arbre qui reçoit les présents que plusieurs personnes font pour essuyer les larmes de la veuve ou plus proche parente du défunt. A chaque chose qu'il reçoit, il l'élève en l'air pour qu'elle soit vue et dit : « Voilà une telle chose qu'un tel ou une telle a donnée pour essuyer les larmes d'une telle. » Puis il se baisse et la lui met entre les mains. Tout étant achevé, chacun s'en retourne d'où il est
DES HURONS
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venu avec la même modestie et silence. J'ai vu en quelque lieu des corps mis en terre sur lesquels il y avait une cabane ou châsse d'écorce dressée, et à l'entour une haie, faite avec des pieux fichés en terre ; c'était de peur des chiens et bêtes sauvages, ou par honneur des défunts.
Les Canadiens, Montagnets, Algoumequins et autres peuples errants font d'autres cérémonies envers le corps du défunt; car ils n'ont point de cimetière commun. Ils enterrent ordinairement les corps parmi les bois, proche de quelque gros arbre ou grosse pierre pour en reconnaître le lieu. Et avec ces corps ils enterrent aussi les meubles, peaux, chaudières, écuelles, cuiller et autres choses du défunt, avec son arc et ses flèches si c'est un homme ; ils mettent des écorces et des grosses bûches par-dessus et de la terre après, pour en ôter la connaissance aux étrangers. Et faut noter qu'on ne saurait en rien tant les offenser qu'à fouiller et dérober dans les sépulcres de leurs parents ; et que si on y était trouvé, on n'en pourrait pas moins attendre qu'une mort très cruelle.
Entre quelques nations de nos sauvages, ils ont accoutumé de se peindre le visage de noir, à la mort de leurs parents et amis; c'est un signe de deuil. Ils peignent aussi le visage du défunt, et l'enjolivent de matachias, plumes et autres bagatelles.
Les Artivoindarons font des résurrections des morts, principalement des personnes qui ont bien mérité de la patrie, pour que la mémoire des hommes illustres revive en quelque façon en autrui. Ils font donc des assemblées à cet effet, et tiennent des conseils, où ils élisent un d'entre eux qui ait les mêmes vertus que celui qu'ils veulent ressusciter, ou du moins qui ait une vie irréprochable parmi ce peuple sauvage.
Voulant donc procéder à la résurrection, ils se lèvent tous debout excepté celui qui doit ressusciter. Ils lui imposent le nom du défunt et, baissant tous la main bien bas, feignent le relever de terre : voulant dire par là qu'ils tirent du tombeau ce grand personnage défunt et le remettent en vie en la personne de cet autre, qui se lève debout puis reçoit les présents que les assistants lui offrent. Ceux-ci le congratulent encore de plusieurs festins et le tiennent désormais pour le défunt. Et par ainsi jamais la mémoire des gens de bien et des bons et valeureux capitaines ne meurt entre eux.