L'INSTRUCTION PUBLIQUE
1 4 2 \ , , A ., e , 14 Si l'enfant appartient à la famille ou à l'état, je l'ignore et je laisse la solution de cette question aux penseurs et aux philosophes,
Mais je sais une chose,
Je sa Que l'enfant appartienne aux parents qui lui ont donné le jour, ou qu'il relève en premier lieu de la société, l'enfant deviendra citoyen, Et tout citoyen à des devoirs à remplir envers son pays, et tout gouvernement des obligations envers ses sujets.
La société existe, Qu'il le veuille ou qu'il ne le veuille pas, l’homme doit en faire partie, Il y est forcément obligé.
Alors cette société qui contraint un individu à ‘se soumettre aux lois qu'elle décrète, doit prendre en mains la cause de celui qu’elle assujétit à son joug, elle doit lui
faire connaitre tous les droits qu'il possède, et le mettre en état de revendiquer ces droits, si jamais quelqu'un ose les méconnaitre,
Non seulement ce devoir s'impose à la société dans l'intérêt particulier, mais il s'impose aussi dans lintérêèt national,
La société doit protéger tous ses membres, et aucune protection n’est possible si les citoyens ne connaissent point parfaitement ce qu'ils doivent à la société.
L’instruction seule peut indiquer au citoyen ses droits et ses devoirs ; seule elle peut rendre un peuple riche et prospère. Nans instruction, point de commerce, d'industrie, de sciences, de progrès, de liberté. Un peuple ignorant est égoïste et fanatique. Sans instruction, point de patriotisme, point d'esprit de nationalité ; car l’ignorant ne voyant que le côté matériel des choses, ne connaissant point les annales wlorieuses de sa patrie, ne pourra aimer un pays qui lui paraît semblable aux autres. Jamais il ne consentira à céder à ses concitoyens la plus petite parcelle de liberté, parce que son égoisme et son ambition s'y opposeront toujours.
L'instruction est d'une nécessité absolue pour les peu: ples, mais surtout pour les jennes pays et les nations qui commencent à se servir du régime responsable et municipal.
Si les parents, par antipathie ou intérêt, ne veulent point donner l'instruction à leurs enfants, la société doit les prendre sous son égide, et malgré le père, malgré la famille, malgré tous, instruire ces enfants, en faire de bons et honnêtes citoyens.
Donnons au peuple l'instruction, rendons-là obligatoire, L'isnorance est la mort de l'intelligence. Or, quand la loi défend de tuer le corps, quand elle défend le suicide, ne doit-elle pas à plus forte raison défendre de tuer l’intelligence ?.… L'esprit n'est-il pas plus que le corps ? -
Non seulement il nous faut l'instruction obligatoire, il nous faut aussi l'instruction gratuite, Le plus pauvre comme le plus riche a droit à la protection de la société.
Que nos législateurs oublient donc leurs querelles, qui n'intéressent qu'eux seuls ; qu'ils consacrent une partie de leur temps à étudier le système scolaire des pays étrangers,
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qu'ils dépensent moins d'argent en spéculations plus ou moins honnêtes, et qu'ils rétribuent davantage les instituteurs ; qu'ils multiplient les écoles et s'assurent les services d'inspecteurs fidèles, capables et intelligents.
Et si je ne craignais pas d'aller trop loin, j'ajouterais que notre système d'instruction devrait être le même dans toutes les provinces, et sous une direction unique et commune.
Un peuple, une nationalité ne se forme pas à des sources diverses, L'enfant puise sur les bancs de l’école ses principes, ses opinions, ses doctrines. C’est là qu'il apprend à connaître son pays, à l'aimer. Aujourd'hui on n’enseigne point à l'enfant à aimer le Canada, mais tout ce qu'il voit, tout ce qu'il entend, lui dit que la province qu'il habite est sa seule patrie, qu'à elle seule, il doit ses forces et ses talents.
N'avons-nous pas à lutter contre assez de difficultés intérieures pour rassembler les éléments divers de notre pays sans que l’état et les lois créent de nouvelles divisions et de nouveaux préjugés ?
Ce n’est pas l’union législative que je désire, mais une patrie plus grande que la province de Québec, et il me semble que si les intérêts d’une province étaient les intérêts de toutes les autres, le Canada n'en serait que plus prospère et les Canadiens plus heureux.
PauL-G. MARTINEAU.