‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme] (volume 2)Chapitre 41 sur 82 · CARLA A ANA AAA AAA HOM MT · texte numérisé non relu

CARLA A ANA AAA AAA HOM MT

Anis avoir quitté la Terre de Kerguelen, je mis le Cap à l’Est-quart-Nord-Est. Je voulois, d’sprés les instructions de l’Amirauté, relâcher ensuite à la Nouvelle- Zélande, y faire de l'eau et du bois, et y embarquer du foin pour notre bétail. Le nombre des quadrupèdes, que je me proposois de laisser sur les différentes Isles de la

Mer du Sud, se trouvoit considérablement diminué. Deux jeunes taureaux, une des génisses, deux béliers, et plusieurs des chèvres étoient morts, tandis que nous faisions la reconnoissance des. côtes dont j j'ai parlé dans les deux derniers Chapitres.

Le 31 au matin, c’est-à-dire, le lendemain du jour où nous remimes en mer, nous fimes plusieurs observations du Soleil et de la Lune. Leurs résultats donnèrent 72° 33’ 36” de longitude orientale : la montre marine indiquoit alors 72° 38/15". Ces observations nous furent d'autant plus utiles, qu’elles nous manquoient depuis près d’un mois; elles nous montrérent que le garde-temps n'avoit point eu d'écart essentiel.

Le 1." de Janvier, par 480 41/ de latitude Sud , et 76¢ 5o” de longitude orientale, la déclinaison de l’aimant étoit de 30° 3y/ Ouest : et le lendemain, par 48° 22° de latitude Sud, et 80° 22’ de longitude, elle fut de 300 47’ 18° Ouest: Crest la déclinaison la plus considérable que nous ayons eu dans cette traversée; car ensuite elle commença à diminuer, mais si lentement, que le 3 au soir, par 48° 16’. de latitude Sud, et 85° de longitude orientale, elle étoit de 29° 38/ Ouest.

Jusquici nous eùmes des vents frais de l'Ouest et du Sud-Ouest, et un ciel assez clair. Mais, à cette époque, le vent passa au Nord, d’où il continua à souffler huit jours; il fut-accemnagné d’une brume épaisse. Durant cet intervalle, nous fimes plus de trois cents lieues dans les ténébres. L’atmosphère s’éclaircissoit de temps-en-temps, et elle nous laissoit entrevoir le Soleil ; mais ces éclaircies arrivoient rarement, et elles étoient toujours de peu de durée. Le 7, je fis mettre un canot à la mer, et j'envoyai des

DE COOK. (1777) 101% . it | ordres au Capitaine Clerke; je fixai la baie del venture , 4 ù | sur la terre Van-Diemen, pour notre rendez-vous, si les | je vaisseaux venvient à se séparer. Au milieu de ces brumes, x nous ne nous apercevions guères ; mais nous tirâmes souvent des coups de canon, et nous eùmes le bonheur de ou marcher toujours ensemble.

ps Le 12, par 480 fo! de latitude Sud, et 110° 26’ de | 20 longitude orientale, les vents du Nord cessérent, et il sur- | oit vint un calme; le vent souffla du Sud, quelques heures € ant aprés; il fut accompagné de pluie, et dura vingt-quatre un heures; i! fraichit ensuite, et, passant à l'Ouest et au : att Nord-Ouest, il amena le beau temps, et il rendit le ciel À serein. ji 16° Nous continuâmes notre route, et il ne nous arriva rien toit de remarquable jusqu’au 19. A quatre heures du matin de ati- ce jour, un grain subit renversa à la mer notre petit mât it 18" de hune, qui entraina avec lui notre mat de grand perro- ty ous quet. Cet accident occasionna quelque délai; car il fallut Be nea passer la journée entière à enlever les débris , et à réparer | 480 le vaisseau. La première opération ne nous cotta que quel- H elle ques brasses de petit cordage. Comme a Résolution n'a- | M : voit point de mât de grand perroquet de rechange, je me | - du servis d'un mat de petit perroquet, jusqu'à ce que nous 1 : 2,le trouvassions des bois propres à le remplacer. La Décou- | j Fi urs; verte n'essuya point de dommage. BE tere Le vent souffloit toujours de la partie de l'Ouest; it ; 1 énè- fraichit, et le ciel devint clair; de sorte que nous pimes, @ 3, et presque tous les jours, faire des observations pour dé- Mi A | artie terminer notre longitude et la déclinaison de l'aimant. La ! Gi irée. déclinaison diminua de telle manière, que par 44° 18’ de M: ‘des latitude Sud, et 132° 2’ de longitude orientale , elle 1

étoit seulement de 5° 34’ 18” Ouest; et que le 22, par 43° 27/ de latitude et 141° 50! de longitude, elle se trouva de 1° 24 15" Est : ainsi, nous avions passé la ligne où l’aiguille aimantée n’a point de déclinaison.

Le 24, à trois heures du matin, nous découvrimes dans le Nord un demi - rumb Ouest, la terre Van-Diemen. A quatre heures, le Cap Sud-Ouest nous restoit au Nord- Nord-Ouest un demi-rumb Ouest; et le Mewstone, au Nord-Est-quart-Est, à la distance de trois lieues. On trouve plusieurs Isles et rochers d’une grande hauteur, semés le long de cette partie de la Côte; le Mewstone est le plus méridional. Il est élevé et de forme ronde; et il git à cinq ou six lieues du Cap Sud-Ouest, dans la direction du Sud &5o Est.

A midi, notre latitudeétoit de 43° 47’ Sud, et notrelongitude de 147° Est. Voici la direction qu’avoient les terres par rapport à nous; une colline élevée, arrondie au sommet, nous restoit au Nord 17° Ouest ; nous avions au Nord 74° Ouest le Cap Sud-Ouest; à l'Ouest un demi-rumb Nord, le Mewstone; au Sud 49° Est, l'Isle ou le rocher Swilly ; et au Nord 4o° Est, à-peu-près à trois lieues, le Cap Sud-Est ou Sud. La terre, entre le Cap Sud-Ouest et le Cap Sud, est rompue et montueuse ; la côte tourne, et elle offre des pointes qui se projettent en saillies; mais vous en étions trop éloignés pour juger si les baies que forment ces pointes se trouvent à l'abri de la mer. Celle qui nous parut la plus large et la plus profonde, git à

YOuest de la colline à pic dont je parlois tout-a-lheure. La -

déclinaison de Paimant étoit de 5° 15/ Est.

On jeta la sonde à six heures du soir, et elle indiqua soixante brasses, fond de corail et de coquilles brisées. Le

Cap Sud nous restoit alors au Nord 750 Ouest, à deux ou trois lieues, la pointede Tasman au Nord-Est, et le rocher de Swilly au Sud-quart- Sud-Ouest un demi-rumb Ouest. A environ une lieue à l'Ouest de Swil/y, on voit un autre rocher élevé , que le Capitaine Furneaux n'indique pas. Je Vappelai Éddystone, parce qu'il ressemble beaucoup à cefanal. La nature semble avoir destiné ces deux rochers à remplir les vues qu’on s’est proposées cn Angleterre , dans la construction du fanel d’Eddystone, c’est-à-dire, a instruire les Navigateurs des dangers qui les environnent; car ils sont les sommets trés-visibles d’une ehaine de rochers couverts, sur lesquels la mer brise à une grande hauteur, en plusieurs endroits. Le crottin des oiseaux de mer en a blanchi la surface, de sorte qu’on peut les voir d’assez loin, même durant la nuit. On aperçoit au côté Nord- Est de la baie des Tempétes, laquelle git entre le Cap Sud, et la pointe de Tasman, des anses ou criques, qui nous parurent à l’abri des vents de mer; et je croisggue si l'on examine cette Côte, on y trouvera de bons havres.

Les vents d'Ouest nous quittèrent peu de temps après que nous eûmes découvert la Terre Van-Diemen ; ilsfurent suivis, jusqu’au 26 à midi, de légers souffles de vents variables et de calmes. A cette époque, il s’éleva, dans latpartie du Sud-Est, une brise qui fraichit bientôt, et je pus alors exécuter le projet que javois formé après une mire délibération, de conduire les vaisseaux dans la baie de l’Aventure ,où je comptois trouver du bois, et de l'herbe pour notre bétail. Nous aurions manqué de ces deux articles, si j'avois différé jusqu’à notre arrivée à la Nozvelle- Zélande, d'en embarquer un supplément. Nous portâmes donc sur la baie, et nous y mouillames à quatre heures du

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soir, par douze brasses, fond de sable et de vase. L'Isle des Penguins, qui git prés de la pointe orientale de cette baie, nous restoit au Nord 84° Est; nous avions au Nord 76° et demi Est, la pointe la plus méridionale des Isles Maria, et au Nord 33° Est, le Cap Frédéric- Henri, ou la pointe septentrionale de la baie. Nous étions éloignés d'environ trois quarts de mille de la côte la plus voisine.

Dès que nous fumes mouillés, je fis mettre les canots à la mer; jen pris un, et jallai voir quel seroit l'endroit le plus commode pour embarquer les choses qui nous étoient nécessaires. Le Capitaine Clerke descendit à terre de son côte dans le même dessein. L’eau et le bois s’offrirent en abondance à nos regards : il étoit facile sur-tout de conduirele bois aux vaisseaux; mais l'herbe, dont nous avions le plus besoin, étoit rare, et même très-grossière : il fallut la prendre telle que nous la trouvâmes.

Le 27, dès le grand matin, j'envoyai le Lieutenant King au gpté oriental de la baie, avec deux détachemens; lun pour couper du bois, et l’autre pour cueillir de l'herbe; je crus devoir lui donner aussi les soldats de marine. Quoique nous n’eussions encore aperçu aucun des naturels, il s'en trouvoit certainemént quelques-u dans les environs; car nous avions vu des colonnes de fumée depuis que nous nous étions approchés de la côte, et nous en apercevions alors au milieu des bois à peu de distance. J’expédiai ensuite la chaloupe après les détachemens; et j'allai bientôt visiter les travailleurs. Ceux de nos gens qui étoient à terre, jetèrent la seine le soir au fond de la baie, et ils prireut, d’un seul coup, une quantité considérable de poissons. Ils en auroient pris bien davantage, sils n’avoient pas rompu leur filet en le tirant sur la

grève : ils revinrent ensuite à bord, avec le bois et l'herbe qu’ils avoient coupés. Je voulois appareiller dès que le vent le permettroit. |

Le vent ne fut pas favorable le 28, et j'egvoyai une seconde fois du monde à terre, afin d'en tirer une plus grande quantité de bois et de foin. J’ordonnai aussi au Charpentier et à ses Aides, de couper des éparres pour l'usage de /a Résolution; et M, Roberts alla dans un petit canot reconnoitre la baie.

L'après-midi, nous fimes agréablement surpris de voir arriver huit Naturels du pays, et un jeune garçon à l'endroitoù nous coupions du bois : ils s'approchérent de nous sans montrer aucune crainte, ou plutôt ils se présentèrent avec une extrême confiance; ils n'avoient point d'armes, excepté l’un d'eux qui tenoit un baton de deux pieds de large et épointé à l’une de ses extrémités.

Ils se montroient dans toute la nudité et la simplicité -de la nature, à moins qu’on ne veuille regarder comme une espèce d'ornement de larges piquetures qui offroient sur différentes parties ce leur corps des lignes renflées, droites au courhes.

Ils étoient d’une stature ordinaire, mais un peu mince : ils avoient la peau noire, la chevelure de même couleur et aussi laineuse que celle des Nègres de Guinée; maisils n’avoient pas les grosses lèvres et le nez plat des Noirs de l'Afrique. Leurs traits ne présentoient rien de désagréable ; leurs yeux nous parurent assez beaux, et leurs dents bien rangées, mais trés-sales; les cheveux et la barbe de.la plupart étoient barbouillés d’une espèce d’onguent rouge, et le visage de quelques-uns setrouva peint avecla même drogue.

Ils recurent tous les présens que nous leur fimes, ma

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ils ne témoignérent aucune satisfaction. Lorsque nous leur donnions du pain, et que nous les avertissions par signes qu’ils devoient le manger, ils le rendoient ou ils le jetoient, sans même le goiter; ils refusèrent aussi: des poissons éléphans (*), crus et apprétés , que nous leur offrimes. Quand nous leur présentames des oiseaux, ils ne les rendirent pas, et nous comprimes par leurs signes, qu'ils aimoient beaucoup ce genre de comestible. J’avois amené deux cochons à terre, dans l'intention de les abandonner au milieu des bois. Dès qu'ils furent à la portée de ces animaux, ils les saisirent par les oreilles, comme l’auroit fait un chien, et ils se disposoient à les enlever tout de suite : autant que nous pümes l'apercevoir, ils n’avoient d'autre intention que de les tuer. |

Je désirois connoitre l'usage du bâton que l’un des Naturels tenoit à sa main; je témoignai ce désir par mes gestes, et ils me comprirent : l’un d'eux établit un morceau de bois qui devoit lui servir de but, et il lança le bâton à la distance d'environ vingt verges; mais sa dextérité ne mérita point d’éloges, car dans chacun des essais multipliés qu'il fit, le bâton alla tomber très-loin du but. Omai, afin de leur montrer combien nosarmes étoient supérieures aux leurs, tira un coup de fusil en visant la marque; l'explosion les effraya tellement que, malgré nos caresses et nos soins, ils s’enfuirent au milieu des forêts : l’un d'eux fut si épouvanté , qu'il laissa échapper de ses mains une hache et deux couteaux que nous lui avions donnés. Après nous avoir quittés, ils abordèrent cependant quelques hommes de /a Découverte, qui embarquoient de l'eau : Officier de ce

(*) L’original dit some Elephant Fish.

détachement, ne sachant ni quelles étoient leurs dispositions ni ce qu'ils vouloient, tira en l'air un coup de fusil, et ils s'enfuirent avec la plus grande précipitation.

. Ainsi setermina notre première entrevue avec les Naturels du pays. Je jugeai que leur frayeur les empécheroit de se tenir assez près de nous pour observer ce qui se passeroit, et j'ordonuai de conduire les deux cochons au fond de la baie, à environ un mille dans les bois. Il y avoit un mâle et une femelle : on les abandonna sous mes yeux au bord d’un ruisseau d’eau douce. J’avois d’abord résolu de laisser aussi à la terre Van-Diemen, un taureau, une génisse, des chèvres et des moutons; convaincu ensuite que les Naturels n’avoient pas assez d'intelligence pour sentir nos vues, et qu'ils détruiroient ces animaux, je renonçai bientôt à mon projet. Si jamais ils rencontrent les cochons, je suis persuadé qu'ils les tueront ; mais comme cet animal devient sauvage en peu de temps, qu'il aime les partiesles plus épaisses des forêts, il esttrès-vraisemblable que la races’en perpétuera : il auroit fallu choisir un terrain ouvert pour les boeufs, les génisses, les chèvres et les moutons, et les habitans n’auroient pas tardé à les découvrir. \

La matinée du 19 se passa dans un calme plat, qui dura toute la journée, et qui différa notre appareillage; jenvoyai un détachement sur la pointe orientale de la baie, où je voulois prendre de l'herbe; car on m’avoit informé qu'on y en trouvoit d’une qualité supérieure : un second détachement alla couper du bois: je descéndis moi-même

à terre. Nous avions vu plusieurs des Naturels courant le

long de la côte; ainsi, quoique leur frayeur les eût déterminés la veille à nous quitter si brusquement, ils paroïssoient

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convaincusque nous ne leur ferions pas de mal, et que nous désirions les revoir. Je voulois assister à la seconde entrevue, si nous venions à bout d'en obtenir une.

Nous eùmes à peine débarqué, qu'environ vingt des Naturels, parmi lesquels il y avoit de jeunes garcons, arrivérent près de nous sans aucune espèce de crainte ou de méfiance : l'un d’eux étoit remarquable par sa diftormité; il portoit une bosse énorme sur le dos; ses gestes plaisans et la gaieté que sembloient annoncer ses discours, attirèrent d’ailleurs notre attention. Nous supposdmes qu’il s'efforçoit de nous divertir ; par malheur nons ne l’entendions pas; la langue qu'il parloit étoit même absolument inintelligible pour nous : elle me parut différente de celle des Habitans des parties les plus septentrionales de ce pays, que je rencontrai dans mon premier voyage. On doit d’autant moins en être surpris, que les Insulaires que nous vimes alors différent de ceux-ci à beaucoup d’autres égards (*).

(*) La différence la plus remarquable parott être celle des cheveux. Les Naturels que de Capitaine Cook rencontra en 1769, sur les bords de la rivière Endeavour, « avoient les cheveux natu- » rellement longs et noirs; mais ils les portoient courts : en gé- » néral, ces cheveux, continue-t-il, étoient lisses , mais quelque- » fois ils boucloient légèrement : nous n’en avons point aperçu » qui ne fusseut fort mélés et sales ; leur barbe, touffue et épaisse, » étoit de la même couleur que leurs cheveux ». Premier Voyage de Cook, dans la Collection de Hauskworth, Tome IV, p. 118 de la Traduction frangoise.

Il faut observer ici, d'aprés le témoignage du Capitaine King, que M. Cook eut @e la peine à convenir que les cheveux des Naturels de la Baie de I’ Aventure fussent laineux ; il crut que ceux de ses gens qui les virent pour la première fois s’étoient trompés ; qu'ils attribuoient à ces cheveux la qualité de la chevelure des Négres, parce qu’ils étoient remplis de graisse et d’ocre rouge.

Les Naturels de la terre Van-Diemen ne paroissent pas

d’ailleurs aussi misérables que les peuplades rencontrées par

Dampierre sur la côte occidentale de la Nouvelle - Hollande (*).

Trois ou quatre rangs de petites cordes tirées dela four-

rure d’un animal, flottoient autour du col de plusieurs d’en-

Le Capitaine King l’ayant engagé ensuite à examiner avec soin la chevelure des petits garçons et des femmes, qui n’offroit point d’ordure, on reconnut qu’elle étoit naturellement laineuse. Peutêtre M. Cook s'est-il mépris de la même manière sur la qualité des cheveux des Naturels qui habitent les bords de la rivière Endeavour ; peut-être la chevelure est-elle laineuse aussi: car il dit expressément, que les cheveux de tous les Insulaires qu'il vit, étoient fort mélés et sales.

(*) Les Insulaires que Dampierre rencontra sur la côte occidentale de la Vouvelle- Hollande, offrent plusieurs points de ressemblance avec ceux que M. Cook a vus à la Terre Van-Diemen.

1.0 Les uns et les autres sont également familiers avec les Etrangers.

2.9 Leur ‘stature et leur fignre sont les mêmes; ils se tiennent fort droits ; ils sont minces de taille; ils ont la peau noire, les cheveux noirs, courts et bouclés, comme les Négres de Guinée, et leur bouche est très-grande.

3.0 Les uns et les autres n’ont ni maisons, ni vétemens, ni pirogues, piinstramens de pêche pour prendre de gros poissons ; ils se nourrissent de moules, de petoncles et de limagons de mer grillés ; ils ne tirent aucun fruit de la terre ; ils n’ont d'armes qu’un bâton épointé à Pune de ses extrémités, etc,

Les Naturels de la Terre Van-Diemen ont dt cependant paroître moins misérables que ceux dont parle: Dampierre, 1.0 Ces derniers ont toujours les paupières à demi-fermées , afin de garantir leurs yeux des mouches extrémement incommodes dans cette partie de la Nouvelle-Hollande; 2.° il leur manquoit deux dents à la mandibule supérieure, et ils n’avoient point de barbe. Voyez les Foyages de Dampierre. On n’a aucune raison de croire q ¢ ce Voyageur s’esttrompé.dans ses descriptions.

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tre eux; une bande étroite d'une peau de kangurvo, environnoit la cheville du pied de quelques autres. Je leur donnai à chacun un collier de grains de verre et une médaille. Ce présent parut leur faire plaisir; ils sembloient ne mettre aucun prix au fer ni aux outils de ce métal; ils ignoroient même l'usage des haweçons, si l'on peut établir cette opinion d’après l'indifférence avec laquelle ils regardérent les nôtres.

Il est difficile de croire qu'une peuplade établie sur la côte de la mer, et qui ne semble tirer des productions du sol aucune partie de sa substance, ne connoît aucun moyen de prendre du poisson. Vobserverdt seulement que nous ne les avons jamais vus occupés de la péche, et que nous n'avons aperçu ni pirogues ni canots. Ils rejetérent, il est vrai, l'espèce de poisson que nous leur offrimes; mais les amas de coquilles de moules que nous trouvâmes en différens endroits près du rivage, et autour des habitations désertes situées au fond de la baie, démontrent du moins qu'ils mangent quelquefois des coquillages. Les habitations désertes dont je viens de parler, étoient de petites huttes construites avec des perches et couvertes d’écorce : nousaper çmes plusieurs gros troncs d'arbres qui avoient été creusés par le feu; et nous pensâmes avec raison que ces troncs d'arbres leur servent de temps-en-temps d habitation. Nous aperçûmes des vestiges de feu dans l'intérieur ou aux environs, et par-tout où il y avoit des amas de coquillages, et c’est une preuve sûre ve cuisent leurs alimens.

Je passai environ une heure avec ceux des Naturels qui entouroient nos bucherons; comme je n'avois à craindre aucune hostilité de leur part , je me rendis auprès du +

DE COOK. (2777) 11É détachement qui coupoit de l'herbe sur la pointe orientale dela baie : ce détachement avoit rencontré une belle prairie. On chargea les canots devant moi, et je retournai diner à bord, où le Lieutenant King arriva bientôt.

Il m’apprit qu’au moment où je venois de quitter la côte, plusieurs femmes et quelques enfans abordèrent nos travailleurs , et que ces femmes et ces enfans lui furent présentés. Il leur donna les bagatelles qu'il avoit avec lui: une peau de kanguroo, qui n’étoit point apprétée, flottoit, sur les épaules et autour de la ceinture des femmes; nous la jugeâmes destinée à soutenir les enfans qu'elles portent quelquefois sur leurs dos ; car elle ne couvroit pas les parties naturelles. Les femmes étoient d’ailleurs aussi nues et aussi noires que les hommes, et elles avoient le corps piqueté ou cicatrisé de la même manière; mais, quoique leurs cheveux fussent de la même couleur et de la même nature, quelques-unes avoient la tête complétement rasée : les cheveux de plusieurs se trouvoient coupés seulement d’un côté; la partie supérieure de la tête des autres offroit une espèce de tonsure qui ressembloit à celle de Prétres catholiques (*). La plupart des enfans nous parurent jolis;

(*) Le Capitaine Cook a eu raison de dire que les habitans de la Terre Van-Diemen diffèrent, à bien des égards, des Naturels qu’il rencontra lors de son premier Voyage dans les parties septentrionales de la côte Est de la Vouvelle-Hollande ; il faut remarquer seulement qu’il ne vit qu’une femme en 1770 (c’étoit dans la Baie. de Botanique ) ; elle portoit ses cheveux courts, et l’homme qui l’accompagnoit avoit ses cheveux longs et épais, la barbe longue aussi et grossière. Voyez le premier Voyage de Cook, dans la Collection de Hawkesworth. Ainsi, cet usage est commun aux Naturels de la Terre Van-Diemen et a ceux des parties septenocales de la côte Est dela lVouvelle-Hollande.

mais nous n’eûmes pas la même opinion de la figure des femmes, et sur-tout de celles qui étoient avancées en âge : on m’apprit cependant que quelques Officiers de /a Dé. couverte leur avoient adressé des hommages, qu'ils leur avoient offert des présens d'une grande valeur, et qu'ils furent repoussés avec beaucoup de dédain : je ne dirai pas si elles résistérent par un sentiment de dédain, ou dans la crainte de déplaire aux hommes du pays; il est sar que cette galanterie de nos Messieurs n’étoit point agréable aux Insulaires, car un vieillard qui s’en aperçnt, or‘lonna tout de suite aux femmes et aux enfans de se retirer : les femmes obéirent; mais elles montrèrent un peu de répugnance.

Cette conduite des Européens envers les femmes des peuplessauvages, est trés-blamable; elle inspire aux hommes du pays une jalousie qui peut nuire beaucoup au succès d’une entreprise; elle fait tort à un équipage entier, sans remplir les vues particulières des individus : j'ai vu que de pareilles avances sont assez inutiles. En général, on observera, je crois, que parmi les peuplades peu civilisées ; où les femmes se montrent d’un accès facile, les hommes sont les premiers à les offrir aux étrangers, et que s'ils ne les offrent pas, on essaiera en vain de les séduire avec des présens, on cherchera inutilement des lienx écartés. Je puis assurer que cette remarque est juste pour toutes les Isles de la mer du Sud où j'ai relâché. C'est donc jouer un rôle absurde, c'est donc compromettre sa sûreté et celle de ses camarades, que de solliciter vivement , dans les voyages de long cours, des femmes qui ne veulent pas se rendre.

L'après - midi, j’allai voir les Fourrageurs, afin de hater

DE COOK.‘ (1777) 173 leurs travaux : je les trouvai sur l'Isle des Penguins, où ils avoient découvert une herbe excellente. Nous travaillames , avec ardeur, jusqu’au coucher du soleil, et nous nous rendimes ensuite à bord. -Je jugeai que nous avions alors assez de foin pour atteindre la Nouvelle-Zélande.

Depuis notre arrivée ici, nous avions eu des calmes ou de légers souffles de vent de la partie de l'Est. Ainsi, marelâche ne nous fit point perdre de temps; car, si j'avais tenu Ja mer, nous n’aurions pas avancé notre voyage de plus de vingt lieues ; et quoique notre séjour à la Terre Van- Diemen ait été de courte durée , il m'a mis en état d’ajouter quelques remarques à la description encore bien imparfaite de cette partie du globe.

Avant nous ,on avoit abordé deux fois à la Terre Van- Diemen. Elle reçut ce nom de Tasmen, qui la découvrit au mois de Novembre 1642. Elle n’a vu aucun Navigateur Européen jusqu’au mois de Mars 1773 , époque où le Capitaine Furneaux y toucha. Je n'ai pas besoin de dire que c’est la pointe la plus méridionale de la Nouvelle-Hollande; qu’elle forme , nonun continent, mais la plus grande Isle du monde connu. |

La plus grande partie du sol est d’une bonne hauteur ; on y trouve des collines et des vallées; et on y aperçoit par-tout cette teinte de verd:qui annonce la fertilité. Le pays est bien boisé, et si l’on peut établir son opinion d'après les apparences, et d’après les observations que nous fimes dans la baie de I’ Aventure, il n’est pas mal arrosé: nous rencontrames de l’eau en abondance en trois ou quatre endroits de cette baie. La meilleure, ou celle que les Navigateurs peuvent embarquer plus commodé-

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