VOYAGE DE CHAMPLAIN
buses et mousquets. Comme ils approchaient, ils commencèrent à crier tous ensemble, et un des cbefs commanda de faire leur barangue ; ils m'y louaient fort de ce que je leur avais tenu ce que je leur avais promis. Après avoir fait trois autres cris, l'escopetterie tira par deux fois ; ce qui les étonna tant, qu'ils me prièrent que l'on ne tirât plus. Il y en avait une grande part qui n'avaient jamais vu de chrétiens, ni ouï des tonnerres de cette façon, et ils craignaient qu'on ne leur fît du mal. Ils lurent fort contents de voir notre sauvage sain et sauf, qu'ils avaient pensé trouver mort sur des rapports que leur avaient faits quelques Algoumequins. Le sauvage se loua grandement du bon traitement que je lui avais fait en France et des singularités qu'il y avait vues ; cela les remplit d'admiration et ils s'en allèrent cabaner dans le bois, attendant le lendemain que je leur montrasse le lieu où je désirais qu'ils se logeassent. Aussi je vis mon garçon qui était babillé à la sauvage ; il se loua bien du bon traitement des sauvages et me fit entendre tout ce qu'il avait vu en son bivernement, et ce qu'il avait appris avec eux.
Le lendemain venu, je leur montrai un lieu pour aller cabaner. Les anciens et principaux y devisèrent longtemps ensemble : et après avoir été longtemps en cet état, ils me firent appeler seul avec mon garçon, qui avait fort bien appris leur langue. Ils lui dirent qu'ils désiraient contracter une étroite amitié avec moi, vu les courtoisies que je leur avais faites par le passé ; ils se louaiant toujours du traitement que j'avais fait à notre sauvage, comme à mon frère, et cela les incitait tant à me vouloir du bien, que, pour tout ce que je désirerais d'eux, ils essaieraient de me satisfaire. Après plusieurs discours ils me firent présent de cent castors ; je leur donnai en écbange d'autres sortes de marchandises, dont ils furent fort contents.
Achevé d'imprimer sur les presses de 1 Imp. Durand, à Chartres.
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