‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme] (volume 2)Chapitre 26 sur 82 · Tome Le · texte numérisé non relu

Tome Le

valles. Une blancheur terne, qui sembloit tenir le milieu entre la brume et les nuages, domina presque toujours dans le ciel. En général , les régions du Tropique ne jouissent guères de cette atmosphère pure qu’on observe dans les climats sujets aux vents variables, et le Soleil n’y brille pas d’une manière aussi éclatante : il paroît que c’est un avantage ; si les rayons de cet astre n’y trouvoient point d’obstacles, il seroit impossible d’en supporter la chaleur. Les nuits y sont souvent belles et sereines.

Le 13, à neuf heures du matin, nous étions à l'entrée du port Praya (Isle Saint-Jago); nous y vimes à l'ancre deux vaisseaux de la Compagnie Hollandoise, et un petit Brigantin. Comme / Découverte n’y étoit pas, et que nous avions consommé peu d’eau depuis notre ünar, à: Ténériffe, je ne crus pas devoir relâcher et je cinglai au Sud. Nous primes quelques hauteurs du soleil pour déterminer le temps vrai : notre longitude évaluée par la montre marine d’après cette observation, étoit de 230 48’ Ouest. La petite Isle qui se trouve dans la Baye nous restoit à l'Ouest-Nord-Ouest , à environ trois milles : ainsi sa longitude est de 23° 51’. La même montre, durant mon second voyage, avoit indiqué 23° 30’. Nous observames la latitude , et notre résultat fut 14° 51/30" Nord.

Le lendemain du jour où nous quittâmes les Isles du Cap Vert, nous perdimes ie vent alisé Nord-Est, et nous n’atteignimes que le 30 celui qui souffle de la partie du Sud-Est ; le 30 nous étions par 2° de latitude Nord, et au vingt-cinquième degré de longitude Ouest.

Durant cet intervalle (*), le vent sc tint le plus souvent

(*) Le 18, je plongeai, à 70 brasses au-dessous de la surface de

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DE COOK. (1776) 35 dans la partie du Sud-Ouest; il souffla quelquefois avec force et par rafales, maisil ne forma ordinairement qu’une jolie brise. Les calmes furent en petit nombre et de courte durée. Entre le douzième et le septième parallèles Nord, le ciel fut en général sombre et nébuicux; nous eimes des pluies fréquentes , qui remplirent la plupart de nos futailles vides. |

Les pluies , et la chaleur étouffante qui les accompagne, produisent trés-souvent des maladies dans cette traversée. On a lieu de craindre de voir la moitié de son équipage sur les cadres, et les Capitaines des vaisseaux ne peuvent trop prendre de précautions; ils doivent purifier lair dans les entreponts avec le feu et la fumée; ils doivent obliger les matelots à sécher leurs hardes toutes les fois qu'on en trouve les moyens. On s’occupa de ces objets avec une assiduité constante à bord de /a Résolution (*) et de la

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la mer, un baquet qui portoit un thermomètre; il y resta deux minutes, etilen fallut trois autres pour le retirer. Le mercure, qui auparavant s’étoit tenu à 78° en plein air, et à 79 à la surface de la mer, descendit sous les flots à 66. L'eau que rapporta le baquet contenoit, suivant la Table de M. Cavendish , Ye 7 parties de sel, et celle que je pris à la surface de la mer, ;5, 4. Cette dernière ayant été puisée après une pluie trés-forte, se trouva peut-être pour cela plus légère. Journal de mer du Capituine Cook.

(*) Voici des détails tirés du Journal de mer du Capitaine Cook : Le 14 Août, on fit du feu dans l’archi-pompe et la calle, afin de donner de lair aux parties basses du vaisseau. Le 15, on exposa sur le pont les voiles de rechange, et on fit du feu dans la soute aux voiles. Le 17, on nettoya et on fuma les entreponts, et on fit du feu une seconde fois dans la soute aux voiles. Le 21, on nettoya et on fuma les entreponts. Le 22, vous les hamacs furent exposés à Pair.

36 TROISIEME VOYAGE Découverte. Ces soins produisirent sûrement de bons effets, car il y avoit alors beaucoup moins de fièvres que dans mes deux premiers voyages : nous eames cependant le chagrin de trouver une multitude de voies d’eau sur toutes les œuvres mortes. La chaleur brilante de l'air avoit ouvert les bordages, qui étoient si mal calfatés, qu'ils introduisoient une grande partie de la pluie dans le corps du vaisseau. À peine y avoit-il un hamac qui ne fut pas mouillé ; et les Officiers qui occupoient la Sainte-Barbe furent tous chassés de leurs postes. La soute aux voiles prit de l'humidité ; la plupart de nos voiles de rechange, n’ayant rx être séchées assez tôt, essuyèrent des avaries consi- «les, et il fallut employer beaucoup de toiles et de temps pour les mal réparer. Le même accident étoit arrivé à la soute aux.voiles, durant mon second voyage; je recommandai à ceux qui en étoient chargés d’y prendre garde; mais il paroit qu'ils négligèrent mon ordre. Les calfats se mirent à l'ouvrage dès que nous eûmes gagné un ciel plus pur et plus fixe; ils goudronnérert les entreponts, et l'intérieur des œuvres vives; car je ne voulois pas mettre le vaisseau sur le côté tandis que nous étions en mer.

Le premier septembre (*), nous coupâmes l’Équateur immense

(*) On voit, par le Journal de M. Anderson, que Paprés-diner se passa à faire la vieille et ridicule cérémonie, de plonger dans la mer ceux qui n’avoient pas encore passé la Ligne. Quoique le Capitaine Cook permit de se conformer à cet usage, il l'a jugé trop minutieux pour en dire, un mot dans son Journal, ou même dans son Journal de mer. Pernetti, auteur d’un Voyage fait aux Isles Malouines, en 1563 et 1764, ne pensoit pas ainsi, car la description de cette fête puérile y occupe 17 pages, et il lui a consacré un Chapitre entier, sous le titre de Baptéme de la Ligne.

En voici le commencement : « C’est un usage qui ne remonte

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DE COOK. (1776) 37 par 27° 38/ de longitude Ouest. Nous avions un bon vent du Sud-Est-quart-Sud ; et quoique je craignisse de tomber sur les côtes du Brési! en m’étendant au Sud-Ouest, je pris un aire de vent largue ; je reconnus ensuite que mes craintes étoient mal fondées, car à mesure que nous approchions de ces côtes, nous trouvâmes le vent de plus en plus dans la partie de l'Est; et lorsque nous fümes à 10° de latitude Sud , nous pouvions nous avancer rapidement vers le Sud-Est. |

Le 8, nous étions par 8° 57” de latitude Sud, c’est-àdire, un peu au Sud du Cap Saint-Augustin, partie de la côte du Brésil : notre longitude, déduite d’un très-grand nombre d'observations de la Lune, se trouvoit de 34° 16/ Ouest ; et la montre marine indiquoit 34° 47’. Le premier résultat est d’un degré 43’, et le second de 2° 14’ plus à l'Ouest que l'Isle de Fernando de Noronha, dont la position a été assez bien déterminée dans mon second voyage (*). J’en conclus que nous n’étions ‘qu’à vingt ou

‘trente lieues au plus du continent d'Amérique. La côte

» pas plus haut que ce Voyage célèbre de Gama, qui a fourni » au Camoéns le sujet de la Lusiade. L’idée qu’on ne sauroit » étre un bon marin, sans avoir traversé l'Équateur, l'ennui insé- » parable d’une longue navigation , un certain esprit républicain » qui règne dans toutes les petites sociétés, peut-être toutes ces » causes réunies ont donné naissance à ces espèces de Saturnales. 2 Quoi qu’il en soit, elles furent adoptées en un instant par » toutes les Nations, etles hommes les plus éclairés furent obligés » de se soumettre À une coutume dont ils connoissoient l’absur- » té; car dès que le Peuple parle, il faut que les Sages se » mettent à l’unisson ».

(*) Voyez la Traduction du second Voyage de Cook, Tom. IV, p. 183.

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d'Amérique devoit se trouver à-peu-près à cette distance, car nous n’avions point de sondes, et aucun indice ne nous annoncoit la terre. Cependant le Docteur Halley dit, dans son Voyage publié par M. Dalrymple (*): Qu'il ne fit pas plus de cent deux milles, comptés sur le méridien de l'Isle de Fernanvno De Norowxa, jusqu’à la côte du Brészz: et il paroît persuadé que les courans ne furent pas la seule cause du résultat 7: son calçul. Je pensequ'il s'est trompé, et que les courans l’avoient entraîné bien loin dans l'Ouest. J'ai lieu de le croire d'après nos observations; car le 5,le 6 et le 7, nous avions trouvé des courans qui portoient à l'Ouest, et durant les vingt-quatre

heures du 8, ils portérent au Nord : nous aperçümes une.

différence de vingt-neuf milles, entre la latitude observée et celle de l'estime. Enfin jusqu’à ce qu'on ait fait à terre de meilleures observations astronomiques sur le gissement de la côte du Brésil, je supposerai que sa longitude est de 35° et demi, ou au plus de 36° Ouest.

Il ne nous arriva rien de remarquable jusqu’au 6 Octobre: le 6 par 35° 15’ de latitude Nord, et 7° 45’ de longitude Ouest , nous eûmes, durant trois jours consécutifs, de légers souffles de vent et des calmes qui se succédèrent l'un à l’autre. Quelques jours auparavant, nous avions vu des albatrosses, des damiers , et d’autres pétrels; nous aperçümes alors trois pinguins qui nous firent sonder, mais une ligne de cent cinquante brasses ne donta point de fond. Un des cauots qu’on mit à la mer tua quel. ques oiseaux; l’un de ces oiseaux étoit un pétrel noir, à-peuprès de la grosseur d’une corneille , à laquelle il ressembloit

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de tout point, excepté par le bec et les pieds; il avoit quelques plumes blanches surle col; le dessous des plumes de l'aile étoit de couleur cendrée; les autres plumes étoient d’un beau noir, ainsi que le bec et les cuisses.

Le 8 dans la soirée , un de ces oiseaux que les matelots appellent noddie, se posa sur nos agrès et fut pris; il étoit un peu plus gros que le merle d’Argleterre , et presque aussi noir , excepte le haut de la téte qui étoit blanc et qui ressembloit 4 une chevelure poudrée. Les plumes blanches commencoient à la racine du bec supérieur ; elles se prolongeoient et prenoient une teinte plus brune jusque vers le milieu de la partie supérieure du col, où paroissoit la couleur noire , qui n’étoit plus interrompue par aucune ligne; il avoit les pieds palmés, les cuisses noires, et un long bec de même couleur , qui ressembloit à celui du courlis : on dit que ces oiseaux ne s’éloignent pas beaucoup de terre ; je ne connoissois point de terre plus voisine du parage où nous nous trouvions, que l'Isle de Gough ou de Richmond , dont nous étions à au-moins cent lieues ; mais il faut observer qu'on n’a guères parcouru la mer atlan: "que au Sud de ce parallèle, et qu'il y a peut-être beaucoup plus d’Isles qu’on n’en voit de marquéessur les cartes.

Nous aperçûmes souvent, durant la nuit, ces animaux marins qui jettent de la lumière, et dont on a parlé dans mon premier voyage : il me sembla que je n’en avois jamais vu d'aussi gros à beaucoup près, et ils étoient quelquefois si nombreux , que nous en comptions une centaine au même moment.

Ce temps de calme fut suivi d'un vent frais du Nord- Ouest qui dura deux jours ; nous eùmes ensuite de légers souffles de vent l'espace d'environ vingt - quatre heures,

fo TROISIÈME VOYAGE

aprés quoi le vent de Nord-Ouest reprit et souffla avec tant de force, que le 17 nous découvrimes le Cap de Bonne-Espérance ; le lendemain nous mouillames dans la baie de /a Table par quatre brasses, l'Eglise nous restant au Sud-Ouest-quart-Sud , et la pointe Verte au Nord-Ouest-quart-Ouest.

Dés que nous eûmes recu la visite ordinaire de l’Inspec- i teur du port et du Chirurgien , j’envoyai un de mes Offi- ; ciers chez le Gouverneur, M. le Baron de Plettemberg ; à À son retour, je saluai la place de treize coups de canon : on me rendit le salut avec le même nombre de coups.

Nous trouvâmes dans la baie deux vaisseaux françois ;

Yun alloit dans l'Znde , et l’autre retournoit en Europe.

Deux ou trois jours avant notre arrivée , un bâtiment de la même nation, qui devoit appareiller pour la France, | rompit son cable et échoua à l'entrée de la baie , où il périt. On sauva l'équipage ; mais la plus grande partie de la car-

gaison fut ensevelie dans les flots, ou , ce qui est la même chose , fut pillée et volée par les habitans de la colonie. à Les Officiers François m’apprirent ces détails , et les Hollandois ne pouvoient nier le fait; mais , pour se disculper q d'un crime qui déshonore un peuple civilisé , ils essayérent 4 de rejeter la faute sur le Capitaine, qui, à ce qu'ils disoient,

p'avoit pas demandé une garde assez tôt.

Dès que nous eùmes salué la place, je descendis à terre, accompagné de quelques-uns de mes Officiers, et j'allai voir le Gouverneur , le Lieutenant-Gouverneur , le Fiscal,

4 et le Commandant des Troupes. Ces Messieurs me recurent avec beaucoup de politesse , et le Gouverneur surtout me promit les divers secours que pourroit me procurer la Colonie. Il me permit d'établir notre observatoire à l'en-

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