‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme] (volume 2)Chapitre 21 sur 82 · VAN AVE 0A 00000 10001 VAS · texte numérisé non relu

VAN AVE 0A 00000 10001 VAS

J E reçus, le o Février, une Commission qui me nommoit Commandant de la Corvette de Sa Majesté /a Resolution; je me rendis à bord le lendemain; j'arborai ma flamme, et j'enrôlai les Matelots. L’Amirauté acheta en même temps Z Découverte, vaisseau de trois cents tonneaux, et elle en donna le commandement au Capitaine Clerke à Tome I 1

a TROISIEME VOYAGE

qui avoit été mon second Lieutenant durant mon second Voyage autour du Monde.

Les deux Vaisseaux étoient alors dans le Chantier de Deptfort; on les équipoit l'un et l’autre pour les envoyer dans la Mer du Sud, où l’on me chargeoit de faire de nouvelles découvertes.

Le g Mars, /a Résolution passa du Chantier dans la Tamise : nous achevâmes son gréement, et nous embarquames les munitions et les provisions nécessaires pour un voyage d’une si longue durée. On remplit les deux vaisseaux de tout ce qui pouvoit être utile, et on eut soin de nous fournir ce qui étoit de la meilleure qualité. On nous donna, d’ailleurs, dans la plus grande abondance, les choses qui, d’après l'expérience de mes deux premiers voyages, parurent propres à conserver la santé des Matelots.

Nous voulions nous rendre à Long-reach, le 6 Mai; et je fis venir un pilote qui devoit nous y conduire ; mais le vent ne nous permit que le 29 de démarrer, et nous n’arrivames que le 50 à cette partie de la Tamise, où nous primes des canons, de la poudre, des boulets, et d’autres munitions d'artillerie.

Tandis que nous mouillions à Long-reack, le Comte de Sandwich, sir Hugh Palisser, et d'autres Officiers du Bureau de l’Amirauté, nous donnèrent une nouvelle marque d'intérêt ; ils vinrent examiner, le 8 Juin, sion avoit suivi lears intentions et leurs ordres dans l'équipement des vaisseaux, et si ceux qui devoient entreprendre le voyage étoient satisfaits. Ils me firent l'honneur de diner à bord, ainsi que plusieurs Lords, leurs amis et les miens. Lorsqu'ils arrivèrent sur Ja Resolution, et lorsqu'ils redescendirent

à terre, nous les saludmes de dix-sept coups de canon, et les équipages poussérent à trois reprises des cris de joic.

Sa Majesté, dont les vues bienfaisantes s'occupoient des Habitans d’O- Tait, et des autres Isles de la mer du Sud où nous aborderious, nous ordonna de porter quelques animaux utiles à ces peuplades. Le 10, nous primes à bord Un taureau, deux vaches avec leurs veaux, quelques moutons, et du foin et des graines pour leur subsistance ; je me proposois d'embarquer au Cap, d'autres bœufs, d’autres vaches et d’autres moutons.

Afin de mieux remplir les nobles désseins du Roi, on me donna une quantité suffisante des graines de nos légumes qui pouvoient convenir aux Habitans des Isles découvertes par les vaisseaux Anglois, et ajouter à leurs moyens de subsistance.

On me remit de plus, par ordre du Bureau de l’Amirauté, une foule de choses propres à augmenter l'indus'rie, et améliorer le sort des pays où nous relacherions. Les deux vaisseaux avoienÿ d’ailleurs une cargaison assez considérable d'outils et d’instrumens de fer, de miroirs, de grains de verre, etc., que.nous devions échanger contre des provisions , ou donner en présent.

Où s’occupa avec le même zèle de nos propres besoins. On sentit que les équipages ne seroient pas assez vêtus dans les climats froids; on leur accorda plusieurs habits; en un mot, on ne nous refusa rien de ce qui pouvoit, à quelques égards , contribuer à notre santé, ou nous procurer des agrémens.

Les soins extraordinaires des Lords de l'Amirauté

allèrent plus loin encore. Ils s'empressèrent de nous donner 1*

tous les moyens qui pouvoient rendre notre voyage utile à toutes les Nations. Ils nous envoyèrent, le 11, plusieurs Instrumens d’Astronomie et de Marine, que le Bureau des Longitudes voulut bien confier 4 moi et 4 M. King, mon second Lieutenant : nous promimes l’un et l’autre de faire les Observations nécessaires aux progrès de l’Astronomie et de la Navigation, et de’remplacer, à cet égard, YObservateur de profession, qu'on avoit d’abord voulu engager.

Le Bureau des Longitudes m’accorda la montre marine ou le garde-temps, que j'avois emporté dans mon second voyage, et qui nous avoit instruits d’une manière si exacte de la distance du premier méridien. Elle a été faite par M. Kendall, sur les principes de M. Harrison. Nous reconnümes, le 11, à midi, qu’elle retardoi: de 3’ 31/’ 89o sur le temps moyen à Greenwich ; en général, elle retardoit par jour de 1/ 209 sur le temps moyen.

On mit à bord de da Découverte un garde-temps, et autant d’autres instrumens d observation que nous en avions sur notre vaisseau ; on les confia à M. William Bayley, qui ayant donné , durant mon second voyage , des preuves de son zèle et de son talent sur /’ Aventure, commandée par

le Capitaine Furneaux, fut choisi pour Observateur du Capitaine Clerke.

M. Anderson, mon Chirurgien, qui, aux connoissances, de son Art, joignoit une grande instruction sur l'Histoire Naturelle, eut la bonté de se charger de décriretout ce qu'on trouveroit digne d’attention dans la Botanique , la Minéralogie , le Règne animal, etc. Il étoit en état de bien faire ce travail; il m’avoit accompagné dans mon second voyage; il m’avoit rendu, à cet égard , des services dis-

tingués ; je lui devois une foule de remarques utiles sur les hommes et sur les choses (*), et je comptois beaucoup sur ses secours.

Il y avoit parmi nos Officiers plusieurs jéunes gens qui pouvoient, sous ma direction, être employés à faire des cartes, à prendre des vues des Côtes et des Caps près desquels nous passerions, et à lever des plans des Bayes et des Havres où mouilleroient nos vaisseaux. Je savois avec quelle attention infatigable je devois m'occuper de ce soin, si je voulois rendre nos découvertes utiles aux navigateurs.

J'avois tous les moyens possibles de donner au public une relation aussi amusante pour les gens du monde, qu'instructive pour les Marins et les Savans; M. Webber, avec qui l'Amirauté prit des engagemens, s’embarqua sur a Résolution, afin de dessiner les scènes les plus remarquables, et de suppléer à l'imperfection de nos Journaux, en peignant aux yeux ce qu'il est mal-aisé de décrire dans un discours.

Nos préparatifs étant achevés, on mordonna de me rendre à Plimouth, et de prendre /a Découverte sous men commandement. Je donnai deux ordres au Capitaine Clerke, l'un de me reconnoitre pour le Commandant en chef, et l’autre de conduire son vaisseau à Plimouth.

Le 15, /a Résolution appareilla de Long-reach, suivie de /a Découverte, et le soir, les deux vaisseaux mouil-

(*) Par exemple, le Vocabulaire étendu de la Langue d’O-Taïti, la comparaison des idiômes de plusieurs autres Isles, qui se

trouvent dans la Relation du second Voyage de Cook, sont de M. Anderson.

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lérent au Nore. Le lendemain, 42 Découverte continua sa route; mais, comme j’étois alors à Londres, j'ordonnai à da Résolution de m’attendre.

Nous devions relâcher à O:Taïti, et aux Isles de la Société, avant de parcourir les parties septentrionales de Ja Mer du Sud, et de nous rendre à la côte d'Amérique, et le Roi voulut profiter de cette occasion, qui ne sembloit pas devoir jamais se retrouver, pour renvoyer Omaï dans sa patrie. Je partis de Londres avec Omaï, le 24, à six heures du matin; nous arrivames à Chatam à dix heures ; le Commissaire Proby eut la bonté de nous donner à diner, et son Yacht nous conduisit à Sheerness, où ma chaloupe m'attendoit.

Omai quitta Londres avec un mélange de regret et de satisfaction, Lorsque nous parlions dela Grande-Bretagne, et de ceux qui, durant son séjour en Europe, l’avoient honoré de leur protection et de leur amitié, il étoit vivement ému, et il avoit peine à retenir ses larmes. Mais ses yeux étinceloient de plaisir dès que les Isles de la Société devenoient la matière de notre conversation. Il étoit pénétré de l'accueil qu'il avoit regu en Angleterre, et il avoit la plus haute idée de ce pays et de ses habitans; mais le tableau des richesses et des trésors qu’il étaleroit à son arrivée, et le flatteur espoir d'obtenir avec cette orulence une sorte de supériorité sur ses compatriotes , calmèrent peu-à-peu ses regrets, et il me parut parfaitement heureux, lorsque nous montâmes à bord.

Le Roi lui avoit donné une quantité considérable de ces choses qu’on regarde comme d’utilité ou de luxe dans les Isles de la Mer du Sud; il avoit reçu d’ailleurs une foule de présens du même genre du Lord Sandwich, de

M. Banks (*), et de plusieurs autres Anglois et Angloises de sa counoissance. Enfin on n’avoit rien oublié durant son séjour à Londres, et on n'oublia rien à son départ, de ce qui pouvoit lui inspirer une haute idée de la grandeur et de la générosité de la nation Britannique.

Tandis que /a Résolution mouilloit au Nore, M. King fit plusieurs observations pour déterminer la longitude à l'aide du garde-temps. D'après le résultat moyen de toutes ses observations, le vaisseau se trouva à 44’ o” de longitude; ses calculs rapportés à Sheerness par les relèvemens et la distance estimée, annoncent que cette place est à o° 37” o” Est du méridien de Greenwich. M. Lyons, qui a observé cette position avec la montre marine embarquée sur ie vaisseau du Lord Mulgrave, durant le voyage au pôle Boréal, la place 7 milles plus près. Ceux qui ont mesuré la distance entre Sheerness et Greenwich, peuvent dire laquelle deces deux observations est exacte.

Par un milieu de plusieurs observations faites avec des compas différens, la déclinaison de l'aiguille aimantée étoit de 200 37’ Ouest.

* Le 25, à midi, nous levames l'ancre avec une jolie brise du Nord-Ouest-quart-Ouest, et nous fimes voile pour les Dunes, en suivant le canal de la Reine-Charlotte; nous mouillames à neuf heures du soir ; le Fore/and Nord nous restoit au Sud-quart-Sud-Ouest et la pointe de Margatte au Sud-Ouest-quart-Sud. :

Nous remimes à la voile le lendemain au matin à deux heures, et nous doublames Fore/and; lorsqu'il nous restoit au Nord, déduction faite de la déclinaison de l'aiguille, la

(*) Aujourd’hui le Chevalier Banks.

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montre marine annoncoit 1° 24’ Est de longitude: én rapportant l'observation à Fore/and, on trouvera 10 21/ pour la longitude de ce Cap. Les observations de Lune faites le soir de la veille, le fixoient à 1° 20’. A huit heures du matin du même jour, nous mouillames aux Dunes. J’envoyai chercher tout de suite deux canots qu'on avoit con struits pour nous à Dea/. Un grand nombre de personnes s'étoient rassemblées sur le rivage, afin de voir Omaï, qui ne descendit pas à terre.

Il s’éleva une brise légère du Sud-Sud-Est, et nous ap-

pareillames le lendemain à deux heures après-midi ; mais la .

brise s’éteignit bientôt, et nous fûmes obligés de mouiller jusqu’à dix heures du soir. Le vent ayant passé à l'Est, nous descendimes le canal.

Le 30, à trois heures après-midi, nous mouillames dans le canal de PÆmouth, où la Découverte n'étoit arrivée que trois jours auparavant. Je saluai de treize coups de canon l'amiral Amherst, dont le pavillon flottoit à bord de 7 Océan; et il me rendit le salut de onze coups.

On remplaça tout de suite Peau et les vivres que nous avions consommés, et nous embarquames du vin de Porto; ce travail nous occupa le 1.er et le second jour de Juillet.

On servit de la, viande fraiche tous les jours aux équipages, et je ne rendrois pas justice à M. Ommaney, munitionnaire de la Marine, si j'oubliois de dire qu’ilnous donna des preuves du plus vif intérêt, et qu'il eut soin de nous fournir des provisions de la meilleure qualité : il avoit montré le même zèle lorsque j'étois parti pour mon second voyage, Le Commissaire Ourry ne nous témoigna pas moins d'amitié , et il nous envoya, des magasins et des arsenaux, tout ce qui nous Ctoit nécessaire,

Au moment où nous allions commencer un voyage qui avoit pour objet de faire de nouvelles découvertes sur la côte Ouest de l'Amérique septentrionale, Ÿ Angleterre se trouvoit dans la malheureuse nécessité d'envoyer des escadres et de nombreuses troupes de terre contre la partie orientale de ce continent, qui avoit été reconnue et peuplée par nos compatriotes dans le dernier siècle. Cette circonstance assez singulière m’inspira des réflexions douloureuses, Le 6, les vaisseaux du Roi, Diamant, l’Ambuscade et la Licorne, et soixante-deux bâtimens de transport qui conduisoient en Amérique de la cavalerie, et la dernière division des troupes Hessoises, furent forcés par un gros-vent du Nord-Ouest de rentrer dans le canal.

Le 8 ,un Courrier m’apporta mes instructions (*), et un ordre d’appareiller tout de suite avec /a Résolution, pour le cap de Bonne-Espérance ; VAmirauté m’enjoignoit de laisser au Capitaine Clerke un ordre de me suivre dès qu’il auroit joint son vaisseau. Ses affaires le retenoient encore à Londres.

L'Europe fut si frappée de la hardiesse éclairée, et du courage intrépide des Navigateurs qui découvrirent le Nouveau-Monde, ouqui parcoururent les premiers Océan de ?Inde et la Mer du Sud, que leurs noms se transmettent à la postérité avec toute la gloire des anciens Argonautes. Nous n’avons pas comme les peuples de l'antiquité, changé leurs vaisseaux en constellations; mais long-temps après leur retour, on alloit voir avec une sorte de respect les débris des bâtimens qui avoient fait des navigations si longues et si périlleuses.

{*) Ces instructions se trouvent dans l’Introduction.

"Quant à moi et mes braves camarades, qui vivons dans un siècle où l'art de la marine est trés-perfectionné, qui profitons des travaux de nos prédécesseurs, et qui les suivons comme nos guides, nous ne devons pas aspirer à la même célébrité, Le public cependant croit devoir encore quelques éloges à ceux qui vont reconnoitre les parties: du globe où les autres voyageurs ne sont point allés ; d’après cette prévention favorable, j'ai inséré , dans mon second voyage, les noms des Officiers de nos deux vaisseaux, et la liste de leurs équipages; j'ai lieu de croire qu’on attend de moi les mêmes détails pour celui;ci.

La Résolution avoit le mème nombre d’Officiers , de Matelots , et de Soldats de marine que dans son premier voyage (*). Le complément de /a Découverte étoit aussi le même que celui de ? Aventure , excepté seulement que six soldats de marine qu’elle avoit à bord, s’y trouvoient sans Officiers. Nous devions prendre à Plimouth les hommes qui nous manquoient, et le g nous reçümes le détachement de soldats de marine que nous donnoit l'Amirauté. Le Colonel Bell, qui commandoit la division de ce port, me choisit des hommes sains, courageux et robustes, dont je fus très-satisfait. Les matelots que ce renfort rendit inutiles, furent envoyés sur ? Océan. Voici le nombre et le titre de ceux qui étoient à bord des deux vaisseaux. :

(*) Le premier Voyage de la Résolution fut le second du Capitaine Cook. :

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