‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme] (volume 2)Chapitre 50 sur 82 · RE VS · texte numérisé non relu

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» où le rouge-gorge d’ Angleterre est rouge. Il y ena un v second peu difiérent, mais plus petit; on en remarque » un troisième, qui déploie en éventail sa longue queue à » mesure qu'il s'approche, et qui gazouille quand il est » perché. On aperçoit des martins-pécheurs à-peu-près de » la grosseur de nos martins-pécheurs; mais leur plumage » est moins joli, et ils sont rares, » Ou rencontre autour des rochers des pies de mer noi- » res à bec rouge, et des nigauds huppés, couleur de » plomb, dont les aîles et les épaules sont tachetées de » noir, et le reste de la partie supérieure du corps, d’un » noir velouté nuancé de vert. Il nous arriva fréquem- » ment de tuer des oiseaux de ces deux espèces, ainsi que » d'autres nigauds plus communs, noirs au-dessus et blancs au-dessous, qui font leurs nids sur des arbres où ils se perchent de temps-en-temjs, plus d’une douzaine a-la-fois. Les environs de la côte offic.; ailleurs un petit nombre de goélands de mer, des hérons, blancs quelquefois , mais rarement, des canards sauvages, un petit pluvier de sable, et des alouettes de terre : on voit aussi se promener sur le canal un assez grand nombre de penguins noirs dans la partie supérieure du corps, blancs sur le ventre : une foule de plongeons noirs nagent autour du même canal. Nous tuames deux ou trois rales, bruns ou jaunatres, nuancés de noir, qui vivent aux environs des ruisseaux, et qui sont » presque aussi gros qu’une volaille ordinaire. J’ajouterai » à cette liste une seule bécassine que nous tirâmes, et » qui difiére peu de celles d'Europe ; nous ne vimes pas » d'autre gibier.

» En jetant la seine, nous primes des mulcts et des

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DE COOK. (1977) 167 » poissons éléphans, avec quelques soles et des carrelets; ». mais les Naturels nous vendirent sur-tout une espèce de » bréme de mer, qui est couleur d'argent, et qui a une » tache noire sur le col; de grosses congres, et un poisson » qui ressemble beaucoup à la bréme, mais qui pèse cinq, » six ou sept livres: il est noirâtre; il a le bec épais, et » les habitans du pays le nomment mogge. Nous primes » le plus communément à l’hameçon et à la ligne un pois- # son noirâtre de la grosseur d'une merlus , appelé char- » bonnier (1) par les Naturels, mais différent de celui # qu'on connoit en Europe sous le même nom, et un autre » de la même grandeur, rougeatre , et qui avoit un peu » de barbe : nous appelames celui-ci night-walker (pro- » meneur de nuit), parce que nous le prenions pendant » la nuit; une espèce de petit saumon, de gurnard (2), » de la raie et des nourrices (3) tombèrent de temps-en- » temps dans nos filets, ct les Zélandois nous apportèrent » quelquefois des paracutas, une petite espèce de ma- 9 quereau, des poissons perroquets; des /eatherjackets (4), » et un autre très-rare, presque de la forme d’un dau- » phin ; il est de couleur noire ; ses mandibules sont » fortes et osseuses, et ses nagéoires de derrière s’allon- » gent beaucoup aux extrémités. . Tous ces poissons , » excepté le dernier, sur lequel nous ne pouvons rien

(1) I ya dans l'original , cole fish : le cole fish.des Anglois est le charbonnier ou la morue noire, (/Votè du Traducteur.)

(2) Je n’ai pu découvrir quel est le nom françois de l’Ictyologie angloise. ( Note du Traducteur.)

(3) Il y a dans l'original, nurses.

(4) Jai encore conservé ici le nom anglois, parce que je n'ai pu en découvrir fa signification. ( Note du Traducteur.)

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» dire, parce que nous ne le goutâmes pas, sont bons à » manger; mais le mogge y le petit saumon et le char- » bonnier sont supérieurs aux autres.

» Les rochers offrent une quantité considléuable d’excel- » lentes moules; on en trouve une qui n’est pas commune et » qui a plus d'un pied de longueur: il y a aussi des petoncles » enterrées dans le sable des petites grèves, et en quel- » ques endroits des huîtres trés-petites et d’une bonne sa- » veur. J’ai remarqué dix ou douze autres espèces de co- » quillages, des limaces de mer, des lépas et de très-belles » oreilles de:mer. J'ai vu aussi un coquillage qui s'attache » aux plantes, d’autres productions marines, tels que le » le frai de poisson , les étoiles de mer, etc. , dont plusieurs » sont particulières à la Nouvelle-Zélande. Les Naturels » nous vendirent des écrevisses de mer , dont la grandeur » égaloit celle de nos homards les plus gros et des sèches » dont ils se nourrissent.

» Les insectes sont trés-rares ; nous ne vimes que deux » espèces de mouches de dragon , quelques papillons, de » petites sauterelles , diverses araignées, de petites four- » mis noires, et une multitude de mouches de scorpion , » dont le bourdonnement se faisoit entendre par-tout au » milieu des bois : la mouche de sable, très-nombreuse et » presque aussi incommode que la mousquite, est le seul » insecte mal-faisant.

» Nous n’avons point aperçu de reptiles, si ce n'est » deux ou trois espèces de petits lézards qui ne font point » de mal (*).

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(*) M. Anderson parle, dans un Recueil séparé de notes, du reptile monstrueux, de l'espèce des lézards, sur lequel les deux

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DE COOK. (1777) 169 » Il est singulier que, sur une Isle aussi étendue , on ne » rencontre d’autres quadrupèdes qu'un petit nombre de » rats, et une espèce de chien-renard qui vit dans l’état de » domesticité.

» Le règne minéral n'offre rien qui soit digne d’être » cité, si on excepte un jaspe vert ou une pierre serpen- » tine, dont les Zélandois font leurs outils et leurs orne- » mens. Ils estiment beaucoup cette substance , et ils ont » sur sa formation des idées superstitieuses qu'il nous fut » impossible de comprendre. IIs disen! qu’on latrouve dans » une grande rivière, ou dans un grand lac situé bien loin » au Sud. Il nous parut, d’après leur témoignage , qu'on » Py rencontre en couches peu épaisses , ou peut-étre en » morceaux détachés , comme nos pierres à fusil. Nous en » achetames un morceau d'environ dix-huit pouces de » long, d'un pied de large, et de près de deux pouces » d'épaisseur; encore sembloit-il être le fragment d’un » morceau plus considérable.

» Les Naturels n’excédent pas la stature ordinaire des » Européens , et en général ils ne sont pas aussi bien faits, » surtout dans la partie des bras, des jambes et des cuisses. » Cela vient peut-être de ce qu'ils demeurent accroupis » trop long-temps , et que les collines et les montagnes du » pays les empêchent de se livrer au genre d'exercice qui » contribue à rendre le corps droit et bien proportionné . » Cette dernière remarque souffre néanmoins plusieurs » exceptions; quelques-uns d’entre eux présentent une » très-belle carrure et des muscles forts; mais j'en ai vu » peu qui eussent de l’embonpoint.

EEE Zélandois, qui s’embarquérent à la suite d'Omaï, donnèrent des

détails insérés plus haut.

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» La couleur de leur peau varie depuis le noir assez

» foncé jusqu’a une teinte jaunatre ou olive; leurs traits » nesont pas nonplus uniformes; quelques-uns ressemblent » à des Européens. Ils ont en général le visage rond, les le » vres pleines, et le nez épaté versla pointe; maisleurs lèvres » ne sont pas grosses, et leur nez n’est point applati comme » celui des Nègres ; je ne me souviens pas d’avoir vu un nez véritablement aquilin. Leurs dents sont d’une lar- » geur ordinaire, blanches et bien rangées ; ils ont les yeux » grands , d’une extrême mobilité, ce qui paroit un effet de » l'habitude. Leur chevelure est noire, droite et forte, com- » munément coupée sur le derrière de la tête, et relevée en » touffe sur le crâne. Celle de quelques-uns boucle naturel- » lement, et on rencontre des cheveux châtains. En général » la physionomie des jeunes gens est ouverte et assurée; ». mais celle de la plupart des hommes d’un âge mür est » sérieuse; elle annonce assez. souvent de la mauvaise » humeur et de la réserve, sur-tout s'ils sont étrangers.

» Les femmes sont plus petites que les hommes, mais » leurs formes ou leurs traits ne sont guères plus gra- » CIEUX,

» Le vêtement des deux sexes est le même ; les hommes » et les femmes se couvrent d’une pièce d’étoffe qui a en- » viron cinq pieds de long et quatre de large. Us la fabri- » quent avec le lin soyeux dont j'ai parlé. C’est la plus im- » portante et la plus compliquée de leurs manufactures , » quoiqu’elle ne consiste que dans une multitude de nœuds: » afin Vembellir cet habit, ils y mettent des morceaux de » peau de chien, ouils en fagonnent le tissu en comparti- » mens. Deux coins de la pièce d'étoffe passentsurles épata les, et s’attachent sur la poitrine avec le reste qui cour

se À » vre lecorps: une ceinture de nattes tient le vêtementassa- i ih its | » jéti autour du ventre; l'étoffe est quelquefois chargée de | nt : » graudes plumes d'oiseaux, qui paroissent tissues avec le {

le \ » lin, ou de peau de chien: ils ne se couvrent pas d’une i

LE » autre manière. Un grand nombre d’entre eux portent'sur À

me ” » ce premier vêtement, des nattes qui descendent des épau- | 114 = » les aux talons ; mais le manteau le plus érdinaire est un | a) an » chapelet de cette plante de la nature des joncs dont j'ai | ER ux » fait mention. La corde duchapelet se place autour du col, a de » et les franges des joncs tombent de tous côtés jusqu'au i ym » milieu des cuisses : lorsqu’ils ont ce manteau et qu'ils se 1h en » tiennent assis dans leurs pirogues ou sur la côte, on les i À rel- » prendroit pour des grosses pierres grises , si leurs tétes 2) sral » noires ne fixoient pas l'attention du spectateur. tH it ce; » Ils nouent leurs cheveux de plumes ou de peignes d’os HA mat » et de bois garnis de perles , ou de fibres de plantes en- 1 iad » trelacées. Les hommes et les femmes suspendent à leurs 1.4 rss » oreilles , qui sont percées , ou plutôt fendues , de petits ay nais » morceaux dejaspes, d’étoffes oude grains de verre, quand ‘ pra" » ils peuvent s’en procurer. Quelques-uns, mais en petit | (0

» nombre, ont un trou daus la partie inférieure du car- |

mes » tilage du nez. Nous n’y avons jamais vu de parure; Pun |

Hé » des Zélandois y passa une baguette , afin de nous montrer | { bri- » que le trou servoit à cet usage. Ils laissent croître leur’ | a Amie » barbe ; mais ils aimoient beaucoup à la faire raser. a es, » Le visage de que!ques-uns est piqueté; on y voit des M ds: » lignes spirales et d’autres dessins de couleur noire i x de » ou bleu foncé; mais nous ne savons pas si c’est un ca- | partie » price de leur vanité ou une marque particulière de dis- a pe » tinction : les femmes ne sont piquetées que sur les lèvres | | i cou |

» ou sur qnelqnes parties du menton. Les deux sexes en-

» duisent souvent leurs visages et leurs têtes d’une pein- » ture rouge, qui paroît être de l’ocre martial mêlé avec de » la graisse; les femmes portent quelquefois autour du col » des dents de requin, ou de longs grains, qui nous paru- » rent être des os de la cuisse d’un petit oiseau, taillés sous » cette forme, ou un coquillage étranger du pays : un petit » nombre d'entre elles avoient des tabliers triangulaires , » ornés de plumes dé perroquet, ou de morceaux de nacre » de perle, et garnis d’une double et d'une triple ran- » gée de cordes pour les attacher. J'ai aperçu des cha- » peaux ou des bonnets de plumes d'oiseaux , qu’on peut » regarder comme une invention de leur goût pour la pa- »rure; car ils ne sont pas dans l'usage de se couvrir la » tête.

» Ils habitent les bords des petites anses dont j'ai fait la » description plus haut. Ils y vivent en communauté, au » nombre de quarante’ou cinquante : les familles sont quel- » quefois séparées les unes des autres : mais, dans ce der- » nier cas, leurs cabanes, en général très-mauvaises, se » trouvent contiguës. La meilleure hutte que j'ai vue avoit » à-peu-près trente pieds de long, quinze de large et six de » haut, et elle étoit bâtie exactemeñt sur la forme des » granges de nos campagnes ; la charpente de l'intérieur » avoit de la force et de la régularité; des rameaux d’osier » tenoient solidement attachées les parties qui étoient » alternativement grosses et petites, et peintes en rouge » et en noir : la poutre du faîte me parut assez forte, et » les gros joncs qui composoient le dedans de la toiture se » trouvoient raugés parallèlement et d’une manière très- » soignée : l’une des extrémités offroit un petit trou carré qui servoit de porte, mais par où l'on ne pouvoit entrer

» qu'en rampant sur ses genoux, et près de celui-là, un # second beaucoup plus petit, qui sembloit destiné a l'éva- » poration de la fumée; car je n’apercus point dautre » soupirail : je jugeai qu’il n’y avoit pas dans le pays de » meilleure habitation, et qu’elle étoit occupée par un des # principaux personnages. La plupart des autres étoient » plus petites de moitié; elles excédoient rarement quatre s pieds de hauteur; elles garantissoient du vent et de la » pluie; mais leur construction étoit mauvaise. » Un petit nombre de paniers ou de sacs, dans lesquels » les Naturels mettent leurs hameçons de pêche et d'autres » bagatelles, en formoient tout l'ameublement, Les Zélan- » dois s’y tiennent assis autour du feu; il est probable qu'ils » y dorment aussi, sans aptre couverture que celle qu'ils + portent durant le jour, peut-être même la quittent-ils la » nuit; car il faut peu de monde pour échauffer des huttes # aussi étroites. ‘ y» Ils tirent de la pêche la plus grande partie de leur » subsistance; ils emploient des filets de différentes espèces, » et des hamecons de bois dont la pointe est garnie d’un » os aiguisé, mais d'une forme si bizarre, qu'un étranger les » juge d’abord peu propres à l'usage auquel ils sont des- » tinés. Il paroit qu’ils changent de domicile lorsque le » poissondevient rare, ou lorsqu'une raison quelconque les » dégoûte de l'endroit où ils sont établis; nous vimes en » effet des habitations dans des cantons où il n’y en avoit » point durant, le second Voyage de M. Cook, et même » celles que nous rencontrames alors étoient désertes. » Leurs pirogues sont bien faites; les bordages sont # élevés les uns sur les autres, et attachés avec de fortes hag uettes d'osier; afin de prévenir les voies d’eau, ils

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» revétissent les coutures de longues lattes : quelques-unes # ont cinquante pieds de bise) et elles sont si larges, » qu’on peut les manœuvrer sans balancier; mais les plus s petites en ont ordinairement un. Souvent ils en réunis- » sent deux à l’aide d’un radeau; c’est ce que nous appelions les doubles pirogues : elles portent de cing à trente » hommes, et quelquefois davantage : on y voit fréquem- > ment une grosse tête assez bien sculptée et chargée de » peinture; cette figure semble représenter un homme ss à qui une violente colère donne des contorsions ; les pa- > gaies sont longues de quatre ou cinq pieds, étroites, et » elles se terminent en pointes : lorsqu'ils rament en mess sure, la pirogue marche trés-vite : la voile, qu’ils déploient » rarement, est une natte de forme triangulaire, dont la » partie la plus large est placée au haut du mat.

# Ils n’ont d'autre manière d’appréter leurs poissons, » que de les rôtir, ou plutôt de les cuire au four; car ils + ne savent pas les faire bouillir. Ils cuisent de même des # racines et une partie dela tige d’unegrande fougére, dans # un gros trop qu'ils creusent en terre : ils fendent ensuite » ces racines etcestiges , etils trouvent dans l'intérieur une » belle substance gélatineuse qui ressemble à de la poudre +» de sagou bouillie, et qui est plus ferme. Ils mangent aussi » une seconde racine de fougère plus petite, qui paroit # leur tenir lieu de pain; car ils la séchent, ctils l'empor- » tent avec des quantités considérables de poissons secs, yy quand ils emménent leurs familles, ou qu'ils s'éloignent + beaucoup de leurs habitations : ils la battent jusqu'à ce » qu’elle soit un peu amollie ; ils la machent alors, ils re- » jettent les grosses fibres, et le reste a une saveur douce » et farineuse, qui n’est point du tout désagréable.

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DE COOR, (1777) 155.

.% Lorsqu'ils n’osent point aller en mer, ou peut-être » dans les temps où ils ne se soucient point de poisson, ils s mangent des moules et des oreilles de mer; ils déposent » les coquilles près de leurs cabanes, et elles y forment » de grands tas. Ils viennent à bout quelquefois de tuer » des rales, des penguins et desnigauds, qui servent à #a- » rier leur nourriture. Ils élèvent d’ailleurs un nombre » considérable de chiens pour les tuer un jour; mais on sy ne peut regarder le chien comme un article principal de » leur régime diététique. Comme il n’y a pas à la Nouvelle- » Zélande \a moindre trace de culture, il résulte de ces » observations, que les Naturels n’ont guéres d’autre ress# sources pour subsister que la mer, laquelle est à-la-vé- » rité trés-prodigue en leur faveur.

» Leur corps étant couvert de graisse, et leurs habits » n'étant jamais lavés, ils exhalent une odeur désagréable, » et leurs repas sont aussi mal-propres queleurs personnes. » Nous les avons vu manger la vermine qui est assez abon- » dante sur leur téte. 3

» Ils buvoient de l'huile avec une extréme avidité. Lors- # qu'on fondit aux tentes la graisse rance:des veaux ma- » rins que nous gardions depuis près de deux mois, ils se » pressèrent autour des chaudières , comme des enfais qui » voient des friandises, et, à bord du vaisseau , ils ne se » contentérent pas de vider les lampes , ils avalèrent » encore les mèches, et la partie de ces mèches qui étoit » enflammée. Quoique la terre Van-Dierca semble offrir

» peu de subsistance, ses habitans ne voulurent pas même

» goûter notre pain, au-lieu que les Zélandois le mangè-

» rent d'une manière très-vorace; si nous leur en offrions

des morceaux qui tombojent en pourriture, ils se mon-

99 troient également avides. On ne doit pas expliquer ces » faits par la grossièreté de leur sens du goût. car je leur » ai vu flairer des choses que nous mangions, et les jeter » ensuite avec un dégoût marqué.

» Ils paroissent avoir autant d’esprit d'invention et d’a- » dresse de main-d’ceuvre, qu'aucune des peuplades qui 99 se trouvent au même point de civilisation; car ils font, 9 sans instrumens métalliques , leurs meubles, leurs vête- » temens et leurs armes; leurs ouvrages ont de l'élégance » et de la force, et ils sont de plus très-commodes. Leur » principal outil a la forme de nos doloires, et il est, ainsi » que le ciseau et la gouge, de cette pierre serpentine verte » ou de ce jaspe dont j'ai déjà parlé : ils ont quelques outils » d’une pierre noire, polie et trés-solide. Ils excellent sur- > tout dans la sculpture, et ils en mettent sur chacun de sy leurs meubles. L’avant de leurs pirogues en particulier, » en offre de temps-en-temps qui annoncent un bon goût » de dessin, une application et une patience extraordi- »» naires; leurs cordages de pêches sont aussi forts et aussi » bien faits que les nôtres, et leurs filets égaloient en » beauté ceuxde nos vaisseaux. La fabrique de leurs outils #-est ce qui doit leur coûter le plus de peine, car la pierre sen est extrêmement dure, et nous conjecturâmes que . smpour la faconner , ils la frottent toujours sur une autre, w-etque cette opération est bien longue. Une coquille, un # morceau de pierre-à-fusil ou de jaspe leur tient lieu de 2 couteau : ils ne connoissent d’autre vrille qu'une dent de » requin fixée à une petite-pièce de bois : ils ont de petites » scies; ce’sont des dents de poissons découpées en pointes y saillantes, qui. attachent à la partie convexe d'un mor- » ceau de bois proprement sculpté; ils nous dirent qu'ils

DE Cook. (1777) 177 » s'en servent seulement pour diviser les corps de leurs # ennemis qu'ils tuent dans les batailles.

# Il n’y a pas sur le globe de peuplade plus sensible * aux injures et plus disposée à la vengeance : ils sont » d’ailleurs insolenslorsqu’ils ne craignent pas d’être punis; » et ce défaut est si contraire à l'esprit de la véritable bra- # voure, qu'on doit peut-être regarder leur ardeur à ven- # ger une injure, comme l'effet d’un caractère féroce, » plutôt que d’une grande valeur : ils paroissent aussi soup- # conneux et défians; dans leur première visite, ils ne # venoient jamais à la hanche des vaisseaux ; ils se tenoient- » sur leurs pirogues, à quelque distance, pour observer nos + mouvemens, ou délibérer s’il étoit convenable d'exposer

» leurs personnes : ils volent tout ce qui leur tombe sous » la main, s'ils ont la plus légère espérance de n’étre pas # découverts, et je suis persuadé qu'ils se permettroient s beaucoup de friponneries, s'ils croyoient pouvoir les s faire en sureté ; car ils ne vouloient pas nous laisser exa- »» miner les choses qu'ils nous apportoient, et ils se réjouis- » soient lorsqu’ils croyoient nous avoir trompés.

» On doit s'attendre à quelques-uns de ces vices parmi

» des peuplades où il y a peu de surbordination, et où par- » conséquent on troûve peu de lois, si même on y en » trouve, pour punir les délits. L'autorité d'aucun Zelan- » dois ne paroit s'étendre au-delà de sa famille; et lorsqu'ils » se réunissent afin de travailler à leur défense commune, # où d'après un autre dessein, ils choisissent pour Chefs # ceux qui montrent le plus de courage ou de pru- » dence. J'ignore comment ils terminent leurs querelles

*# particulières; mais dans celles que j’ai vues, quoiqu’elles 9» fussent de peu d'importance, ils se montrérent très-

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