Tome Ier
ment, se puise à l’un dès ruisseaux qui tombent dans un étang situé derrière la grève du fond de la baie. Elle se méle dans l'étang avec l'eau de la mer, et il faut la puiser au-dessus, ce qui n’est point difficile. On charge trèsaisément du bois à briler.
Le vent de Nord-Est est le seul auquel cette baie soit exposée ; mais comme il souffle des Isle Maria, il ne peut amener une très-grosse mer, et en tout, la rade doit être regardée comme sire. Le fond est net et d’unebonne tenue ; la mer y a de douze à cinq et quatre brasses de profondeur. La carte ci-jointe instruira mieux que mes discours, des choses qu'il importe de savoir sur la baie de VY Aventure.
L’esquisse de la Terre Van-Diemen, faite par le Capitaine Furneaux, et insérée dans mon second Voyage (*), ne me paroit pas contenir d'erreur essentielle, excepté à l'égard des Isles Maria, dont le gissement est mal placé. On peut comparer cette position avec celle que je leur donne dans ma carte; je la publie, non comme le résultat d'observations plus soignées , mais comme le fruit d’un second examen. La longitude fut déterminée par un grand nombre d'observations de Lune, faites avant que la terre s'offrit à nos regards, tandis qu’elle étoit en vue; et après que nous l’eûmes quittée, ces observations furent rapportées par la montre marine à la baie de l’Aventure , et à plusieurs des points principaux de la eôte.
La Table suivante indique sur la même ligne la latitude et la longitude.
(*) Tome L.e", page 23a de la Traduction frangoise.
Latit. Nord. Long. Orient, Baie de V Aventure. 430 21° 20'— 147° 29! 0” Pointe de Tasman,. 43 33 o — 147 28 © Cap méridional.... 43 42%. o— 146 56 o Cap Sud-Ougst..... 43 37 o— 146 7 o Jsle Swilly......,. 43 55 0 — 147 6 oO Déclinaison de l’aimant, 5° 15/Est.
Baie de P Aventure. ri de l’extrémité méridionale de l'aiguille, 700 15/ 2.
Le 29, c’est-à-dire deux jours avant le dernier quartier de la Lune, nous emes la marée haute à trois heures du matin. L’élévation perpendiculaire des flots fut de dix-huit pouces, et rien n’indiquoit qu’elle eût jamais excédé deux piedset demi. Voilà toutes les remarques utiles à la navigation, que ma courte relâche m'a permis de faire sur la terre Van-Diemen.
M. Anderson employa, avec son activité ordinaire, le peu de jours que nous passames dans la baie de l’ Aventure, à examiner le pays. Il a bien voulu me donner ses remarques sur les productions naturelles, et lorsqu'on les aura lues, on ne regrettera point les miennes. Quelques-unes de ses observations suppléeront à ce que j'ai omis ou à ce que j'ai dit d’une manière imparfaite ; et quoique son vocabulaire sur la langue du pays soit peu étendu , les Savans qui recueillent des matériaux pour découvrir l’origine des différentes Nations , le recevront avec plaisir. Je préviendrai seulement que les grands arbres de haute futaie dont il parle, sont d’une éspèce différente de ceux qu'on trouve sur les parties les plus septentrionales de cette côte. Le bois en est d’un:tissu très-serré et fort dur; on peut en
faire des esparres, des rames, ou l'employer à beaucoup 8*
d'autres usages ; et si on découvre un moyen d’en alléger le poids, il offrira au besoin d’excellens mats, et peut-étre les meilleurs dw monde.
« On trouve au fond de la baie de l’ Aventure, une jolie » gréve de sable; elle paroit formée uniquément des par- » ticules détachées par les flots, d’un trés-beau grés blanc » qui borde la céte presque par-tout, et dont la pointe » Canaee, située à peu de distance, semble composée. » Cette grévea environ deux milles delongueur; on y pêche » à la ligne d’une manière commode; les deux vaisseaux » profitèrent à diverses reprises et avec succès de cet » avantage : on rencontre par derrière une plaine qui a » un lac d’eau salée, ou plutôt d’eau saumâtre, dans lequel » nous primes à la ligne de petites truites et un nombre » assez considérable de brêmes blanches. Les rives longi- » tudinales de ce lac sont parallèles à la grève; les autres » cantons quiavoisinent la baie sont mcntueux; ils offrent, » ainsi que la plaine , une seule forêt de très-grands arbres, » que les arbrisseaux, les fougeraies et les débris d’arbres » rendent presque impéñétrable ; il faut en excepter néan- » moins les flancs de quelques - unes des collines, où les » arbres sont clair - semés; et où l'on n'a à lutter que
» contre une herbe grossière.
» Au Nord de la baie, on voit un terrain bas, qui se » prolonge au-delà de is portée de la vue; ony aperçoit » quelques touffes de bois répandues çà-et là : nous n’avons » pas eu occasion d'examiner d’ailleurs en quoi il diffère » du terrain des collines. Le sol de la plaine est sablonneux, » ou il offre un terrain jaunâtre, et quelquefois une argile » de couleur rouge. Le sol de la partie inférieure des » collines est de la même espèce , mais plus haut, ét, sur.
léger t-être
e jolie s parblanc Jointe Josée.
pêche seaux de cet qui a lequel ymbre longiautres ffrent, bres, arbres néanoù les
que
qui se ercoit avons iffère neux, argile e des ) SUr-
» tout dans les endroits où il y a peu d'arbres, il paroit » d’un gris foncé , et nous le jugeâmes très-stérile,
» Les flancs des collines distillent de l’eau dans les val-
» lées; on y trouve de petits ruisseaux en quelques endroits;
» ces ruisseaux suffirent pour remplir nos futailles, mais
» ils n’étoient pas aussi considérables que sembloit le pro-
» mettre l’étendue de la terre Van-Diemen : nous en fi-
» mes d'autant plus étonnés, qu’en tout elle est montueuse
‘» et bien boisée; une foule d'indices annoncent que ce
» pays est très-sec, et sans ses bois, on pourroit peut- » être le comparer aux environs du Cap de Bonne-Espé- » rance, quoique cette partie de l Afrique gisse dix de- » grés plus au Nord. La terre Van-Diemen ne ressemble » pas à la Nouvelle-Zélande, située àla même latitude,où » la plus petite vallée offre tn ruisseau considérable. La » Chaleur paroit aussi très-grande, car le thermomètre se » tenoit à 64 et 70 degrés, et il monta un jour à 74; nous » observames que les oiseaux, une heure ou deux après » qu'on les avoit tués, se couvroient de petits vers: j’at-
» tribue cet effet uniquement à la chaleur; car nous n’a-
» vons aucune raison de supposer que ce climat a une dis- » position particulière à putréfier les corps.
» Nous n'apesçänes ‘point de minéraux, et même, » excepté le grès blanc dont j'ai deja parlé, nous ue vimes » pas d’autres pierres. :
» Aucune des productions végétales que noùs avons » trouvées, ne peut servir de comestibles.
» Les arbres des foréts sont d’une seule espéce, et ils » s'élèvent trés-haut; ils sont parfaitement droits, et ilsne » poussent guères de branches que vers le sommet : l'é- » corce en est blanche, et on diroit de loin qu'on les a
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118 TROISIÈME VOYAGE » pelés; elle est d'ailleurs épaisse, et on y trouve quelque- » fois des morceaux d'une gomme ou résine transparente, » rougeâtre, et d’une saveur astringente ; les feuilles sont » ongues , étroites et épointées ; elles portent des grappes » de petites fleurs blanches, dont les calices étoient répau- » dus sur la terre en grande quantité, et mélés avec des » calices d'une autre sorte, à-peu-près de la même forme, » mais beaucoup plus larges, d’où il paroit résulter qu'il » y a deux espèces de cet arbre. L’écorce des plus petites » branches, le fruit et les feuilles, ont un goût piquant et » agréable, et une odeur aromatique qui approche de celle » de la mente (1); l'arbre a quelque affinité avec les myr- » thus des Botanistes.
» L'arbre le plus commun après celui-ci est petit; il » n'a qu’environ dix pieds de haut ; il produit beaucoup de » branches; il offre des feuilles étroites et une large fleur » jaune et cylindrique, composée d’une multitude de fila- » mens. Lorsque cette fleur est tombée, elledaisse un fruit » qui ressemble à une pomme-de-pin (2): les deux autres » dont je viens de parler, sont inconnus en Europe.
» On ne voit guéres d’autres sous-bois qu’un arbrisseau » qui approche un peu du myrthe, qui semble être le Zep- » tospermum scoparium indiqué dans le Car. gen. plan. » du docteur Forster, et un second plus petit, qui est une ». espèce de Melaleuca de Linnæus.
» Les plantes ne sont pas nombreuses ; en voici la liste: » une espèce de gladiolus, le jonc, la campanelle, le fe-
(x) L’original dit Pepper Mint; et ce mot pourroit bien signifier du poivre.
(2) Il y a dans original, Pine Top.
elquerente, s sont appes ‘épanc des orme, qu'il etites ant et > celle myr-
it; al ip de fleur » filafruit utres
seau
lep-
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» nouille marin , l'oseille sauvage, l'herbe au lait, l'herbe » à ruminer (1), la larme de Job, et quelques autres pz:- » ticulières à cette terre. Il y a plusieurs espèces de fou- » gères , telles que la polypode, ia scolopendre, la femelle, » et des mousses; mais ces mousses sont communes, ou du- » moins on les trouve ailleurs , et sur-tout à la Nouvel/e- » Zélande.
v Le seul quadrupède que nous ayions pris est un opos- » sum, à-peu-près deux fois aussi gros qu’un gros rat : c'est » vraisemblablement le mâle de l'espèce rencontrée sur » les bords de la rivière Exdeavour, dont parle la collec- » tion de Hawesworth (2). Il est noirâtre dans la partie » supérieure du corps, avec des teintes brunes ou couleur » de rouille, et il est blanc dans la partie inférieure; le » tiers de la queue, du côté de la pointe, .est blanc et dé- » garni de poil au-dessous ; il grimpe ou s'accroche sur les » branches d'arbres, parce qu'il vit de bayes, et il est » probable que cette nudité d'une partie de la queue est » une suite de ses habitudes. Le dessin de M. Webber » en donnerauneidée plus juste que tout ce que je pourrois + en dire. Le Kanguroo, autre animal qu'on trouve sur » lescétes plus septentrionales dela Nouvelle-Hollande(3), » habite sûrement aussi la terre Van- Diemen; car les. » Naturels qui vinrent nous voir portoient des pièces de » sa peau: d’ailleurs en courant les bois, nous vimes à » diverses reprises, mais d'une manière confuse, des ani- » maux qui fuyoient devant nous, et nous jugeâmes, sur
(a) Iya dans l'original, Cud weed.
(2) Tome IV de la Traduction françoise.
(3) Voyez le premier Voyage de Cook.
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» leur grosseur, quils étoient de cette espèce. Il semble, » par le crottin que nous rencontrâmes par-tout, et par » les sentiers étroits qu'ils fraient au milieu des buissons, » qu'ils y sont très-multipliés.
» lly a plusieurs espèces d'oiseaux ; mais ils sont si » rares et si sauvages, qu'on leur fait probablement la » guerre. Les insulaires en tirent peut-être une grande » partie de leur subsistance. On rencontre sur - tout dans » les bois, de grands faucons ou aigles bruns, des corneilles, » à-peu-près les mêmes qu'on trouve en Angleterre, des 5 perroquets jaunes et de gros pigeons : il y a aussi trois » à quatre espèces de petits oiseaux, dont l’un est de l’es-
pèce de la grive; un autre plus petit, dont la queue est » assez longue, a une partie de la tête et du col d’une belle » couleur d’azur, et nous lui donnâmes le nom de Mota- » cilla Cyanea. Nous vimes sur da côte plusieurs espèces
de goélands , un petit nombre de pies de mer noires, et
un joli pluvier couleur de pierre, qui avoit une huppe
noire : nous aperçümes: des canards sauvages autour » d'un étang ou d’un lac qui est derrièré la grève, et des » nigauds avoient coutume de se percher sur les arbres » élevés et sans feuilles qui sont près du rivage.
» Nous trouvâmes dans les bois des serpens noirâtres » assez gros: noustudmes un gros lézard inconnu jusqu’a- » lors; ilavoit quinze pouces de long et six de tour; le noiret » le jaune étoit nuancés sur sa peau d’une manière agréable. » Nous en tudmes un autre plus petit, de couleur brune et » dorée au-dessus, et de couleur de rouille au-dessous.
» La mer est plus peuplée d'animaux, et les espèces y » sont aussi variées que sur la terre. Le poisson éléphant
DE COOK. (1777) rar
» ou pejegallo dont parle le Voyage de Frézier (1), est le » plus nombreux, et quoiqu'il soit d’une qualité idférieure » à la plupart des autres poissons, nous le trouvames bon » à manger. Nous primes plusieurs raies , des nourrices (2), » des petits eather jackets (3), de petites brémes blanches, » d'une chair plus ferme et meilleure que celles que nous » avions péchées dans le lac. Nous primes aussi un petit ‘» nombre de soles et de carrelets, deux espèces de ¢ri- » gla (4), dont Pune est nouvelle , de petits mulets tache- » tés, et, ce qui nous surprit beaucoup, le petit poisson » qui a une bande d’argent sur le côté, et qui est appelé
» atherina hepsetus par Hasselquist (5).
» Personne de nos équipages ne se souvenoit d'avoir
» vu l'espèce qui est la plus nombreuse et la meilleure » après le poisson éléphant : elle tient tout-à-la-fois de la » nature des poissons de forme arrondie et des poissons » plats; elle a les yeux placés très - près l’un de Fautre ;
» Pavant-corps plat et le reste arrondi ; elle est de couleur » de sable brunatre; elle a des taches couleur de rouille .» dans la partie supérieure, et elle est blanchatre au-des- » sous; elle est toujours couverte d’une matière visqueuse, » et nous jugeâmes qu’elle vit au fond de la mer FOIS » les poissons plats.
» Les rochers offrent une quantité considérable de
(1) Tome II, p. arr, N.° 12, Planche 17.
(2) Il y a dans l'original, Nurses.
(3) Je n'ai pu découvrir le nom que les Naturalistes François donnent à ce poisson.
(4) Ce poisson est de la classe de Thoricacae. Wy en a trois espèces.
(5) Iter Palestinum.
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maaan ae on A EM had > = a = =
r22 TROISIÈME VOYAGE » moules et d’autres coquillages : il y a aussi un grand » nombse d'étoiles de mer, de petits lepas (1), et beaucoup » d’époñges, La mer jette sur la côte une espèce d’éponge » qui est d'une texture très-délicate; celle-ci n’est pas com- » mune : nous en distinguâmes une seconde qui est le sponv gia dichotoma,
» Nous recueillimes sur la grève une foule de jolies têtes » de Méduse , et la daplysia puante ou le liève marin» » dont le suc a, selon l'observation de quelques Auteurs , » la propriété d'enlever les poils ; les /ap/ysia que nous » rencontrâmes ne produisoient pas cet effet.
» Lesinsectes, quoique peu nombreux, sont très-variés; » des sauterelles, des papillons, et plusieurs espèces de pe- » tites teignes, dont les couleurs nous parurent nuancées » d’une manière agréable, s'offrirent à nos yeux: il ya » deux espèces de mouches de dragon(2), des taons , des » mouches de chameau(3), plusieurs espèces d'araignées, » et quelques mouches scorpion; mais celles-ci sont rares. » La famille la plus incommode , quoiqu’elle ne soit pas » très-multipliée, est celle des mousquites ; je ne dois » point oublier une grosse fourmi noire , dont les morsu- » rès causent des douleurs presque insupportables : heu- » reusement ces douleurs se calment bientôt. Le proboscis » venimeux des mousquites produit aussi une douleur très- » vive.
» Les Naturels que nous aborddmes n'avoient point ce » regard farouche, ordinaire aux peuplades qui se trou-
(1) Dans Foriginal. Zimpets.
(2) L’original dit Dragon's flies.
(3) On lit dans l'original, Camel's fies.
» vent à cepoint decivilisation; ils paroissoient au contraire » doux etjoyeux , et ils ne nous montrèrent ni réserve ni » jalousie. Cette familiarité et cette gaieté de caractère » peuvent venir de ce qu'ils ont peu de chose à perdre et » à garder,
» Nous ne pouvons guères parler de leur vivacité ou de » leur intelligence ; rien n’annonce qu'ils possèdent la pre- » mière qualité à un degré remarquable, et ils semblent » doués de moins de pénétration encore que les Habitans » dela Terre de Feu, qui ne manquent point de matériaux, » mais qui n'ont pas assez d'esprit pour se faire des vête- » mens et se défendre contre la rigueur du climat. Le pe- » tit bâton grossièrement épointé que portoit l'un d’eux , » est la seule chose qui indiquat de leur part un travail mé- » canique. J'ai déjà dit que quelques-uns avoient des ban- » des de peau de kanguroc attachées sur le pied avec des » lanières ; mais nous n’avons pu savoir si ces bandes de » peau leur tiennent lieu de souliers, ou s'ils vouloient » seulement couvrir une plaie. Les piquetures et les décou- » pures de leursbras et de leur corps, ceslignes renflées ou » cicatrices qui ont différentes longueurs et différentes di- » rections, et qui se trou¥ent assez élevées au-dessus de » la surface de la peau, annoncent une sorte d'adresse ; il
‘» est difficile d'imaginer la méthode qu'ils emploient pour
» exécuter cette singulière broderie. En voyant des hommes » quileur ressembloient si peu et des choses qui leur étoient » absolument étrangères , ils ne témoignèrent aucune sur- » prise; ils montrèrent de l'indifférence pour les dons » que nous leur fimes; ils ne parurent attentifs à rien, et » il n’est pas besoin de citer d’autres preuves de l’engour- » dissement de leur esprit.
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124 TROISTEME VOYAGE
» Leur teint est d'un noir sale, et moins foncé que celui » des Nègres d'Afrique ; il paroit qu'ils en augmentent la » noirceur en se barbouillant le corps; car dès qu'ils tou- » choient quelque chose de propre, tel que du papier blanc, » ils le salissoient. Leur chevelure est complètement lai- » neuse ; comme ils y mettent beaucoup de graisse mélée » avec un enduit rouge ou avec de l’ocre , elle est grume- » lée ou divisée en petites parties ainsi que celle des Æot- » tentots, Leurs cheveux ne bouclent point par un effet » de cet usage; car j'examinai la tête d'un petit garçon, qui » n'avoit jamais été enduite , et je reconnus que ses che- » veux étoient naturellement tels que je les ai décrits plus » haut. Leur nez est large et plein , quoiqu’ilne soit pas ap- : » plati. La partie inférieure de leur visage s’avance en ° | » Saillie, comme celle de la plupart des Insulaires de la » mer du Sud que j'ai vus; en sorte qu'une ligne perpen- » diculaire tombant du haut de la tête, couperoit une par- » tie beaucoup plus considérable du menton, que sur le » visage d'un Européen : leurs yeux sont d’une grandeur » médiocre ; il y a moins de blanc que dans les nôtres ; et » sans être ni vifs ni perçans , ils donnent à leur physio- » nomie un air de franchise ee de bonne humeur : leurs » dents sont larges; elles ne sont ni égales ni bien rangées : æ cles ne me semblèreut pas d’un blanc aussi parfait que celles des Nègres ; mais j'ignore si la saleté n’en altéroit » pas la blancheur naturelle : leur bouche est un peu trop » grande; elle l'est peut-dire moins qu'elle ne le paroît, » parce qu'ils portent leur barbe longue et qu’il l'enduisent » de peinture ainsi que leurs cheveux : leur corps est dail- » leursbien proportionné , quoiqueleur ventre soit un peu » gros: cela peut venir de ce qu'ils ne se serrent jamais ;
pen ir see A
» car il faut observer que dans la plupart des autres pays; * on porte des ceintures plus ou moins-fortes. La posture » qu'ils aiment le mieux est de se tenir debout , la partie » supérieure du corps un peu recourbée en avant, et l’une » des mains traversant le dos et saisissant l'autre bras qui » tombe nonchalamment.
» On observe ici ce que les anciens Poëtes nous disent » des Faunes et des Satyres, qui habitoient des troncs » d'arbres. Nous trouvames, au fond de la baie, de miséra- » bles charpentes recouvertés d'écorce, qui méritoient à » peine le nom de huttes; mais ces pauvres demeures ne » sembloieht avoir été construites que pour un séjour pas- » sager , et nous rehcontrâmes une multitude de gros ar- » bres creusés, qui'offroient un meilleur asyle. A l’aide du » feu , ils avoient pratiqué dans les troncs un espace de » six ou sept pieds de hauteur: Les foyers d’argile quenous » y vimes , et’ autour desquéls quatre ou cing personnes » boütéleit s'asseoir (*), démontrent qu'ils les habitent » quelquefois. Ges habitations sont très - durables , car ils
. » ont soin‘de laisser entier un des côtés de la atbve: ce qui
» suffit pour y entretenir une sève aussi chondants que » dans les autres.
” » Les Naturels de la terre Van-Diemen sont sans doute ». de la même race que ceux des parties septentrionales »\de la Nouvelle- Hollande. Quoiqu’ils n'aient pas la vue
(*) Tasman trouva , dans la baie de Frédéric-Henry, voisine de celle de VAventure, deux arbres, dont l’un avoit deux brasses , et l’autre deux brasses et demie de tour; les branches ne commençoient qu’à 60 ou 65 pieds de terre. Lisez son Voyage dans Ja Collection de Harris, Edition de Campbell, Vol. I, p. 136.
» mauvaise , et deux dents de moins à la mandibule supé- » rieure, comme ceux que vit Dampierre sur la côte Ouest » de ce pays ; quoique la Cescription de ceux que le Capi- » taine Cook apergut sur la côte orientale, durant son pre- » mier voyage’, ne leur convienne pas à bien des égards, » je suis persuadé toutefois , que la distance des lieux , la » Communication interrompue, la diversité du climat et le » laps du temps, suffisent pour produire plus de diffé- » rences dans la figure et les usages, qu'il n’y en a réelle- » ment entre les peuplades de la terre Van-Diemen et » celles dont parlent Dampierre et le premier Voyage de » M. Cook. Le Journal de Parkinson offre le portrait de » Pun des habitans des hords de la rivière Endeavour, »et ce portrait ressemble beaucoup aux Naturels de » la baie de l'4venture. Si leur langue n’est pas la même, » cette circonstance ne forme point une difficulté inso-
M5 64 See er RME
» luble; car la conformité du langage de deux peu- k » plades qui vivent éloignées l'une de l’autre, prouve bien : » qu'ils viennent d’une souche commune,; mais la diffé- Hq
» rence des idiémes n’est pas une preuve du contraire(*),
(*) L’habile Auteur des Recherches sur les Américains dèveloppe cette idée d’une manière trés-satisfaisante : « C'est quelque » chose de surprenant, dit-il, que la foule des idiômes, tous va- » riés entre eux, que parlent les Naturels dé ! Amérique Septen- » trionale : qu’on réduise ces idiômes à des racines, qu’on les sim- » plife, qu’on en sépare les dialectes et les jargon» dérivés, il en + résulte toujours cing à six langues mères; respectivement incom- » préhensibles. On a observé la même singularité dans la Sibérie » etla Tartarie, où le nombre’ des ididines et des dialectes est » également multiplié; et rien n'est plus commun que d’y voir » des hordes unies, qui ne se compireñnént point. On retrouve » cette même multiplicité de jargons dans toutes les Provinces de » l'Amérique jidéridionale. (11 auroit pu y ajouter l'Afrique, ) I
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apéuest apipre = rds y ty la et le ifféellen et e de t de our 9 ; de me, insopeubien iffée (+).
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DE, COOK. (1777) 127 » Il faudra étudier beaucoup la langue de la terre Vana » Diemen , et cell: des parties les plus septentrionales de » la Nouvelle Hallande, avant de prononcer que ces idiô- » mes diffèrent l’un de l’autre : je présume même que l'o- » pinion contraire est mieux fondée; car nous reconnämes » que l'animal appelé Kanguroo, sur les bords de la ri- » vière Endeavour, est connu ici sous le même nom; et » je n’ai pas besoin d'observer qu'il est difficile d'attribuer » au hasard cette conformité dans la langue des deux peu » plades: d'ailleurs il paroit vraisemblable que les habitans » de la terre Fan-Diemen n’auroient jamais pesdu l'usage » des pirogues et des canots , s'ils avoient été originaire- » ment transportés par mer dans cette partie de l'Isle. Il » faut avouer que les hommes , ainsi que l'animal nommé » Kanguroo , semblent être venus par terre du Nord de » ce Cap ; si cette observation est juste, en même-temps » quelle servira à montrer l’origine de la race qui habite » la terre de Van-Diemen , elle décidera une autre ques- » tion que le Capitaine Cook et le Capitaine Furneaux pa- + roissent avoir déjà résolue ; il s’ensuivra que la Noz- » velle- Hollande west pas coupée en petites Isles par la » mer , comme quelques écrivains l'ont imaginé (*).
» y a beaucoup d’apparence que la vie des S'auvages , en disper- » sant les hommes par petites troupes isolées dans des bois épais, » occasionne nécessairement cette grande diversité de langues, » dont le nombre dimirme à mesure que la société, en rassemblant » les barbares vagabonds, en forme un corps de nation. Alors » l’idiôme le plus riche et le moins pauvre en mots, devient do- » minant, et absorbe les autres ». Tome À, p. 159, 160.
(*) Dampierre semble être de cette opinion. Vol. Iif, p. 10g, 125,
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