‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme] (volume 2)Chapitre 10 sur 82 · Tome I’, a · texte numérisé non relu

Tome I’, a

Fo INTRODUCTION

sur les derrières, avoient précédé ses sollicitations ? Quand on aura lu l'ouvrage que je publie, on pourra juger si, après les découvertes de M. Cook et de M. Clerke au côtéoccidental de l'Amérique, après la description qu'ils nous ont procurée du dét oit de Behring , il seroit raisonnable d'essayer de nouveau de pénétrer dans l'Océan Pacifique par le Nord.

2.° Nos derniers Voyages ne serviront pas seulement à prévenir des expéditions inutiles, ils diminueront les dangers et les détresses qu’on éprouva jadis dans les mers qui se trouvent sur la route du commerce et de la navigation actuels. En combien d'occasions n’ont-ils as rectifié les méprises des premiers Navigateurs, sur a véritable position des endroits importans? Que de faits ne nous offrent-ils pas pour la carte des variations de l’aimant? Pourroit-on compter ies observations authentiques qu'ils nous ont procurées sur la manière de conduire un vaisseau le long. des côtes dangereuses , les passages étroits, les courans et les bas-fonds de l'Océan Atlantique et de la mer Pacifique? Et ce qui est bien préférable encore, combien ne nous ont-ils pas fait connoitre de nouvelles baies, de havres et .de mouillages où les navires peuvent se réfugier, et où les équipages peuvent trouver des rafraichissemens? L'énumération de ces divers avantages m’obligeroit à transcrire une, grande partie des journaux de nos Commandans, qui vont devenir chers à tous les Navigateurs que le commerce ou la guerre conduiront sur la même route. Chacune des Nations adonnées à la marine profitera de ces découvertes ; mais la Grande-Bretagne, qui fait un commerce si étendu, sera .la première à en recueillir les fruits.

D'après toutes ces instructions, qui doivent diminuer la crainte des longs voyages, ne peut-on pas se livrer au flatteur espoir, que même de nos jours on essaiera avec succès de nouvelles branches de commerce ? Nos courageux pêcheurs de lo baleine ont déjà trouvé, depuis un petit nombre d'années, le moyen de pénétrer ans la Mer Atlantique australe; et qui sait les nouvelles routes. que: s'ouvrira le commerce’, si l'espoir du gain vient soutenir l'esprit des découvertes? Si la Grande-Bretagne est trop éloignée de ces climats,

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d'autres peuples commerçans tireront sûrement parti de nos travaux. ‘Il y a lieu de croire que les Russes, éclairés par nous sur la position et l'étendue de la côte occidentale de l'Amérique, ne tarderont pas à se rendre des Isles des Renards à la rivière de Cook et à l'entrée du Prince Guillaume; et si l'Espagne elle-même n'est pas tentée de faire des fourrures qu'offre l'eztrée du Roi George, une source de richesses pour ses ports du ‘Mexique; si elle ne songe point à les porter aux Chinois sur ses vaisseaux de Manille, on peut dire avec vraisemblance que des navires partiront de Canton pour aller chercher en Æmérique ces articles précieux , que les habitans dela Chine n'ont reçus jusqu'à présent que par le long et dispendieux détour du Kamstchatha et de Kiachta.

Il y a lieu d’espérer que notre siècle lui-même profitera de ces avantages ; mais si nous portons nos re= gards sur l'avenir et sur les révolutions futures du commerce; si nous nous vdi les divers changemens qu’il a dejà éprouvés, il est vraisemblable qu'il finira

ar. s'ouvrir une route au milieu des vastes pays avec esquels nos voyages ont'trouvé une communication ; et on aura bien des raisons d'appliquer la remarque de M. Cook, à l'égard de la Nouvelle-Zélande, à d'autres contrées reconnues par lui: « Sielles sont fort éloignées » de la route actuelle du commerce, il est impossible » de dire le parti que tireront les siécles futurs des dé- » couvertes de celui-ci (*) ». Sous ce rapport, l'utilité de nos derniers Voyages est donc incontestable; et l'Histoire de leurs opérations, que ces volumes vont terminer , a les plus justes prétentions à re qualifiée de xrêue és äe, puisqu'elle offre des informations trèsintéressantes à la postérité la plus reculée.

3. En supposant toutelois que le résultat de nos oe de découvertes a donné lieu à un espoir exagéré des avantages de commerce qui en résulteront pour notre siècle, ou qui doivent se développer graduellement à une époque éloignée, ils méritent beaucoup

d’éloges, puisqu'ils ajoutent au fond de nos connois-

gi “) Voyez le second Voyage de Cook, vol, I.¢, page 92 de l’orinal.

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sances sur des objets dignes de l'attention de tous les hommes éclairés. Il est beau de déployer nos facultés pour dérouvrir des méthodes ingénieuses, de nous assurer de la grandeur et de la distance du Soleil; de suivre les révolutions d’une nouvelle planète ou l’apparence d’une nouvelle comète, afin d'étendre nos lumières sur la théorie de l'Univers, dont cet astre est le centre commun; de porter nos audacieuses recherches dans Yimmunsité de l’espace, où les mondes se montrent audelà des mondes à l’œil de l'observateur étonné : ces nobles travaux ne peuvent être dépréciés que par de foibles a ie incapables de les entreprendre; et quiconque a la force de s’en occuper, doit trouver du plaisir à cet auguste exercice de la puissance de la nature humaine. Mais tandis que nous dirigeons nos études vers ces mondes éloignés, dont il faudra nous contenter , après tous nos efforts , de connoître l'existence, ce seroit une négligence bien singulière et un défaut de curiosité bien coupable, si nous ne faisions pas tout ce qui dépend de nous pour nous instruire complettement de ce qui a rapport à notre planète, puisque nous avons les moyens d’en déterminer et d’en décire les limites les plus reculéés, du-moins celles qui sont habitables. Cette recherche est si naturelle, que tous ceux qui savent les premiers élémens des connoissances humaines s'empressent d'étudier notre Globe. Nayons donc pas trop mauvaise opinion de notre siècle, et ne supposons point comme une chose possible qu’on ne rendra pas une justice entière au Hole lan de découvertes, suivi avec tant de constance et de succès depuis l’avènement de Sa Majesté au Trône. Chacun des âges futurs ne manquera pas de regarder nos derniers Voyages comme . une époque brillante dans l'Histoire de notre pays; ces Voyages ajouteront à notre gloire nationale ,en prouvant que le peuple Anglois est de tous les peuples du monde celui qui a formé pour l'intérêt général de l'humanité, les entreprises les plus courageuses et les plus difficiles. ‘On n’apercevoit que des ténèbres et de la confusion dans la Géographie de la moitié de la surface du Globe, avant ces dernières expéditions, et il est permis de regarder comme les minutia de cette science ce qui reste encore à découvrir.

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§.* Il est heureux pour les sciences que de nouvelles acquisitions sur quelques parties conduisent en général, et même inévitablement à des découvertes peut-être encore plus importantes sur d'autres parties , et que des travaux de pire curiosité procurent des instructions précieuses. Il est à peine possible de traverser de nouvelles mers et de reconnoitre de nouvelles contrées sans découvrir de nouvelles richesses pour les sciences. Lors même que nous serions réduits aux détails rapportés par un marin, dont les connoissances ne s’etendent ba au-delà des bornes étroites de sa profession, et

ont les observations ne sont pas dirigées par l'esprit philosophique, il est bien difficile que ces premiers détails ne présentent pas des remarques dont le savant peut profiter. Si tel est l'effet général de tous les voyages, quelle source de lumières n’offriront pas ceux dont je parle ici. Outre des Officiers de marine en état d’examiner: les côtes nouvelles, et de les tracer avec exacütude sur des cartes, nos vaisseaux portoient des Artistes ui devoient éclaircir par leurs dessins tout ce que le discours décriroit d’une manière imparfaite ; des Mathématiciens (2) chargés de recueillir une suite nombreuse d'observations scientifiques ; et des hommes versés dans les diverses parties de l'Histoire Naturelle, auxquels on avoit recommandé de rassembler ow noter tout ce qu'ils trouveroient de nouveau ou de précieux dans la vaste étendue de leurs recherches. Si fe ublic a payé libéralement les travaux de ces collégues de nos Navigateurs,. il s'est rencontré un homme qui, ne voyant pas pour lui de plus noble récompense que le plaisir d'employer aux progrès des sciences.la riche for-

(1) MM. Parkinson, Hodges et Webber, dont les dessins ornent

et éclaircissent le Journal du premier, du second et du troisième * Voyage de Cook.

(2) M. Gréen s’embarqua sur lEndeavour; MM. Wales et Rayly sur la Résolution et L'Aventure ; M. Bayly, une seconde fois, avec les Capitaines Cook et King durant ce Voyage, et M. Lyons avec le Capitaine Phipps. Les observations faites par MM. Wales et Bayly, pendantle second Voyage de Cook, sont déjà entre les mains du public, grâce à la générosité du Bureau des Longitudes ; celles de M, Cook et du Capitaine King, durant celui-ci, suivront de pres la publication de ce Journal,

tune qu'il a reçue de ses ancêtres, s’est présenté de luimême; qui, se soumettant aux fatigues et aux dangers d’un voyage autour du monde, a accompagné M. Cook sur l'Endeavour; et le monde savant, je puis inéme dire tous les habitans de l'Europe en is A n'oublieront jamais les obligations qu'ils ont à Sir Joseph Banks. M. Wales, qui a fait lui-même un de ces Voyages, et qui a beaucoup contribué aux recherches précieuses qui en ont été. la suite, a très-bien développé les avantages qu'il en est résulté pour les sciences. tt Lg i ‘on peut appeler l’Astro-

« La partie des sciences qu » nomie nautique, étoit dans l’enfance lorsque nos der- » niers Voyages ont commencé. Les bons instrumens » et les bons observateurs étoient trés-rares; même en » 1770, 0n jugea nécessaire dans l4ppendixdes Tables » de Mayer, publié nor le Bureau des Longitudes, de » réfuter l’assertion d'un astronome célèbre, de l'Abbé » de la Caille, qui dit qu'on ne peut prendre la'hau- ». teur du Soleil a midi, la plus simple de toutes les ob- » servalions , sans s’exposer à une erreur de cinq,°Six » sept et huit minutes (*). Mais ceux qui se donneront » la peined’examiner les Observations Astronomigues » faites pendant le second Voyage de Cook, verront » qu'il y avoit sur nos vaisseaux peu de personnes, même » parmi les-Bas-Officiers , qui ne fussent en état d'ob-

(*) Il s'exprime ainsi: « Si ceux qui promettent une si grande » précision dang ces sortes de méthodes , avoient navigué quel- » que temps, ils auroieut vy sonvent.que, dans l’observation la » plus simple detoutes, qui est celle dela hauteur du Soleil à midi, » deux obsérvateurs, munis de bons quartiers de réflexion , bien » rectifiés, différent entre eux, lorsqu'ils observent chacun à part, » de cinq, six, sept et huit minutes ».

Ephémér, 1555 — 1765, Introduction, page 32. Je dois dire * cependant, pour rendre ‘ustice à M. l'Abbé de la Caille, qu'il essaya d'introduire la méthode de découvrir les longitudes par les

observations de la Lune, et qu’il proposa de calculer la distance leq de la Lune au Soleil, et aux Étoiles fixes. Mais l’imperfection de so ses instrumens ne rendit pas le succès de cetie methode aussi ; Le ' rand qu’il auroit pu l'être. La gloire de Pétablir généralement M étoit réservée au Docteur Maskeline, notre Astronome royal, PA Voyez la Preface des Tables , pour corriger les effets de la réfaction qu et de la parallaxe, publiées en Anglois en 1972, par le Bureau des . ms Longitudes, sous la Direction du Docteur Shepherd, Professeur dk d’Astronomie et de Physique expérimentale à Cumbridge. 64

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w server, avec assez d'exacti de, la distance de la » Lune au Soleil, ou à une “vile, la plus délicate de » toutes les observations. Je puis ajouler que ceux qui » ont été de nos dernières expéditions connoissent » mieux et pratiquent plus souvent que Îles autres la » méthode de faire et de calculer des observations pour » déterminer la déclinaison de l’aimant. On n’en trou- » veroit peut-être pas un seul avec le rang d’officier, » quelles que soient d’ailleurs les bornes de ses connois- » sances, qui ne rougit si l’on croyoit qu'il ne sait pas » observer et calculer le temps à la mer. Peu d'années » néanmoins avant nos dernières expéditions, on ne # parloit que rarement de ces méthodes parmi les Ma- 9 Tins, et même les Astronomes du premier mérite » doutoient de la possibilité de les employer avec une » exactitude suffisante (*). Les lieux où l’on a observé, # pendant ces Voyages, l'élévation et l’époque des ma-

(*) On peut ajouter à la remarque de M. Wales, que l’habileté de nos Officiers de marine à faire des observations à la mer, doit être attribuée, dans le principe, à l'extrême attention que le Bureau des Longitudes a donnée à cet objet important. Ona récompensé d’une manière généreuse les Mathématiciens qui se sont occupés du soin de perfectionagr les Tables de Lune, et de faciliter les calculs, et les Artistes qui ont construit des instrumens ct ‘des montrés marines d’une plus grande exactitude. Il paroît que les Voyages de découvertes et les opérations du Bureau des Longitudes marchoient de concert, et qu’il faut les rapprocher, si Pon veut se former une juste idce de, ’étendue du plan pour les progrès de l’Astronomie et de la Navigation, mis en exécution depuis J'avèner : a de Sa Majesté au Trône. Mais, outre l'établissement du Bui. des Longitudes sur le pied actuel, on doit avouer aussi que le Roi a protégé tout ce qui a rapportaux Arts libéranx et aux Sciences utiles. Ce ate Sa Majesté a fai, pour lobservation du passage de Vénus au-dessus du disque di Soleil, l'institution de l'Académie de Peinture et de Sculpture, les magnifiques logemens accordés à la Société Royale, à celle des Antiquaires ct à l'Académie Royale; l'entretien du Jardin des Plantes à Kew, pour lequel on a envoyé M. Mason aux extrémités de Afrique ; les sommes d'argent prodiguées aux Savans et aux ouvrages sayans dans toutes les parties, et en particulier les bienfaits accordés à M. Herschell, qui lui ont permis de se dévouer entièrement à l'Astronomie ; beaucoup d’autres traits de la munificente du Roi, que je pourrois citer, distingueront le règne de George LE, lors méme que.ce Prince n’auroit pas protégé tous ces Voyages heureux, qui ont si fort reculé les bornes de la Géographie et dela Navigation.

rées sont en trés-grand nombre, et il en résulte des détails utiles et importans. Dans le cours de ces ob- ‘servations, quelques faits trés-curieux et même très= imprévus se sont offerts à nous. fl suffira d'indiquer iti la hauteur extrêmement petite du flot au milieu de l'Océan Pacifique; nous l'y avons trouvée de deux tiers au-dessous de la quantité à laquelle on auroit pu s'attendre, d’après la théorie et le calcul. : » La direction et la force des courans 4 la mer forment aussi un objet important. On trouvera, dans nos derniers Voyages, beaucoup d'instructions sur ce oint. Ces détails utiles ne regardent pas seulement es mers voisinés de la Grande Bretagne , ue nos vaisseaux traversent tous les jouts, mais celles que sont les plus éloignées et où l’on pourra naviguer désormais sans beaucoup de peine. Je ne dois pas ous blier une multitude d'expériences sur la profondeur de la mer, sur sa température, sur sa salure à différens degrés de hauteur, et dans des endroits et des climats très-divers.

» La multitude et la variété de nos expériences dans toutes les parties du monde, sur la déclinaison et l'inclinaison de l’aimant , ont posé d’ailleurs des bases étendues pour les progrès du magnétisme; ces bases serviront à découvrir la cause et la nature de la disosition de Vaiguille aimantée à se tourner vers le ôle boréal, et Ta théorie de ses variations. On a fait aussi, dans des endroits très-différens et très-éloignés l’un de l’autre, des expériences fort-utiles sur les effets de la gravité; on a découvert que le phénomène appelé ordinairement Aurore Boréale, n'est pas particulier aux latitudes N: 1 élevées; qu’il a lieu également dans tous les climats froids , situés au Nord ou au Sud. \ » Mais la Botanique est peut-étre de toutes les sciences celle qui a retiré de plus grands fruits de nos derniers Voyages; on dit (*) hat nous ont procuré la connoissance d’au-moins douze cents plantes nouvelles, et que les talens et les recherches de Sir Jo-

(*) Voyez la Préface du Docteur Shepherd, citée plus haut,

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» seph, Banks, et des autres Naturalistes (1) a ont ac- # compagné M. Cook, ont beaucoup ajouté à cé que » nous savions, dans chacune des branches de l'Histoire » Naturelle ».

On peut attribuer à nos Officiers de marine en général, ou aux Savans qui les accompagnoient, les connoissances nouvelles dont je viens de tracer le précis; mais il est une découverte fort intéressante que nous devons à M. Cook seul, et sur laquelle il s'exprime ainsi :

» Quel que soit le jugement du public sur nos travaux » et sur leurs succès, je finis cette relation en observant » avec une véritablé satisfaction que, lorsque les Philo- # sophes ne disputeront plus sur le prétendu Continent » austral, ce Voyage.du-moins sera remarquable aux # yeux de tous les bommes sensibles, parce que je suis » venu à bout de conserver la santé d’un nombreux équi- » page durant un si long espage de temps, dans des » climats si divers, et malgré une suite continuglle de » peines et de fatigues (2) ».

5.° Mais si nos divers Voyages ont procuré de nonvelles richesses aux diverses parties des Sciences ; s’ils ont étendu notre connoissance du Globe; s’ils ont rendu faciles les anciennes routes du commerce, et s'ils en ont ouvert de nouvelles; s'ils ont reculé les bornes de la Navigation et de l’Astronomie ; s'ils ont: ajouté aux progrès de chacune des branchesde l'Histoire naturelle; s'ils ont fourni les moyens de conserver la santé et la vié des équipages, il ne faut pas oublier un autre objet, sur lequel ils offrent au Philosophe des matériaux, je veux dire l'étude de la nature humaine, dans des positions aussi neuves qu'intéressantes. Quelqu’éloignés, quelque séparésque puissent être du commerce des Nations plus

(1) Le Docteur Solander, le Docteur Forster et son fils, et le Docteur Sparrman. Le Docteur Forster nous a donné un essai des dééouvertes Botaniques de son Voyage dans le livre intitulé : Characteres generum plantarum, etc:; et les Philosophes ont trouvé beaucoup de choses curieuses dans ses observations faite: pendant un Voyage autour du Monde. Le Docteur Sparrmau a aussi publié, à son retour en Suède, un Ouvrage dans lequel il parle fort au long des ry hay qu'ont procurés à l'Histoire Naturelle, à PAstronomie, à la Géographie, à la Physique générale, et à la Navigation, nos expéditions dans la Mer du Sud,

(2) Voyez la fin du second Voyage de Cook.

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polies, les habitans des parties du monde les moins connues, si l'Histoire ou nos propres remarques démon: trent qu'on est allé autrefois les visiter dans leurs retraites, et que des mœurs, des opinions et des langues étrangères se sont mélées à leurs mœurs, à leurs opinions et à leur idiôme, les ohservations faites chez ces peuples doivent être de peu d'utilité lorsqu'il s'agit de

eindre l'homme tel qu'il est dans les divers degrés de ‘état de nature. Les habitans de la plupart des Isles contigués au Continent del’ Æsie, dont on a décrit souvent les mœurs et les: institutions, me paroissent êlre dans ce cas : il n’en est pas de mémédes Isles situées au centre de l'Océan Pacifique du Sud, où nos courageux Navigateurs ont abordé, et qui même ont été la principale scène de leurs opérations. Les Naturels de ces conirées n’ont point eu, que l'onsache, de communication avec une Tribu différente, depuis leur établissement primijil dans ces climats : abandonnés entièrement à eux-mêmes pour tous les arts, et à leurs anciennes tradilions pour toutes leurs coutumes, et leurs institutions politiques et religieuses n'ayant reçu des sciences aucune culture ; l’éducation n'ayant point altéré leur caractère : ils offrent à l'observateur attentif des remarques qui serviront à deviner jusqu'où la nature humaine,

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‘TR sans secours étrangers, peut dégénérer, et en quels points de'! | IR elle peut -exceller. Auroit-on jamais pensé que cette TS NA férocité brutale, qui se nourrit de chair humaine, et Ash

11 cette affreuse superstition qui immole des victimes hu- hoa, l maines, se retrouvât parmi les peuplades découvertes mr | récemment dans l'Océan Pacifique, lesquelles, ad’autres | ded égards, paroissent n’étre point étrangères aux sentimens } trois de l'humanité; lesquelles semblent avoir fait quelques a dé progrès vers la vie sociale, et être habituées à une subor- | ne 6 dination et à un gouvernement qui tend d’une manière Fox si nature .e à réprimer la fougue des passions ardentes, ro}

et à développer les forces cachées de l’entendement ? be Si nous détournons les regards de ce tableau, qui Ron fournira au Philosophe un’ vaste sujet de tristes ré- y flexions, observerons - nous sans étonnement, à quel niet degré de perfection la même Tribu (a laquelle on peut » D

joindre, a quelques égards , les Tribus de Sauvages

Américains que M. Cook a eu occasion de voir dans le Te

$ moins démons retrailangues urs opihez ces agit de grés de es Isles srit sount être uées au urageux princices Cons nicalion sement ment à nes traitutions ces aur Carac= aarques maine, > points e cette ine, et nes huuvertes l’autres itimens uelques Seer naniére dentes, ment ?

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GÉNÉRALE. 5g cours de son dernier Voyage), a porté la musique plaintive, ses spectacles dramatiques, ses danses et ses jeux; les discours de ses Chefs, les chants de ses Prétres, la solennité de ses processions religieuses, ses arts et.ses manufactures, les méthodes ingénieuses par lesquelles elle suppleg à ‘la qualité des matières qu'elle met en œuvre, à liupartéciion de ses outils et de ses machines, les ouvrages surprenans qu'elle produit ap'ès un travail opinidtte, ses étoffes et ses nattes, ses armes, ses instrumens de pêche, ses ornemens.etsés meubles qui, du côté du dessin et de l'exécution, le disputent à tout ce que l’Europe moderne ou l'antiquité nous offrent en ce genre.

Les hommes pénétrés de la lecture des anciens, se plaisent à examiner les restes des M des Romains ou des Grecs; ils aiment à parcourir Jes Estampes de Montfaucon , et ils contemplent avec un plaisir extrême Ja belle collection de Sir, William-Hamilton: cet amusement est raisonnable et instructif ; mais leur curiosité ne sera-t-elle pas plus satisfaite encore ; ne trouveront: ils pas un plus vaste sujet de réflexions importantes , s'ils passent une heure à examiner cette multitude d'ouvrages rapporiés des parties du Globe les plus éloignées , qui enrichissent aujourd’hui le Musée Britannique et celui de Sir Ashton-Lever ? Quand les objets. intéressans qu'offre la Chambre seule de Sandwich, à l'Hôtel de Sir > HAE A er la seule acquisition qu’eussent procurée nos expéditions à l'Océan Pacifique, pourroit-on hésiter, avec du goiil,ou avec des yeux, à dire que les Voyages de M. Cook in'ont pas été infructueux ? Les frais de ces trois. Voyages n’excédent peut-être pas les sommes qu'on a dépensées pour fouiller fes ruines d'Herculanum, et je ne craindrai pas de dire que les zouveautés des Isles. de la Société ou des Isles Sandwich me semblent plus propres à fixer l’attention des Savans de nos jours, qhe ces Ouvrages antiques qui, attestent la amagnificence Romaine.

J'emprunterai ici les mots d’un Écrivain très-ingénieux, pour confirmer la justesse de cette remarque. » Dans un siècle, dit M. Warton (*), qui est parvenu

(*) Préface de l'Outrage intitulé : History of English Poetry.

» au plus haut degré de raffinement , on voit commen- » cer celte espèce de curiosité qui se plait à suivre les » progrès de la vie sociale, à développer les gradations » de la société, et à compter les efforts de la nature hu- # maine, pour arriver de la barbarie à la civilisation. » Il est naturel qu’on s'occupe beaucoup de ces spécula- # tions à une pareille époque. Lorsque nous contemi- » plons l’état sauvage de nos ancêtres, nous triomphons » de notre supériorité; nous aimons à remarquer les » pas par lesquels nous sommes parvenus de la gros- » sièrelé à l'élégance, et nos réflexions sur ce sujet » sont accompagnées d’un sentiment d'orgueil , produit » ‘sur-tout par une comparaison secreite de la dispro- # portion infinie qui se trouve entre les foibles succès » des anciennes peuplades.et nos progrès actuels, Une » imagination sensible est d'ailleurs fortement émue à » l'aspect des mœurs, des monumens, des coutumes , » des méthodes et des opinions de l’antiquité, qui for- + ment un contraste si rappant avec les mœurs, les » monumens, les coutumes , les méthodes et les opi- # nions de nos jours, et qui offrent ia nature et les » inventions humajnes sous des points-de-vue nou- » veaux, dans des circonstances inattendues , et sous des » formes diverses: ce spectacle ne nous procure pas » seulement destériles plaisirs; il nous apprend à mettre » une juste valeur à nos richesses , et il nous encourage » à cultiver les Arts et les Leitres , qui ont une liaison si » intime avec l'existence et l'exercice de toutes les ver- » tus sociales ». Il n’est pas besoin de faire observer que les mœurs , les monumens, les coutumes, les méthodes et les opinions des habitans actuels de l'Océan Pacifi: que ou de la côte Ouest de l’#mérique Septentrionale, présentent le contraste le plus frappant, sion les compare avec ce qu’on voit de nos jours en Europe, et qt’une imagination sensible sera vraisemblablement plus frappée du récit des cérémonies d'une Natche de Tongataboo , que d’un tournois gothique exécuté à Londres ; des statues colossales dél’Isle de Péques, que des restes mystérieux de la chaussée des Géans.

Nos derniers Voyages présentent une multitude de faits singuliers, sur ce qu’on peut appeler l'Histoire Natu-

Yelle de l'espèce humaine sous les différens climats, ctils

om menlivre les adutions ture hulisation.

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offrent aux Philosophes un vaste sujet de discussion. S'il faut indiquer une question de celte espèce , on sait qu'on a souvent disputé de nos jours sur l'existence des races des Géans, et en particulier sur la peuplade etablie dans undistriet du côté du Nord du detroit de Ma-

ellan, dont on disoit que la stature excède de beaucoup a stature ordinaire : il ne doit plus y avoir de doute ou d'incrédulité sur ce point, et les objections ingénieuses du sceptique Auteur des Recherches Philosophiques sur les Américains (1) ne sont d’aucun poids, lorsqu'on les met en balance avec les témoignages unanimes et exacts de Byron, Wallis et Carteret.

Il n'y a peut-être pas de recherches plus intéressantes que celles des imaginations de diverses familles ou Tribus qui ont peuplé la terre; et on trouve dans nos Voya-

es une mabinide de découvertes curieuses sur ce point.

n savoit en général que les Malais, Nations de l’4sie (2), « étoient autrefois ceux de tous les peuples de » l'Znde, qui faisoient le plus de commerce; que la Na- » vigation deleurs vaisszaux marchands ne se bornoit pas » aux diverses côtes de l'Zzde; qu'ils alloient jusqu'à » celles de l'Afrique, et en particulier à la grande » Isle de Madagasear (3). Le titre de maitre des vents » et des mers situées à l'Est et à l'Ouest, que prenoit » le Rui des Malais, en est une preuve évidente. La » langue malaise, qui s’est répandue presque daus tout » l'Orient ; ainsi‘qu'autrefois le Latin et aujourd’hui le

» François, se sont répandus dans toute l'Europe, le .

» démontre bien mieux encofe ». Mais on savoit trèsimparfaitement que depuis Madagascar jusqu'aux Mar-

(1) Tome I.er, page 331.

(2) J’emploie ici une phrase de Kempfer, tirée de son Histoire du Japon, vol. L.er, pageg3.

(3) M. de Pages, qui a relâché à Madagascar en 1774, atteste que les Malais ont non-seulement fréquenté cette Isle, mais qu'ils y ont produit une des races des habitans. « Ils m’ont paru pro- » venir de diverses races, dit-il; leur couleur, leurs ch » leur corps l’indiquent; ceux que je n’ai pas cru descendans des » anciens Naturels da pays, sont petits et trapus; ils ont les » cheveux presque us’, et sont olivdtres comme les Malais, » avec qui ils ant, er. général, une espèce de ressemblance ». Voyage de M. de Pagès, tome II, page go.

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62 INTRODUCTION guises et à l'Isle de Pâques, c'està-dire presque depuis Ja côte orientale de l'Afrique jusqu'aux méridiens, où l’on approche de la côte ogcidentale de l'Amérique, la même Tribu ou Nation, qu'on peut appeler la Naiion Phénicienne du Monde oriental , eût formé des établis= semens qui renferment plus de moitié de la circonférence du Globe ; qu’elle eût fondé des colonies à presque tous les points intermédiaires de ces immenses parages, sur des Isles qui se trouvent à des distances extraordipaires de la Metrople, et qui ignorent à présent leur existence mutuelle. On ne pouvoit connoitre ce fait his+ torique, avant que les deux premiers Voyages de M. Cook eussent découvert un si grand nombre d’Isles nouvelles dans l’Océan Pacifique du Sud : il r’est pas seulement fondé sur la ressemblance des usages et des institutions, on en a donné la plus satisfaisante de toutes les preuves, celle qui se tire de l’affinité du langage. M: Marsden, qui paroit avoir étudié ce sujet curieux avec beaucoup d'attention (*), dit qu’il reste encore à indiquer les anneaux d'une si longue chaîne. Les Isles de Sardwick, découvertes durant ce Voyage, ajoutent quelques an-

neux à la chaîne dont parle cet Ecrivain; M. Cook

n'ayant pas eu occasion de porter ss recherches dans

(*) Archæolog. vol. VI, page 155. Voyez aussi son History of Sumatra, page 166, où l’on trouve, le passage suivant : « Outre

» le Malais, on parle à Sumatra une variété d’idiômes, qui ont.

.» non-seulement üne affinitésmanifeste les uns avec les autres, » mais avec la langue générale qu’on trouve répandue et indigéne » sur toutes les, Isles des mers orientales, depuis Madagascar » jusqu’aux terres les plus éloignées, découvertes par le Capi- » taine Cook; c’est à-dire sur un plus grand espace que celui » qu’ait jamais embrassé la langue latine ou toute autre langue. Cette angue générale a été plus ou moins mélangée ou cor- » rompue en différens endroits ; mais on aperçoit encore une » uniformité frappante de la plupart des mots radicaux dans les ‘» dialectes qui se ressemblent le moins, et en particulier sur des » terres très-éloignées les unes des autres. Aux Philippines et à » Madagascar, par exemple, on ne remarque guères plus de » différeuce dans les termes des idiômes de ces deux contrées, » que dans les dialectes des provinces voisines du même > royaume ».

Note du Traducteur. M. Marsden s'occupe actuellement d'un rand Onvrage sur la langue malaise, qui ne laissera plus de outes sur cette vérité.

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les parties les plus occidentales de.-la Mer Pacifique du Nord, le lecteur de son troisième Voyage me saura donc quelque gré d’y avoir ajouté des notes qui prouvent sans réplique qu'il faut chercher à la même source l’origine des Habitans des Isles des Larrons ou des Marianes , de ceux des Carolines, et des Naturels des Isles reconnues par nos vaisseaux. J’ai voulu donner une preuve frappante des vastes succès de cette langue orientale, et montrer que si tant de peuplades si éloignées les ures des autres ne sort pas dela même race, qu’elles ont eu du-moins des communications intimes éntre elles : pour cela, j'ai dressé une table comparative des termes numériques , sur un plan beaucoup plus étendu que celui d'aucune des tables- analogues publiées jusqu’à présent (1).

Nos derniers Navigateurs n'ont pas seulement: jeté du jour sur les migrations de la Tribu qui s’est répandue d’une manière si extraordinaire sur les Isles de l'Océan oriental , ils nous ont rappérté d’ailleurs beaucoup de détails curieux sur une autre des peuplades de laterre,, que le sort à placée sous des climats:moins heureux. Je parle des Eskimaux, qu'on n’a trouvés jusqu’à présent que sur la côte de Labrator et de la baie dé Hudson, et qui diffèrenten que points caractéristiques, des Sauvages établis dans l'intérieur de l'Amérique septentrionale. On a découvert, il y a environ vingt ans (2), que les Kskimaux et les Groenlandois offrent à tous égards des rapports de coutumes, de mœurs et de langues, qui démontrent l'identité primitive des deux Nations. Kn 1772, M. Hearne, qui a suivi plus loin cette peuplade malheureuse, vers la partie du Globe où elle s’étoit nriginairement embarquée sur des pirogues de

(1) Des observations de M Banks, insérées. dans la’ collection de- Hawkesworth, volume III, page 777 de Poriginal, m'ont fourni l’esquisse générale de cette table, qui se trouve la fin du troisiémevolume. Appendix, n°, à.

(2) Voyez l'Histoire du Groénland, par Crantz, volume I.er, page 262. por dit os les frères Moraves ayant visité les Eskiwnaux de la côte de Hugh Palliser, qui étoit alors Gouverneur de Terre-JVeuve, trouvérent que la langue des Eskimaux et celle des Groënlandois ne différent pas autant que les deux dialectes de l'idiôme hollandois.

Labrador, de l'aveu et avec le secours de Sir .

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peau en a trouvé quelques individus à l'embouchure e la Riviére de Cuivre, par soixante-douze degrés de latitude, et environ cing cents lieues plus loin à l'Ouest que le point le plus occidental où s'est porté Pickersgill, ans le détroit de Davis. M. Cook a achevé cette dé-

couverte, en prouvant que les Isles et la côte de la bande.

Ouest, de l’Æmérique Septentrionale sont habitées par la même Tribu. On la rencontre à l'entrée de Nortow, à Oonalashka et à l'entrée du Prince Guillaume, c'est-à-dire à près de quinze cents lieues de ses établissemens au Groënland et sur la côte de Labrador. Cette assertion n’est pas fondée sur l’analogie des mœurs : la table (1)sur l’affinité des idiômes, dressée par M. Cook, dissipera tous les doutes, même pour ceux qui cherchent la vérité avec le plus de scrupule.

Son troisième Voyage a fixé d’autres points plus im-

portans : il a découvert, ou du-moins il a prouvé d’une manière démonstrative la proximité des deux Continens de l'Asie et de Amérique, et il y a lieu de croire qu'on ne tournera plus en ridicule ceux qui pensent que d'Asie a pu peupler l'Æmérique.

Ainsi, nos derniers Navigateurs ont rendu service même à la Religion, en détruisant une objection que les incrédules ont proposée souvent, sur la population

- des diverses contrées de la terre, telle qu'elle est racontée par Moyse (2).

(1) Elle forme l’Æ>pendix, n.° 6. Crantz nous dit que les Groénlandois désignent leur Nation par le mot de X deals Ce nom ressemble beaucoup à celui de Kanagyst, que prennent, selon le rapport de Sthaelin, les Habitans de Kodiak, l’une des Isles S'cumagin.

(2) Les Incrédules ont fait une multitude d’objections qui supposoient beaucoup d'ignorance. Observez comment I’ Auteur des Recherches philosophiques sur les Américaiñs s’exprime sur cette question : « Cette distance que M. Antermony veut trouver » si peuimportante , est à-peu-près de huit cents lieues gauloises au > travers dun Océan périlleux, et impossible à franchir avec des > canots aussi chétifs et aussi 4 le que le sont, au rapport de » Isbrand-Ides, les chaloupes des Tunguses, etc., etc. ». Tom. L.er, page 136. Si cet écrivain avoit su que les deux Continens ne sont

as éloignés l’un de l’autre de plus de treize lieues (au-lieu de Puit cents ), qu’un si petit espace est d’ailleurs semé d’Isles intermédiaires, il n’auroit pas osé faire valoir avec tant d’assurance cette raison, contre le systéme de M. Bell, sur le pays qui a enyoyé des habitaus à l'Amérique Septentrionale.

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6. Jusqu'ici j'ai envisagé nos Voyages par rapport aux avantages qu’ils peuvent nous procurer. Mais on demandera s'ils ont été ou s’ils doivent être de quelque utilité aux peuplades que nous avons découvertes? Les hommes doués de l'esprit de bienveillance, apprendroient sûrement avec plaisir des faits qui autorisassent à répondre sans hésiter, d’une manière affirmative : au défaut de pareils faits , nous pouvons du-moins nous ‘flatter que, même à cet égard , nos dernières expéditions dans l'Océan Pacifique n'ont pas été infructueuses. Les terres nouvelles , découvertes autrefois, entrainèrent des guerres ou plutôt des massacres; on eut à peine trouvé de nouvelles Nations , qu’on les anéantit, et l’on ne peut se rappeler les horribles cruautés des conquérans du' Mexique et du Pérou, sans rougir des excès du fanatisme religieux et de la nature humaine. Nos derniers Navigateurs sont allés reconnoitre les réduits les plus ca= chés de la terre, non pour acquérir des propriétés, mais pour reculer les bornes des connoissances ; ils sont allés voir de nouvelles peuplades avec des sentimens d’anitié ; ils désiroient seulement leur donner une existance publique, les instruire des devoirs de toutes les sociétés , et suppléer aux défauts de leur position , en leur cominuniquant une partie de nos arts et de nos luinières; et ces Voyages ordounés dans des vues de bienfaisance, par Georges III, ont dû avoir quelques succès. Les séjours multipliés de nos vaisseaux, le commerce longtemps prolongé de nos équipages avec les Naturels des Isles des Amis, de la Sot'été eSandwich:, ont sûrement jeté quelques rayons de lumière dans l'esprit novice de ces pauvres peuplades. Les objets extraordinaires pour elles , qu’elles ont eu a nsi occasion d’observer et d'admirer , n’ont pu manquer d'étendre leurs idées et de fournir de ‘nouveaux objets d’alimens à l'exercice de leur raison. En se comparant avec nous, elles ont dû être frappées d’un sentiment profond de leur infériorité ; les motifs les plus puissans ont dû les exciter à sortir de leur misère , et a se rapprocher de ces enfans du soleil, qui drignoient jeter les yeux sur elles, etqui leur laissoient des marques de générosité etde bienfaisance. Nos quadrupédes utiles et nos végétaux,dont on a enrichi leur pays, leur offrent de nouveaux moyens

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de subsistance, et ajouteront sans doute à leur bien-être et-à leurs plaisirs. Quand cet avantage seroit le seul que nous leur ayons procuré , osera-t-on dire qu’elles n’ont pas beaucoup acquis? Mais n’y at-il pas lieu de porter plus loin nos espérances? La Grande-Bretagne ellemême, à l’époque où les Phéniciens y abordèrent pour la première fois, étoit habitée par des Sauvages qui se peignoient le corps, dont la civilisation n'étoit peut-être yas plus avancée que celle de Insulaires de la Nouvelle-Zelande, et qui sûrement étoient moins policés que les Naturels de Tongataboo ou d'O-Taiti, La communication que nous avons ouverte avec les peu-

plades de l'Océan Pacifique, hâtera sans doute leurs

rogrès : qui sait si nos derniers Voyages ne seront pas bin de la civilisation de ces nombreuses Tribus ; si nous n’aurons pas contribué à l'abolition de leurs aftreux sacrifices, et de ces horribles festins dans lesquels elles se nourrissent de chair humaine; si nous n’avons pas établi des bases d’après lesquelles on les verra, par la suite, former des institutions plus utiles encore, et arriver à une place honorable parmi les Nations de ta terre?

Après avoir ainsi discuté les divers points dont l’examen m'a paru convenir à cette ‘Introduction générale, il ne reste plus qu’à exposer un petit nombre de faits, sur lesquels le lecteur a droit de me demander des éclaircissemens.

M. Cook sachant, avant son départ d'Angleterre, qu'il n’étoit pas seulement chargé des opérations du Voyage, mais qu'on attendoit de luila relation de ses découvertes et de ses travaux, avoit eu soin de disposer son J ournal pour la presse. J'ai suivi fidèlement ce Journal, qui estécrit de sa main. Ce n’est pas un simple extrait de son livre de lock ; on y trouve un grand nombre de remarques,

wil n’avoit pas insérées dans le registre de sa Navigation ; et il est enrichi d’ailleurs d’une multitude d’observations que lui avoit données M. Anderson, son chirurgien. Les talens reconnus de ce savant, et l'assiduité opiniâtre avec laquelle il observoit tout ce qui a rapport à l'Histoire Naturelle, aux mœurs ou à la langue des diverses peuplades; le désir que M. Cook montra dans toutes les occasions , d’être aidé par lui, font sentir toute la valeur des remarques de M. Anderson : afin que

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’eusse tous les moyens possibles d'offrir au public l'Histoire la plus exacte de l'expédition , on m'a remis son Journal par ordre du Lord Sandwich, et on m’a recommandé de profiter des lumières que j’y découvrirois sur des points traités légerement ou omis dans le manuscrit de M. Cook. Jai rempli cette tâche de manière que le lecteur reconnoitra presque toutes les pages où j'ai eu recours à M. Anderson: pour ne laisser aucune faute dans cet ouvrage, le Capitaine King a revu le premier et le second volumes; et la copie, revue et corrigée par un homme si bien en état d’en rectifier les inexactitudes , a été lue de nouveau par le Comte de Sandwich, qui a eu la bonté de se donner cette peine. Quant au troisième volume , le Capitaine King l’a écrit lui-même; il n’est pas besoin de rien ajouter de plus. Je dois seulement répondre ici des notes que, j'ai eu occasion de placer dans les deux volumes Hoaenis par M. Cook, et de cette Introduction, destinée d’abord à servir d’épilogue à l'Histoire de nos derniers Voyages. On me permetira de dire que je crois avoir des droits à beaucoup d’indulgence de la part du public; car je me suis dévoué , par les motifs les plus désintéressés , à un travail très-ennuyeux et assez pénible : je n’en espère d’autre récompense, que la satisfaction d'avoir rendu un service essentiel à la famille du plus célèbre de nos Navigateurs , qui a bien voulu, dans son Journal, m’honorer du nom de son ami.

On a beaucoup demandé pourquoi on différoit si

long-temps la publication de ce Voyage : ceux qui examineront les cartes et les planches dont il est orné, s’etonneront peut-être qu'on ait pu le faire paroitre si tôt. Le Journal de M. Cook s’est trouvé prêt peu de temps après l’époque où je l'ai reçu; celui du Capitaine King l’a été aussi vite; car au temps où il partit pour les Isles de I’ Amérique, avec le commandementdu vaisseau de guerre la Resistance, il me le laissa tout corrigé. Mais il restoit d’ailleurs beaucoup de choses à faire; les cartes, et en particulier la carte générale dont M:Roberts fut chargé, n’étoient pas finies. M. Roberts rend compte luimême de son travail dans la note (*). Il fallait que

(*) Peu de temps aptès notre départ, M. Cook me chargea de e2

( 4 Ai 68 INTRODUCTION 4 a M. Webber réduisit à une grandeur convenable la mul- pe | titude de dessins élégans qu’il avoit rapportés ; il falloit i 4 sn | travailler à une carte générale du globe, sur les meilleurs maté- a fetid riaux qu’ileût à bord; et, avant sa mort, ma tâche étoit à-peu- a pris 1 prés remplie : car je n’avois plus guéres à y placer que les parages , 4 Say À les Isles ou tes côtes que nous aurions ensuite occasion de recon- y Le Ë noître; mais à notre retour en Angleterre, lorsque les Lords- qu'a i Commissaires de l’Amirauté ordonnérent la publication de notre 4 par | ae Voyage, le soin de la carte générale me fut confié, et on me 3 ‘i vt! io recommanda de suivre les autorités les plus récentes et lés plus indic iP \ sûres ; d’y marquer les trois routes successives de M. Cook , afin i et M He qu’on pit apercevoir d’un coup-d’œil toutes ses croisières et Ja i toutes ses découvertes, et trouver en un moment le résultat géné- Run ral des services qu'il a rendus à la Géographie et à la Navigation. dite + Je dois dire au lecteur les diverses autorités qui m'ont guidé 1 des: dans les détails qui différent de ceux de la carte que j'avois dressée entr sous l'inspection immédiate de M. Cook; et quand j'aurai ajouté PP ue la plupartles matériaux A HA ane compléter ou éclaircir à Don l'ouvrage, ne se trouvoient pas à bord e la Résolution, on sentira | dina; pourquoi il a été nécessaire d’y introduire ces altérations et ces a Pinte additions. À Ont J’ai d’abord suivi bien exactement les cartes excellentes et E Le trés-correctes de l'Océan Atlantique du Nord, publiées en 1775 1 Mia et 1776, par MM. de Verdun de la Crenne, de Borda et Pingre ; à M. CG elles comprennent la côte de Norwège depuis le Hoëk Sud, situé à de p ar 62 degrés de latitude Nord, jusqu’à Trellebourg , le Danemarck, faites is côte de Hollande , la côte septentrionalede la Grande-Bretagne, baie les Orcades, lesIsles Shetland, les Isles Ferroé, Y'1slande, les côtes J de France, d'Espagne et de Portugal jusqu’au Cap Sainte-Marie, M. sur la côte d'Afrique : on y trouve aussi les cores, les îles Ca- proc naries, les Isles du Cap-Vert, les Antilles, et toutes les Isles d’4mé- oct, rique , depuis la Barbarie jusqu’à l'extrémité orientale de Cuba; la soul partie septentrionale de Terre-Veuve et la côte de Labrador, jus- les 3 u’au cinquante-septième Feral Nord. geur.

L'/rlande et une partic de la’ côte d’Ecosse sont marquées dans que | ” ma carte d’après les derniers relévemens pris par M. Mackenzie, Capi et la côte méridionale de l’ Angleterre, d’après une carte publiée au | en 1780, par M. Faden, qui a suivi une autre carte de M. l’Abbé eb be Dicquemare. F : décoi La partie septentrionale de la côte de Labrador, depuis lo in cinquante-septiéme degré de latitude Nord jusqu'aux Isles Button, Beaty situées à l'entrée du détroit de Hudson, est tirée d’une carte de lac 7 M. Bellin, ainsi que la côte septentrionale de la Norwège, de la Sud, Laponie, la Mer Blanche , le ‘pole de Bothnie, la Mer Baltique et une la côte orientale du Groénland. ’ Lett J'ai indiqué le golfe de Finlande, d’après une grande carte Gove manuscrite, qu’on grave aujourd’hui pour l’usage de nos navires Gavia marchands. Da

Les Islesd’ Amérique, depuis l’extrémitéorientale jusqu’à l’extré-

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ensuite trouver des artistes qui voulussent entreprendre les gravures, et avant de commencer, ces artistes ont

mité occidentale de Cuba ,la Jamaïque et les Isles Bahama com~ rises, sont tirées d’une carte publiée à Londres en 1779; par Bayer et Bennet.

La côte méridionale de Cuba, depuis la pointe de Gorda jusqu'au Cap de Cruz, a été copiée sur une carte donnée en 1762, par M. Bellin. :

Les côtes de Terre- Neuve et le golfe de Saint - Laurent sont indiqués d’après les reconnoissances faites par le Capitaine Cook et Messieurs Gilbert et Lane.

J'ai suivi pour la Nouvelle-Ecosse, le Cap Breton, YIsle Saint- Jean, ia rivière Saint-Laurent, le Canada et la Nouvelle-Angleterre, jusqu’à la rivière de la Delaware, les cartes de J.-F.-W. des Barres, publiées en 1757 et 1778, et celles qui ont été publiées en1780, par ordre du Roi de France, sous le titre de Neptune Américo Septentrional, etc. J’ai tiré aussi de ces cartes les côtes de Ja Lana anise , du Vouveau-Jersey , du Maryland, dela Virginie , des deux Cgrolines, de la Géorgie, des deux Florides, ainsi que VPintérigur de ces diverses contrées, jusqu’au côté oriental du Lac Ontario.

Les autres parties de ce Lac, ainsi que les Lacs Ersie, Huron, Michigan et Supérieur, ont été copiés sur les cartes d’ Amérique de M. Green. La partie septentrionale du dernier Lac dont je viens de parler, est marquée d’après des observations astronomiques , faites à Mishippicotton House, par ordre de Ja Compagnie de la baie de Hudson.

Jai tiré toute la baie de Hudson d'une carte rédigée par M. Marley, d’après les cartes les plus authentiques qu’il a pu se procurer de ces parties du monde. M. /Vegg, membre de la Société Royale, et Gouverneur de cette Compagnie, a bien voulu me la communiquer ; il a eu la bonté de me donner aussi les Journaux de M. Hearne, et la carte de la route de ce Voyageur, jusqu’à la Riviere de Cuivre: je l'ai copiée fidèlement, ainsi que la reconnoissance de lentrée de Chesterfield, faite par le Capitaine Christophe et M. Moses Norton, en 1762. J’ai copié aussi, sur les dessins faits par M. Philippe Turnor, en 1778 et 1759, et corrigés par des observations astronomiques, nos dernières découvertes, depuis le Fort d’ York jusqu'aux établissemens de Cumberland et de {ludson (ce dernier est le plus occidental des étabiissemens de la Compagnie), lesquelles s’étendent jusqu’au lac Winnipeg. La disposition des antres lacs, qui sont situés au Sud, et qui communiquent avec celui-ci, est marquée, d’après une carte de M. Spurrel, employé au service de la Compagnie. Les rivières Albany et Moose, jusqu’à l'établissement de Gloucester, elaux lacs Abbitbbe et Supérieur, sont aussi urées d’une carte de M. Turnor, corrigées d’après les longitudes observées,

J'ai marqué en grande partie la côte occidentale du Groënlund,

été obhgés de remplir leurs engagemens antérieurs ; la patience et l’adresse qu'exigeoient la plupart de ces gra-

d’après les relèvemens faits parle Lieutenant R. Pickersgille qui, en 1756, commanda le brigantin le Lion; ces relèvemens ne dessinent que vaguement la côte; car une quantité immense de glaces fermoit toutes les baies et toutes les entrées, qui autrefois étoient libres et ouvertes durant lété,

Les cartes de M. d’Anville m’ont fourni la rivitre du Mississipi, depuis son embouchure jusqu’à sa source , avec les autres rivières que recoit le Mississipi. Files m’ont fourni aussi toute la côte de la

louvelle- Léon, jusqu'au Cup. Rozo, et la côte occidentale de l'Amérique, depuis le. Cap Corrientes jusqu’à la grande baie de Tecoantepec.

J’ai marqué le golfe de la Californie d’après un ouvrage allemand qui a été publié en 1773, et que Sir Joseph Banks, Président de la Société Royale, m’a donné; j'ai consulté d’ailleurs, pour la côte occidentale de ce golfe, une catte manuscrite espagnole, que M. Dalrymple a bien voulu me communiquer. k

La côte dn Brésil, depuis Sera jusqu’au Cap Frio , a été copiée sur ue petite carte de cette partie du monde qu’a faite M. Dalrymple,

Ouahe à la partie méridionale de Afrique, depuis le Cap de Bonne-Espérance jusqu’à la Pointe natale, je m'en suis rapporté à la carte du Major Rennels; j'ai sur-tout adopté ses corrections sur l'étendue du bate des Aiguilles.

J'ai indiqué les petites Isles, les bas - fands et les bancs de sable qui se trouvent à l'Est de Madagascar, ainsi que l'Archipel des A/aldives et des Laquedives, les côtes de Malacca, une partie de Combaye et l'Isle de Sumatra, sur la foi des dernières cartes de M. d’Aprés de Mannevillette, insérées dans le Veptune- Oriental.

Les côtes du Guzarate, du Malabar, de Coromandel, la grande baic du Bengale et Pisle de Ceylan, les pointes du Ganye et dé la rivière de Barampooter ou de Sampoo, sont tirees de VOuvrage publié en 1782, par l’ingénieux auteur de la carte de l'Indostan.

La mer de la Chine est indiquée d’après la carte publiée par M. Dalrymple; mais les longitndes de Pulo-Sopata, de Pulo- Condore , de Pulo-Timoau, des détroits de Banea et dela Sonde, et des autres parties que nous avons vues, sont marquées d’après nos propres observations, ainsi que la côte orientale de Viphon, la principale des Isles Japonoises.

Lo position de l'Isle de Jeso, des Kouriles, de la côte orientale de l'Asie et du Kamstchatka, de la mer d’Ochotsk, et des Isles que nous n’avons pas vues durant ce Voyage, est tirée d’une carte manuscrite que les Russes nous donnèrent à Oonalashka.

Jai donné les terres du Nord, depuis le Cap Kanin, près de la Mer Blanche, jusqu’à la rivitre Lena, d'après la grande

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