‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme] (volume 2)Chapitre 56 sur 82 · AAA MONS · texte numérisé non relu

AAA MONS

A riès avoir quitté Mangeea, dans l’aprés-diner du 30, nous continudmes notre route la fuit et jusqu'à midi du jour suivant. Le 31, nous découvrimes une seconde terrè dans le Nord-Est-quart-Nord, à huit ou dix lieues,

Le lendemain, à huit heurès, nous étions par le tra. vers de son extrémité septentrionale, à quatre lieues de distance , mais sous le vent, et nous pouvions assurer alors que c’étoit une Isle à-peu-près de la même apparence et de la même étendue que Mangees ; nous en voyions droit à l'avant, une autre beaucoup plus petite: nons serions arrivés plus tôt à celle-ci; mais la première eut la préférence, payge qu'elle sembla plus propre à nous fournir des provisions pour notre bétail , dont nous <ommencions à avoir besoin.

Je résolus donc d'y aborder ; comme il’ y avoit peu

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DE COOK. (1777) 197 de vent, et que ce vent étoit contraire, nousen étionsencore éloignés de deux lieues , et sous le vent, à huit heures du lendemain. A cette époque, deux canots armés, de /z Résolution , et untroisième de /a Découverte, commandé par le lieutenant Gore, allèrent chercher un mouillage et un lieu convenable pour le débarquement. Sur ces entrefaites, les vaisseaux serroient le vent pour atteindre la côte. |

Au moment où les canots se mirent en mer, nous apercumes plusieurs pirogues qui arrivoient près de nous; elles abordérent d'abord /a Découverte, qui étoit plus voisine de la côte : trois d’entre elles , dont chacune ne portoit qu'un seul homme, se rendirent -bientôt à /a Resolution. Ces embarcations étoient longues et étroites , et munies d’un balancier. L’arriére avoit trois ou quatre pieds d'élévation, et il ressembloit un peu à l'étambord d'un vaisseau ; l'avant étoit plat au-dessus, mais il avoit la forme d'une proue au-dessous , et il se recourboit à l'extrémité , comme le manche d’un, violon. Nous jetames aux Insulaires des couteaux, des grains de verre et d’autres bagatelles, et ils nous donnèrent un petit nombre de noix de cocos que nous leur demandâmes; mais ils ne les cédérent point comme un échange de ce qu'ils avoient reçu de nous , car ils ne paroissoient avoir aucune idée de trafic , et ils ne sembloient pas estimer beaucoup nos présens.

L'un des Naturels , que nous n’eùmes pas besoin de presser long-temps, attacha sa pirogue à un des cordages d’un vaisseau, et monta à bord; les deux autres, encouragés par son exemple, le suivirent’ bientôt. Leur démarche et leur maintien annouçoient une tranquillité parfaite, et

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ils ne craignoient en aucune manière de se voir arrêtés ou maltraités.

‘Une nouvelle pirogne, conduite par un homme qui m'apportoit des bananes en présent, arriva après leur départ : le messagèr me demanda par mon nom; il l'avoit appris d'Omaï, qui étoit sur le canot de M. Gore. Sensible à cette politesse, je lui donnai une hache et un mor- . ceau d'étoffe rouge, et il regagna la côte bien satisfait. Omai me dit ensuite que ce présent m’avoit été envoyé par le Roi, ou le Chef principal de l'Isle,

Une double pirogue, sur laquelle nous comptames douze hommes , manceuvra aussitôt de notre côté ; à mesure qu’elle s'approchoit du vaisseau , les Naturels récitoient quelques mots en chœur (*) ; l’un d’eux se levoit et indiquoit le terme que les autres devoient répéter ensembles Lorsqu'ils eurent achevé cette cérémonie musicale , ils abordérent /a Résolution. et ils demandèrent Je Chef du bâtiment : je me montrai , et ils m'offrirent un petit cochon et des noix de coccs. Celui des Iusulaires qui me parut le principal personnage , me donna en outre une pièce de natte , dès qu’il fut à bord avec ses compagnons.

On les meta dans la grande chambre et dans les autres

(*) Les habitans des Marquises employérent un’ cérémonial à-peu-près semblable lorsque M. Cook y aborda en 1554. Voyez le second Voyage de Cook. On retrouve ce cérémonial dans des Isles très-éloignées de celles-ci. Padillo, qui appareilla de Hanille, en 1710, fut recu aux Isles Palaos, de la même manière, L’Auteur de la Relation de son Voyage dit : « Aussitôt qu'ils s’ap- » prochérent de notre bord , ils se mirent à chanter. Ils régloient » Ja cadence en frappant des mains sur leurs cuisses ». Lettres édifiantes et curieuses, Tome XV, p. 323.

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DE COOK. (1777) 199 parties du vaisseau : quelques objets leur causèrent de la surprise , mais rien ne fixa leur attention. Ils craignirent d’approcher des chevaux et des vaches , et ils ne purent concevoir la nature de ces quadrupèdes. Les moytons et les chèvres passoient les bornes de leurs idées, car ils nous firent entendre qu’ils les jugeoient des oiseaux. Les moutons et les chèvres ne ressemblant point du tout à un oiseau , les lecteurs trotiveront inconcevable que des hommes soient assez ignorans pour faire une si lourde méprise ; mais cette peuplade ne paroît connoître d’autres animaux terrestres que les-chèvres, les cochons’ et les oiseaux : comme nos moutons et nos chèvres différoient beaucoup des deux premières familles , ils en conclurent que ces quadrupèdes devoient appartenir à la dernière , qu'ils savoient renfermer une variété considérable d’espèces. Je donnai à mon nouvel ami les choses qui me semblérent devoir lui faire plus de plaisir : mais lorsqu'il s’en alla, il me parut mécontent ; je compris ensuite qu'il désiroit un chien , animal qui ne se trouve pas dans l'Isle , quoique les Naturels sachent qu'il y en a sur d’autres terres de la mer du Sud. Le Capitaine Clerke reçut un présent pareil d'un Insülaire qui avoit les mêmes vues , et dont les espérances furent également trompées.

Les hommes qui montoient ces pirogues étoient d’une stature moyenne , et ils ressembloient beaucoup aux habitans de Mangeea; mais leur teint étoit plus noir : ils nouent leurs cheveux au sommet de la tête, ou ils les laissent flotter en désordre sur les épaules ; et quoique la chevelure ‘de quelques-uns bouclat naturellement , elle étoit en général longue , ainsi que celle des autres qui l'avoient lisse, Nags aperçimes de la diversité dans leu:

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physionomie , et quelques-unes des femmes avoient la peau assez blanche, Ils portoient, comme les Insulaires de Mazgeea, des ceintures d’étoffe lustrée ou d’une belle natte, qui passoient entre les cuisses et couvroient les parties voisines. Ils portoient aussi des colliers d’un large gramen enduit d’une peinture rouge, et enfilé avec des baies de morelle : ils avoient les oreilles percées et non pas fendues, et ils étaient piquetés sur les jambes depuis le genou jusqu’au talon, ensorte qu’ils paroissoient avoir des,bottes, Ils ne coupent pas leur barbe non plus que les habitans de Mangeea, et Jeurs pieds sont également couverts d'yne espèce de sandales; leur maintien annonçoit de la franchise , de la gaieté et de la bonne humeur.

M. Gore fat de retour à trois heures après midi; il me dit qu'il ayoit examiné toute la partie occidentale de l'Isle, sans trouyer. un endroit propre au débarquement d'un ca- Not ou. au mouillage des vaisseaux,, quela côte est environnée dans son entier d'un rocher escarpé de corail , sur lequel la mer produit un ressac terrible; que les Naturels montroient néanmoins, des dispositions trés-amicales , et qu'ils ayoient paru affligés en voyant que nos détachemens ne-pouvoient descendre à terre; il ajouta ensuite que, par l'entremise d'Omaï , il seroit facile de les déterminer à nous apporter en-deca du ressac les choses dont nous aviops le plus besoin , et en particulier des tiges de bananiers , qui seroient bonnes pour le bétail. Le vent étoit foible ou nul; et la perte d'un jour ou deux ne devant pas avoir de suites fâcheuses..je résolus d’essayer l’expédient que me conseilloit M. Gore, et j'ordonnai qu’on en fit les préparatifs pour le lendemain.

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DE COOK: (1777) 201 qui veneient aux vaisseaux ; l’une d'elles arriva a bord de a Résolution. Les Insulaires qui la montoient m'apportérent un cochon, des bananes et des noix de cocos ; ils me demandérent un chien en échange, et ils refusérent tout ce que je leur offris d’ailleurs. L’un de’ nos Messieurs avoit un chien et une chienne qui nous incommodoient beaucoup ; en les donnant, il auroit propagé sur cette terre la race d’un animal si utile ; mais ses vues n’étoient pas aussi nobles , et il ne se rendit point à ma proposition. Omai fut plus généreux; il céda un chien favori qu'il avoit amené dé Londres. Les Naturels reprirent le chemio de l'Isle très-satisfaits de leur acquisition.

Sur les dix heures, M. Gore partit avec deux canots de la Résolution, et un troisième de /a Découverte , afin d'essayer l'expédition qu'il avoit préposée. Je pouvois compter sur sa diligence et son adresse , et je lui permis de faire ce qu’il croiroit le plus convenable. Deux des Naturels qui étoient venus à bord l’äccompagnèrent, et Omai devoit lui servir d’interpréte. Les vaisseaux se trouvoient à une lieve del'Isle lorsque les canots partirent ; et comme il y avoit peu de vent, nous ne pümes arriver qu’à midi près du récif. Nous vimes nos trois canots sur leurs grapins, à quelques pieds.du ressac, et vis-à-vis la côte, remplie d'un nombre prodigieux d’Insulaires ; nous en conclumes que M. Gore étoit descendu : on imagine bien que je désirai avec impatience de savoir les suites de cette démarche. Afin d'observer les mouvemens de nos amis qui avoient débarqué , et d’être prêts à leur donner les secours analogues à notre position respective, dont ils auroient besoin, je m’approchai de la côte, autant que le permirent les écucils; je sentis néanmoins que le récif mettoit entre

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nous une barrière insurmontable, et qu'il ne dépendoit pas plus de nous de les protéger que s'ils eussent'été éloignés de la moitié de la circonférence du globe : mais il étoit probable que les Naturels ne .connoissoient point cette impossibilité. Sur ces entrefaites, quelques-uns d'eux arrivérent aux vaisseaux , et ils échangérent un petit nombre de noix de cocos; ils acceptérent tout ce que nous leur offrimes, et ils ne parurent donner Me veers à aucun article en particulier.

Ces visites des Insulaires diminuèrent mes inquiétudes sur M. Gore et sa petite troupe; je ne pus en savoir des nouvelles; mais ; dès que quelques-uns des Naturels avoient la hardiesse de venir à bord , je supposai que leurs Compatriotes n’avoient point abusé de la confiance de mon détachement. Enfin, un peu avant le coucher du Soleil, jeus la satisfaction de voir mes canots reprendre le large. Lorsqu'ils arrivèrent à bord , j'appris que M. Gore, Omai, M. Anderson et M. Burney débrrquérent seuls. M. Gore

‘me rendit un compte trés-exact des événemens de cette

journée ; mais le récit de M. Anderson étant plus détaillé et contenant des remarques sur l'Isle et ses habitans , je: vais l'insérer ici.

&+ « Nous conduisimes les canots vers une petite » grève sablonneuse ; les Naturels étoient assemblés en » foule sur cette grève ainsi que sur les rochers voisins, » et nous jetâmes les grapins à cent verges du récif, qui » git à-peu-près à la même distance de la côte. Plusieurs » des Insulaires nous apportèrent des noix de cocos à la » nage : Omai et ceux:de leurs Compatriotes qui nous ac- » compagnoient les instruisirent que Nous voulions débar- » quer, mais le chien qu'on leur avoit donné au vaisseau ,,

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DE COOK. (1777) 203 » et qu'on venoit de descendre à terre, absorba quelque » temps leur attention, et ils se précipitoient autour de » cet animal. Bientôt après , deux pirogues vinrent nous » chercher; et afin de leur inspirer plus de confiance, nous » résolümes Waller sans armes, au risque d’être bien ou ® maltraités.

» Je partis sur une des pirogues avec M. Burney, » ptemier Lieutenant de /4 Découverte, un peu avant » M. Gore et Omai; nos conducteurs épiérent d’une ma- » niére adroite les mouvemens du ressac , et ils nous dé- » barquérent sains et saufs sur le récif. Ils nous prirent » ensuite sous les bras, afin de nous soutenir au milieu des >» roches pointues et escarpées que nous devions passer » pour arriver à la grève, où nous fimes reçus par plu- »'sieurs autres Naturels, qui tenoient à la main des ra- » meaux verts d’une espèce de mimosa, et qui nous » saluérent en appliquant leurs nez contre les nétrés. » Nos guides nous firent signe de marcher en avant; » nous étions environnés d’une foule de Naturels qui s’em- » pressoient de nous regarder, et qui nous auroient fermé » le passage , si des hommes, qui sembloient revétus de » quelque autorité, n’avoient frappé indistinctement sur » les spectateurs pour les écarter. On nous conduisit à » une avenue de paliers ; nous arrivâmes bientôt » auprés d’une troupe de guerriers, rangés sur deux li- » gnes, et armés de massues, qu'ils tenoient sur leurs » épaules a-peu-prés comme nos soldats portent lenr fu- » sil, Lorsque nous eines un peu marché au milieu de ces » guerriers, nous trouvames un Chef qui étoit assis par » terre, les jambes croisées , et qui se donnoit de l'air » avec un éventail en forme de triangle, tiré d’une feuille

» de cocotier, et garni d’un manche de bois noir poli. Il » avoit à ses orcilles de grosses touffes de plumes rouges » qui pointoient en avant ; mais c’étoit là toute sa parure, » et nous n'aperçümes pas d'autre marque de distinction. » Cependant on lui obéissoit avec beaucoup @ardeur : » soit que la gravité fit de son caractère, soit qu'il edg » composé son visage pour la cérémonie, sa physionomie » paroissoit sérieuse sans étre sévére. Quelques hommes, » qui sembloient jouer un rôle important, nous dirent que » nous devions le saluer. | ‘

» Nous ‘continuames à marther au milieu des hommes » armés de massues, et nous arrivames auprès d’un second » Chef assis , qui avoit des plumes rouges à ses oreilles , » et qui se donnoit de lair avec un éventail, comme le » premier : il ne paroissoit pas avoir plus de trente ans ; » mais nous fumes frappés de sa grosseur et de son em- » bonpoint. On nous conduisit de la même manière à un » troisième Chef, qui sembloit plus vieux'que les deux » autres, et qui étoit fort gros, sans avoir autant d’em- » bonpoint que le second. Nous le trouyames encore agsis » et paré de plumes rouges : nous le saluâmes , ainsi que » nous avions salué les deux premiers, et il nous pria de » nous asseoir. Nous fimes charmés de cette inyitation , » car nous étions. très-fatigués de notre course, .et de la » chaleur excessive que nous causoit la foule dont nous » étiohs environnés.

» Peu de minutes aprés, la foule eut ordre de faire $ place, ct nous vimes, à la distance de trente verges, » vingt jeunes femmes ornées de plumes rouges, ainsi que » les Chefs; elles dansoient sur un air d'un mouvement » grave ct Sérieux, quelles chantoient en chœur : nous

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DE COOK. (1777) 205 » nous levâmes, et nous nous approchâmes d'elles. 11 » semble que notre figure et nos vétemens auroient dû les » frapper; mais elles continuérent leur danse sans faire la » moindre attention à nous. Elles paroissoient dirigées » par un homme qui servoit de souffleur, et qui leur indi- » quoit les diverses attitudes qu’elles prirent : elles ne » changeoient point de place, elles remuoient seulement » les pieds, et surtont les doigts, qu’elles agitoient avec » une extrême légèreté ; elles tenoient leurs mains ptès » du visage, et elles les frappoient de temps-en-temps » l'une contre l’autre (*). Il régnoit un tel accord entre » leurs mouvemens et la musique, que nous les juzedmes » très-familiarisées avec cet exercice; il est vraisemblable » qu'on les avoit choisies : car nous en aperçûmes peu » d'aussi belles dans la foule qui nous entouroit. En géné- » ral, leur stature étoit plus forte que mince; leurs che- » veux flottoient'en boucles sur le col, et elles avoient un » teint olivätr=.: leurs traits, qui se ressembloient, nous » parurent un peu trop gros, mais leurs yeux étoient » trés-noirs. Leur physionomie exprimoit la douceur et » Ja modestie qui sont particulières au sexe en chaque » partie du Monde, mais qui nous frappérent davantage » sur cette Isle: où la nature étale ses ouvrages dans » toute leat simplicité:et leur perfection , où les coutumes » n’altèrent point laidroiture des sentimens, et où l’art

» ne farde point les maniéres, Nous remarquämes que:

(*) Les danses des habitans des Isles Carolines ressemblent beaucoup à celles dont M. Anderson parleici. Voyez les Lettres édifiantes et curieuses, Tome XV, p. 315. Voyez aussi ce qu’on dit dans le méme volume, p. 207, des chants ct des danses des Naturels dès Istes Palaos, qui font partie du même grouppe.

SON genes

» leur taille et chacune des parties de leur. corps avoient » de l'élégance : comme elles n’étoient couvertes que » d’une pièce d’étoffe lustrée , attachée autour de la cein- » ture, et allant a-peine jusqu'aux genoux, nous eames » occasion d’en examiner plusieurs de la façon la’ plus » complette. Elles danscient encore, lorsque nous en- » tendimes un bruit pareil à celui d'une troupe de che- » vaux qui galoppent; en regardant du côté d'où yenoit » Te bruit, nos yeux rencontrèrent les guerriers armés » de massues , qui se poursuivoient les uns les autres : » nous jugeâmes qu'ils vouloient nous donner le spectacle » d'un combat simulé.

+ Croyant que la cérémonie de notre présentation aux » Chefs étoit achevée , nous songeâmes à chercher M. Gore 5 et Omai; la foule nous pressoit ,.et nous ne pûümes mar- » cher qu’avec peine; mais enfin nous les découvrimes. Ils s arrivèrent aussi fatigués que nous dela multitude dont » ils étoient environnés, et ils furent présentés de la même s manière aux trois Chefs, qui s’'appeloient Otteroo sTaros » et Fatoweera. Chacun de ces Chefs abate sur un pré- # sent, et M. Gore leur donna les choses qu'il avoit appor- » tées du vaisseau dans cette intention. Omai, qui.nous s servit d'interprète , apprit aux Chefs pourquoi nous # étions descendus à terre; mais on lui #épondit que nous > devious attendre jusqu’au lendemaia, et a alors on nous

‘»» fourniroit des provisions. 1;

s Ils parurent vouloir nous séparer, et chacun de nous » fut entouré d’un cercle particulier qui nous examinoit. » Je fus, pour mon compte, éloigné de mes camarades du- » rant plus d’une heure. Je dis au Chef, près duquel j'étois » assis, que je désirois parler à Omaï; mais il s’y opposa

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DE &O0K. (1777) 207 » d'unemanière péremptoire. Je m’apercus en méme-temps » que les Naturels commencoient à vider mes: poches ; le » Chef, a qui je portai mes plaintes, justifia les voleurs. » D’aprés ces circonstances, je craignis qu’ils n’eussent » formé le projet de nous arrêter ; ils n’annoncoient pas, il 9 est vrai, assez de férocité pour me donner de l'inquiétude » sur nos jours, mais il étoit douloureux de voir que leur » curiosité pourroit bien nous détenir prisonniers. Je de- » mandaj quelque chose à manger, et ils m’apporterent tout » de suite des noix de cocos, du fruit à pain, et une espèce de pudding acide, qu'une femme me présenta. Ayant # témoigné que la chaleur occasionnée par la foule » me causoit beaucoup de mal-aise , le Chef lui- même » voulut bien me donner de lair avec un éventail, et » ilme fit présent, d’une pièce d’étoffe qui lui couvroit les » reins. à s M. Burney vint à l'endroit où je me trouvois, et je lui # fis part de mes soupçons. Pour reconnoitre s’ils étoient »» bien fondés, nous entreprimes de gagner la grève; mais # nous fûmes arrêtés à mi-chemin par des hommes qui nous » dirent qu'il falloit retourner au lieu dont nous étions par- » tis: en arrivant, nous rencontrames Omaï qui avoit les # mêmes inquiétudes ; il cruyoit même avoir une raison de » plus de s’effrayer ; il avoit vu les Insulaires creuser en » terre un four qu’ils chauffoient alors, et il ne pouvoit » assigner d'autre but à ces préparatifs, que celui de nous # rôtir et de nous manger , selon l'usage des habitans de » la Nouvelle-Zélande. Walla même jusqu’à leur demander » si c'étoit là leur projet ? Les Naturels, trés-surpris de » cette question, demandèrent à leur tour, si nous suivions » une pareille coutume? Nous fümesun peu fâchés, M. Sur-

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sy ney et moi, du propos indiscret d’Omai ; car jusqu'ici » leur conduite envers nous n’autorisoit pas une idée aussi » brutale.

sy Nous fumes aux arrêts la plus grande partie du jour; %# nousnoustrouvâmes quelquefois ensemble, ordinairement + séparés, et toujours au milieu d’une foule nombreuse, # qui ne se contenta pas de nous regarder ; les Insulaires » nous firent déshabiller souvent pour examiner de plus » près notre peau, et lorsqu'ils la voyoient à leur aise, nous 99 entendions un murmure général d'approbation. Ils eurent # soin en méme-temps de vider nos poches ; Fun d’eux prit » une petite bayonnette que M. Gore portoit à son côté. 5 On parla de ce vol au Chef, qui fit semblant d'envoyer # un émissaire après le voleur; mais, selon toute apparence, » il autorisa le larcin, car bientôt après on vola à Omai la # dague qu'il avoit à sa ceinture.

‘9 Jignore s’ils s'apercurent de la peine que nous causoit # notre-détention, ou s'ils cherchérent à nous donner » des marques d'amitié, afin de nous ôter l'envie de # nous en aller ; mais ils apportèrent alors dès rameaux » verts, ils les plantèrent en terre, et ils nous dirent de # nous asseoir et de les tenir avec la main : nous leur par- » lâmes encore des provisions dont nos vaisseaux avoient » besoin, et ils nous firent entendre que nous devions pas- » ser quelque temps de plus et manger avec eux: un co- » chon que nous vimes près du four qu’ils avoient préparé ss dissipa la fr..ÿeur d'Omät; il né crut plus que les habitaris sy de l'Isle vouloient nous rôtir ; il jugea comme nous qu'ils # avoient creusé le four afin d’apprêter notre repas. Le » Chef promit, sur ces entrefaites, d’euvoyer, chercher » du fourrage pour notre bétail: mais ces émissaires ne

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u jour; irement breuse, isulaires de plus ise , NOUS ls eurent Yeux prit ion côté.

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DE COOK. (1777) 209 $y revinrent qu’assez tard dans l’aprés-diner, et ils ne rap-

» portérent qu’une petite quantité de tiges de bananiers , » qu’on conduisit à nos Canots. |

. # Nous esseyâmes une seconde fois, M. Burney et moi, » de regagner la grève; et en y arrivant, nous y fûmes » arrêtés par des Naturels quisembloient y avoir été postés s pour nous retenir. Lorsque je voulus me mettre dans + l’eau, afin de passer sur le récif, Pun d’eux me prit par » mes habits et me tira en arrière. Je ramassai de petits » morceaux de corail qu’ils m’enjoignirent de rejeter à » terre, et sur mon refus , ils eurent la hardiesse de me » les ôter de force. J’avois aussi cueilli des plantes, et ils

» ne me permirent pas non plus de les garder. Ils enles

# vérent à M. Burney un éventail qu'il avoit reçu en pré- » sent au moment vùil descendit sur la côte. Omaï m’avertit » que j'avois mal fait de prendre du corail et de cueillir des s plantes ; que dans les Isles de la mer du Sud, les étran- » gers ne peuvent se permettre ces libertés, qu'après avoir » reçu des fêtes pendant deux ou trois jours.

+ Voyant que le seul moyen d'obtenir un meilleur trai-

tement, étoit de nous soumettre à leur volonté, nous

retournâmes à l'endroit dont nous étions partis pour ga- » gner la grève; ils promirent alors de nous douner une » pirogue pour nous conduire à nos canots , lorsque nous # aurions mangé les alimens qu'on nous préparoit.

» Le second des Chefs , à qui nous avions été présentés le matin, s'assit sur une large escabelle peu élevée ; » d'un bois dur et noiratre , assez bien poli : il ordonna à la » multitude de former un grandcercle, et il nous fit asseoir # auprés de lui. On apporta d'abord une quantité considé- » rable de noix de coco, et ensuite un long panier vert,

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