‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme] (volume 2)Chapitre 65 sur 82 · RARE ARE · texte numérisé non relu

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DE COOK. (1777) 245 des clous. L'un des Insulaires monta à bord. Après le départ de ces pirogues , il en arriva une troisième ; mais la nuit approchoit , et elle ne demeura pas long-temps près de nous. Komango , l'Isle la plus voisine , étoit éloignée d’au-moins cinq milles, et l’on peut juger de là le prix que mettent ces peuplades aux bagatelles qu'elles cherchent à se procurer. Nous primes le soir,à l’hamegon et à la ligne , une quantité considérable de poisson.

Le jour suivant, à quatre heures du matin, jordonnai au Lieutenant King de prendre deux canots, et d’aller acheter des rafraichissemens à Komango. A cinq heures, je fis signal d’appareiller ; le vent souffloit du Nord-Ouest, et il étoit contraire : je voulois courir des bordées pour gagner Annamooka.

Six ou sept pirogues partirent des différentes Isles à la pointe du jour; outre des fruits et des racines , elles apportèrent deux petits cochons, plasieurs volailles, des pigeons ramiers , de petits râles, et de grosses poules d’eau violettes, qu’elles échangèrent contre des grains de verre, des clous, des haches, etc. Elles avoient d’autres articles de commerce, telles que des étoffes du pays, des hamegons de pêche , de petits paniers, des flûtes de roseaux, des massues , des piques et des arcs. Mais je défendis d’acheter aucune de ces curiosités ; avant que les vaisseaux fussent approvisionnés ; l'expérience m'avoit appris que si les équipages font, selon leur caprice ; des marchés avec les Naturels, ilen résulte des querelles continuelles. Je nommai quelques personnes que je chargeai de cette commission . à bord des vaisseaux et à terre, et je ne permis à qui que ce soit d’ailleurs , de se mêler des échanges. Les canots revinrent au milieu du jour avec trois cochons, des vu-

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lailles , des fruits et des racines , et de l'herbe pour notre bétail. Les habitans de Komango les reçurent à merveille : ils ne parurent pas en grand nombre, et leurs cabanes’, placées l’une près de l’autre, en-dedans d’une allée de hananiers , n’avoient rien de commode ou d’agréable. M. King trouva , non loin de cette bourgade , un étang d’eau douce assez bonne, mais il n’aperçut aucun ruisseau, Il amena à bord le Chef de I'Isle, appelé Tooboulangee , et un autre Chef qui se nommoit Taipa. Ces deux Chefs me firent

“présent chacun d'un cochon, et ils me promirent de m’en donner davantage le lendemain.

Dés .que les canots furent rentrés, je gouvernai sur Annamooka ; le vent étoit très-foible, et je me proposai de passer entre Annamooka-Ette (*), et les brisans qui gissent au Sud-Est de cette terre; mais en nous approchant, les sondes furent trés-irréguliéres. Elles varioient de dix à douze brasses toutes les fois qu’on jetoit le plomb. Je fus contraint d'abandonner mon projet, et de marcher au Sud de toutes les Isles, ce qui nous porta sous le vent et nous obligea de passer la nuit sous voilc. La nuit fut trés-sombre; le vent souffla de tous les points du compas, et fut accompagné de beaucoup de pluie. Le lendemain , à la pointe du jour, nous nous trouvâmes beaucoup plus au large que nous ne l’avions été le soir de

la veille, et le peu de vent qui souffloit alors étoit de

bout. ,

Nous serrimes le vent toute la journée, et cette manœuvre réussit peu. Le soir, nous mouillames par trenteneuf brasses, fond de rochers de corail et de coquilles

(*) C’est-a dire la petite Annamooka.

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DE COOK. (1777) 2.47 brisées , la pointe Ouest d'Arnamooka nous restant a l'Est-Nord-Est, à quatre milles. Tooboulangee et Taipa tinrent leur parole; ils nous apportèrent à la mer les cochons qu'ils nous avoient promis. Nous en achetames plusienré autres des différentes pirogues qui nous suivoient, Nous nous procurâmes, en outre, une quantité considérable de fruits. J'observerai que, durant la journée, les Naturels ne voulurent guères vendre qu'à moi les choses qu'ils nous proposérent. Le Capitaine Clerke ne put obtenir qu’un ou deux cochons.

Le premier Mai, à quatre heures du matin, je fis mettre un canot à la mer , et j’ordonnui au Master d'aller sonder la bande Ouest d'Arramooka , où il sembloit y avoir un havre formé an Nord-Est par l'Isle , et au Sud-Ouest et au Sud-Est ; par des Islots et des bas-fonds. Les vaisseaux appareillèrent sur ces entrefaites , et s’efforcérent d’aborder la côte.

Le Master me dit à son retour, qu’il avoit sondé entre la grande et la petite Arramooka, que la sonde y avoit rapporté dix à douze brasses fond de sable de corail; qu’ou y étoit à l'abri de tous les vents, mais qu'on n'y trouvoit d’eau douce qu’à une assez grande distance de la côte ; que même en cet endroit il y en avoit peu, et qu’elle n'étoit pas bonne. Cette raison , bien suffisante, me détermina à mouiller sur la bande septentrionale, où j'avois rencontré, lors de mon second Voyage , une aiguade commode, et un lieu propre au débarquement.

Ce dernier havre n’étoit pas éloigné de plus d'une lieue ; nous n'y cvvivames cependant qu'à cing heures de l’aprèsmidi. Nous fumes retardés. par une multitude de pirognes, qui environncrent sans cesse nos vaisseaux , et nous àp-

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portérent les diverses productions de leur Isle. Quelquesunes étoient doubles, et munies d'une grande voile; et celles-ci avoient à bord quarante à cinquante hommes chacune. Elles manœuvroient autour de nous aussi lestement que si nous avions été à l’ancre. Nous y vimes plusieurs femmes que la curiosité amena peut-être : j'ajouterai toutefois qu'elles ne mirent pas moins d’ardeur que les hommes à faire des échanges, et qu’elles manioient la pagaie avec la même dextérité. Je mouillai par dix-huit brasses , fond de sable de corail grossier. L'Isle se prolongeoit alors de l'Est au Sud-Ouest , et la pointe Ouest de l’anse la plus occidentale nous restoit au Sud-Est, à environ trois quarts de mille. Je me retrouvai ainsi au mouillage que j'avois occupé, trois années auparavant (1), et vraisemblablement à peu de distance de l'endroit où Tasman, qui découvrit cette terre et quelques-unes des Isles voisines , mouilla en 1643 (2).

Le lendemain, dans la matinée, tandis qu'on se préparoit à remplir les futailles , je descendis à terre avec le Capitaine Glerke et quelques Officiers. Je voulois désigner le lieu où l’on établiroit l'observatoire et la garde. Les Naturels nous avoient permis de bon cœur de choisir l'emplacement ; ils nous accordèrent aussi une remise de pirogues, pour nous tenir lieu de tente, et ils nous reçurent

(1) Voyez le second Voyage de Cook, Tom. II de la T'raduction frangoise , au commencement,

(2) La description que Tasman fait de cette Isle se trouve dans la collection précieuse des Voyages à la Mer Pacifique, de M. Dalrymple, Vol. II, page 80. ‘Les détails imparfaits qu’il en donne s'accordent avec la description plus étendue du Capitaine

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DE COOK. (1777) 249 de la manière la plus aimable. Toobou, le Chef de V'lsle , nous mena, Omai et moi, à sa maison : nous Ia trouvames située dans un lieu charmant, au centre de sa plantation : un joli gazon l'environnoit, et Toobou nous dit, qu'il avoit fait planter pour nettoyer les pieds de ceux qui entroient chez lui. Jusqu’alors je n’avois ramarqué cette attention de propreté sur aucune des Isles de la mer du Sud ; mais je vis ensuite qu’elle étoit trés-commune aux Zs/es des Amis. Le pläncher de la maison de Toobou étoit couvert de nattes : et je jugeai que les tapis des salons Anglois les plus élégans ne sont pas plus-propres. Tandis que jétois à terre, j’achetai un petit nombre de cochons et des fruits ; et, en arrivant à bord, je vis les vaisseaux remplis de Naturels. Ils n’étoient pas venus les mains vides, et nous avions des rafraichissemens dans la plus grande abondance. L’après-diner , je descendis de nouveau sur la côte, avec un détachement de soldats de marine ,les chevaux:et ceux de nos quadrupèdes, qui étoient malades. Tout étant disposé à ma satisfaction, je retournai au vaisseau aucoucher du soleil , et je chargeai M. King de commander à terre. Taipa, qui étoit devenu notre intime ami, et qui n’épargnoit ni peines, ni soins, pour rendre notre séjour plus agréable, voulut se tenir près de notre détachement , la nuit ainsi que le jour; sa maison fut apportée sur les épaules d’un homme, l’espace d’un bon quart de mille, ct il Pétablit près de la remise qu’occupoit ma petite troupe.

Nos diverses opérations à terre commencèrent le 3 : quelques-uns de nos gens cueillirent del’herbe pour le bétail, d’autres remplirent les futailles à l'étang voisin, et un troisième détachement coupa du bois. Il y avoit en face des vaissraux , et dans un lieu trés-commo'le pour l'emarquement:

une grande quantité de bois propres au chauffage : les Bùcherons y portèrent d’abord la coignée ; mais les arbres qu'ils prirent mal-à-propos pour des manceniliers, et qui étoient une espèce de poivrier , appelée Faitanoo par les Naturels, donnoient un suc blanc si corrosif, qu’il produisait des ampoules sur la peau, et blessoit les yeux, Les travailleurs furent obligés d'abandonner cette place , et d’aller dans Panse où étoit postée notre garde, et où l’on embarquoit de l'eau. Les Naturels nousy cédérent d'autres bois plus convenables à l'usage que nous en voulions faire. MM. King et Bayly prenoient, sur ces entrefaites, des hauteurs correspondantes du Soleil, afin de déterminer le mouvement journalier des gardes-temps. Au moment où les Insulaires s’éloignérént de notre camp, le soir, Taipa les harangua. Nous ne pames que conjecturer le sujet de son discours ; nus jugeâmes qu’il les instruisoit sur la manière dont ils devoient se conduire envers nous , et qu'il les excitoit à apporter au marché les prodactions de l'Isle. Son éloquence eut pour nous de bons effets; car on nous offrit beaucoup dé provisions le lendemain.

Le 4 et le 5, il n’arriva rien qui mérite d’être cité, si ce n'est que /a Découverte perdit son ancre d’affourche : le cable fut coupé par les rochers. On examina les cables de Za Résolution, qui se trouvérent en bon état.

Le 6,nousrecimesla visite d’un Chef de Tongatabloo, qui se nommoit Feenou, et que Taipa me présenta comme le Roi de toutes les Zs/es des Amis. J'appris alors quimmédiatement après mon arrivée, on avoit envoyé ‘une pirogue à Tongatabboo , et que ce Chef s’étoit rendu tout de suite à Annamooka. L'Officier qui commandoit sur la côte , me dit qu'au moment où le Chef étranger descendit,

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tous les Insulaires eurent ordre d'aller à sa rencontre; que, pour lui témoigner leur soumission, ils se prosternérent jusqu'à terre, et qu'ils lui touchérent la plante des pieds, avec la palme et avec le revers de leurs mains : il paroissoit clair qu'un homme accueilli d’une manière si respectueuse, étoit véritablement le Roi.

Je reçus bientôt de ce grand personnage un présent de deux poissons, que m’apporta un de ses domestiques ; et j'allai lui faire une visite l’après-diner. Il s’approcha de moi dès qu’il me vit à terre; il paroissoit âgé d’environ trente ans; il étoit grand, mais d'une taille mince; et je n'ai pas rencontré sur ces Isles, une physionomie qui ressemblat davantage à la physionomie des Européens. Je lui demandai, après les premières salutations "s’il étoit le Roi; car, ne le connoissant pas pour celui que j'avois vu durant mon second voyage, je commencois à avoir des doutes, malgré ce qu’on m’avoit dit. Taipa s’empressa de répondre qu'oui; et il ne compta pas moins de cent cinquante-trois Isles, dont il assura que Feenou étoit souverain. Feenou, avec qui je passai quelque temps, m’accompagna a bord, ainsi que cing ou six personnes de sa suite. Je leur fis des présens convenables, et je les traitai de la manière que je crus la plus conforme à leurs goûts.

Je les reconduisis à terre le soir. Le Chef, pour me remercier des présens qu'il avoit recus, fit mettre trois cochons dans mon canot. J’appris, sur la côte, un accident qui venoit d'arriver, et dont je vais parler avec quelques détails. On jugera de l'étendue du pouvoir que les Chefs exercent.ici sur le bas peuple. Tandis que Feenou étoit à bord de mon vaisseau, un Chef inférieur, par des raisons que notre détachement ne pnt découvrir, ordonna

aux Naturels de s'éloigner du poste que nous occupions. Quelques-uns d’entre eux ayant osé revenir, il prit un gros baton, et les frappa sans pitié. Il asséna un coup si vigoureux sur le visage de l’un des Insulaires, que le sang jaillit par la bouche et les narines. Le malheureux qui recut le coup, tomba sans connoissance ; il eut ensuite des convulsions, et on l'emporta. Le Chef brutal, à qui on vint raconter qu’il l’avoit tué, ne fit qu’en rire, et il ne témoigna pas le moindre regret de ce meurtre. Nous apprimes depuis que le blessé ne mourut pas.

La Découverte ayant relevé son ancre d’affourche, changea de mouillage le 7 : le cable de sa seconde ancre avoit encore été coupé, et elle ne pouvoit plus se tenir dans cet endroit. Feenou vint diner avec moi le même jour; il y revint aussi le lendemain, accompagné de Taipa, de Toobou et de quelques autres Chefs. J’observerai que Taipa eut seul la permission de s’asseoir à la même table, ou de manger en sa présence. J’avoue que cette étiquette me fit plaisir; car, avant l’arrivée de Feenou, j'avois plus de convives que je ne pouvois en loger; et des hommes et des, femmes venoient en foule s'emparer de ma table. Les habitans des Zs/es des Amis n'ont pas, commelesO-Taitiens, dépouillé les femmes du droit de manger avec les hommes.

. On nous avoit volé une grande hache, dès le premier jour de notre arrivée. Je m’adressai à Feenou, et je lui dis qu'il devoit interposer son pouvoir, afin qu'on me la rendit; il donna en effet ses ordres, et on les exécuta si promptement, qu'on me rendit la hache le lendemain, tandis que nous étions à diner. Nous eùmes des occasions fréquentes de remarquer combien cette peuplade est portée

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DE COOK. (1777) 253 pas que le larcin fût au-dessous de leur dignité. Le 9, l’un d’eux fut surpris emportant, sous les étoffes qui lui servoient d’habit, la manivellede la machine avec laquelle nous tordions nos fils de carrets : je le condamnai à recevoir douze coups de fouet, et je le tins aux arrêts jusqu'au moment où il racheta sa liberté avec un cochon. Depuis cette époque, nous ne rencontrames plus de filoux d'un rang distingué. Leurs domestiques ou leurs esclaves se livroient cependant toujours au vol; et les coups de fouet ne sembloient pas produire plus d’effet sur eux que sur un morceau de bois. Lorsqu’on en surprenoit un en flagrantdélit, son maitre, loin d’intercéder en sa faveur , me conscilloit souvent de tuer le coupable. J’étois bien éloigné de suivre ce conseil, et les châtimens que jordonnois ne remédièrent à rien : en général, je puis dire que les voleurs ne croyoient pas être punis, car ils paroissoient aussi insensibles à la honte qu’à la douleur. Le Capitaine Clerke imagina enfin un châtiment qui me sembla les contenir un peu : il mit les voleurs entre les mains du barbier, qui rasa toute leur chevelure. Nous les renvoyions ainsi couverts

de ridicule aux yeux de leurs compatriotes, et nos gens

pouvoient les reconnoître et les surveiller.

Feenou recherchoit tellement notre compagnie, qu'il dinoit tous les jours à bord : on apportoit quelquefois de la côte les choses qu'il devoit manger. Le to, par exemple, ses domestiques lui apportèrent du poisson , une soupe et des ignames. Il n’y avoit point d’eau dans sa soupe : -c’étoit du jus de coco cuit avec du poisson; on l’avoit faite vraisemblablement dans un vase de bois posé sur des pigrres chaudes; mais on la servit sur des feuilles de bananier. Je goûtai ce plat, et je le trouvai si bon, que j’or-

donnai ensuite d’appréter du poisson de la même manière. Mon Cuisinier réussit assez bien, sans approcher jamais de la perfection de ses modèles,

Comme nous avions épuisé cette Isle, et qu'il y restoit peu de cochons ou de fruits, le 11, on reconduisit à bord les chevaux , les observatoires et les autres choses que nous avions débarquées, ainsi que le détachement de marine qui montoit la garde sur lacôte. Je songeois à appareiller' dès que a Découverte auroit retrouvé sa seconde ancre. Feenou, comprenant que je voulois passer tout de suite à Tongataboo, me. pressa vivement de changer de projet. D'après l'aversion que lui inspiroit ce voyage, je pensai qu'il étoit intéressé à ce que je ne le fisse pas. Il m’exhorta, avec beaucoup d'instance, de préférer une Isle, ou plutôt un groupe d’Isles, appelé Hapace, qui git au Nord-Est. Il m’assura que nous y trouverions des rafraichissemens de toute espèce, et en grande abondance; et, pour donner plus de poids à son avis, il promit de nous accompagner. Je me rendis à ses prières, et je decidai que nous nous rendrions d’abord à Hapaee. Aucun vaisseau Européen n'y avoit abordé, et je désirois connoître les mœurs des habitans.

Le 12 et le 13 se passèrent autour de l'ancre du Capi taine Clerke; après beaucoup de peines, nous vinmes à bout de la relever, et nous partimes d'Azramooka le 14 au matin.

Cette terre est un peu plus éJevée que les autres petites Isles qui l’environnent; mais on ne peut la compter, comme celles de Mangeea et de Watecoo, parmi les terres d’une hauteur modérée. La côte , à l'endroit où mouillèrent nos vaisseaux , est un rocher de corail escarpé et haché,

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de neuf ou dix pieds d’élévation, excepté toutefois deux grèves de sable, où l’on trouve un récif de la même espèce de rocher, qui les borde et qui les met à l'abri de la fureur des vagues. Le lac d’eau salée qu’on rencontre à l'entrée de l'[sle a environ un mille et demi de largeur, et le sol qui l’environne s’exhausse peu-à-peu. Nous ne pûmes suivre la communication qu’il doit avoir avec la mer. Le terrain qu’on traverse pour y arriver , depuis la grève sablonneuse la plus grande, est applati, bas et sablonneux ; il est probable que la ligne de cammuuicationr étoit autrefois de ce côté. Le sol, dans les cantons de l'Isle qui s’élèvent un peu, et particulièrement vers la mer, est une espèce d'argile rougeatre, ou un terreau noir et friable. On n’y voit pas un seul courant d’eau douce.

Excepté un petit nombre d’endroits, l'Isle est très-bien cultivée : nous aperçümes quelques districts en friche ; mais nous eûmes lieu de croire: qu’on les laissoit reposer ; car les Naturels y travailloient souvent, et se disposoient à les cultiver de nouveau. Les plantations offrent sur-tout des ignames et des bananiers. La plupart sont très-étendues et enfermées par de jolies haies de roseaux places les uns sur les autres en ligne oblique, et d'environ six p'eds de hauteur. En-dedans de ces baies, nous en trouvâmes fréquemment de secondes qui environnoient les maisons des principaux du pays. Les arbres à pain et les cocotiers sont épars, sans beaucoup d’ordre, mais principalement près des habitations des Insulaires. Les autres parties de l'Isle, et en particulier vers la mer et aux environs du lac, sont couvertes d'arbres et d’arbrisseaux, dont la végétation est trés-forte. Les environs du lac produisent une multitude de palétuviers , et les rivages de la mer une

quantité considérable de faitanoos, arbres dont j'ai déjà parlé. Tous les rochers et toutes les pierres paroissent être de la nature du corail : j'en excepte néanmoins un rocher de vingt ou de trente pieds de hauteur, situé à droite d'une des grèves sablonneusess celui-ci est d'une pierre calcaire jaunâtre, et d’un tissu trés-serré, et même dans cet endroit, qui est la partie la plus élevée de l'Isle, on voit que de gros morceaux du même rocher de corail forment la côte.

Nous nous promenämes beaucoup dans l'intérieur du pays , et jamais les Naturels ne s’y opposérent. Nous nous amusames quelquefois à tirer des canards sauvages, peu différens du millouin, qui sont trés-nombreux suf le lac d’eau salée, et sur l’étang d’eau douce où nous: remplimes nos futailles. Durant ces excursions, nous observâmes souvent que les Insulaires avoient abandonné leurs maisons pour se rendre à notre marche; ils ne sembloient pas craindre qu'en rodant au milieu de l'Isle , nous prissions quelque chose. Les habitations désertes nous firent croire que la plupart des Naturels se trouvoient quelquefois rassemblés sur la grève; mais il ne fut pas possible de former une évaluation exacte de‘leur nombre ; car l’arrivée continuelle d’une foule d'étrangers qui venoient des autres Isles, nous auroit trompés dans nos calculs. Cependant, comme ilne parut jamais y avoir plus de mille personnes à-la-fois, la population entière de cette terre n’excède peut-être pas deux mille. M. Webber a dessiné, d’une manière trés-exacte, le lieu où les habitans se réunissoient chaque jour, et la baie où débarquèrent nos canots.

Au Nord et au Nord-Est d'AÆrramooka, et sur la route

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DE COOK. (1777) 297 qui mène directement à Hapace, la mer est parsemée d'un grand nombre de petites Isles; quoique les pirogues des Naturels naviguassent au milieu des bas-fonds et des rochers, je ue pouvois avoir la certitude d’y trouver un passage libre et sir pour des bâtimens aussi considérables que les nôtres. Lorsque j'appareillai, je crus devoir aller à l'Ouest des Isles dont je viens de parler; et je mis le cap au Nord-Nord-Ouest, sur Kao (*) et Toofoa, les deux Isles les plus occidentales qui fussent en vue, et les plus remarquables par leur grande élévation. Feenou et les gens de sa suite demeurèrent à bord de Za Résolution jusqu’à midi : il s’embarqua à cette époque sur la pirogue à voile qui l'avoit amené de Tozgataboo, et il manœuvra au milieu du groupe d'Isles en travers desquelles nous nous trouvions en ce moment, La marée, ou un courant de

YOuest, nous avoit fort approchés de ces Isles depuis le matin. .

‘(#) S'il est besoin de prouver combien il est difficile de savoir exactement le nom des Isles de la Mer du Sud, d’après la manière dontles Navigateurs l’écrivent sur la prononciation des Insulaires, Jobserverai que M. Anderson appelle Kao ,. la terre appelée Aghao par le Capitaine Cook ; et que la Carte de 'Basman, telle qu’on la trouve dans la Collection de M. Dalrymple, donne le nom de Kaybai à la même Isle. M. Anderson nomme Tofoa , Visle appelée Amattafoa par Tasman et le Capitaine, Cook. L’Isle Komango du second est la même que l'Isle Amango du premier. On citeroit à-peine un exemple qui n’offre pas une différence aussi marquée : M. Anderson s’étoit beaucoup occupé de ces matiéres; son intelligence et son zèle sur ce point ayant été connus des deux équipages, et son, opinion ayant été regardée comme la meilleure par le Capitaine Cook lui-même, ainsi que nous l’apprend le Capitaine King , nous avons adopté son orthographe sur la Carte des Isles des Amis; ce qui nous a obligé de l’adopter aussi pour le Journal. .

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