‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme] (volume 2)Chapitre 51 sur 82 · Tome Ler · texte numérisé non relu

Tome Ler

» bruyans, et ils se livrérent à beaucoup de désordres.

» Les diverses Tribus sont souvent en querelle, ou plu- » tôt elles y sont toujours; car la multitude de leurs armes w et leur dextérité à s’en servir, annoncent que la guerre » les occupe principalement : ces armes sont des piques, » des patoos , des hallebardes , et quelquefois des pierres. » Les piques sont d’un bois très-dur ; leur longueur varie » de cinq à vingt et même trente pieds; ils lancent les plus » courtes comme des dards. Le patoo ou l’emeeté ala forme » d’une ellipse ; sa longueur est d'environ dix-huit pouces; » ila un manche de bois, de pierre, d'os ou de jaspe vert; » et c’est l'arme sur laquelle ils comptent le plus dans les » batailles. La hallebarde ou la longue massue a cinq ou » six pieds de longueur; l’une de ses extrémités se termine » en pointes, et offre une tête sculptée ; l'autre est large ou » applatie, et elle présente des bords tranchans.

» Avant de commencer l’action, ils entonnent une chan- » son guerrière; et ils observent tous la mesure la plus » exacte; leur colère arrive bientôt au dernier degré de » la fureur et de la frénésie; ils font des contorsions hor- » ribles, de l'œil, de la bouche et de la langue, afin d’ins- » pirer de la terreur à leurs ennemis ; on les prendroit pour » des démans plutôt que pour des hommes, et cet affreux » spectacle glaceroit presque d’effroi d'intrépides guerriers w qui n'y seroient pas accoutumés. Ils ont une autre habi- » tude plus horrible et plus déshonorante pour la nature » humaine; ils coupent en morceaux un ennemi vaincu, » lors même qu'il n’est pas encore mort; et après l'avoir » rôti, ils le mangent, non avec répugnance, mais avec » une satisfaction extrême. ap ae

» On est tenté de croire que des hommes capables de

99 pareils excès, n’ont aucune commisération ou aucun atta- # chement pour ceux de leur Tribu; cependant onles voit » déplorer la perte de leurs amis d’une manière qui sup- » pose de la sensibilité. Les hommes et les femmes poussent » descris attendrissans, lorsque leurs parens ou leurs amis » ont été tués dans les batailles, ou sont morts d’une autre mas # niére:ils se découpent le front etles joues avec des coquilles # et des morceaux de pierres; ils se fontde larges blessures, » d’où le sang sort à gros bouillon et se mêle à leurs larmes : s'ils taillent ensuite des pierres vertes, auxquelles ils » donnent une figure humaine; ils mettent à cette figure # des yeux de nacre de perle, et ils la portent à leur col # pour se souvenir de ceux qui leur étoient chers. Leurs » affections paroissent si fortes, qu’au retour de leurs » amis, dont l'absence n’a pas été quelquefois bien longue, » ils se découpent également le visage, et poussent dans » leur transport de joie des cris frénétiques.

» Les enfans sont accoutumés de bonne heure à toutes » les pratiques bonnesou mauvaises de leurs péres: un petit # garçon ou une petite fille de neuf à dix ans, fait les mou- # vemens , les contorsions et les gestes, par lesquels les » Zélandois plus âgés inspirent de la terreur à leurs enne- » mis: ils chantent la chanson de guerre, et ils observent 99 trés-exactement la mesure. |

» Les Zélandois chantent, sur des airs qui ont une sorte » de mélodie, les traditions de leurs aieux, leurs batailles, » leurs victoires , etmême des sujets assez indifférens. Ils # sont passionnés pour cet amusement, et la plus grande »» partie de leur temps y est employée : ils passent aussi » plusieurs heures de la journée à jouer de la flûte.

# Quoique leur prononciation soit souvent gutturale,

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180 TROISFÈME VOYACE

» leur langue est bien loin d’étre dure ou désagréable; et si s9 nous pouvons établir ici une opinion d’après la mélodie » de quelques-uns de leurs chants, l'idiôme dela Nouvelle. » Zélande a certainement une. grande partie des qualités » quirendent les langues harmonieuses : il est assez étendu; » on imagine bien toutefois qu’on le trouvera pauvre, si + on le compare à nos langues d'Europe, qui doivent leur # perfection a une longue suite de travaux. Je vais donner un petit vocabulaire, d’après lequel on pourrra s’en » former une idée : j'ai rassemblé une quantité considé- » rable de mots durant le second Voyage de M. Cook et » durant celui-ci; et, comme j'ai étudié avec le même soin # les idiômes des autres Isles de la mer du Sud, il m'est ss démontré de la manière la plus complette , qu'ils ont une » ressemblance singulière, ou plutôt que le iond en est le » même. Les relations des deux premiers Voyages ont 9 déjà fait cette remarque(*); afin d’en prouver la justesse, » je publie une nouvelle Table de mots tirés du grand vo- » cabulaire ; qui est au nombre de mes papiers; je placerai » sur une seconde colonne les termes O-Taïtiens, et les # lecteurs devineront sans peine comment la langue pris mitive a éprouvé ces changemens,

be

Nouvelle-Zélande. O-Taiti:

Eau. Eu y. * Evy.

Une queue de chien. Wyerao. Eroo.

La mort, un mort. Kaoo, Matte. Matte, roa.

S'enfuir. Ererre,* Eraire.

Une Maison. . Ewharre. Ewharre.

(*) Voyez Ia Collection de Hawkesworth, p. 474 et 475 de Poriginal, et le Second Voyage de Cook, Tome II, p. 364 de l'original,

et si lodie vellealités ndu; e, Si t leur onner | sen isidéok et e soin m'est nt une est le »s ont tesse, id voacerai et les Le pri-

de l’oririginal,

Dormir.

Un hameçon de pêche.

Fermé.

Un lit.

Un papillon.

Macher ou manger.

Froid.

Aujourd’hui.

La main.

Large, grand.

Rouge.

Nous.

Où est-il?

Une pierre.

Un homme.

Noir. .

Blanc.

Résider ou habiter.

Dehors, pas dedans.

Espèce male de quelque

animal.

Femelle.

Un requin.

Entendre,comprendre.

Oublié.

Hier. Un.

Deux.

Trois.

Quatre.

Nouvelle-Zélande.

Moea.

Makoee.

Opanee.

Moenga, Epaipe.

‘Hekaee.

Makkareede.

Agooanai, Reenga.

Keeerahoi.

Whairo.

Taooa.

Kahaia, Powhy.

angata.

Purra, purra.

Ema.

Nohoanna.

V¥ oho.

Toa.

Eoowka.

Mango.: Geetaia,

Warre.

7 QU 0 aeninnahoi ’

Tahaec.

Rooa.

Toroo.

Faa.

O-Taiti.

Moe.

Matou.

Opanee.

Moéra, Pepe.

Ey.

Mareede.

Aooanai.

Ereema,

Erahor,

Oora , oora.

Taooa.

Teheia.

Owky.

Taata.

Ere, ere.

Ooama.

Nohonoa.

‘oho.

Etoa.

Eooha.

Mao.

Eetea.

Ooaro.

Ninnahoi.

Atahay.

ÆErooa.

Toroo.

Ahea,

182 TROISIÈME VOYAGE Nouvelle-Zélande, O-Taiti.

Cinq. Reema. Ereema.

Six. Ono. Aono.

Sept. Heetoo. Aheitoo.

Huit. W aroo. Ewaroo.

Neuf. Eeva. Aeeva.

Dix: Angahoora. Ahooro.

Pour désigner un nombre de plus de dix, les Zélandois mettent Ma devant le mot qui exprime un, deux , trois, etc. Par exemple :

Nouvelle-Zélande.

Onze. Matahee.

Douze. Marooa.

Vingt. Mangaora. (*)

(*) J’ai déjà observé, dans la Traduction des deux premiers Voyages de Cook, que les Anglois prononcent les lettres de l'alphabet d’une antre manière que nous, et que, pour bien sentir Paffinité des mots de la Vouvelle-Z élande etd’ O-Taiti, les lecteurs françois doivent connoltre un peu la prononciation angloise.

(Note du Traducteur. )

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