‹ Trois voyages au CanadaChapitre 32 sur 35 · VOYAGES DE CRAMPE AIN · texte numérisé non relu

VOYAGES DE CRAMPE AIN

qu'ils n'en croyaient rien, et (jue jamais ils n'en avaient rien ouï dire : néanmoins c'était le contraire, car il y eut quelques sauvages qui le rapportèrent aux nôtres. Pour moi, j'attendais l'occasion de leur pouvoir montrer par eflet plus qu'ils n'eussent pu espérer de moi.

Le lendemain, nous partîmes tous pour aller à notre habitation : ils s S réjouirent cinq ou six jours, qui se passèrent en danses et festins.

Le Pont vint aussitôt de Tadoussac avec deux petites barques pleines d'hommes, en suite d'une lettre où je le priais de venir le plus promptement qu'il lui serait possible.

Les Sauvages, les voyant arriver, se réjouirent encore plus qu'avant, d'autant que je leur dis qu'il me donnait de ses gens pour les assister, et que peut-être nous irions ensemble.

Le 28 du mois, je partis de Québec pour assister ces Sauvages. Le 1 juin, nous arrivâmes à Sainte-Croix, distant de Québec de i5 lieues, avec une chaloupe équipée de tout ce qui m'était nécessaire.

Je partis de Sainte-Croix le 3 juin avec les sauvages. Nous passâmes par les Trois Rivières qui est un fort beau pays, rempli de quantité de beaux arbres. De ce lieu à Sainte-Croix y a quinze lieues. A l'entrée de cette rivière il y a six îles: trois d'entre elles sont fort pet i I es et les autres, de quinze à seize cents pas de long, sont fort plaisantes à voir. Proche du lac Saint-Pierre, il y a un petit saut d'eau qui n'est pas très difficile à passer. Les sauvages du pays nous donnèrent à entendre qu'à quelques jours de ce saut, on trouve un lac par où passe la rivière, qui a dix journées; puis on passe quelques sauts, et puis après encore trois ou quatre lacs de cinq ou six journées ; étant parvenu au bout, on fait quatre ou cinq lieues par terre et on entre derechef dans un autre lac où le Saguenay prend la meilleure part de sa source. Les sauvages m'assurèrent encore qu'au bout de cette rivière il y a des peuples qui sont grands chasseurs ; ils n'ont point de demeure fixe et ils voient la mer du nord en moins de six jours. Le peu de terre que j'ai vu est sablonneuse, assez élevée en coteaux, chargée de quantité de pins et sapins sur le bord de la rivière ; mais, entrant dans la terre environ un quart de lieue, les bois y sont très beaux et clairs, et le pays uni.

A Petite plate que ie' fis derfricher.

B 1*6111 eflang.

C Petit iflet où- ie fis .faire vne muraille de pierre*

D Petit ruifleau où fc tiennes îes barques.

£ Prairies où fe mettent les fauuagcs quand ils viennent en ce pays.

I Montaignès qui paroik fctitdans ie terres;

13 Petit cftang.

H Mont Royal.

i Périt ruiffeau.

L Le faut,*

M Le lieu où îes fâuuages paflenc leurs canots , par terre du'coftc du- Nort.

N Endroit où vn dcaos geqa & vn faunage fc noyèrent.

O Petit iflet de cochers.

P Autre iflet où les oyfcaux font leurs nids.

Q^L'ifle aux hérons.

R. Autre iflcMan* le faut;

S Petit îfltt.

T Petit iflet rond.

V Autre iflet demy couuert

1 d'eau.

X Autre iflet où il y a force oyfeaux deriuiere .

Y PraîKes. #

Z Petite r-iuicre.

i Ifles aflez-grandes k belles.

j Licmqui defcouurét quâd îes-eaux baifséf, oùilfe fait gçâjisbouillôaemëts.commc au Hî fait audit faut.

4 Jcairies plaipits-d'caux.-

5 Lieuî fort baj & peu de -fpnds.

é Autre Petit iflet.

7 Petis JOehers.-

8 Ifle fainft Helaine.

j Petit iflet dcfgarny d'arbres.

8 Marefcages qui s'efcoulcnt dani le grand faut,

a5o VOYAGES

Continuant notre route après le lac Saint-Pierre, nous vîmes une rivière fort agréable, qui va dans les I erres cinquante lieues : je l'ai nommée Sainte-Suzanne. Du côté du sud il y en a deux, l une appelée la rivière du Pont, et l'autre de Tiennes, qui sont très belles et en beau et bon pays. L'eau est presque dormante dans le lac, qui est fort poissonneux. Du côté du nord il paraît des terres, à quatorze ou quinze lieues, qui sont un peu montueuses. L'ayant traversé, nous passâmes par un grand nombre d'îles qui sont de plusieurs grandeurs, avec quantité de noyers et de vignes; dans de belles prairies il y a force gibier et animaux sauvages qui vont de la grande terre aux dites îles. La pêcherie du poisson y est plus abondante qu'en aucun autre lieu de la rivière. De là nous fûmes à l'entrée de la rivière des Iroquois, où nous séjournâmes deux jours et nous rafraîchîmes de bonnes venaisons, oiseaux et poissons que nous donnaient les sauvages. Or il s'émut entre eux quelque différend sur le sujet de la guerre, qui fut occasion qu'il n'y en eut qu'une partie qui se résolut de venir avec moi ; tous les autres s'en retournèrent en leur pays avec leurs femmes et marchandises qu'ils avaient traitées.

Partant de cette entrée de rivière, nous arrivâmes à un lieu qui est par la hauteur de quarante-cinq degrés de latitude. Toute cette rivière, depuis son entrée jusqu'au premier saut, est fort plate et environnée de très beaux arbres comme sont tous les autres lieux ci-dessus nommés. H y a neuf ou dix belles îles jusqu'au premier saut des Iroquois. La rivière tient en des endroits près d'une demi-lieue de large; elle est fort poissonneuse. Nous ne trouvâmes jamais moins de quatre pieds d'eau. Il y a fort peu d'eau au saut: il court d'une grande vitesse sur quantité de rochers et cailloux qui font que les sauvages ne le peuvent surmonter par eau; mais au retour ils le descendent très bien. Tout ce pays est fort uni, rempli de forêts, vignes et noyers. Aucun chrétien n'était encore parvenu jusqu'en ce dit lieu avant nous, qui eûmes assez de peine à monter la rivière à la rame.

Aussitôt que je fus arrivé au saut, je pris cinq hommes. Nous fûmes à terre voir si nous pourrions passer ce lieu, et fîmes environ une lieue et demie sans en voir aucune possibilité. Il y avait une eau courante d'une grande impétuosité, et. d'un côté et d'autre, grande quantité de pierres

DE CHAMPLAIN. a5i qui sont fort dangereuses, et très peu d'eau. Le saut peut contenir six cents pas de large. Et voyant qu'il était impossible de couper les bois et faire un chemin avec si peu d'hommes que j'avais, je me résolus avec le conseil d'un chacun de faire autre chose que ce que nous nous étions promis, d'autant que les sauvages m'avaient assuré que les chemins étaient aisés. Mais nous trouvâmes le contraire, comme j'ai dit ci-dessus voilà pourquoi nous nous retournâmes en notre chaloupe où j'avais laissé quelques hommes, pour la garder et, pour donner à entendre aux sauvages, quand ils seraient arrivés, que nous étions allés découvrir le long du saut.

Après avoir vu ce que nous désirions de ce pays, en nous en retournant nous fîmes rencontre de quelques sauvages, qui venaient pour découvrir comme nous avions fait. Ils nous dirent que tous leurs compagnons étaient arrivés à notre chaloupe. Nous les trouvâmes très contents et satisfaits de ce que nous allions de la façon, sans autre guide que le rapport qu'ils nous avaient fait.

Etant de retour, et voyant le peu d'apparence de passer ce saut avec notre chaloupe, cela m'affligea et me donna beaucoup de déplaisir de m'en retourner sans avoir vu un grand lac rempli de belles îles et quantité de beaux pays qui bornent le lac, où habitent leurs ennemis, comme ils me l'avaient dit. Après avoir bien pensé en moi-même, je me résolus d'y aller pour accomplir ma promesse ; je m'embarquai avec les sauvages dans leurs canots et pris avec moi deux hommes de bonne volonté. Car quand ce fut que nos gens virent sans nul doute que je me délibérais d'aller avec les canots, ils saignèrent du nez, ce qui me les fit renvoyer à Tadoussac.

Aussitôt je fus parler aux capitaines des sauvages et leur donnai à entendre comme ils nous avaient dit le contraire de ce que j'avais vu au saut : savoir qu'il était hors de notre puissance d'y pouvoir passer avec la chaloupe ; toutefois cela ne m'empêcherait pas de les assister, comme je leur avais promis. Cette nouvelle les attrista fort, ils voulurent prendre une autre résolution ; mais je leur dis et les sollicitai qu'ils eussent à continuer leur premier dessein, et que, moi troisième, je m'en irais à la guerre avec eux dans leurs canots pour leur montrer que, quant à moi,

je ne voulais manquer de parole en leur endroit, bien qûe je fusse seul. D'ailleurs je ne voulais forcer personne de mes compagnons de s'embarquer, sinon ceux qui en auraient volonté, dont j'en avais trouvé deux, que je mènerais avec moi.

Ils furent fort contents de ce que je leur dis et d'entendre la résolution que j'avais, et ils me promirent de me faire voir choses belles.

Je partis dudit saut de la rivière des Iroquois le 2 juillet. Tous les sauvages commencèrent à apporter leurs canots, armes et bagages parterre, pendant une demi-lieue, pour passer l'impétuosité et la force du saut ; la chose fut promptement faite.

Aussitôt ils mirent les canots à l'eau et deux hommes en chacun avec leur bagage, et ils firent aller un des hommes de chaque canot par terre pendant une lieue et demie. Après que nous eûmes passé le saut, et non sans peine, tous les sauvages qui étaient allés par terre se rembarquèrent dans leurs canots. Ils firent revue de tous leurs gens : il se trouva vingt-quatre canots, où il y avait soixante hommes. Après avoir fait leur revue, nous continuâmes le chemin jusqu'à une île qultient trois lieues de long, remplie des plus beaux pins que j'eusse jamais vus. Ils firent la chasse et y prirent quelques bêtes sauvages. Passant plus outre, environ à trois lieues de là, nous nous arrêtâmes pour prendre le repos la nuit suivante.

Incontinent chacun d'eux commença, l'un à couper du bois, l'autre à prendre des écorces d'arbre pour couvrir les cabanes et se mettre à couvert ; les autres à abattre des gros arbres pour se barricader sur le bord de la rivière autour de leurs cabanes. Ce qu'ils savent si proprement faire, qu'en moins de deux heures, cinq cents de leurs ennemis auraient bien delà peine à les forcer, sans qu'ils en lassent beaucoup mourir. Ils ne barricadent point le côté de la rivière où sont leurs canots amarrés, pour s'embarquer si l'occasion le requérait.

Après qu'ils furent logés, ils envoyèrent trois canots avec neuf hommes, comme est leur coutume, à tous leurs logements, pour découvrir deux ou trois lieues s'ils n'apercevraient rien, puis ils revinrent. Toute la nuit, ils se reposent sur la découverte des avant-coureurs; ce qui est une

DE CHAMPLAIN. 253 très mauvaise coutume, car quelquefois ils sont surpris de leurs ennemis en dormant qui les assomment sans qu'ils aient le loisir de se mettre sur pied pour se défendre.

Reconnaissant cela, je leur remontrai la faute qu'ils commettaient et qu'ils devaient veiller, comme ils nous avaient vu faire toutes les nuits, et avoir des hommes aux aguets pour écouter et voir s'ils n'apercevraient rien, et ne point vivre ainsi, comme des bêtes. Ils me dirent qu'ils ne pouvaient veiller et qu'ils travaillaient assez de jour à la chasse. D'autre part, quand ils vont en guerre, ils divisent leurs troupes en trois, savoir : une partie pour la chasse, séparée en plusieurs groupes ; une autre pour faire le gros, qui sont toujours sur leurs armes ; et l'autre partie en avant-coureurs, pour découvrir le long de la rivière s'ils ne verront point quelque marque ou signal par où aient passé leurs ennemis ou leurs amis (ce qu'ils connaissent par certaines marques que les chefs se donnent d'une nation à l'autre, qui ne sont toujours semblables, ils s'avertissent de temps en temps quand ils en changent). Les chasseurs ne chassent jamais en avant du gros ni des avant-coureurs, pour ne donner d'alarme ni de désordre, mais sur la retraite et du côté qu'ils n'appréhendent leurs ennemis ; ils continuent ainsi jusqu'à ce qu'ils soient à deux ou trois journées de l'ennemi. Ils vont alors de nuit à la dérobée, et en corps, hormis les coureurs, et le jour se retirent dans le fort des bois, où ils reposent sans s'égarer ni faire du bruit, ni faire aucun feu. afin de n'être aperçus. Ils ne font du feu que pour pétuner et mangent de la farine de blé d'Inde cuite, qu'ils détrempent avec de l'eau comme bouillie. Ils conservent ces farines pour leur nécessité, et quand ils sont proches de leurs ennemis ou quand ils font retraite après leurs charges, ils ne s'amusent pas à chasser, mais se retirent promptement.

A tous leurs logements ils ont leur pilotois (qui sont manière de gens qui sont des devins, en qui ces peuples ont croyance), lequel fait une cabane, entourée de petits bois, qu'il couvre de sa robe. Après qu'elle est faite, il se met dedans, en sorte qu'on ne le voit en aucune façon ; puis il prend un des piliers de sa cabane et la fait branler, marmottant certaines paroles entre ses dents, par lesquelles il invoque le diable. Le diable lui apparaît en forme de pierre, et lui dit s'ils trouveront leurs ennemis et

s'ils en lueronl beaucoup. Ce pilotois est prosterné à terre, sans remuer, ne faisant que parler au diable. Bientôt il se lève sur ses pieds, en parlant et se tourmentant de telle façon, qu'il est tout en eau, bien qu'il soit nu. Tout le peuple est autour de la cabane, assis sur le cul comme des singes. Ils me disaient souvent du branlement que je voyais de la cabane, que c'était le diable qui la faisait mouvoir et non celui qui élai! dedans, bien que je visse le contraire. Ils me dirent aussi que je verrais sortir du feu par le baut, ce que je ne vis point. Ces drôles contrefont aussi leur voix, parlant en langage inconnu aux autres sauvages ; et quand il a la voix cassée, le peuple croit que c'est celle du diable qui dit ce qui doit arriver en leur guerre et ce qu'il faut qu'ils fassent. Néanmoins en toutes ces cérémonies que font les devins, de cent paroles il n'en est pas deux véritables, et ils abusent ces pauvres gens. Je leur remontrais souvent que tout ce qu'ils faisaient n'était que folie et qu'ils ne devaient y ajouter foi.

Or après qu'ils ont su de leur devin ce qui leur doit arriver, les cbefs prennent des bâtons de la longueur d'un pied, autant en nombre qu'ils sont, et signalent, par d'autres un peu plus grands, leurs cbefs. Ils vont dans le bois et esplanadent une place de cinq ou six pieds en carré, où le cbef, comme sergent-major, met par ordre tous ces bâtons, comme bon lui semble, puis appelle tous ses compagnons qui viennent tous armés, et il leur montre le rang et ordre qu'ils devront tenir lorsqu'ils se battront avec leurs ennemis. Ce que tous ces sauvages regardent attentivement, remarquant la figure que leur cbef a faite avec ces bâtons. Après ils se retirent de là et commencent à se mettre en ordre, ainsi qu'ils ont vu lesdits bâtons ; ils se mettent les uns parmi les autres, ils retournent derecbef en leur ordre, continuant deux ou trois fois, et ils font cela à tous leurs logements sans qu'il soit besoin de sergent pour leur faire tenir leurs rangs. Voilà la règle qu'ils tiennent à leur guerre !

Nous partîmes le lendemain, continuant notre cbemin dans la rivière jusqu'à l'entrée du lac. En celui-ci il y a nombre de belles îles qui sont basses, remplies de très beaux bois et prairies où il y a quantité de gibier, comme cerfs, daims, faons, cbevreuils, ours et autres sortes d'animaux qui viennent de la grande terre aux dites îles. Nous y en prîmes une

DE CHAMPLAIN. 255 quantité. Il y a aussi grand nombre de castors. Ces lieux ne sont habités d'aucun sauvage, bien qu'ils soient plaisants pour le sujet de leurs guerres : ils se retirent des rivières le plus qu'ils peuvent au profond des terres, afin de n'être sitôt surpris.

Le lendemain, nous entrâmes dans le lac qui est de l'étendue environ de cinquante à soixante lieues. J'y vis quatre belles îles qui aulrefois étaient habitées par les sauvages, comme aussi la rivière des Iroquois : mais elles ont été abandonnées depuis qu'ils ont eu la guerre les uns contre les autres. H y a aussi plusieurs rivières qui viennent tomber dans ce lac, environnées de grand nombre de beaux arbres, des mêmes espèces que nous avons en France, avec force vignes. J'ai vu aussi de dessus le bord de ce lac qu'il y avait grande abondance de poissons de plusieurs espèces. Entre autres il y en a un, appelé des sauvages chaousarou, qui est de plusieurs longueurs ; mais les plus grands mesurent huit à dix pieds : ils étaient de la grosseur de la cuisse et avaient la tête grosse comme deux poings, avec un bec de deux pieds et demi de long et un double rang de dents fort aiguës et dangereuses. Il a toute la forme du corps tirant sur le brochet, mais il est armé d'écaillés si fortes qu'un coup de poignard ne les saurait percer. Il a aussi l'extrémité du bec, comme un cochon. Ce poisson fait la guerre à tous les autres et a une industrie merveilleuse à ce que m'ont assuré ces peuples : c'est que, quand il veut prendre quelque oiseau, il va dedans les joncs ou roseaux qui sont sur les rives du lac en plusieurs endroits, et met le bec hors de l'eau sans bouger. De la sorte, lorque les oiseaux viennent se reposer sur le bec, pensant que c'est un tronc de bois, il est si subtil que, serrant le bec qu'il tient entr'ouvert, il les tire par les pieds dessous l'eau. Les sauvages m'en donnèrent une tête, dont il font grand cas, disant que, lorsqu'ils ont mal à la tête, ils se saignent avec les dents de ce poisson à l'endroit de la douleur, qui se passe soudain.

Continuant notre route sur ce lac du côté de l'Occident, considérant le pays, je vis du côté de l'Orient de fort hautes montagnes où, sur le sommet, il y avait de la neige. Je m'enquis des sauvages si ces lieux étaient habités. Us me répondirent que oui, que c'étaient des Iroquois, qu'en ces lieux il y avait de belles prairies et campagnes fertiles pour

le blé, et que le lac était proche des montagnes, qui pouvaient être éloignées de nous, à mon jugement, de quinze lieues. J'en vis au midi d'autres qui n'étaient pas moins hautes que les premières, hormis qu il n'y avait point de neige. Les Sauvages me dirent que c'était là que nous devions aller trouver leurs ennemis. Pour atteindre ces montagnes, il fallait passer par un saut d'eau que je vis depuis, et de là entrer dons un autre lac qui mesure trois ou quatre lieues de long ; étant arrivés au bout de celui-ci, il fallait faire quatre lieues de chemin par terre, et passer une rivière qui va tomber en la cote des Iroquois, d'où ils n'étaient qu'à deux jours de canot, comme je l'ai su depuis par quelques prisonniers que nous prîmes.

Or, comme nous commencions à approcher à deux ou trois journées de la demeure de leurs ennemis-, nous n'allions plus que la nuit : le jour nous reposions. Néanmoins ils ne laissaient toujours de faire leurs superstitions accoutumées. La nuit venue, nous nous mîmes en chemin jusqu'au lendemain, où nous nous retirâmes dans le fort du bois pour y passer le reste du jour. Sur les dix ou onze heures, après m'ôtre quelque peu promené autour de notre logement, je me fus reposer. En dormant, je songeai que je voyais des Iroquois dedans le lac. près d'une montagne, qui se noyaient à notre vue ; je les voulais secourir, mais nos sauvages me disaient qu'il les fallait laisser tous mourir et qu'ils ne valaient rien. Etant éveillé, ils ne faillirent, comme à l'accoutumée, de me demander si j'avais songé quelque chose. Je leur dis en effet ce que j'avais rêvé. Cela leur apporta une telle croyance, qu'ils ne doutèrent plus de ce qui leur devait arriver pour leur bien.

Le soir étant venu, nous nous embarquâmes en nos canots pour continuer notre chemin, et comme nous allions fort doucement et sans mener bruit, le 29 du mois nous fîmes rencontre des Iroquois sur les dix heures du soir, au bout d'un cap qui avance dans le lac ; les Iroquois venaient à la guerre. Eux et nous commençâmes à jeter de grands cris, chacun se parant de ses armes. Nous nous retirâmes vers l'eau, et les Iroquois mirent pied à terre, arrangèrent tous leurs canots les uns contre les autres, commencèrent à abattre du bois avec de méchantes haches qu'ils gagnent à la guerre, et se barricadèrent fort bien.

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